Mardi 18 mars 2008

 

 [ Le Figaro - 18 mars 2008 ]
                  ( Non, ce n'est pas un tract d'ATTAC...)

   

La chronique d'Yves de Kerdrel

   

    La crise est bel et bien là. Non pas la crise économique. Mais la crise financière. Une crise boursière. Une crise de liquidités. Une crise de capitaux. Une crise bancaire. À tout moment cette crise, qui n'affecte pour le moment que le secteur financier, peut se transformer en une tornade qui dévastera l'économie mondiale. On a déjà dépassé le stade du battement d'ailes de papillon cher à la théorie du chaos. Ce n'est toutefois pas le grand soir. Juste un phénomène inhérent au capitalisme où les excès et les bulles s'ajustent de manière spontanée.

    Mais il n'y a pas de capitalisme efficace sans une régulation adaptée. Il n'y a pas de vrai libéralisme si l'environnement ressemble à un «laisser-faire». C'est pour cette raison que la Réserve fédérale américaine surveille l'évolution de l'économie américaine comme on surveille le lait sur le feu. C'est pour cela aussi que la commission bancaire et le Trésor guettent le niveau des engagements et des risques des banques françaises. Et ainsi de suite dans l'ensemble des pays européens.

    Revenons donc un instant sur cette crise qui a débuté il y a près d'un an, et qui a révélé toute son ampleur au cours de l'été. Certaines banques pas toutes heureusement comme le montrent les résultats de BNP Paribas en France ou de Goldman Sachs aux États-Unis ont pris tardivement conscience que ces titres à haut rendement (les subprime) perdaient progressivement toute valeur. Ils se sont donc tous mis à les vendre en même temps comme ils les avaient achetés en même temps, selon une pratique moutonnière, hélas bien connue chez les banquiers. Ceux qui parvenaient à vendre enregistraient des pertes que l'on commence à découvrir. Ceux qui ne parvenaient pas à vendre faute d'acheteurs ont dû aussi enregistrer des pertes selon le principe du «mark to market» qui s'applique maintenant à toutes les entreprises cotées. Si bien que la première banque mondiale, Citigroup, qui a affiché l'an passé 18 milliards de dollars de provisions n'aurait en fait perdu «en cash» que 20 % de ce montant.

    Mais le pire c'est que cette crise, localisée aux subprime, s'est vite transformée en une crise de liquidités, du fait d'un marché de l'argent asséché. Pour se procurer les capitaux nécessaires à l'exercice de leur métier, les banques ont dû vendre tout ce dont elles pouvaient se débarrasser (actions, obligations, immobilier…). Car la caractéristique de la crise boursière qui déferle depuis cet été, c'est qu'en raison de l'absence d'acheteurs, il existe toute une série d'actifs pour lesquels il est impossible de trouver un prix de référence. Ce qui amène à constater des pertes fictives. Or, ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'acheteurs sur tel lot immobilier au Texas que celui-ci vaut zéro dollar. Pourtant, les nouvelles normes comptables obligent à réviser la valeur des actifs détenus par les banques tous les trimestres. D'où ces pertes colossales qui sont publiées chaque jour, et qui n'ont aucun sens et aucune signification, sinon d'aggraver la perte de confiance des clients, des salariés et des actionnaires.

    La communauté financière internationale commence à réaliser qu'avec la mise en œuvre de ces normes, elle a ouvert une véritable boîte de Pandore. Car ces pertes pour une bonne part virtuelles viennent réduire les fonds propres des banques et donc leur capacité à prêter. Ce qui accroît encore davantage l'assèchement du marché des liquidités, de l'accès au crédit et joue donc le rôle d'un amplificateur de crise dont chacun se passerait bien par les temps qui courent.

    Il ne s'agit pas de contester ici une forme de régulation du capitalisme, mais de s'interroger sur la pertinence de ces normes qui s'appliquent à 7 000 sociétés cotées dans le monde. D'autant qu'elles n'ont été décrétées par aucun gouvernement. Elles ne sont issues d'aucun processus démocratique. Elles ont été émises et instaurées par un sympathique «club» de comptables aguerris regroupés au sein d'une institution internationale, l'IASB, qui n'a de compte à rendre à personne, mais dont les règles s'imposent à tous.

    Il existe peu d'exemple dans le monde où une institution disposant d'aucun contre-pouvoir puisse de son propre fait changer les règles du jeu du capitalisme. Sans mesurer les conséquences dramatiques que ses modifications peuvent avoir sur les résultats des institutions financières, sur la quantité de crédit mise à disposition des entrepreneurs et, in fine, sur la bonne marche de l'économie. Il y a quelques jours, introduisant le symposium annuel de l'Observatoire social international organisé chez Suez par Jean Kaspar avec pour thème les gouvernances, Jacques Attali a fait un exposé remarquable sur les antagonismes entre le marché et la démocratie.

    En voilà un de plus. Ce n'est pas faire injure au libéralisme de souhaiter que les démocraties reprennent vite la main sur la comptabilité, sans laquelle la confiance des investisseurs ne peut exister de manière durable. Ce n'est pas seulement une question conjoncturelle liée à la crise du moment. C'est un problème structurel. De la comptabilité dépendent les faits et gestes des grands groupes, comme les humeurs des marchés financiers, c'est-à-dire des acteurs de la mondialisation. C'est donc une question bien trop cruciale pour être laissée aux mains d'une poignée de professionnels, fussent-ils dotés de la meilleure volonté du monde.

   

    Source : Le Figaro
    Auteur : Yves de Kerdrel
    Date : 18 mars 2008

   

    

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Mardi 18 mars 2008

par Susan Abulhawa, écrivaine.

   

 [ Libération - 17 mars 2008 ]

  

    Quelle que soit l’ampleur de l’injustice commise à notre endroit, quel que soit l’enracinement de notre douleur dans le temps et dans le sol palestinien, il semble que le monde refuse toujours d’entendre notre voix et nous dénie toute existence historique, ne voyant en nous que des squatteurs, des terroristes, des créatures qui ne bénéficient pas du statut d’êtres humains et ne méritent ni leur propre terre ni leur patrimoine, qui n’ont pas le droit de se défendre ou de résister à l’oppression.

    La dernière en date des institutions qui contribuent à effacer plusieurs millénaires de notre culture et de notre histoire palestiniennes est le Salon du livre, organisé sous les auspices du ministère de la Culture français. Tous les ans, cette foire du livre met un pays à l’honneur et fait connaître ses auteurs contemporains. Cette année, le choix s’est porté sur Israël, un pays comptant soixante ans d’existence, créé sur la terre de la Palestine antique, avec une population venue d’ailleurs (Europe, ex-Union soviétique, Etats-Unis, Ethiopie, etc.) pour remplacer les Palestiniens qui, chassés de presque tout le pays, dépérissent, connaissent les conditions dégradantes des camps de réfugiés, sont soumis à une occupation militaire cruelle ou dispersés aux quatre vents.

    Catastrophique sur le plan des droits de l’homme, largement en tête pour ce qui concerne les violations flagrantes des lois internationales et des résolutions de l’ONU, Israël s’est emparé d’un pays jadis multiconfessionnel, multiethnique, multiculturel et en a fait un espace exclusivement réservé aux Juifs. Cet Etat, dont le système d’apartheid a été dénoncé par des autorités morales aussi incontestées que Desmond Tutu et Jimmy Carter, est la nation que la France a choisi d’honorer lors de son prestigieux Salon. Jusqu’à une date récente, je croyais que tout n’était pas perdu. Naïvement, je pensais que la France accueillerait favorablement notre histoire et présenterait mon livre, The Scar of David, d’autant plus que la traduction française (les Matins de Jénine, Buchet-Chastel) est sortie le 6 mars. Ce récit, je l’ai arraché au plus profond de notre âme angoissée pour faire entendre le cri primal d’une nation violée. Mais aucun Palestinien - et même aucun Israélo-Palestinien - n’a été invité à cette manifestation. J’y ai vu une injonction à ne pas y participer. Comment une telle chose est-elle possible ? Les organisateurs savent-ils qu’Israël est juché sur des villages palestiniens évacués ? Que les récoltes dont se nourrissent les Israéliens proviennent d’un sol fertilisé, enrichi par les dépouilles de mes ancêtres, que les arbres qui leur donnent leurs fruits ont été plantés par ces mêmes ancêtres, à commencer par mes grands-parents, et ainsi depuis des siècles, sinon des millénaires ?

    Indéniablement, je suis une fille de Jérusalem, bien qu’Israël ne voie pas en moi un être humain digne d’y vivre et d’y prospérer, à l’exemple de tous mes ancêtres. Les organisateurs du Salon du livre veulent-ils, à l’instar d’Israël, faire comme si la Palestine et les Palestiniens n’existaient pas, n’avaient jamais existé ? Savent-ils que Jésus était palestinien, et que la généalogie de nombreux chrétiens palestiniens remonte au Ier siècle ? Certains Palestiniens portent le nom de «Canaan». Aucun Israélien n’est aussi enraciné dans cette terre que cette famille Canaan dépossédée ! Est-il venu à l’esprit des organisateurs que les tribus hébraïques qui existaient en Palestine il y a trois mille ans sont plus sûrement mes ancêtres - si tant est qu’on puisse remonter aussi loin - que ceux des Juifs russes ou de n’importe quel groupe ethnique israélien importé ? A moins que le Salon du livre soit simplement complice des efforts incessants d’Israël pour débarrasser le monde de notre peuple, de notre mémoire, de notre culture, de notre histoire et de notre blessure béante ?

    Le monde a hurlé son mépris en apprenant que Mahmoud Ahmadinejad aurait exprimé le désir de rayer Israël de la carte. Pourtant, depuis soixante ans, Israël raye la Palestine de la carte, en mots et en actes. A chaque détour du chemin, il y a un mur, une balle, un barrage pour nier notre existence, nous affamer, nous humilier. La mort nous arrive constamment par la voie des airs et des mers, au moyen d’armes sophistiquées. Tous les espoirs, les rêves que nous pourrions entretenir sont étouffés dans des camps de réfugiés indignes d’accueillir des êtres humains, mais que notre peuple subit depuis plus d’un demi-siècle. Dans le monde entier, les voix de nos dirigeants, artistes, écrivains et activistes sont réduites au silence lorsque nous tentons de parler, de protester ou, dans notre agonie, de hurler à l’aide. Pourtant, notre mise à mort ne suscite pas l’indignation ; au contraire, on étouffe le récit de notre douleur, on nous empêche de la faire connaître dans une exposition telle que le Salon du livre ! Pourquoi ? Qu’avons-nous fait pour mériter un tel sort ? Qu’avons-nous fait à la France ou au monde pour que personne ne s’élève contre une telle injustice ? On nous a tout pris, on nous a arraché le cœur pour la simple raison que nous n’étions pas juifs !

    Quel a été notre crime pour que nous soyons à ce point exclus, forcés de négocier sans fin avec nos oppresseurs pour obtenir des droits élémentaires accordés au reste de l’humanité ? Pour qu’on nous traite de brutes lorsque nous osons rendre les coups ? Pourquoi personne ne veut-il entendre notre voix ? Quel espoir nous reste-t-il si même les amoureux des livres font comme si nous n’existions pas et n’avions pas, par conséquent, de récits dignes d’être lus ? J’ai toujours l’intention de me rendre à ce Salon. Je suppose que si les gamins palestiniens ont été assez courageux pour se battre avec des pierres contre des soldats armés de fusils et de tanks, je ne devrais pas avoir peur de me trouver confrontée à des hypocrites armés de livres et d’un programme douteux.

   

    Source : Libération
    Auteur : Susan Abulhawa
    Date : 17 mars 2008
    
    © Libération

   

  

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Lundi 17 mars 2008

  

L'industrie hollywoodienne, qui produit au kilomètre films et séries télévisées dans lesquelles sont mises en scène et glorifiées les "valeurs américaines" font sans aucun doute partie du dispositif de storytelling d'Etat mis en oeuvre par les Etats-Unis. Christian Salmon en démonte ici quelques mécanismes.

 

[ Le Monde - 15 mars 2008 ]

  

La jurisprudence "Jack Bauer", par Christian Salmon

   

    Le veto du président Bush sera l'un des actes les plus honteux de sa présidence", a affirmé Edward Kennedy, faisant allusion à la décision du président américain de s'opposer au texte de loi voté par le Congrès, interdisant la pratique du "waterboarding", une simulation de noyade assimilée à un acte de torture par le manuel pratique de l'armée américaine.

    Que l'administration Bush ait couvert ou autorisé le recours à la torture depuis le 11 septembre 2001 n'est pas vraiment une découverte après la publication des photos d'Abu Ghraib, les témoignages des détenus de Guantanamo ou les révélations sur les prisons délocalisées de la CIA en Europe. Mais c'est la première fois qu'un président américain utilise ses prérogatives institutionnelles afin de défendre officiellement le principe et l'usage de la torture. Il est vrai que George W. Bush est en fin de mandat et que sa popularité, au plus bas, ne peut guère en souffrir, mais une telle décision aurait été impossible si elle ne s'inscrivait dans un horizon d'attente marqué par un profond changement des normes et des valeurs éthiques acceptées par l'opinion américaine.

     En attestent par exemple les innombrables scènes de torture dans les séries télévisées comme "24 heures chrono", "Lost", "Alias" ou "Law and Order". De 2002 à 2005, pas moins de 624 scènes de torture ont été ainsi diffusées aux heures de grande écoute contre seulement 102 de 1996 à 2001. "Jack Bauer, le héros de "24 heures chrono," n'est pas un tortionnaire, déclare au New Yorker Joel Surnow, le créateur de la série, juste un citoyen qui sait se montrer convaincant quand il faut. Il paye très cher ce qu'il fait, tout ça pour sauver des millions de vies humaines. Il est l'incarnation même de la justice. Une machine à tuer dont nous rêvons tous en secret, car elle ne sanctionne que les raclures."

    Selon l'association américaine de défense des droits de l'homme Human Rights First, "24 heures chrono" ne banalise pas seulement la torture aux yeux des téléspectateurs, elle inspire les soldats en Irak. "Nous avons un faisceau de preuves qui montrent que les jeunes soldats imitent les techniques d'interrogation vues à la télé", alerte David Danzig, qui dirige la campagne "Primetime Torture".

    Les spécialistes du renseignement eux-mêmes s'en sont inquiétés. A la mi-novembre 2006, une rencontre a été organisée par l'académie militaire de West Point avec les scénaristes de "24 heures chrono". Selon The Los Angeles Times, "les militaires ont exprimé un souhait : que les scènes de torture soient plus authentiques. Cela ne veut pas dire plus sanglantes ou plus sauvages. Au contraire, ils veulent qu'elles soient plus réalistes, moins expéditives".

    Mais ce serait renoncer à ce qui fait le succès de la série et qui ne tient pas seulement à la personnalité du héros et aux événements qui sont mis en scène, mais également au suspense créé par le fameux "ticking time bomb scenario" (le scénario de la bombe à retardement) qui donne à la série sa tension narrative, son efficacité, même s'il repose sur un enchaînement narratif qu'Hitchcock considérait déjà comme démodé (dans ses entretiens avec François Truffaut).

    Chaque saison est composée de vingt-quatre épisodes d'une durée d'une heure et couvre "en temps réel" les événements d'une journée. La durée des spots publicitaires est incluse dans le timing de l'épisode, matérialisée par la présence à l'écran d'une horloge numérique qui réalise une synchronie parfaite entre le temps de l'action et celui de sa perception. Les événements sont donnés comme tout à la fois vécus et représentés. L'action ne se conjugue plus à l'imparfait de la fiction, mais dans un temps virtuel : celui de l'urgence normalisée, de l'état d'exception permanent. La menace perpétuelle d'un attentat terroriste autorise une suspension du jugement moral et permet d'instaurer une nouvelle loi éthique qui autorise et pousse tout le monde à "interroger" tout le monde - le père son fils, le mari son épouse, la soeur son frère -, au nom de la sécurité de tous. S'instaure alors un nouveau régime du politique qui ne repose plus sur la croyance partagée mais sur la généralisation du soupçon.

    Au cours d'un colloque de juristes à Ottawa en juin 2007, un juge à la Cour suprême des Etats-Unis, Antonin Scalia, a justifié l'usage de la torture en se fondant non pas sur des textes juridiques ou sur le droit international, mais sur l'exemple de Jack Bauer. L'université américaine de Georgetown propose déjà un cours destiné à étudier les questions de droit posées par la série "24 heures chrono". Selon le magazine Slate, les cours ont lieu le mardi soir pour que les étudiants aient encore en tête l'épisode diffusé la veille sur Fox News...

    C'est une claire indication de la dérive de l'administration Bush, qui, ne trouvant dans le droit international ni légitimation ni fondement, les recherche dans les fictions qu'elle inspire, instaurant une sorte d'auto-légitimation par la fiction et créant une jurisprudence basée non plus sur l'antériorité des décisions de justice, mais sur la performativité des actes fictionnels, une jurisprudence "Jack Bauer".

    Evoquant la deuxième saison de la série, au cours de laquelle on voit le héros sauver la Californie d'une attaque nucléaire grâce à des informations obtenues au cours d'"interrogatoires musclés", le juge Scalia n'a pas craint d'affirmer : "Jack Bauer a sauvé Los Angeles, il a sauvé des centaines de milliers de vies. Allez-vous condamner Jack Bauer ? Dire que le droit pénal est contre lui ? Est-ce qu'un jury va condamner Jack Bauer ?"

 

    Source : Le Monde
    Auteur : Christian Salmon
    Edition du 15 mars 2008
    
    © Le Monde.fr

   

  

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Vendredi 14 mars 2008


 [
Le Temps - 14 mars 2008 ]

  

Le marché est devenu dépendant de la réussite économique, à tel point que tout raté économique à grande échelle mettra à jour la superficialité de ses prétentions morales.

  

par Lord Robert Skidelsky, Professeur émérite d'économie politique à l'Université de Warwick

  

    S'il ne semble aujourd'hui exister aucune alternative cohérente au capitalisme, les sentiments anti-marchés sont particulièrement exacerbés, comme on peut le voir, par exemple, dans la réaction moraliste violente qui s'oppose à la mondialisation. Aucun système social ne pouvant survivre sans base morale, il est urgent de répondre aux problèmes soulevés par les militants anti-mondialisation - d'autant plus que nous nous trouvons aujourd'hui au beau milieu d'une crise économique.

    On peut difficilement nier toute valeur morale au marché. Après tout, nous attachons des valeurs morales aux processus aussi bien qu'aux résultats. En bref, «la fin ne justifie pas les moyens». Nous préférons moralement que les marchandises nous soient fournies par une force de travail libre plutôt que par des esclaves, comme nous préférons choisir nous-mêmes ce que nous consommons plutôt que de laisser l'Etat le faire à notre place. Le fait que le marché soit le plus efficace des systèmes pour créer de la richesse et satisfaire les besoins est un atout supplémentaire.

    Les critiques morales du marché mettent l'accent sur sa tendance à favoriser un type de tempérament moralement déficient, à privilégier les mauvaises intentions et à promouvoir des résultats indésirables. On reproche aussi au capitalisme de n'avoir aucun sens de la justice.

    Parlons du tempérament. On a souvent affirmé que le capitalisme récompensait des qualités morales comme le sens de la mesure, le travail, la créativité, l'esprit d'épargne et la prudence. D'un autre côté, il néglige les qualités qui n'ont aucune utilité économique, telles que l'héroïsme, l'honneur, la générosité ou la pitié. (L'héroïsme survit toutefois en partie dans le concept idéalisé de «l'entrepreneur héroïque».)

    Le problème n'est pas uniquement l'inadéquation morale des vertus économiques, mais leur disparition. Le travail et la créativité sont encore récompensés, mais le sens de la mesure, l'esprit d'épargne et la prudence ont sans doute commencé à disparaître avec l'apparition de la première carte de crédit. Dans notre riche société occidentale, tout le monde emprunte pour consommer autant que faire se peut. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne croulent sous les dettes.

    Adam Smith a écrit que « la consommation est la seule fin et l'unique objet de la production ». Mais la consommation n'est pas une fin éthique. Il n'y a rien de moral à posséder cinq voitures au lieu d'une seule. Il faut consommer pour vivre et consommer plus que le strict nécessaire pour vivre confortablement. C'est la justification éthique en faveur du développement économique. D'un point de vue éthique, la consommation est un moyen de faire le bien, et le marché est le moteur le plus efficace pour sortir les gens de la pauvreté: c'est ce qu'il fait dans une mesure prodigieuse en Chine et en Inde.

    Mais cela ne nous dit pas à quel moment la consommation nous fait basculer dans une mauvaise vie. Si des gens désirent plus de pornographie ou de drogue, le marché va leur permettre de consommer ces produits jusqu'à l'autodestruction. Le marché entraîne une surabondance de produits moralement néfastes et un déficit de produits moralement bénéfiques. En matière de qualité de vie, c'est à la morale qu'il faut se fier, pas aux marchés.

    Il est bien entendu injuste de reprocher au marché ses mauvais choix moraux. Les gens peuvent décider d'eux-mêmes ce qu'ils souhaitent consommer et quand s'arrêter de le faire. Toutefois, le système de marché repose sur une motivation particulière - Keynes l'appelait «l'amour de l'argent» - qui tend à contredire l'enseignement moral traditionnel. Le paradoxe du capitalisme est qu'il transforme la cupidité, l'avidité et l'envie en vertus.

    On nous dit que le capitalisme découvre chez les gens des besoins qu'ils ne soupçonnaient pas et fait donc avancer l'humanité. Il serait plus juste de dire que l'économie de marché se maintient en stimulant l'envie et le désir de possession par le biais de la publicité. Dans un monde où la publicité est omniprésente, il n'y a pas de limite à la soif de biens et de services.

    Le dernier problème moral est le manque de justice du capitalisme. Dans une situation de concurrence pure et parfaite, avec une information complète, les modèles de marché montrent que tous les facteurs de production reçoivent une rémunération égale à leurs produits marginaux, c'est-à-dire qu'ils sont tous payés à hauteur de ce qu'ils valent. Les conditions de la pleine concurrence et de l'information complète assurent que les contrats sont tous conclus sans coercition (il n'y a pas de monopole) et que toutes les attentes sont satisfaites, c'est-à-dire que les gens obtiennent ce qu'ils veulent. La justice de la distribution est censée être assurée par la justice des échanges.

    Mais aucun véritable marché capitaliste ne génère spontanément une justice dans les échanges. Il y a toujours un certain pouvoir de monopole, les initiés disposent de plus d'informations que les non-initiés, l'ignorance et l'incertitude sont omniprésentes, et les attentes sont fréquemment déçues. La justice des échanges doit venir d'en dehors des marchés.

    En outre, les individus ne viennent pas sur le marché uniquement avec leurs propres qualités innées, mais avec leurs positions de départ, qui sont radicalement inégales. C'est pourquoi la théorie libérale de justice requiert un minimum d'égalité des chances: la tentative - tant que cela reste compatible avec la liberté personnelle - d'éliminer toutes ces différences d'opportunités provenant d'inégalités de départ. Nous nous reposons sur l'Etat pour fournir des services sociaux tels que l'éducation, le logement et la santé en raison de cela.

    Enfin, l'affirmation selon laquelle tout un chacun est - dans des conditions idéales - payé en fonction de sa valeur est une considération économique, et non morale. Il n'est pas dans notre intuition morale qu'un PDG doive gagner 500 fois le salaire moyen des employés de son entreprise. Nous ne croyons pas non plus que, si le salaire d'équilibre est trop bas pour permettre à un individu de vivre, il faille le laisser mourir de faim. Avec l'enrichissement de nos sociétés, nous sommes arrivés à penser que chacun a droit à un revenu minimum, qu'il soit actif, malade ou au chômage, lui donnant accès à un certain niveau de confort et d'épanouissement. Le système de marché ne garantit pas cela.

    Si le marché n'a aujourd'hui pas de concurrent sérieux, il n'en est pas moins vulnérable. Il est devenu dangereusement dépendant de la réussite économique, à tel point que tout raté économique à grande échelle mettra à jour la superficialité de ses prétentions morales. La solution n'est pas d'abolir les marchés, mais de réintroduire de la morale dans les demandes. Pour cela, le moyen le plus simple serait de restreindre la publicité. Cela réduirait le rôle de la cupidité et de l'envie dans le fonctionnement des marchés, laissant de la place à d'autres motivations.

  

Lord Skidelsky est l'auteur d'une biographie de l'économiste John Maynard Keynes.

   

    Source : Le Temps (Genève), d'après www.project-syndicate.org
    Auteur : Lord Skidelsky 
    Traduit de l'anglais par Yann Champion

    © Le Temps, 2008

 

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Vendredi 14 mars 2008

 

[ Yahoo Finance France - 13 mars 2008 ]

  

    (AOF) - Les prix de l'immobilier devraient emprunter une tendance baissière dans les mois à venir, d'après une étude réalisée par Marc Touati pour Global Equities. L'économiste se base sur des chiffres sans appel : ceux de la demande de logement neufs en France, au plus bas depuis 1996 ou encore celui des mises en chantier, en baisse de 31,9% depuis juin. Une donnée qui semble indiquer que la bulle immobilière est en train d'éclater, alors même que beaucoup niaient encore son existence.

    Pour Marc Touati, " il existe une très forte corrélation sur longue période entre les prix des logements anciens et l'évolution du PIB en valeur ", qui constitue donc une bonne approximation de la valeur réelle de l'immobilier en France. Or d'après l'économiste, "de 1984 à 1991, les prix des logements anciens avaient augmenté de 210%, contre une hausse de 65% du PIB en valeur, soit un rapport de 1 à 3,5. Huit ans plus tard, cet écart était ramené à zéro, via une baisse de 40% des prix de l'ancien".

    Or, selon Marc Touati, "aujourd'hui, l'écart entre ces deux grandeurs est de 1 à 4, soit encore plus que lors de la précédente bulle immobilière". Ces données prouvent un décalage entre la valeur financière des actifs immobiliers et leur valeur réelle, preuve que la bulle immobilière est une réalité.

    Face à la crise financière actuellement à l'oeuvre sur les marchés, au resserrement de l'accès au crédit et à la baisse du pouvoir d'achat, la demande pour les biens immobiliers est en train de se tarir. Ce qui pousse Marc Touati à anticiper "que les prix des logements anciens devraient baisser de 10 à 15 % dans les deux années à venir". Seule consolation possible selon l'économiste : "cette évolution devrait permettre de relancer l'appétence pour les placements boursiers".

   

    Source : Yahoo Finance France, d'après AOF
    Date : 13 mars 2008
    
    Copyright 2008 AOF

    

   

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Vendredi 14 mars 2008


[ L'Aut'journal - 12 mars 2008 ]

   

    L’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO) a retiré à l’ONG Reporters sans frontières (RSF), basé en France, la codirection du Jour pour la liberté sur Internet.

    Des sources diplomatiques de l’UNESCO ont révélé à l’agence Prensa latina que l’organisme de l’ONU avait pris cette décision en raison du manque d’éthique évident et répété de RSF, dans sa campagne pour disqualifier un certain nombre de pays.

    Selon plusieurs médias, les agissements de RSF ne correspondent pas à l’image ni aux buts de l’UNESCO, pour qui RSF agit de façon sensationnaliste en voulant s’ériger en tribunal d’inquisition à l’égard de pays en voie de développement.

    Ces mêmes sources précisent que pour cette raison et aussi à cause des agissements passés de RSF, l’UNESCO entend mettre fin, de façon définitive, à ses relations avec l’ONG française, et elle exclut tout type de collaboration future avec celle-ci.

    RSF, accusée à maintes reprises d’entretenir des liens étroits avec la CIA américaine, a lancé aujourd’hui sa campagne visant à dénoncer les pays où se pratiquerait une cybercensure. Curieusement, signalent certains diplomates qui ne veulent pas qu’on mentionne leurs noms, aucun pays occidental n’apparaît sur la liste noire de RSF qui concentre son tir sur les pays dit du Tiers Monde.

    Le journaliste québécois Jean-Guy Allard a révélé à plusieurs reprises, dans des articles et dans un livre publié il y a quelques années, que l’organisation Reporters sans frontières recevait des subventions de la National Endowment for Democraty (NED), un organisme paravent de la CIA. Le même journaliste a aussi dévoilé les liens de RSF avec des agents avoués de la CIA.

    Rappelons que l’Union européenne a versé, en 2005, plus de un million d’Euros à RSF.

    Précisons que la campagne que lance aujourd’hui RSF, en prétendant bénéficier de l’appui de l’UNESCO, ce qui est totalement faux, a été organisée par l’agence de publicité Saatchi & Saatchi, de New York, une filiale de la multinationale Publicis, la quatrième entreprise de publicité et de relations publiques la plus grande au monde, qui a, parmi ses principaux clients, General Mills, Johnson & Johnson, Toyota, Visa, Coca-Cola, Heinz, Mc Donald’s, Philip Morris, General Motors, Citibank et, tenez-vous bien, l’armée américaine! Pour une ONG qui prétend défendre la liberté d’opinion, disons qu’elle a su s’entourer d’amis on ne peut plus fidèles.

   

    Sources : L'Aut'Journal (Montréal - Canada), d'après Prensa latina et Jean-Guy Allard
    Traduction de l'espagnol : Jacques Lanctôt
    Date : 12 mars 2008

   

   

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Jeudi 13 mars 2008

 

 [ Contre Info - 13 mars 2008 ]

      

Stiglitz estime le coût total de cette guerre à 3 000 milliards pour les USA auquels s’ajoutent 3 000 milliards pour le reste du monde. Ce total avoisine la moitié du PIB des USA. « Les Etats-Unis - et le monde - auront à en payer le prix pour les décennies à venir, » avertit le lauréat du Prix Nobel d’économie 2001.

    

Joseph Stiglitz, Toronto Star, 12 mars 2008

    A l’approche de la date du 20 Mars, qui marque le cinquième anniversaire de l’invasion de l’Irak par les États-Unis, le temps est venu d’établir un bilan de ces évènements.

    Dans notre nouveau livre The Three Trillion Dollar War, Linda Bilmes, qui enseigne à Harvard, et moi-même, avons établi une estimation prudente du coût économique de la guerre pour les États-Unis à 3 000 milliards de dollars, et de ces coûts pour le reste du monde à trois autres milliers de milliards - ce qui est bien supérieur aux estimations de l’administration Bush avant la guerre.

    L’équipe Bush a non seulement abusé l’opinion sur les coûts éventuels de la guerre, mais elle a également cherché à les occulter durant le déroulement de celle-ci.

    Cela n’est guère surprenant. Après tout, l’administration Bush a menti sur tout le reste, depuis les armes de destruction massive de Saddam Hussein jusqu’à son lien supposé avec Al-Qaida. De fait, c’est uniquement après l’invasion que l’Irak est devenu un terrain de prédilection pour les terroristes.

    L’administration Bush affirmait que la guerre coûterait 50 milliards de dollars. Les États-Unis consacrent désormais cette somme à la guerre d’Irak tous les trois mois.

    Voici ce que représente ce chiffre : pour un sixième du coût de la guerre, les États-Unis pourraient assurer à leur système de sécurité sociale des fondements solides pour plus de cinquante ans, sans réduire les prestations ni augmenter les cotisations.

    Par ailleurs, l’administration Bush a réduit les impôts pour les plus riches au moment même où elle s’engageait dans ces hostilités, et ce malgré le déficit budgétaire. En conséquence, elle a dû faire appel au crédit - souvent financé depuis l’étranger - pour payer cette guerre.

    C’est la première fois dans l’histoire américaine où une guerre n’a pas exigé certains sacrifices de la part des citoyens par le biais de taxes plus élevées. Cette fois, la totalité des coûts a été transférée sur les générations futures.

    A moins que les choses ne changent, la dette nationale des États-Unis - qui était de 5 700 milliards de dollars quand Bush est devenu président - sera augmentée de 2 milliards de dollars en raison de la guerre (qui viendront s’ajouter aux 800 milliards de dollars de déficit de l’administration Bush avant la guerre).

    S’agit-il d’incompétence ou de malhonnêteté ? Les deux sans doute.

    La comptabilité de trésorerie pratiquée par l’administration Bush a mis l’accent sur les coûts présents, et non pas les coûts futurs, y compris les handicaps et les soins de santé pour les anciens combattants.

    C’est seulement au bout de plusieurs années après le début de la guerre, que l’administration a décidé de construire les véhicules blindés qui auraient sauvé la vie des nombreux soldats victimes des explosifs placés au bord des routes.

    Le gouvernement ne voulant pas réintroduire la conscription, et l’armée rencontrant des difficultés à recruter pour une guerre impopulaire, les troupes ont été obligées d’assurer deux, trois voire quatre tours de missions très stressants.

    L’administration a tenté de dissimuler les coûts de la guerre à l’opinion publique américaine. Des groupes d’anciens combattants ont du utiliser le Freedom of Information Act [1] pour découvrir le nombre total de blessés - égal à 15 fois le nombre de morts.

    Aujourd’hui, ce sont 52 000 anciens combattants qui ont été diagnostiqués souffrants de troubles post-traumatiques. Le gouvernement américain devra payer une pension d’invalidité à environ 40% des 1,65 million de soldats qui ont déjà été déployés.

    Bien évidemment, cette hémorragie se poursuivra aussi longtemps que la guerre durera, avec une facture de soins de santé et d’invalidité s’élevant à plus de 600 milliards de dollars (en valeur actuelle).

    L’idéologie et l’affairisme ont également joué un rôle dans l’augmentation des coûts de la guerre. L’Amérique a fait appel à des entreprises privées, plus onéreuses.

    Un garde de sécurité employé par Blackwater peut coûter plus de 1000 dollars par jour, sans compter l’assurance pour invalidité et l’assurance-vie, qui sont payés par le gouvernement.

    Lorsque le taux de chômage en Irak a bondi à 60%, l’embauche d’Irakiens aurait été logique, mais les entreprises ont préféré importer de la main-d’œuvre bon marché en provenance du Népal, des Philippines et d’autres pays.

    Cette guerre n’a eu que deux vainqueurs : les compagnies pétrolières et celles du secteur de la défense. Le cours des actions d’Halliburton, la société que dirigeait le vice-président Dick Cheney, est monté en flèche. Mais au moment même où le gouvernement faisait de plus en plus appel aux entrepreneurs privés, il réduisait aussi ses contrôles.

    Le prix le plus élevé de cette guerre mal conduite a été payé par l’Irak. La moitié de ses médecins ont été tués ou ont quitté le pays, le taux de chômage s’élève à 25% et, cinq ans après le début de la guerre, Bagdad a encore moins de huit heures d’électricité par jour.

    Sur une population totale d’environ 28 millions, 4 millions de personnes sont déplacées et 2 millions ont fui le pays.

    Les milliers de morts violentes ont accoutumé la plupart des occidentaux à ce qui se déroule en Irak : Un attentat à la bombe qui tue 25 personnes ne soulève plus d’intérêt.

    Mais des études statistiques des taux de mortalité avant et après l’invasion révèlent une sombre réalité. Ils suggèrent que le nombre de décès supplémentaires serait compris entre un minimum de 450 000 dans les 40 premiers mois de la guerre (dont 150 000 morts violentes) et s’éleverait jusqu’à 600 000.

    Avec tant de personnes en Irak qui souffrent tant et de tant de façons, il peut sembler cynique de discuter des coûts économiques.

    Et il peut sembler particulièrement égocentrique de mettre l’accent sur le coût économique supporté par les USA, qui se sont engagés dans cette guerre en violation du droit international. Mais les coûts économiques sont énormes, et ils vont bien au-delà de dépenses budgétaires.

    Les Américains utilisent souvent l’expression selon laquelle « il n’existe pas de repas gratuit ». Il n’existe pas non plus de guerre gratuite. Les Etats-Unis - et le monde - auront à en payer le prix pour les décennies à venir.

 

Joseph Stiglitz, lauréat 2001 du prix Nobel d’Economie, est professeur d’économie à l’Université de Columbia et co-auteur, avec Linda Bilmes, de The Three Trillion Dollar War : The True Costs of the Iraq Conflict.

   

[1] Loi autorisant les citoyens américains à obtenir communication de l’ensemble des documents établis par les administrations.

   

    Source : Contre Info, d'après Toronto Star
    Auteur : Joseph Stiglitz
    Traduction Contre Info
    Date : 13 mars 2008

   

  

 

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 [ lemonde.fr -  13 mars 2008 ]

 

   

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    Source : lemonde.fr
    Date : 13 mars 2008

   

  

 
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Jeudi 13 mars 2008

 

 [ lemonde.fr - 13 mars 2008 ]

  

    Cinq ans après le début de la guerre en Irak, une vaste étude du Pentagone, publiée dans la plus grande discrétion, confirme l'absence de lien direct entre l'ancien président irakien Saddam Hussein et le réseau Al-Qaida, que l'administration Bush avait mis en avant pour justifier l'invasion de l'Irak.

    Mercredi 12 mars, le Pentagone a annulé une conférence de presse sur la question et les militaires américains ont limité la distribution de cette étude. Impossible de se la procurer sur Internet : le document est uniquement disponible sur demande avant d'être envoyé par courrier. Cette étude, basée sur l'analyse de 600 000 documents officiels irakiens et sur des milliers d'heures d'interrogatoires d'anciens collaborateurs de l'ancien président irakien, "n'a trouvé aucune connexion directe entre l'Irak de Saddam [Hussein] et Al-Qaida". D'autres rapports, rédigés par la commission d'enquête sur le 11-Septembre ou encore par les services de l'inspecteur général du Pentagone, en 2007, étaient déjà arrivés à la même conclusion, mais aucune étude avant celle-ci ne reposait sur autant d'informations.

    Selon le résumé de l'étude, disponible sur le site de la chaîne ABC, "Saddam Hussein soutenait des groupes terroristes et le terrorisme d'Etat était devenu un outil de routine du maintien du pouvoir", mais "les cibles privilégiées de cette terreur d'Etat étaient les citoyens irakiens". Sur son site, ABC rappelle qu'en 2004, le président américain George W. Bush avait déclaré, cité par le Washington Post : "La raison pour laquelle je continue de dire qu'il y a un lien entre l'Irak, Saddam et Al-Qaida est parce qu'il y a un lien entre l'Irak et Al-Qaida." Un an plus tôt, c'était le vice-président de l'époque, Dick Cheney, qui déclarait sur NBC : "Nous savons qu'il (Saddam Hussein) a de nouveau essayé de fabriquer des armes nucléaires et nous savons qu'il entretient des relations de longue date avec des groupes terroristes, dont Al-Qaida."

   

    Source : lemonde.fr, avec AFP
    Date 13 mars 2008

   

  

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Jeudi 13 mars 2008

 

 [ Contre Info - 9 mars 2008 ]

   

L’inégalité croissante dans la distribution des revenus qui a suivi l’abandon du modèle Keynésien a concentré une richesse inutile dans quelques mains, tout en réduisant les débouchés de la production en privant de revenu le plus grand nombre. Un temps comblé par l’apport du crédit - qui permet aux uns de faire payer une seconde fois ce qu’ils ont pris aux autres, ce déséquilibre structurel est intenable à long terme et mène à la crise. Dans ce texte de 1951, Marriner Eccles, qui fut directeur de la Fed de 1934 à 1948, analyse les circonstances qui ont mené à la grande dépression de 1929. Elles sont singulièrement semblables à la situation actuelle.

   

Par Marriner S. Eccles in Beckoning Frontiers (New York, Alfred A. Knopf, 1951)

   

    De la même manière que la production de masse doit s’accompagner d’une consommation de masse, cette dernière implique une distribution des richesses - non pas de celles déjà existantes, mais de celles produites - permettant d’assurer aux hommes un pouvoir d’achat équivalent au montant de biens et services offerts par la machinerie économique des nations.

    Au lieu de réaliser pareille distribution, une succion gigantesque est intervenue en 1929-1930 qui a attiré entre quelques mains une proportion croissante de la richesse produite. Ce phénomène a profité à ces derniers, qui ont accumulé du capital. Mais en retirant le pouvoir d’achat des mains de la masse des consommateurs, les épargnants se sont eux-mêmes privés du type de demande effective de biens propre à justifier un réinvestissement de leur capital accumulé dans la construction de nouvelles usines.

    En conséquence, comme dans un jeu de poker où les jetons se concentrent entre un nombre de mains toujours plus réduit, les autres participants ne peuvent rester en lice qu’en empruntant. Lorsque le crédit de ces derniers s’épuise, le jeu ne peut qu’être arrêté.

    C’est ce qui nous est arrivé durant les années 1920. Nous avions alors maintenu de hauts niveaux d’emploi grâce à une expansion exceptionnelle du crédit extérieur au système bancaire. Cet crédit était financée par la forte croissance des économies des entreprises ainsi que par celles des individus, spécialement dans les groupes à fort revenu, assujettis à des taxes relativement basses. La dette privée extérieure au système bancaire a crû alors d’environ 50 %.

    Cette dette, à laquelle correspondait de hauts taux d’intérêts, a essentiellement pris la forme de crédits hypothécaires sur le logement, sur les bureaux et sur les structures hôtelières, de prêts à tempérament aux consommateurs, d’avances sur titres et de dette extérieure. La stimulation des dépenses par la création de dettes de ce type constituait une démarche à courte vue et ne pouvait permettre d’espérer le maintien de hauts niveaux d’emploi à long terme.

    Une meilleure distribution de la richesse créée au sein du produit national - en d’autres termes, une moindre épargne des entreprises et groupes sociaux aux plus hauts revenus et un revenu plus élevé des ménages les plus modestes - aurait davantage stabilisé notre économie.

    Par exemple, si les six milliards de dollars alloués par les entreprises et les individus fortunés à la spéculation boursière avaient été distribués sous formes de réduction de prix ou d’augmentation de salaires et d’un profit moindre des entreprises et des personnes aisées, l’effondrement économique initié en 1929 aurait pu largement être évité ou limité dans sa portée.

    Le temps vint où la réserve de jetons de poker à prêter s’épuisa. Les débiteurs furent alors contraints de contenir leur consommation afin de dégager des fonds pour apurer leur dette préexistante. S’ensuivit naturellement une réduction de la demande de biens de toutes sortes et ce qui est apparu comme une surproduction mais qui n’était en fait qu’une sous-consommation, pour peu que l’on adopte le point de vue du monde réel et non celui de l’argent. Ce dernier évènement provoqua à son tour une chute des prix et de l’emploi. La hausse du chômage vint conforter le recul de la consommation de biens, ce qui aggrava encore le chômage, bouclant ainsi la boucle d’un déclin continu des prix. Les gains commencèrent à disparaître, rendant nécessaire la réalisation d’économies tous azimuts, tant en termes de salaire que de temps de travail.

    Là encore le cercle vicieux de la déflation était bouclé, au point qu’un tiers de la population globale se trouve sans emploi, tandis que le revenu national était amputé de 50 % et que le fardeau de la dette atteignait des niveaux inédits, non en dollars, mais en termes de valeur courante et de revenus représentant la solvabilité réelle.

    Les charges fixes telles que les taxes, les tarifs ferroviaires et d’autres infrastructures, les assurances et les charges d’intérêt, se maintinrent au niveau de 1929 et leur paiement représentait une telle part du revenu national que le montant subsistant pour la consommation de biens ne permettait pas à la population de subvenir à ses besoins.

    Il s’agit là de ma lecture des mécanismes à l’œuvre lors de la dépression.

   

    Source : Contre Info, d'après Robert Reich
    Auteur : Marriner Eccles (1951), traduction Louis Stella pour Contre Info
    Date : 9 mars 2008

    

  

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