Samedi 16 août 2008

par Jean-Philippe Immarigeon 

   
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Défense Nationale et Sécurité Collective - Août Septembre 2008 ]
   
   
Afghanistan, Otan, Livre blanc : voilà la nouvelle trilogie de notre future défense. Rupture radicale, elle semble n'avoir d'autre fondement que la volonté de clore la dispute irakienne et de s'aligner sur la politique américaine. Encore faudrait-il expliquer pourquoi il est urgent d'adopter une pensée managériale qui mélange guerre et stratégie, et dont l'échec est une nouvelle fois patent en Orient.

C'est devenu un classique de la presse : quoiqu'elle reste la superpuissance militaire, force est de constater que l'Amérique perd ses guerres. L'oxymore n'a pas l'air de choquer ses auteurs : un gamin de cinq ans comprend toutefois que lorsqu'on perd, on n'est pas le plus fort. Qu'à cela ne tienne : défaite sur le terrain, l'Amérique et sa conception éthérée et managériale de la guerre n'en reste pas moins le modèle auquel se rallient nos dirigeants ; au point d'envoyer des troupes dans une bataille sans issue, de réintégrer une alliance en fin de course et de dupliquer dans un Livre blanc ce fumeux concept de Transformation dont l'échec total n'est pourtant plus à démontrer.

[...]
  
   
Télécharger l'article complet (.pdf, 9 pages) que Jean-Philippe Immarigeon nous offre sur son blog.
    
  
    
   
Jean-Philippe Immarigeon est docteur en droit et titulaire d'un MBA américain. Avocat, ayant vécu et travaillé en Asie et aux États-Unis, il collabore régulièrement à la revue Défense nationale et sécurité collective depuis 2001.

Il est l'auteur de plusieurs essais parmi lesquels le très remarquable 
American
Parano, Pourquoi la vieille Amérique va perdre sa guerre contre le reste du monde, et Sarko l'Américain.
Le prochain, L'Amérique défaite, est prévu pour janvier 2009.
    
   
  

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Dimanche 29 juin 2008

Etienne Chouard n'est pas un professionnel de la politique. Professeur d'informatique près de Marseille, il a acquis une certaine notoriété depuis la campagne référendaire pour le Traité Constitutionnel, en 2005, lorsqu'il a il a entrepris d'analyser très précisément sur son site le contenu du traité proposé.
 
Dans cet article de Marianne, il explique que dans une vraie démocratie, une constitution ne peut pas être écrite par ceux qui gouvernent car "ils ont un intérêt personnel dans les règles qu'ils instituent" et que les représentants élus pour gouverner n'ont pas de légitimité à priver la puissance publique de la souveraineté, ni politique, ni monétaire.

Dans d'autres interventions, il milite pour l'introduction d'une dose de hasard (tirage au sort) pour déterminer la représentation nationale, afin de prévenir l'apparition de castes dirigeantes autoreproductrices.

Les réflexions d'Etienne Chouard, éclairent crûment les dévoiements de nos systèmes politiques et montrent une audace intellectuelle et une hauteur de vue tout à fait exceptionnelles qu'on aimerait trouver chez d'autres représentants de "nos élites".




[
www.marianne2.fr - 28 juin 2008 ]


Le Non crié le 12 juin 2008 par les Irlandais contre le pouvoir illégitime européen - pouvoir qui s'impose aux citoyens d'Europe par la ruse et le mensonge (et bientôt la force ?) depuis cinquante ans - est une énième péripétie de l'idée démocratique, toujours voulue par les peuples et toujours refusée par les chefs. Ce troisième rejet populaire de l'union européenne des industriels et des banquiers m'inspire deux réflexions importantes et pourtant absentes du débat public, l'une juridique, l'autre économique : les peuples se voient confisquer leur souveraineté politique et leur souveraineté monétaire, et les deux sont étroitement interdépendantes.
  

• Sur le plan juridique
   
Les peuples méconnaissent une clef indispensable pour reprendre le contrôle de leurs représentants, une vieille clef cachée, une clef logique pour enfin instituer le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes au lieu de subir éternellement le droit des élus à disposer des peuples.
  
Cette clef de la démocratie, aussi méconnue que décisive, peut se résumer ainsi : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir. Ce n'est pas aux ministres, ce n'est pas aux parlementaires, ce n'est pas aux juges, d'écrire ou de réviser la Constitution, car ces hommes-là sont, en cette occurrence précise, à la fois juges et parties : ils ont un intérêt personnel dans les règles qu'ils instituent - puisque tout pouvoir concédé au peuple est un pouvoir qui leur serait retiré à eux - et ils trichent en établissant à la fois des contrôles simulés et des pouvoirs citoyens factices.
   
Toutes les constitutions du monde prouvent, de fait, que cette analyse est plausible.
   
Notamment et très prioritairement, malgré quelques promesses lénifiantes, nos élus ne nous donneront JAMAIS l'indispensable institution du référendum d'initiative populaire, le vrai.
  
La qualité des institutions se joue donc au moment de fixer et de contrôler la composition de l'Assemblée constituante, celle qui va écrire la Constitution et la proposer au référendum : cette chambre fondatrice qui va fixer des limites aux pouvoirs ne doit comporter aucun homme de pouvoir et elle doit pouvoir exclure en son sein tout individu suspect de partialité.
  
L'élection de candidats imposés par les partis (hommes de pouvoir) est ainsi la plus mauvaise idée pour désigner l'Assemblée constituante, ce serait même (comme cela a toujours été) un véritable piège anti-démocratique.
   
Il faudrait que les électeurs puissent désigner librement des citoyens non candidats (qui pourront refuser) ; ou bien les tirer au sort ; ou bien une combinaison de ces modalités (tirer au sort une centaine de constituants parmi des citoyens élus librement).
  
Ce qui compte par-dessus tout, c'est que ce ne soit pas les mêmes hommes : ceux qui écrivent les règles du pouvoir doivent définitivement renoncer à l'exercer, tout comme Dacron, étranger appelé précisément pour cette tâche il y a 2 500 ans, a conçu les premières institutions d'Athènes et s'en est allé après avoir institué un (début de) véritable régime démocratique (sans doute le seul au monde à ce jour).
   
Inutile de préciser qu'en Europe on en est loin, on subit même l'exact contraire, la situation ne peut pas être pire : nous laissons nos maîtres écrire eux-mêmes les limites de leurs pouvoirs et nos capacités à résister à leurs abus... Plus naïf, tu meurs. Pourtant, après 200 ans d'expérience, nous sommes bien placés pour constater que l'élection ne tient pas ses promesses de justice politique : le mirage du suffrage universel a la peau dure.
   
• Sur le plan économique
  
Les médias présentent souvent les progrès fulgurants de l'Espagne et de l'Irlande comme à mettre au crédit des institutions européennes, comme si des progrès économiques justifiaient une régression démocratique et en oubliant que l'Espagne et l'Irlande ont bénéficié depuis des années de dizaines de milliards d'euros gratuits - sans obligation de remboursement, sans dette ! -, au titre des subventions européennes.
   
Ces subventions doivent être vues, pour ces pays, comme une création monétaire (prêtez attention) libre d'endettement : une monnaie sans charge d'intérêt, donc, et qui n'aura même jamais à être remboursée ; cela change tout par rapport au carcan monétaire actuel.
   
La prospérité «miraculeuse», forte et rapide, de ces pays financièrement assistés prouve aux peuples d'Europe qu'«il y a des alternatives» et notamment que la revendication nouvelle - celle qui monte parmi les citoyens en 2008 - est la bonne : ce n'est pas aux banques privées de créer la monnaie et d'en percevoir l'intérêt.
   
Nous manquons de monnaie libre (libre d'endettement) et les pays qui s'en procurent - les peuples qui se réapproprient d'une façon ou d'une autre la possibilité de créer la monnaie en suffisance (sans excès) - viennent à bout du chômage et de la pauvreté, et très rapidement !
   
Cette idée cardinale que les peuples doivent conquérir leur souveraineté monétaire - à travers la création exclusivement publique de la monnaie - est à la fois complémentaire et indissociable de la mienne : les peuples doivent conquérir leur souveraineté politique - à travers l'honnêteté du processus constituant : on n'aura pas l'une sans l'autre ; ces deux combats - pour la Monnaie et pour la Constitution - sont interdépendants et se renforcent mutuellement.
   
Autrement dit, on ne reprendra jamais le contrôle de la monnaie (condition sine qua non pour venir à bout du chômage, de la pauvreté et de la dette publique) sans écrire nous-mêmes la Constitution, car les élus ne sont élus que grâce à ceux qui ont financé - et qui continueront à financer s'ils sont dociles sur l'essentiel - leur campagne électorale, médias subordonnés à l'appui. Ces élus dépendent trop de ceux qui rendent possible leur élection (et qui vivent luxueusement aux dépens du peuple) pour donner un vrai pouvoir au peuple.
   
Au peuple de s'affranchir
   
Sans rien attendre des élus sur ce plan, c'est donc au peuple de s'affranchir de ses propres élus, non pas pour s'en passer - (nous sommes bien trop nombreux pour vivre en démocratie directe, nous avons besoin de représentants, et tout pouvoir, même celui du peuple, doit être modéré par des contre-pouvoirs) -, mais pour les remettre sous un contrôle sourcilleux, avec des institutions honnêtes : séparation des pouvoirs, reddition des comptes, possibilité de sanctions des élus fautifs, révocabilité des élus à tout moment, initiative populaire autonome et puissante, rotation des charges (non cumul et non renouvellement des mandats), respect et publicité des opinions dissidentes, mise en scène des conflits, révisions constitutionnelles conçues par la seule Assemblée constituante et confirmées obligatoirement par référendum, etc.
   
Or, qu'est-ce qu'on fait pour résister en ce moment ? Rien, rien et rien. On attend passivement qu'un parti ou un syndicat nous convoque pour une grande manifestation tous les six mois, sur un mot d'ordre secondaire (par rapport à la monnaie et au contrôle des pouvoirs) et puis, plus rien pendant six mois...
   
Je propose que tous les simples citoyens mécontents d'être si mal représentés, quelle que soit leur tendance politique, sans attendre d'être convoqués par un quelconque appareil partisan, organisent eux-mêmes librement chaque semaine (le mercredi à 18 h par exemple) des micro résistances durables et innombrables sous la forme de petites manifestations devant toutes les mairies d'Europe : le mot d'ordre serait la vieille clef cachée de la démocratie vraie : «nous voulons des pouvoirs légitimes, c'est-à-dire fondés 1) par une Assemblée constituante honnête (désintéressée) et 2) par un référendum».
   
J'appelle ces micro résistances des MOCRIEs, Manifestations Obstinées Contre le Régime Illégitime Européen, et chacun peut créer un forum pour sa MOCRIE sur le site
www.cecri.info .
   
Rien ne se fera de bon pour les peuples sans la mobilisation permanente des citoyens eux-mêmes : chaque citoyen athénien défendait personnellement la démocratie grecque, quotidiennement, les armes à la main s'il le fallait, contre les oligarques. De ce point de vue, l'Internet est une chance inouïe pour l'humanité. J'invite donc chaque citoyen mécontent de son impuissance politique à agir en créant sa petite mocrie en bas de chez lui.
  
Saurons-nous réagir avant de nous laisser détruire ? Je l'espère.


Pour aller plus loin dans ce débat, vous pouvez consulter le site personnel d'Étienne Chouard.


Samedi 28 Juin 2008 - 00:06
Étienne Chouard


    Source : http://www.marianne2.fr

    © Marianne2.fr

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Mardi 24 juin 2008

[ Rue89 - 9 juin 2008 ]
   
   

Par Paul Meyer
 
  
Le sociologue Frédéric Pierru, de l'université Paris-Dauphine, vient de publier "Hippocrate malade de ses réformes" (Ed. du Croquant) : il y démontre comment depuis soixante ans, les réformes successives préparent le terrain à la privatisation d'une part de plus en plus importante de l'assurance maladie.


"Le 'trou' de la Sécu est un mythe"

Plutôt que de raisonner en termes de besoins, le débat public sur la Sécurité sociale en général et sur l'assurance maladie en particulier se limite aux dépenses et notamment au manque de financement, le fameux "trou" de la Sécu. Pour Frédéric Pierru, membre du collectif "Raisons d'agir" (fondé par Pierre Bourdieu à la suite du mouvement social de 1995), parler de déficit permet surtout de justifier une politique de rigueur. (Voir la vidéo)

 

Pourquoi parle-t-on sans cesse de gaspillage?

Les gaspillages de l'assurance maladie sont évalués entre 150 et 400 millions d'euros sur un budget annuel de 150 milliards d'euros. Ils sont donc très minoritaires dans la part des dépenses de santé et pourtant, ils monopolisent le débat public. (Voir la vidéo)

 

De l'hôpital à l'entreprise de soins

Modernisés au début des années 1980, les hôpitaux ont été priés de tenir leurs budgets. C'était l'époque de la "dotation globale", qui fixait annuellement leurs enveloppes budgetaires. Malheureusement, la rigidité de cette politique a conduit des hôpitaux à répondre à une demande de soins croissante avec un budget toujours identique lorsqu'ils se trouvaient au cœur d'un bassin de population dynamique. Pour mettre en adéquation l'activité des hôpitaux et leur budget, la réforme Hôpital 2007 (de 2002) a instauré la "tarification à l'activité" (T2A). Mais elle a aussi ses effets pervers... (Voir la vidéo)

 

La concurrence en santé est dangereuse et contre-productive

Plus personne ne réclame l'instauration d'une concurrence en matière de santé. Même la très libérale OCDE est revenue sur ses prescriptions antérieures. Frédéric Pierru explique pourquoi. (Voir la vidéo.)

 

Qui bloque les réformes?

Les réformes de l'assurance maladie s'opposent à l'augmentation des prélèvements obligatoires. Mais elles refusent également de demander des efforts aux médecins libéraux, qui bloquent toute rationalisation de leur implantation. Selon Frédéric Pierru, les syndicats de médecins libéraux forment un front uni contre une meilleure organisation des soins. (Voir la vidéo)

 

Qui veut privatiser l'assurance maladie ?

Le sociologue montre comment les assureurs privés agissent pour mettre la main à chaque réforme sur une part plus importante du gâteau de l'assurance maladie. La réforme de 2004, en créant le "ticket modérateur", a créé le principe, qu'il ne reste plus qu'à étendre ensuite. (Voir la vidéo)

 
[ ... ]
  
  
Source :
Rue89
    
  



Biographie de l'auteur

Frédéric Pierru, docteur en science politique, est sociologue, chargé de recherche au CNRS, membre de l'IRISES (Paris IX Dauphine). Ses publications portent sur la réforme des systèmes de santé français et européens, le renouveau de la santé publique en France et les enjeux politiques de la gestion.

Présentation de l'éditeur

Le diagnostic officiel est pessimiste, le pronostic plus encore : le système de santé français connaîtrait une " crise profonde " ; il serait " en faillite " faute de pouvoir " réguler " l'" explosion " des dépenses de santé ; malgré un " trou de la Sécu abyssal ", il ne garantirait même pas un accès universel à des soins de qualité. Et les gouvernements, les experts et les journalistes de stigmatiser l'" exception française " pour mieux célébrer nos voisins européens qui, eux, auraient eu le courage d'engager des réformes certes difficiles mais nécessaires. Un examen attentif de ces réformes montre, toutefois, qu'il n'existe pas d'exception française et que les systèmes de santé européens sont mis en crise dans le but de privatiser et de libéraliser le secteur, avec les encouragements de l'Union européenne et de l'OCDE. Le paradoxe veut que ce soit le cancre des pays développés - les États-Unis - qui inspire désormais les décideurs européens. Même si, en France, l'État resserre son emprise sur l'assurance maladie et se gargarise de la Couverture maladie universelle, notre pays n'est cependant pas à l'abri de la doxa néolibérale. L'étatisation pourrait être le levier de la mise en concurrence prochaine de l'assurance maladie et des hôpitaux. Des voix, notamment patronales, s'élèvent pour presser l'adoption de réformes en ce sens, dans un débat public monopolisé par une poignée d'experts. Le discours modernisateur oscille alors entre la pédagogie économique et la répétition ad nauseam de poncifs, comme les " abus ", sur le fondement de chiffres parfois fantaisistes, souvent contestables et toujours intéressés. La critique sociale passe d'abord par un triple refus : celui de l'économisme ; celui de la reddition face au " bon sens " gestionnaire ; celui de la posture défensive qui, dénonçant le rationnement des soins, en vient à défendre les revenus des médecins et les profits de l'industrie pharmaceutique. Elle doit ensuite partir d'un constat radical : la santé est un enjeu politique avant d'être un problème économique ou médical. La question sanitaire rejoint alors la question sociale, redevenant un sujet de réflexion pour les sciences sociales et, au-delà, de délibération démocratique. La santé est le terrain privilégié d'interpellation des fondements économiques, sociaux et politiques du nouvel ordre économique.


Disponibilité : Amazon.fr

 

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Mardi 24 juin 2008

Extrait d'un débat organisé par l'Association Dauphine Discussion Débat, le 6 mai 2008.
   
        
    


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   Voir la totalité du débat  : www.dauphinedebat.com
    
    
     
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Jeudi 1 mai 2008

    
[
Le Monde - 30 avril 2008 ]
   
  
L 'emploi est de moins en moins protecteur contre la pauvreté. Tel est l'un des principaux constats mis en évidence par le cinquième rapport de l'
Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale, qui a été remis, mardi 29 avril, au Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch, et à la ministre du logement et de la ville, Christine Boutin.
  
Ce rapport confirme que le processus de réduction de la pauvreté globalement observé sur les deux dernières décennies marque une pause : en 2005, dernière année connue, 3,7 millions de personnes (6,3 % de la population totale) vivaient en dessous du seuil de pauvreté (681 euros par mois pour une personne seule), soit un nombre identique à celui de 2003. Et l'intensité de la pauvreté tend à s'aggraver. L'écart entre le niveau de vie médian des ménages pauvres et le seuil de pauvreté ne cessant de s'accroître depuis 2002 (16,3 % en 2002 à 18,2 % 2005), de plus en plus de personnes s'éloignent de ce seuil et "s'enfoncent" dans la précarité.

 

TEMPS PARTIEL

 

Même l'emploi protège de moins en moins contre la pauvreté. En 2003 et 2005, le phénomène des working poor (travailleurs pauvres) s'est ainsi accentué : il y a trois ans, 1,74 million de personnes, soit 7 % des travailleurs, occupaient un emploi mais étaient malgré tout dans un ménage ayant un revenu inférieur au seuil de pauvreté ; deux ans plus tôt, ils étaient 1,47 million.

La pauvreté touche d'abord des travailleurs qui connaissant de longues périodes de chômage, mais aussi ceux qui sont employés toute l'année à temps partiel (21 % des travailleurs pauvres) et les non-salariés (27 % sont indépendants).

Les difficultés des travailleurs pauvres sont aussi souvent liées à leur situation familiale. Un tiers d'entre eux a un conjoint chômeur ou inactif (contre 23 % de l'ensemble des travailleurs) et un autre tiers est sans conjoint (contre un quart de l'ensemble des travailleurs). Plus de 40 % des travailleurs pauvres ont ainsi un revenu supérieur à un smic annuel mais qui, rapporté à la composition de leur ménage et en l'absence d'autres ressources, ne permet pas de dépasser le seuil de pauvreté.

   
   
   Source :
Le Monde
   Auteur : Laetitia Van Eeckhout
   Edition du 30 avril 2008
  
  
   © Le Monde.fr

     
   

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Samedi 26 avril 2008

 [ Le Parisien - Dossier publié le 21 avril 2008 - n°19789 ]

Depuis 2001, mais surtout depuis les émeutes urbaines de 2005, les Etats-Unis s'implantent dans de nombreuses cités défavorisées. Argent, moyens humains, tout est bon pour redorer leur image auprès les jeunes français issus de l'immigration, et effectuer leur travail d'influence.
  
   
« Après le 11 septembre, on a vu débarquer des mecs qui voulaient rencontrer des types de banlieue »
Cet universitaire très bien introduit auprès des associations et des milieux islamiques préfère taire son identité. A l'automne 2001, il a été approché par, deux hommes, la quarantaine, se présentant comme des chercheurs américains. « Mon profil les intéressait. Je les ai vus au cours d'un dîner séparément. Les masques sont tombés très vite. Je me suis douté qu'ils étaient de la CIA - j'en ai eu confirmation plus tard. J'ai refusé de les amener en banlieue. Mais ils ont dû parvenir à leurs fins par d'autres moyens. » Leurs motivations ? « Mettre la main sur le réseau associatif ; poursuit le chercheur, et comprendre en passant du temps dans les banlieues européennes comment on pouvait basculer dans un commando terroriste. »
    
    
   
Les voyages d'Ali, Karim ou Fayçal tous frais payés
   
Ali Zahi raconte son voyage aux Etats-Unis avec des étoiles dans les yeux. «. Je me suis retrouvé en Arkansas, en Oregon, au Texas, et je n'ai qu'une hâte : y retourner. » On l'aurait rencontré quelques1es mois plus tôt, pas sûr que ce grand escogriffe à chemise blanche ait tenu le même discours. Entre-temps, il est passé entre les mains des Américains et a côtoyé l'Oncle Sam pendant trois semaines aux frais de l'ambassade des Etats-Unis.
   
Ali, 31 ans, né au Maroc, qui a grandi et a été élu à Bondy, dirige le cabinet du maire de Clichy-sousBois, berceau des émeutes de 2005. Un pur produit de la Seine-Saint-Denis qui le désigne naturellement candidat à la nouvelle version de l'International Visitor's Program du département d'Etat américain. Depuis trois décennies, l'administration américaine repère les futurs leaders de la planète et les prend sous sa coupe. Des générations de politiques et de grands patrons, dont Nicolas Sarkozy, François Fillon, Gordon Brown, ont bénéficié de ce programme.
  
A l'époque, le casting se faisait aux portes de l'ENA et des grandes écoles. Mais, en 2005, la cible change. L'Amérique se focalise sur l'autre France, cette société émergente, diverse, qui veut se faire entendre, et dont les leaders pourraient rapidement prendre du galon. Amirouche Laïdi, président du club Averroès, le jeune chef d'entreprise Aziz Senni, Stéphane Pocrain... Tous ont serré la main de grands décideurs américains et ont fini par nuancer leur propos sur les EtatsUnis. Peu échappent à la règle. Mohamed Hamidi, du Bondy Blog, et Karim Zeribi, président du Parlement des banlieues, y sont en ce moment. « Evidemment, les idées américaines ne sont pas toutes transposables. Nous n'avons pas forcément les réponses, mais nous pouvons faciliter le dialogue et confronter les points de vue », commente Randiana Peccoud, chargée de la diversité à l'ambassade des Etats-Unis en France.
  
Pour tous, le recrutement s'est déroulé de la même manière, en douceur. C'est un ami, Fayçal Douhane, militant de la diversité au PS, qui introduit Ali Zahi auprès de l'ambassade. Le premier contact est informel. S'ensuivent des invitations à des colloques, des dîners en ville. Jusqu'au jour où il reçoit ce coup de téléphone. « On aimerait te faire partir. Ce serait vraiment intéressant pour toi. Tu raconterais ton expérience. » Envoyé à l'automne Ali rencontre des politiques, un imam, des lobbyistes, les responsables de communautés. « Tous voulaient comprendre pourquoi des Français, issus du Maghreb ou de confession musulmane, ont une telle défiance à leur égard alors qu'ils ne connaissent pas l'Amérique. »
  
L'administration Bush ne regarde pas à la dépense. Hôtels, traducteur, vols intérieurs, tout est inclus. Justin Vaïsse, chercheur, n'y voit rien d'autre que du « travail d'influence ». Clichy travaille aujourd'hui en direct avec l'ambassade. « Je ne me pose pas la question de savoir ce qu'il y a derrière tout ça, avoue Ali. On n'a pas le temps. Ils nous présentent un projet d'envergure, quasi financé, qui va valoriser les habitants. Sur le terrain, on prend ce qu'il y a à prendre. » Pragmatique, Ali Zahi, à l'américaine.
    
   
Des sponsors très convoités
   
Patrick Lozès, président du Cran (Conseil re­présentatif des associations noires de France), le regrette mais doit bien l'admettre. « Je ne me tourne pas vers la France en priorité; Je m'adresse aux Etats-Unis quand j'ai besoin de financer un projet » Amirouche Laïdi, fondateur du club Averroès, décode: « Les Amé­ricains sont dans l'opérationnel. Je ne trouvais pas d'in­terlocuteur pour parler de mon projet quand ils sont venus me proposer de l'aide. » Comme tous ces leaders associatifs en quête de subventions et en mal de recon­naissance, Amirouche ne s'est pas fait prier. Depuis, l'ambassade est devenue l'un de ses meilleurs soutiens. Il n'y a pas trois semaines encore, ils coprésidaient avec Trace TV un colloque sur les nouvelles générations ur­baines, à deux pas des Champs-Elysées.
  
Sans les 3 000 € de l'ambassade, Adji Ahoudian, co­fondateur de l'association les Braves Garçons d'Afrique (Paris XIXe), aurait eu le plus grand mal à boucler le budget du festival Afro 2005. « On regarde d'autant plus vers les Etats-Unis que les responsables politiques ici n'ont toujours rien compris. Le président a beaucoup promis, mais rien n'est venu », poursuit Patrick Lozès. C'est grâce à une fondation américaine qu'il finance en janvier 2007 la première enquête jamais réalisée sur la population noire de France. « Il s'agit de sommes conséquentes, je n'ai pas peur de le dire. » Grâce à eux encore que la première chambre de commerce de la diversité en France, desti­née à mettre le pied à l'étrier aux jeunes entrepreneurs de banlieue, verra le jour en mai.     


    Source : Le Parisien
    Auteur : Emeline Cazi
    Date : 21 avril 2008

Voir la page du Parisien en pdf (1,4 Mo)

  
  

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Mercredi 23 avril 2008
Bruno Guigue, sous préfet de Saintes (Charente-Maritime), qui avait été limogé par le Ministre de l'Intérieur, après qu'il ait publié sur le site Oumma.com un article très critique sur l'Etat d'Israël avait fait l'objet plusieurs violentes attaques dans la presse. Il répond ici ses détracteurs.
  
  
 [ Les indigènes de la République - 21 avril 2008 ]
   
  Ma faute ? Avoir heurté de plein fouet la doxa occidentale

Dans les jours qui ont suivi mon "limogeage", les éditorialistes Jean Daniel, Bernard-Henri Lévy et quelques autres se sont empressés de me prendre pour cible. Prenant courageusement le parti du pouvoir contre un homme seul, ils ont caricaturé mes propos et stigmatisé ma personne. Point commun de ces commentaires peu amènes ? Sous une avalanche de procès d’intention, un pesant silence à propos des faits que j’avais mentionnés dans ma tribune. Sans toujours réitérer l’accusation grotesque d’antisémitisme proférée par Luc Rosenzweig, ils insinuent que je me serais condamné moi-même par l’outrance de mes propos.

Mais qu’en est-il, effectivement, des tirs de snipers israéliens sur les enfants et de la pratique de la torture dans les prisons ? Rien. Vrai ou faux ? À lire leur prose, nous n’en saurons pas plus. On préfère évoquer à mon encontre « les protocoles des sages de Sion », comme l’a fait Pierre Assouline. À croire que la coalition de ceux qui ne veulent pas savoir et de ceux qui ne veulent pas que l’on sache est majoritaire. Et au lieu de réfuter mes affirmations de manière factuelle, mes détracteurs préfèrent ainsi jeter l’anathème.

Mais, précisément, parlons plutôt des faits. Deux phrases inlassablement reprises en boucle, tirées de leur contexte, en effet, ont alimenté mon lynchage médiatique. « L’Etat d’Israël est le seul où des snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles ». Cette affirmation visait à répliquer aux signataires d’une violente charge contre l’Iran, pays où la peine de mort est cruellement appliquée. Une phrase choquante ? Sans nul doute. Mais les tirs de soldats israéliens contre des enfants, hélas, sont des faits avérés, évoqués par le quotidien israélien Haaretz depuis 2000. Des tirs délibérés, dont le journaliste britannique Chris MacGreal, pour l’hebdomadaire The Guardian, a notamment fait le récit détaillé dans un article paru le 29 juin 2005.

Une triste réalité dont Christophe Oberlin, professeur de chirurgie à l’hôpital Bichat, a lui aussi publiquement témoigné au terme de nombreuses missions médicales en Palestine. Il vient d’ailleurs d’écrire au gouvernement une lettre où il lui demande si, lui aussi, il sera limogé pour avoir confirmé mes dires. Livrée en pâture à l’opinion comme une énormité, la phrase que j’ai écrite avait quelque chose de monstrueux, en effet : elle était vraie. Et parce qu’elle disait la vérité, elle heurtait le formidable déni de réalité qui entoure, dans les médias dominants, la politique israélienne.

La deuxième phrase litigieuse est celle où j’évoque « les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on interrompt la torture durant le shabbat ». Choquant, là encore ? Le propos renvoyait à leur propre contradiction ces fervents partisans de l’État d’Israël qu’indigne, curieusement, l’inclination de certains pays à la défense de la religion. Mais le fait mentionné, lui, ne fait pas l’ombre d’un doute : il suffit de consulter le dossier établi par l’association israélienne de défense des droits de l’homme Bet’Selem.

Lorsque la Cour suprême israélienne tenta de limiter l’usage de la torture pratiquée sur les prisonniers palestiniens, en 1999, les services secrets ont argué de l’urgence pour la justifier. Les plaignants ont alors fait observer que du vendredi midi au samedi soir, cette pratique était interrompue, ce qui relativisait singulièrement l’argument de l’urgence. Cette affaire est parfaitement résumée par Sylvain Cypel, ex-rédacteur en chef du quotidien Le Monde, dans son livre « Les emmurés », paru aux éditions La Découverte en 2005, p. 94, note 17. Chacun peut s’y référer et vérifier la véracité de mes propos.

Reste un troisième grief, tout aussi paradoxal. Dans la tribune violemment antionusienne dont je faisais la critique, les signataires crurent bon de citer Goebbels, lequel invoquait face à la Société des Nations le fameux adage : « charbonnier est maître chez soi ». Cette citation visait la majorité des pays membres du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, dont le tort était d’avoir dénoncé la violation du droit international par Israël. Les pays musulmans se voyaient ainsi "nazifiés", purement et simplement, par les auteurs du pamphlet que je passais au crible. « Analogie pour analogie », ai-je fait observer, il y avait plutôt ressemblance entre le Reich qui s’asseyait sur la SDN et l’Etat d’Israël qui bafouait l’ONU.

Mea culpa : j’avais oublié que les comparaisons les plus désobligeantes, aux yeux de l’establishment hexagonal, sont interdites à propos d’Israël mais vivement recommandées à l’égard des pays du « Tiers Monde ». Mon principal tort, plus que d’avoir enfreint le devoir de réserve, n’est-il pas d’avoir heurté de plein fouet la doxa occidentale ? Après avoir mis en lumière le déni de réalité dont le discours dominant entoure les exactions israéliennes, il faut croire que c’en était trop. À mes dépens, j’ai fait la démonstration que la frontière entre ce qu’il est licite de dire et ce qui ne l’est pas, dans notre pays, n’a rien à voir avec le vrai et le faux.
   
Bruno Guigue
     
    

     Source : Les Indigènes de la République
    
     
     
   
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Vendredi 4 avril 2008
Le directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques, Pascal Boniface, rappelle que Sarkozy plaidait en 2007 pour le retrait de la France.
   
[
IRIS - 2 avril 2008 ]

   
   
Faut-il voir dans l'envoi de troupes françaises supplémentaires en Afghanistan, conformément à une promesse de Nicolas Sarkozy faite au président Bush, un nouveau signe de l'alignement atlantiste de la France ?
    
C'est un signe supplémentaire, en effet. Un signe d'autant plus remarquable que ce qui est fait aujourd'hui est l'exact inverse de ce qui a été dit pendant la campagne présidentielle. Rappelons que Nicolas Sarkozy avait plaidé, au printemps dernier, pour un retrait des troupes françaises d' Afghanistan. Là, plus question de retrait, ni même du maintien en l'état, de la présence française, mais bien d'une nette augmentation des forces déployées dans la zone. Il est certain qu'un retrait aurait conduit à une crise dans Ies relations franco-américaines, perspective que Nicolas Sarkozy a voulu éviter. Ce renforcement de Ia présence militaire française a donc autant à voir avec les relations franco-américaines qu'avec la situation stratégique sur place, en Afghanistan.
   
Dans le même mouvement, la perspective d'un retour de la France dans le commandement militaire intégré de I'OTAN correspond-il 'à un tournant stratégique ?
   
Nous sommes face à une succession de signes, qui vont tous dans le même sens. Reste à savoir combien de signes seront nécessaires pour que les virages pris en direction des États- Unis se muent en véritable rupture. Tout dépend des évolutions futures de l'OTAN. Va-t-on vers l'européanisation de l'OTAN ? Pour l'instant, on ne connaît pas précisément les conditions posées par la France pour décider de son retour dans l'OTAN. C'est cela qui suscite le doute. Si des garanties sont données sur le fait que l'OTAN devienne plus européenne, alors le jeu en vaut peut-être la chandelle. Mais si de de telles garanties ne se concrétisent pas, ce jeu pourrait devenir dangereux.
   
Le retour annoncé dans les organes militaires intégrés de l'OTAN est plus spectaculaire, mais serait moins lourd de conséquences, dans la perspective d'une véritable européanisation, que le renforcement de la présence militaire française en Afghanistan. L'envoi de troupes supplémentaires, présenté comme la suite naturelle de décisions déjà prises, présente, en fait, le risque très concret de nous engager dans un engrenage dont on ne voit pas, aujourd'hui, toutes les conséquences.
    
Alors que le traité de Lisbonne place la défense européenne sous la supervision de l'OTAN, cette intégration plus poussée dans l'Alliance est-elle compatible avec l'émergence d'une défense autonome de l'UE?
   
Le débat ne se pose pas en termes de supervision. Il porte sur l'alternative suivante : soit le pilier de la défense européenne est parallèle à l'OTAN et peut-être autonome, soit il est imbriqué dans l'OTAN, donc dépendant d'elle. S'il s'agit simplement de faire en sorte que les pays européens augmentent leurs dépenses militaires pour être plus opérationnels au sein de l'OTAN, c'est effectivement une impasse. S'il s'agit de créer des possibilités de défense autonomes et parallèles à l'OTAN, cela peut être une piste intéressante. L'inconnue reste l'attitude, à l'avenir, des autres pays européens et surtout des Etats-Unis.
   
Les appels récurrents en faveur d'une rénovation de l'OTAN sont-ils le symptôme d'une crise de l'organisation ?
    
Ce débat sur la rénovation est presque aussi vieux que I'OTAN elle-même. Avec la chute de l'Union soviétique, la raison d'être de I'OTAN s'est effondrée. Depuis, la redéfinition de son rôle est en débat. D'où ces appels répétés à sa rénovation.
   
Vous mettiez en garde, il y a quelques mois, contre la tentation de faire del'OTAN une sorte de gendarme du monde, habilité à intervenir partout au gré des crises, Cette tentation reste-t-elle prégnante?
    
Cette tentation demeure bien vivante dans certains cercles. En témoigne le texte publié récemment par cinq anciens chefs d'état-major d'armées européennes demandant un alignement total sur les États- Unis. Ce texte prévoit la possibilité, pour l'OTAN, de déclencher des conflits de façon dite « préventive », c'est-à-dire de se livrer à des agressions. Il envisagé aussi la possibilité de recourir à des frappes nucléaires préventives pour empêcher la prolifération. Ce document, non-officiel, est extrêmement inquiétant. Certains cénacles nourrissent l'idée de faire de I'OTAN le bras armé d'un monde occidental qui devrait se défendre contre des ennemis contestant sa suprématie. C'est une vision extrêmement dangereuse, ignorante des réalités internationales nouvelles. Dans un monde désormais multipolaire, une telle vision, loin d'assurer « la suprématie occidentale », pourrait au contraire accélérer le déclin contre lequel on prétend vouloir lutter.
    
Quelles peuvent être les conséquences d'un élargissement de l'OTAN à l'Ukraine et à la Géorgie ?
    
Lors de la réunification allemande, les pays occidentaux s'étaient engagés, verbalement, à ne pas élargir l'OTAN. Au gré des élargissements successifs de l'OTAN, des signaux de manquements à ces engagements pris à la sortie de la guerre froide ont été envoyés à la Russie, Cela a contribué à tendre les relations entre la Russie et le monde occidental et à développer un discours nationaliste toujours plus ferme en Russie.
   
Il y a une contradiction à se plaindre d'un raidissement de la Russie tout en conduisant une politique qui vient, au moins partiellement, le provoquer et nourrir un sentiment d'encerclement. Peut-être la Russie exagère-t-elle le danger. Mais il faut tenir compte de ses perceptions si l'on veut avancer de manière raisonnable.
   
   
Dernier ouvrage : Pascal Boniface et Hubert Védrine, Atlas du Monde global, Armand Colin.
     
    
    
    Source :
IRIS
    Auteur : Pascal Boniface, interrogé par Rosa Moussaoui (L'Humanité)
    Date : 2 avril 2008
    
     
    
   
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Jeudi 3 avril 2008
 [ Marianne 2 - 3 avril 2008 ]
   
   
Selon Emmanuel Todd, le renforcement des troupes françaises en Afghanistan est une erreur diplomatique et stratégique, et dessine les contours d'une idéologie extrême-droitière à l'échelle mondiale. Interview.

   
Au Sommet de l'Otan, mercredi 2 avril, George Bush s'est dit «très heureux» du soutien de la France en Afghanistan. Mais la veille, à l'Assemblée, la première grande décision stratégique de Nicolas Sarkozy de renforcer les contingents français engagés dans le conflit afghan mettait le feu aux poudres. Les socialistes, de François Hollande à Lionel Jospin, d'Hubert Vérine à Ségolène Royal, s'opposent unanimement à une politique d'alignement sur les Etats-Unis. Ils mettent en avant l'enlisement du conflit afghan, son coût humain et dénoncent le «tournant atlantiste» de la politique française. Pour l'historien et démographe Emmanuel Todd, les dangers de cette politique sont encore plus graves. L'auteur de
Après l'empire juge que cette partie est perdue d'avance et qu'elle participe d'une idéologie extrême-droitière naissante.
    
   
Marianne2.fr : Le renforcement des troupes en Afghanistan vous paraît-il justifié ?
   
Emmanuel Todd : Je peux tout imaginer de Nicolas Sarkozy, même qu'il ne sache pas ou est l'Afghanistan. Mais je ne peux pas imaginer que les gens qui l'entourent ignorent ce que tout le monde anglo-saxon sait, à savoir que cette guerre est perdue.
    
Pour vous, cette guerre est sans espoir ?
    
E.Todd : L'organisation sociale des Pachtounes est faite pour la guerre, tout comme celle des clans somaliens : la guerre est l'état normal de ces sociétés, ce n'est donc pas un problème dans la durée. A partir du moment où les belligérants sont alimentés par des fournitures d'armes régulières venant de l'extérieur, il est évident que ces système sociaux vont venir à bout de quelques milliers d'hommes venus de loin et difficilement approvisionnés. On peut se demander, à la limite, si ça va se terminer par un Dien-Bien-Phû ou par un retrait paisible.
   
Du point de vue du gouvernement, il semble pourtant qu'il y ait des enjeux à ce conflit...
   
E.Todd : Pourquoi ceux qui nous gouvernent veulent-ils participer à une guerre perdue ? Voilà la vraie question. Et là, comme dans les débats sur la réintégration pleine et entière de la France à l'Otan, on touche au symbolique. Cette manœuvre a pour objectif de réaffirmer un lien avec l'Amérique. Je n'appellerai pas ça du néo-atlantisme. L'atlantisme était le lien de l'Europe occidentale avec les Etats-Unis à une époque où ils portaient les valeurs démocratiques face au totalitarisme soviétique. Ce n'était pas du goût des gaullistes, mais dans le contexte, cela pouvait se justifier. Aujourd'hui, l'Amérique est le pays du fric, du néo-libéralisme et des inégalités. Et ce qui se profile derrière cette nouvelle association, c'est de l'occidentalisme. C'est un lien fondé sur une nouvelle idéologie, une idéologie qui se construit dans le conflit avec l'islamisme.
    
Mais la France n'a-t-elle pas intérêt, pour des raisons de politique «réaliste», à s'associer avec les Etats-Unis plutôt que de rester repliée sur elle-même ?
   
E.Todd : La France n'a pas les moyens de s'engager en Afghanistan, c'est déjà un objectif démesuré pour les Etats-Unis. La France est une puissance moyenne et l'Amérique une puissance déclinante. Paris existait terriblement à l'époque de Villepin : après son discours à l'ONU contre l'engagement de la France en Irak, nous rayonnions! Mais sous Nicolas Sarkozy, il arrive à la France ce qui est advenu de l'Angleterre sous Tony Blair : si l'on devient le caniche des Etats-Unis, on disparaît. Si on s'aligne, si on perd son indépendance, on disparaît. De Gaulle l'avait compris : la France n'existe à l'échelle mondiale, ne peut justifier son siège au conseil de sécurité de l'Onu et sa possession de l'arme nucléaire, que lorsqu'elle représente un acteur autonome. Le monde n'a rien à faire de la France de Sarkozy.
  
La lutte contre le terrorisme légitime aussi l'engagement du gouvernement dans ce conflit.
    
E.Todd : Les occidentalistes se pensent en situation de légitime défense. Le terrorisme existe, il devrait être contré par le contre-espionnage et par des forces policières, mais sûrement pas par des guerres à l'étranger. La première attaque contre l'Afghanistan était légitime, il s'agissait de déloger Ben Laden; d'ailleurs, les Russes nous y avaient aidé. Mais l'irakisation de l'Afghanistan participe d'une agression du monde musulman par le monde occidental. L'occidentalisme est une doctrine d'extrême droite en émergence. La France va être du côté du mal : en exposant des troupes françaises et en participant aux bombardements de la population civile afghane. Et, grâce à Sarkozy, nous risquons même ce qu'ont subi la Grande-Bretagne et l'Espagne à la suite de la guerre en Irak.
   
Vous parlez des attentats de Londres et de Madrid qui ont eu lieu suite à l'engagement de nos voisins en Irak. Mais là, il ne s'agit que d'envoyer quelques centaines d'hommes dans un pays où la France a déjà des troupes...
   
E.Todd : Mais justement ! Rappeler leur faible nombre, comme le fait le gouvernement, c'est avouer qu'il s'agit bien d'une action symbolique ! Les quelques bateaux qu'on va mettre dans le golfe persique vont faire rire les Iraniens. Mais nous nous positionnons dans une construction idéologique, contre le monde musulman. Cette posture est d'ailleurs très cohérente avec le sarkozysme en politique intérieure.
   
Vous pensez que Nicolas Sarkozy est dans une logique de guerre avec le monde musulman ?
   
E.Todd : Ce qui a fait son succès dès le premier tour de l'élection présidentielle, c'est le ralliement d'une partie des électeurs du Front national. Il a pu avoir lieu à cause des émeutes en banlieues, qui ont été un facteur de traumatisme. Mais c'est Sarkozy, ministre de l'Intérieur, qui a provoqué cet évènement. Dans la logique du sarkozysme, il y a la combinaison d'une incapacité à affronter les vrais problèmes et à désigner des boucs émissaires. C'est classique : quand une société est en crise, elle a le choix entre résoudre ses problèmes économiques et ses pathologies sociales, ou créer des bouc-émissaires. Sarkozy recherche toujours un ennemi, il est dans l'agression. Cela s'observe même dans son comportement ordinaire avec les habitants de banlieue ou les marins pêcheurs.
   
En s'impliquant plus en Afghanistan, la France participe donc à déclencher un clash des civilisations?
   
E.Todd : L'analyse d'Huntington sur le clash des civilisations est fausse, mais un gouvernement peut essayer de la rendre vraie. Je pense que les gens qui nous gouvernent seront tenus pour responsables de ce qu'ils font. La guerre, c'est la pédagogie du mal. Les peuples en paix pensent sainement. On entre parfois en guerre pour de bonnes raisons, mais peu à peu, on glisse insensiblement dans la violence pour la violence. C'est ce qui aurait pu arriver en Espagne, si les Espagnols avaient mal réagi aux attentats : ils auraient pu s'enfoncer dans le conflit des civilisations. Je crois que cette stratégie conflictuelle va échouer aussi en France. La recherche de bouc-émissaires, l'émergence d'une idéologie islamophobe et hostile aux enfants d'immigrés... ce n'est pas dans la nature de la France. Au final, les Français préfèrent toujours décapiter les nobles que les étrangers.
    
    
   
    Source :
Marianne 2
    Auteur : Emmanuel Todd interrogé par Anna Borrel
    Jeudi 03 Avril 2008 - 00:17
     
     © Marianne2
     
     
   
   

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Jeudi 3 avril 2008

[ France Soir - 3 avril 2008 ]


Alors que s'ouvre le sommet de l'Otan, Roland Dumas dénonce « l'alignement » de la France sur Washington : « La responsabilité du gouvernement sera immense devant l'histoire », redoute-t-il.
    
   
FRANCE-SOIR.
Que pensez-vous du rapprochement France - Etats-Unis à l'occasion du sommet de Bucarest ?
  
Roland Dumas. L'annonce à grand fracas de ce sommet laisse penser que nous sommes sur la voie d'un alignement avec les Etats-Unis. C'est un changement cardinal de la politique étrangère française depuis le général de Gaulle. Tous les présidents successifs avaient veillé jusqu'à présent à ne pas modifier notre politique. Ainsi, durant la guerre du Golfe, j'ai assisté à des entretiens entre François Mitterrand et George Bush père, où le président avait insisté sur la nécessité pour la France de garder son autonomie. C'est lui-même qui a donné l'ordre aux soldats français d'attaquer au Koweït. Cela ne sera plus possible. C'est la mort du gaullisme.
  
Pourquoi ?
  
Si, comme on l'annonce, la France va rejoindre le commandement intégré de l'Otan, elle va perdre son autonomie d'action, à l'image de la Grande-Bretagne. Elle sera un partenaire de l'Alliance, assigné à telle ou telle mission, et elle devra s'y plier. Sa voix n'existera plus. Ce que la France a fait en 2003, lors du déclenchement de la guerre en Irak, ne sera plus possible. En vertu des accords, elle n'aura plus la faculté d'adopter une autre position que celle de l'alignement.

Quelles sont les contreparties pour la France ?

Celle de bénéficier de ce qui se prépare actuellement : une réorganisation de l'ordre mondial autour des Etats-Unis. Un processus dangereux qui se fera au détriment de l'Europe. A partir du moment où l'on s'inscrit dans un contexte atlantiste, à quoi bon une défense européenne ? A ce titre, il faut noter les propos ce matin (hier, NDLR) du président Bush qui a vanté chaudement la position défendue par Nicolas Sarkozy, la semaine dernière à Londres, de se rapprocher de la Grande-Bretagne. Si l'on se réfère au proverbe « dis-moi qui t'encense, je te dirai qui tu es », c'est signé.
   
Pourtant, une majorité de Français semble hostile à cette politique...
   
Les Français sont des gens prudents et sensés. Ils se demandent quel est notre intérêt à aller se battre en Afghanistan. Le général de Gaulle avait fondé sa politique sur un principe : « La France ne doit pas se laisser entraîner dans un conflit qui ne la concerne pas. » D'autant que durant le débat à l'Assemblée, aucune réponse n'a été donnée aux questions essentielles : combien de renforts ? Quelle mission : organiser la circulation des routes ou participer aux combats dans les montagnes ? Et surtout : quels objectifs ?
   
Craignez-vous que la France ne soit désormais la cible du terrorisme ?
   
C'est la question que l'on doit se poser. Nous avons réussi jusqu'à présent à ne pas être mêlés au terrorisme qui a touché la Grande-Bretagne ou l'Espagne. En allant jouer les gendarmes dans cette région tourmentée, difficile, le risque est très grand de devenir la cible des attentats.

La décision du gouvernement sera lourde de conséquences ?

C'est une décision totalement irresponsable. Et la responsabilité du gouvernement sera immense devant l'histoire. C'est pourquoi je veux alerter aujourd'hui les Français. Qu'ils sollicitent leurs parlementaires, qu'ils fassent pression sur eux et leur demandent pourquoi nous envoyons des renforts. Il faut que le débat public s'ouvre sur ce sujet grave.
   

   
   
   
    Source :
France Soir 
    Auteur : Roland Dumas, propos recueillis par Thomas de Rochechouart
    Edition France Soir du jeudi 3 avril 2008 n°19762 page 4 
    
    
    
   

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