Mardi 24 juin 2008

 [ LEAP - 15 juin 2006 ]

Communiqué public GEAB N°26 [extraits]

A l'occasion de ce numéro 26 - Spécial Eté 2008 - du Global Europe Anticipation Bulletin, l'équipe de LEAP/E2020 a décidé de lancer une alerte sur la période Juillet-Décembre 2008. En effet, notre équipe est désormais convaincue que cette période sera caractérisée par un plongeon de l'ensemble de la planète au coeur de la phase d'impact de la crise systémique globale. Les six mois qui viennent vont donc constituer le vrai noyau de la crise en cours. Les turbulences des douze derniers mois n'en ont été qu'une faible prémisse.
    
Indice d'Anticipation du consommateur américain (1978-05/2008) - Source : Briefing.com / Conference Board
  
C'est en effet au cours du semestre à venir que toutes les composantes de la crise (financière, monétaire, économique, stratégique, sociale, politique...) vont converger avec un maximum d'intensité. Sans pour autant revenir en détail sur les différentes séquences déjà anticipées dans les précédents numéros du GEAB, nos chercheurs ont choisi de présenter les évolutions des différentes grandes régions de la planète pour les six mois à venir ; et, pour ce faire, de développer huit phénomènes majeurs qui vont marquer les six mois à venir de manière décisive et orienter durablement les année 2009 et 2010, à savoir :
  
1. Le Dollar en perdition (1 Euro = 1,75 USD fin 2008) : Une peur panique de l'effondrement de la devise et de l'économie US ronge la psyché collective américaine
   
2. Système financier mondial : La rupture à cause de l'impossible mise sous tutelle de Washington
   
3. Septembre 2008 : Confirmation du processus d'effondrement de l'économie réelle US
   
4. Union européenne : La périphérie sombre dans la récession alors que le noyau de la zone Euro ne fait que ralentir
   
5. Asie : Le double « coup de bambou » inflation/effondrement des exports
   
6. Amérique latine : Des difficultés en hausse mais une croissance maintenue pour une grande partie de la région, avec le Mexique et l'Argentine en crise
  
7. Monde arabe : Les régimes pro-occidentaux à la dérive / 60% de risques d'explosion politico-sociale sur l'axe Egypte-Maroc
   
8. Iran : Confirmation de 70% de probabilité d'une attaque d'ici Octobre
   
9. Banques/Bulles spéculatives : La collision des bulles
   
Parallèlement, l'équipe de LEAP/E2020 présente dans ce GEAB N°26 cinq conseils stratégiques à destination des banques centrales, gouvernements et institutions de contrôle qu'elle a élaborés ces derniers mois et dont l'objectif est de limiter et canaliser les graves conséquences de la phase d'impact de la crise.

[...]
    
   
Source :
LEAP
   
     
   

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Mardi 24 juin 2008
 [ L'expansion.com - 18 juin 2008 ]


Avec AFP - 18/06/2008 15:12 - L'Expansion.com

 

Les eurodéputés ont voté pour la libéralisation du marché de l'électricité et la mise en concurrence des réseaux de transport. Au conseil européen, huit pays dont la France et l'Allemagne, refusent toujours ce modèle.
   
Véritable serpent de mer, le processus de libéralisation des marchés européens de l'électricité et du gaz, préconisé par Bruxelles, se poursuit.
Mercredi, le parlement européen s'est prononcé, en première lecture, pour le démantèlement des géants électriques européens tels que EDF ou l'Allemand RWE.
   
Les eurodéputés étaient appelés à se prononcer sur un projet de loi complétant la libéralisation du marché de l'électricité européen. Le principe de ce démantèlement est d'obliger les géants de l'électricité à vendre leurs réseaux de transports, en l'occurrence les lignes à haute tension.
L'objectif est d'introduire davantage de concurrence, afin de faire baisser les prix pour les consommateurs.
  
« Le vote est une victoire pour le consommateur qui paie trop cher sa facture d'électricité », s'est félicitée l'eurodéputé socialiste britannique Eluned Morgan.
   
Avec ce démantèlement, Bruxelles espère stimuler les investissements dans les réseaux. La commission européenne soupçonne en effet certains monopoles énergétiques historiques de sous investir dans ces précieuses lignes de transport.
   
« Il faudra trois milliards d'euros d'investissements dans les deux décennies à venir » estime Eluned Morgan.
   
Il reste que huit pays de l'Union européenne, dont la France et l'Allemagne, forts d'une minorité de blocage au sein du conseil européen, refusent toujours ce modèle.
   
En juillet, les eurodéputés doivent se prononcer sur la libéralisation du marché du gaz.
  
   
Source : Lexpansion.com
    
  

    
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Samedi 31 mai 2008

Voir la page de France 24, qui propose un reportage vidéo dans lequel intervient notamment Michel Aglietta, professeur d'économie à Paris X - Nanterre.
  
  
France 24 - 3 mai 2008  ]
  
  
Avec un euro au plus haut, des déficits budgétaires américains record, une conjoncture économique en berne, la chute du billet vert pourrait entraîner un basculement historique
(Reportage : P. Alexandre, S. Lebelzic, C. Giraud).
  
Claire Giraud
   
Mars 2008, l'euro vient de franchir la barre de 1,55 dollar... Encore un nouveau record ! Depuis l'abandon de sa convertibilité en or en 1971, le dollar a perdu plus d'un tiers de sa valeur vis-à-vis de l'ensemble des autres monnaies. La chute du billet vert ne date donc pas d'hier. Mais aujourd'hui, la crise semble plus structurelle que conjoncturelle.
  
Comment expliquer cette dégringolade ? D'abord, par une croissance américaine plutôt faiblarde ! De nombreux économistes parlent d'ailleurs du "retour de la stagflation" (croissance morose et inflation menaçante). Deuxièmement, par la crise des subprimes qui sévit depuis juillet 2007. Et enfin, par un déficit public colossal : près de 500 milliards de dollars prévus pour 2008.
   
Pourtant, le dollar occupe toujours une place privilégiée sur les marchés internationaux ! Monnaie de référence, les prix des matières premières et en particulier le pétrole sont déterminés en dollar ! Plus de 60 % des réserves des banques centrales sont en dollars, contre 27 % en euros et moins de 5 % en yen.... Bref le dollar, indétrônable ? Pas si sûr !
   
La chute du billet vers sur le marché des changes affaiblit la valeur des réserves constituées par les pays exportateurs comme ceux d'Asie et du Moyen-Orient. Combien de temps encore accepteront-ils de voir la valeur de leurs réserves diminuer à cause de la faiblesse du dollar ?
   
Les investisseurs étrangers vont-ils dire adieu au dollar et fêter l'euro ? Non, pas vraiment. Les économistes n'envisagent pas un basculement radical du dollar vers l'euro comme monnaie de référence. Il est en effet très difficile de passer d'une monnaie de référence à une autre, car la puissance économique et financière dépend du poids économique mais également politique dans les relations internationales... Or, l'Europe ne dispose pas d'un gouvernement européen stable et parfaitement cohérent.
  
Néanmoins, il semble indéniable qu'un rôle plus important sera accordé aux autres devises comme l'euro ou le yuan chinois. Se dirige-t-on vers une planète financière multipolaire ? C'est en tous les cas, la thèse développée par Michel Aglietta, professeur d'économie à l'université de Paris X Nanterre et invité sur notre plateau.
  
Il a d'ailleurs publié deux ouvrages : La chine vers la super puissance, et Le désordre dans le capitalisme mondial développent cette thèse. Pour lui, trois pôles monétaires partageraient la planète : le dollar pour l'Amérique, l'euro pour l'Europe et le yuan pour l'Asie. C'est aussi l'avis de Huang Weiping, professeur d'économie à l'université de Renmin de Pékin que nous avons interviewé.
  
"Actuellement, il n'y a aucune possibilité pour que la monnaie chinoise, le yuan, devienne la plus importante monnaie du monde mais d'ici quelques années, peut-être un quart de siècle, le yuan sera devenu effectivement l'une des grandes monnaies internationales."
  
Est-ce la fin de la suprématie du dollar ? La planète monétaire multipolaire est-elle donc née ? En tous cas une chose est sûre : aujourd'hui, la valeur du billet vert tient davantage à la puissance politique américaine qu'à son économie. Mais pour combien de temps encore ?
   
   
  
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Jeudi 24 avril 2008

[ Contre Info - 23 avril 2008 ]

« Les actifs libellés en dollars possédés par la Chine sont une richesse gagnée par son peuple à la force de son dur travail. Le gouvernement central a donc l'obligation de les préserver au lieu de permettre la dépréciation du dollar américain, » rappelle M. Mei Xinyu, appartenant au Ministère du Commerce chinois. Depuis le 1er janvier seulement, le dollar a baissé de 5% face au Yuan. Sur les 1 500 milliards de réserves en dollars détenues en Chine, cela représente une perte sèche de 75 milliards.
    
Mei Xinyu, Shanghai Daily, 21 avril

  
Le Secrétaire du Trésor américain Henry Paulson s'est récemment rendu à nouveau en Chine avec pour principal objectif de prendre des dispositions en vue de la quatrième session de dialogue économique stratégique Chine Etats-Unis, qui se tiendra aux USA en Juin.

À un moment où le dollar américain connaît une baisse continue et provoque une énorme pagaille dans l'économie mondiale, la Chine doit insister pour faire de la dévaluation du dollar un thème de ce prochain dialogue.

Les effets négatifs du déclin du dollar sont évidents : hausse des prix de toutes les matières premières, intensification de la pression inflationniste au niveau mondial, perturbations dans le règlement des transactions internationales, etc...

Mais le pire de tous, c'est qu'il s'agit là pour les Etats-Unis d'un moyen déguisé pour éviter de régler leurs dettes envers les pays étrangers.

Il convient de noter que les États-Unis sont le plus grand pays débiteur dans le monde.

Selon les statistiques du Départment du Commerce américain, les États-Unis sont devenus un pays débiteur en dès 1986 avec une dette nette annuelle équivalente à 36,2 milliards de dollars au cours d'aujourd'hui. Les États-Unis avaient en 1989 avec une dette nette annuelle, calculée à la valeur du marché, atteignant 47 milliards de dollars.

À la fin 2006, ils avaient accumulé envers l'étranger une dette nette de 16 000 milliards de dollars.

Dans la mesure où la plupart de ces dettes ont été libellées en dollars américains, les États-Unis font en fait défaut de façon malveillante sur leurs dettes en permettant la dévaluation du dollar US.

La Chine, qui est le pays ayant les plus grandes réserves de change au monde, dont la plupart sont libellées en dollars américains, est donc touchée beaucoup plus durement par la dévaluation du dollar US.

La dette elle-même n'est pas un problème aussi sérieux que le fait que les États-Unis ne maintiennent pas le statut de leur crédit.

Pour ce qui est du remboursement des dettes, ils appliquent deux poids deux mesures selon qu'ils s'agisse d'eux-mêmes ou des pays étrangers.

Lors qu'ils exigent le remboursement de leurs dettes par des pays étrangers, ou évaluent des demandes d'aides sous forme de prêts émanant de pays étrangers en raison d'une crise financière interne, les États-Unis attachent une grande importance à la protection de leurs propres intérêts en tant que créanciers.

Le pays débiteur doit modifier ses règles économiques internes conformément aux exigences des États-Unis, payer d'énormes frais sur le prêts, gager en échange du pétrole ou d'autres recettes d'exportation fiables, réviser sa législation sur les faillites afin d'assurer la priorité des revendications provenant des créanciers étrangers, et ainsi de suite.

Mauvais antécédents

Lorsqu'ils sont en situation de créancier, le gouvernement américain, ainsi que les gouvernements de nombreux autres pays occidentaux, ont également appris à faire un plein usage de leur influence politique pour obtenir des avantages supplémentaires.

Toutefois, lorsque les États-Unis sont en situation de débiteur la situation est totalement différente.

Leurs mauvais antécédents d'emprunteur de crédits internationaux peut être retracés dès le moment où ce pays n'était qu'un marché émergent qui dépendait largement des investissements des pays européens.

Au cours de la récession des années 1840, la valeur marchande des obligations municipales américaines avait chuté de 1 dollar à 50 centimes.

Pourtant, cinq États, à savoir la Pennsylvanie, le Mississippi, l'Indiana, l'Arkansas, le Michigan et la Floride, ne furent toujours pas en mesure de payer leur intérêts dûs. En 1990, l'État du Mississippi n'avait pas encore réglé ses dettes vieilles de 150 ans.

Aujourd'hui, les moyens qu'emploie l'oncle Sam pour ne pas honorer sa dette envers les créanciers étrangers sont encore plus directs et plus insupportables.

En 2005, les USA ont fait à la Chine une proposition consistant à permettre dans les six mois l'appréciation de yuan de 27,5% face au dollar, tout en menaçant dans le cas contraire d'imposer une pénalité sous forme d'une taxe douanière de 27,5% sur les importations chinoises.

Cette mesure aurait été équivalente à la demande que la Chine réduise la dette des États-Unis envers elle de 27,5%.

Aussi déraisonnable que cette exigence ait été, les Etats-Unis l'ont proposée comme si elle était tout à fait justifiée.

D'une manière générale, concernant notre commerce extérieur et les négociations économiques, en particulier avec les pays développés, la Chine se trouve encore dans une situation de passivité. La meilleure preuve en est que les principaux thèmes abordés sont souvent proposés par nos homologues étranger alors que la Chine ne se contente que de répondre à ces propositions, ce qui est particulièrement le cas dans nos négociations avec les États-Unis.

En raison des contraintes objectives que constituent notre niveau de développement économique et nos limites en terme de compétences disponibles, il est peu probable que la Chine fasse la différence dans ces situations dans un futur proche. Mais nous ne devons pas non plus tenir cet état de fait pour acquis.

La Chine devrait également mettre en avant ses propres exigences en faveur des intérêts de son peuple, et les exprimer avec force et en toute confiance, tout en faisant également ses propres propositions.

Les actifs libellés en dollars possédés par la Chine sont une richesse gagnée par son peuple à la force de son dur travail. Le gouvernement central a donc l'obligation de les préserver au lieu de permettre la dépréciation du dollar américain.

Par conséquent, la Chine a d'autant plus de raisons de proposer que la dépréciation du dollar soit un thème du prochain dialogue économique stratégique entre la Chine et les Etats-Unis.

(M. Mei Xinyu occupe la fonction de chercheur senior auprès du Ministère du commerce. Les vues exprimées ici sont les siennes. Il peut être joint sur le site www.meixinyu.com
    
    
   
Source :
Contre Info, d'après une publication originale
Shanghai Daily
   
     

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Lundi 21 avril 2008
Même les partisans du libre marché demandent  une régulation étatique forte.


Une enquête
GlobeScan PIPA rendue publique le 15 avril 2008 montre que dans 10 des 18 pays objets de l'enquête, la confiance au libre marché s'est errodée de manière importante depuis deux ans.
    
   
Dans la plupart des pays, la majorité continued'approuver le  libre marché, mais depuis les deux dernières années, cette approbation s'est érodée dans 10 des 18 pays qui font régulièrement l'objet des enquêtes GlobeScan. Dans plusieurs de ces pays, cette chute d'approbation s'avère importante.
    
La  dernière enquête a eu lieu avant la crise boursière qui a commencé au début de l'année.
  
En 2005, un seul des pays enquêté, la France, recueillait davantage d'opinions défavorables à l'affirmation que : « le système de la libre entreprise et d'économie de marché est le meilleur pour construire le monde futur ».
   
Remplaçant la France à la dernière place des supporters du libre marché se trouve maintenant la Turquie, où l'adhésion au libre marché est tombée de 47% en 2005 à 34% aujourd'hui, et où le rejet est passée de 36% à 41%
   
L'adhésion au libre marché a également chuté de 15 points en Corée du Sud depuis 2005, où la majorité continue d'y être favorable, malgré que l'opposition ait augmenté de 20 points, passant de 19 à 39%
   
L'adhésion des Chiliens a également chuté de 14 points depuis 2003, date de la dernière enquête sur la question.
   
Dans les autres pays, l'adhésion au libre marché décroît plus faiblement : Chine (moins 9 points), Grande Bretagne (7 points), Brésil (7 points), Mexique (6 points), et Kenya (6 points).
   
Le seul pays à présenter un accroissement de l'adhésion au libre marché est la France (plus 5 points). Cependant, la majorité des français continuent à désapprouver le libre marché par 45% contre 41%.
   
L'enquête GlobeScan qui a interrogé 9357 personnes dans le monde montre qu'un grand nombre de personnes attendent de leur gouvernement qu'il prenne sérieusement en main la régulation du marché. Dans 17 pays parmi les 18, une majorité (15 pays)  ou un grand nombre (2 pays) sont d'accord sur le fait que « le système de la libre entreprise  et du libre marché fonctionne mieux dans les sociétés où il est encadré par une forte régulation étatique. »

Il est intéressant de noter que ce sont les pays qui soutiennent le plus le libre marché qui sont les plus demandeurs d'une une forte régulation. Parmi ceux qui soutiennent que le libre marché est le meilleur système, les trois quarts pensent qu'il fonctionnerait mieux avec une forte régulation.
   
Ceux qui n'approuvent pas le libre marché avec enthousiasme sont partagés sur l'intérêt d'une telle régulation.
  
En même temps, l'accord avec cette proposition, qui atteint la moyenne de 62% sur l'ensemble des pays enquêtés est faible dans 10 pays. Il apparaît qu'il est corrélé à la chute de confiance envers le système du libre marché. Parmi les 10 pays pour lesquelles on note une chute de l'opinion selon laquelle le libre marché fonctionne mieux avec une forte régulation, 6 présentent également une baisse significative de l'approbation du libre marché, et une seule, une augmentation.
   
Il est intéressant de noter que des trois pays qui étaient parmi les quatre meilleurs supporters du libre marché en 2005, la Chine, les Philippines et la Corée du Sud présentent une augmentation substantielle de l'opinion suivant laquelle le marché fonctionne mieux avec de la régulation.
    
    
  
Ces résultats proviennent d'une enquête multiclients privée réalisée par l'institut GlobeScan entre le 29 mai et le 10 août 2007. Les clients commanditaires de l'enquête GlobeScan en avaient l'exclusivité jusqu'à ce jour, date à laquelle est rendue publique. Le Program on International Policy Attitudes (PIPA) de l'Université du Maryland ont participé avec GlobeScan à l'analyse et l'interprétation des résultats.
  
Le Président de GlobeScan, Doug Miller a déclaré : « Ces résultats suggèrent que le système de la libre entreprise était actuellement en train de perdre depuis la  crise bancaire la confiance spontanée qu'elle avait de la part des citoyens. Cela souligne la nécessité de rétablir cette confiance au plus vite. »
   
Steven Kull ajoute : « Il apparaît que si les gens ont des doutes sur la capacité du gouvernement à réguler le marché, cela diminue leur confiance dans le marché lui-même »
    
  
Un total de 9357 habitants du Brésil, du Canada, du Chili, de Chine, de France, d'Allemagne, de Grande Bretagne, d'Inde, d'Indonésie, d'Italie, du Kenya, du Mexique, du Nigeria, des Philippines, de Russie, de Corée du Sud, de Turquie et des Etats-Unis furent interrogés en face-à-face ou par téléphone. L'enquêtee était conduite par GlobeScan et ses partenaires dans chacun des pays. Dans huit parmi les 18 pays, les échantillons étaient limités aux principales zones urbaines.



Pour plus de détails lire le document
GlobeScan PIPA (pdf)
    
   
   

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Jeudi 17 avril 2008
par  Susan George
 
  
En plus de son intérêt propre, cet article de 1996 donne un excellent éclairage
aux propos de Paul Jorion.  On y découvre que l'engouement du monde intellectuel pour les thèses néolibérales de l'Ecole de Chicago fut tout sauf spontané.

  
  
[
Le Monde Diplomatique - Août 1996 ]
    
   
Le catalogue des idées reçues qui exercent leur hégémonie sur les politiques publiques et qui, grâce au suivisme des médias, envahissent les esprits n'est pas plus « naturel » qu'un autre : le néolibéralisme, resucée simpliste de doctrines du début du dix-neuvième siècle, a commencé, dans l'indifférence générale, à se construire de toutes pièces au lendemain de la seconde guerre mondiale. Mais quelques décennies plus tard, grâce à l'intelligence stratégique de ses promoteurs, à des centaines de millions de dollars de financements et malgré les résultats généralement désastreux des mesures qu'il a inspirées , il est devenu le socle de la pensée unique.
   
   
Si les néolibéraux (1) et la pensée unique (2) semblent maîtres du terrain idéologique, il n'en fut pas toujours ainsi. Dans les années qui suivirent la seconde guerre mondiale, le néolibéralisme était partout ultra-minoritaire. Si, aux Etats-Unis, ses pères fondateurs disposaient de peu d'atouts au départ, ils avaient cependant assimilé un principe essentiel : les idées ont des conséquences. En 1948, Richard Weaver avait donné cette maxime pour titre à un livre qui allait connaître une longue carrière et un grand retentissement outre-Atlantique (3).
   
Ce n'est pas par hasard si ce texte fut publié aux Presses universitaires de Chicago, car l'université de cette ville (4) constituait le noyau dur du néolibéralisme naissant. August Friedrich von Hayek, économiste et philosophe autrichien en exil, y avait fait paraître, en 1944, un livre très influent, La Route de la servitude (5). Les ouvrages d'un autre jeune et brillant économiste, un certain Milton Friedman, allaient également y être édités, tout comme les travaux d'étoiles montantes du mouvement (6). L'école de Chicago, composée d'économistes plus familièrement appelés les Chicago Boys, est devenue célèbre, et ses membres ont essaimé dans le monde, notamment dans le Chili du général Pinochet. Sa doctrine économique, mais aussi philosophique et sociale est enseignée urbi et orbi. Les livres de Milton Friedman, comme Capitalisme et liberté (7), sont devenus des succès de librairie.
   
Pour le néolibéral, la liberté individuelle ne résulte nullement de la démocratie politique ou des droits garantis par l'Etat : être libre, c'est, au contraire, être libre de l'ingérence de l'Etat. Celui-ci doit se limiter à fixer le cadre permettant le libre jeu du marché. La propriété privée de tous les moyens de production, et donc la privatisation de tous ceux appartenant à l'Etat, est indispensable. Le marché répartira au mieux les ressources, l'investissement et le travail ; la charité et le volontariat privés doivent remplacer la quasi-totalité des programmes publics destinés aux groupes socialement défavorisés. L'individu redeviendra ainsi entièrement responsable de son sort.
   
Afin de mettre en pratique un tel programme directement à l'opposé du New Deal ou de la doctrine de l'Etat-providence , les néolibéraux ont toujours su qu'il fallait commencer par transformer le paysage intellectuel. Car, avant d'avoir des conséquences dans la vie des citoyens et de la cité, les idées doivent être propagées. Il faut permettre à ceux qui les produisent, les publient, les enseignent et les diffusent de le faire dans de bonnes conditions. C'est pourquoi, à partir de 1945, le mouvement néolibéral n'a cessé de recruter penseurs et bailleurs de fonds, et de se doter de moyens financiers et institutionnels importants. Son arsenal se compose en partie de « boîtes à idées » (think-tanks), dont les plus influentes se trouvent aux Etats-Unis. Il n'est pas inutile d'évoquer à nouveau ici (8) les activités de quelques-unes d'entre elles.
   
La Hoover Institution on War, Revolution and Peace a été fondée en 1919 par le futur président Herbert Hoover. Domiciliée sur le campus de l'université Stanford, elle est célèbre pour ses collections de documents sur les révolutions russe et chinoise. A sa vocation première de combattant de la guerre froide (grâce, notamment, à son annuaire International Communist Affairs), elle a ajouté, à partir de 1960, un volet économique. Un budget annuel d'environ 17 millions de dollars lui a permis de financer, parmi beaucoup d'autres, les travaux d'Edward Teller (l'un des pères de la bombe atomique, généralement considéré comme le modèle du Dr Folamour) et des économistes comme George Stigler et Milton Friedman, qui font la navette entre Stanford et Chicago.
   
L'American Enterprise Institute (AEI) est aussi une institution ancienne, mise sur pied en 1943 par des hommes d'affaires pour s'opposer à divers aspects du New Deal. Situé à Washington, il se distingue par son sens des relations publiques intellectuelles et de la mercatique des idées, travaillant directement avec les membres du Congrès, la bureaucratie fédérale et les médias. Dans les années 80, l'Institut employait quelque cent cinquante personnes, dont une cinquantaine se consacrant exclusivement à la recherche et à la production de livres, rapports et autres analyses ou recommandations politiques et économiques. Reflétant le déclin relatif de son influence, son budget annuel (12,8 millions de dollars en 1993) se situe à peine au niveau atteint dix ans plus tôt.
   
La Heritage Foundation est la plus connue, car la plus associée à la présidence de M. Ronald Reagan. En activité depuis 1973, elle dispose d'un budget annuel d'environ 25 millions de dollars et produit quelque deux cents documents par an. Particulièrement active auprès des médias, plus citée que n'importe quelle autre, elle publie aussi un annuaire des experts en matière de politiques publiques (public policy) contenant les noms de mille cinq cents chercheurs et experts néolibéraux, répertoriés sous soixante-dix rubriques. Une aubaine pour le journaliste pressé qui, en faisant appel à eux, pourra étayer son article de cautions « scientifiques ».
   
Il faut également mentionner deux centres intellectuels : le Cato Institute, en plein essor, avocat du « gouvernement minimaliste », spécialisé dans les études sur la privatisation, et le Manhattan Institute for Policy Research, fondé en 1978 par William Casey, futur directeur de la CIA, dont la critique des programmes gouvernementaux de redistribution des revenus a été très influente. Ces deux « boîtes » recommandent invariablement le marché comme solution à tous les problèmes sociaux. Entre les think-tanks et le gouvernement existe un système de vases communicants permettant aux anciens combattants de la présidence Nixon de trouver refuge pendant l'interrègne de M. James Carter, comme pour ceux de l'époque Reagan-Bush sous l'actuelle présidence Clinton.
   
Hors des Etats-Unis, le réseau d'institutions intellectuelles néolibérales est moins étoffé. Au Royaume-Uni, les « commandos de Mme Thatcher », comme ils aimaient à se désigner, ont néanmoins marqué des points importants dans la lutte idéologique. Mentionnons le Centre for Policy Studies, l'Institute of Economic Affairs, dont la liste de publications se lit comme un Who's Who d'économistes conservateurs, et surtout l'Adam Smith Institute de Londres, qui a « fait plus que n'importe quel autre groupe de pression au sein de la nouvelle droite pour promouvoir la doctrine de la privatisation dans le monde entier », selon Brendan Martin, expert en la matière (9).
   
La palme de l'ancienneté et de l'influence à long terme revient toutefois à la Société du Mont-Pèlerin. En avril 1947, une quarantaine de personnalités américaines et européennes se retrouvèrent à l'invitation du professeur Friedrich von Hayek dans ce village suisse situé près de Montreux pour participer à un colloque de dix jours. Après avoir souligné la gravité du moment - « Les valeurs centrales de la civilisation sont en danger » -, le groupe déclara que la liberté était menacée par « un déclin des idées en faveur de la propriété privée et du marché concurrentiel car, en l'absence de diffusion du pouvoir et de l'initiative que permettent ces institutions, il est difficile d'imaginer une société où il serait possible de préserver effectivement la liberté (10). »
   
Entre 1947 et 1994, la Société s'est réunie à vingt-six reprises, chaque fois pendant une semaine et dans une ville différente. En 1994, c'était le tour de Cannes ; en septembre prochain, ses membres, dont le nombre est passé de quarante à plus de quatre cent cinquante, renoueront avec les origines autrichiennes de Hayek, à Vienne. La Société fait volontiers état des six Prix Nobel d'économie issus de ses rangs, mais elle ne tient pas à communiquer la liste de ses membres, qui adhèrent tous à titre personnel. Elle préfère éviter « la publicité et la médiatisation » (11).
Depuis de nombreuses années, des centaines de millions de dollars ont été consacrés à la production et à la diffusion de l'idéologie néolibérale. D'où vient cet argent ? Au tout début, dans les années 1940-1950, le William Volker Fund a joué un rôle central. C'est ce fonds qui a sauvé des revues chancelantes, financé de nombreux livres publiés à Chicago, assumé les traites impayées de l'influente Foundation for Economic Education, ou organisé des colloques dans diverses universités américaines. C'est encore le Volker Fund qui finança le déplacement des participants américains à la première réunion de la Société du Mont-Pèlerin.
   
Dès les années 60, les néolibéraux n'étaient déjà plus tout à fait marginaux. De nombreuses fondations familiales américaines commençaient à les soutenir et n'ont cessé de financer leurs institutions. La Fondation Ford - véritable « éléphant » de la charité - avait ouvert les portes de beaucoup d'autres sources de centre droit et du centre en accordant 300 000 dollars de subvention à l'American Enterprise Institute. La Fondation Bradley (28 millions de dollars octroyés en 1994) finance, entre autres, la Heritage Foundation, l'American Enterprise Institute et plusieurs magazines ou revues (12). Ainsi, entre 1990 et 1993, quatre magazines néolibéraux parmi les plus importants (The National Interest, The Public Interest, New Criterion, American Spectator) ont reçu de diverses sources 27 millions de dollars. A titre de comparaison, les quatre seules revues progressistes américaines d'audience nationale (The Nation, The Progressive, In These Times, Mother Jones) n'ont collectivement bénéficié, pendant la même période, que de 269 000 dollars en contributions « charitables » (13).
   
   
Intellectuels à vendre

Des fondations reposant sur de grandes et anciennes fortunes industrielles américaines, comme Coors (brasserie), Scaife ou Mellon (acier), et surtout Olin (produits chimiques), financent aussi des chaires dans les universités les plus prestigieuses des Etats-Unis. Il s'agit de « renforcer les institutions économiques, politiques et culturelles sur lesquelles est basée l'entreprise privée », selon la brochure de la Fondation Olin qui consacrait déjà, en 1988, 55 millions de dollars à cet objectif. Il va de soi qu'avec des sommes pareilles le généreux donateur a le droit de nommer les professeurs qui vont occuper les chaires et diriger les centres d'études (14). Des chaires Olin de droit et d'économie existent désormais dans les universités Harvard, Yale, Stanford et, bien sûr, de Chicago, parmi beaucoup d'autres (15). L'historien français François Furet, qui a reçu 470 000 dollars en tant que directeur du programme John M. Olin d'histoire de la culture politique à l'université de Chicago, est l'un des illustres bénéficiaires de ces libéralités.
L'argent permet ainsi d'organiser la notoriété et le « champ » dans lequel se dérouleront des « débats » créés de toutes pièces. En 1988, M. Allan Bloom, directeur du Centre Olin pour l'étude de la théorie et la pratique de la démocratie à l'université de Chicago (qui reçoit chaque année 36 millions de dollars de la Fondation Olin), invite un obscur fonctionnaire du département d'Etat à prononcer une conférence. Celui-ci s'exécute, en proclamant la victoire totale de l'Occident et des valeurs néolibérales dans la guerre froide. Sa conférence est aussitôt reprise sous forme d'article dans The National Interest (revue qui reçoit 1 million de dollars de subventions Olin), dont le directeur est un néolibéral très connu, M. Irving Kristol, alors financé à hauteur de 326 000 dollars par la Fondation Olin en tant que professeur à la Business School de la New York University. M. Kristol invite Bloom, plus un autre intellectuel de droite renommé, M. Samuel Huntington (directeur de l'Institut Olin d'études stratégiques à Harvard, créé grâce à un financement Olin de 14 millions de dollars) à « commenter » cet article dans le même numéro de la revue. M. Kristol y va aussi de son « commentaire ».
   
Le « débat » ainsi lancé par quatre bénéficiaires de fonds Olin autour d'une conférence Olin dans une revue Olin se retrouve bientôt dans les pages du New York Times, du Washington Post et de Time. Aujourd'hui, tout le monde a entendu parler de M. Francis Fukuyama et de La Fin de l'Histoire, devenu un best-seller en plusieurs langues ! La boucle idéologique est bouclée lorsqu'on arrive à occuper les pages de débats des grands quotidiens, les ondes et les écrans. Ce triomphe a été obtenu pratiquement sans coup férir. Faute de croire que les idées ont des conséquences, on finit par les subir.

 


Notes

(1) La terminologie peut prêter à confusion. Aux Etats-Unis, un néolibéral s'appelle un néoconservateur (ou neo-con), car, dans ce pays, un « libéral » est plutôt quelqu'un de gauche ou, en tout cas, quelqu'un qui vote démocrate.

(2) La « pensée unique » a été identifiée, définie et dénoncée pour la première fois par Ignacio Ramonet dans son éditorial du Monde diplomatique en janvier 1995.

(3) Richard Weaver, Ideas Have Consequences, University of Chicago Press, Chicago, 1948.

(4) Lire Serge Halimi, « L'université de Chicago, un petit coin de paradis bien protégé », Le Monde diplomatique, avril 1994.

(5) August Friedrich von Hayek, La Route de la servitude, PUF, Paris, 1992.

(6) Par exemple, Russell Kirk (The Conservative Mind, 1953), Leo Strauss (Natural Right and History, 1953).

(7) Milton Friedman, Capitalisme et liberté, Laffont, Paris, 1971. Le texte original, Capitalism and Freedom, avait été publié en 1962.

(8) Lire l'enquête de Serge Halimi, « Les "boîtes à idées" de la droite américaine », Le Monde diplomatique, mai 1995. Lire également, sur ce sujet, James Allen Smith, The Idea Brokers : Think-Tanks and the Rise of the New Policy Elites, The Free Press, New York, 1991 ; et George H. Nash, The Conservative Intellectual Movement since 1945, Basic Books, New York, 1976.

(9) Brendan Martin, In the Public Interest ?, Zed Books, Londres, 1993, p. 49.

(10) Statement of Aims, Mont Pelerin Society, adopté le 8 avril 1947, cité dans George Nash, op. cit., p. 26.

(11) Ces indications sur les activités actuelles de la Société du Mont-Pèlerin nous ont été aimablement fournies par son président actuel, M. Pascal Salin, professeur à l'université Paris-Dauphine et proche conseiller de M. Alain Madelin.

(12) Lire Beth Schulman, « Foundations for a Movement : How the Right Wing Subsidises its Press », EXTRA !, Fairness and Accuracy in Reporting (FAIR), New York, mars-avril 1995.

(13) Lire David Callahan, « Liberal Policy's Weak Foundations », The Nation, 13 novembre 1995.

(14) Jon Weiner, « Dollars for Neocon Scholars », The Nation, 1er janvier 1990.

(15) Jon Weiner, ibid.




Source : Le Monde Diplomatique
Auteur : Susan George
Date : Août 1996
   
  
  

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Jeudi 17 avril 2008
 [ Contre Info - 15 avril 2008 ]


« L'intérêt égoïste a - comme on aurait dû s'y attendre - conduit au pillage de la planète, transformée en une vaste mine à ciel ouvert, crachant dans le ciel ses scories qui l'empoisonnent petit à petit, mais inéluctablement. » Paul Jorion rappelle à quel point la « main invisible » a provoqué des dommages qui eux sont bien réels.
  
   
A la fin des années 1970 s'est ouverte une ère de dérégulation de la finance qui a abouti à la mise en coupe réglée par elle de l'économie. L'expérience était fondée sur la conviction que les marchés ont une tendance naturelle à l'auto-régulation et à l'auto-adaptation. Cette conviction n'était pas folle : elle était soutenue par l'autorité intellectuelle et morale de ceux qui étaient alors considérés comme les plus grands économistes, et en particulier par une série impressionnante de lauréats du prix « Nobel » d'économie, représentants de l'Ecole de Chicago, inaugurée par Friedrich von Hayek et prônant le laissez-faire absolu en matière de finance et d'économie. Le programme de l'Ecole de Chicago fut appliqué aux États-Unis par Ronald Reagan et en Grande-Bretagne, par Margaret Thatcher. Nous sommes aujourd'hui les héritiers du monde monstrueux qui fut ainsi créé.
   
Au cours des six derniers mois, les comparaisons entre ce qui sera considéré un jour comme le désastre historique de 2008 et la crise de 1929 sont devenues de plus en plus pertinentes. La complexification de la finance au cours de ces quatre-vingt années et le fait qu'il lui ait été donné carte blanche durant cette période fera que le souvenir de 2008 laissera, c'est aujourd'hui malheureusement certain, celui de 1929 dans son ombre.
   
L'expérience valait-elle d'être tentée ? Jugée à son résultat, sans doute non, mais comment aurait-il pu en être autrement quand les autorités les plus prestigieuses - et l'on aurait ou penser les plus sages - lui avaient accordé leur aval ? Il convient de prendre aujourd'hui la mesure de l'ampleur du désastre et de lui apporter sans plus tarder sa solution.
   
L'illusion optimiste qui avait présidé à l'expérience était que la défense de l'intérêt collectif pouvait émerger de la poursuite de leur intérêt individuel et égoïste par une multitude d'agents économiques. Adam Smith qui, le premier, avait formulé l'hypothèse y voyait un étonnant paradoxe. Comment est-il possible, se demandait-il, que l'intérêt collectif survive au concours de tant d'avidité individuelle ? La réponse, on la connaît aujourd'hui : parce qu'en son temps, les moyens qu'un entrepreneur pouvait mettre à la disposition de son appât du gain étaient encore à la mesure de l'homme. Au cours des quatre-vingt années récentes ces moyens se sont vus démultipliés par des coefficients énormes, conduisant à une amplification démesurée du bénéfice des avantages acquis ainsi que des effets de la spéculation, c'est-à-dire la ponction par la finance du sang de l'économie. L'univers qui était devenu le nôtre était celui où quelques milliers de jeunes gens fous, s'agitant au sein des salles de marché de New York, de Londres, Paris, Tokyo ou Shanghai, tenaient le monde en otage.
   
Cette expérience est arrivée à son terme. Elle a eu lieu sous nos yeux et entraîne dans sa chute des milliards d'hommes et femmes. Il est sans doute trop tard pour l'arrêter avant qu'elle n'ait pris toute sa tragique ampleur mais le moment est d'ores et déjà venu pour retrousser se manches et s'apprêter à, dans un premier temps, ramasser les morceaux, puis, dans un deuxième temps, rebâtir.
  
Que convient-il de faire ? Rappelons-nous, la situation est plus grave qu'en 1929 : alors que nous rêvions tout enfant au pays de Cocagne que serait l'« an 2000 », le monde est tristement à nouveau menacé par la faim, pire, ce ne sont plus seulement les populations humaines qui sont aujourd'hui en danger, c'est la capacité même de notre planète à assurer la vie qui s'est vue remise en question. Le miracle paradoxal auquel certains croyaient de l'intérêt égoïste se transmuant en intérêt collectif n'a pas eu lieu : l'intérêt égoïste a - comme on aurait dû s'y attendre - conduit au pillage de la planète, transformée en une vaste mine à ciel ouvert, crachant dans le ciel ses scories qui l'empoisonnent petit à petit, mais inéluctablement.
  
Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment Vers la crise du capitalisme américain ?  (La Découverte : 2007).
   
   
  
    Source :
Contre Info
    Auteur : Paul Jorion
    Date : 15 avril 2008

    
    
   
L'engouement des élites pour le néolibéralisme de l'Ecole de Chicago fut tout sauf spontané. Lire : Mythologies économiques Comment la pensée devint unique, par Susan George (1996)
   
   
   
   

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Samedi 12 avril 2008
[ Le Monde - 11 mars 2008 ]
  
    Le gouvernement s'apprête à appliquer un plan d'économie de 7 milliards d'euros à l'horizon 2011 dans le cadre de la révision générale des politiques publiques. Après les 23 900 départs à la retraite non remplacés en 2008 (dont 11 200 dans l'éducation), 35 000 postes seront à nouveau supprimés en 2009 dans la fonction publique. "L'économie" réalisée ne dépassera pourtant pas 500 millions d'euros par an.
   
    On voit mal comment le gouvernement s'y prendra, sans relever les impôts, pour solder le reste de la facture par le simple biais des réorganisations annoncées (parfois nécessaires) de l'administration. En attendant, après l'éducation, l'encadrement prévu des dépenses de santé et d'emploi compromettra le traitement de nombreuses urgences sociales. Le manque de personnel dans les hôpitaux ne sera pas comblé. Le volet "sécurité" de la "flexisécurité" verra difficilement le jour. Le revenu de solidarité active ne fera pas long feu. Une telle baisse des dépenses publiques provoquera de surcroît un effet récessif.
   
    Contrairement à l'objectif recherché, les déficits se creuseront de nouveau, compte tenu de la chute des recettes fiscales induite par la décroissance de l'économie. Trop de rigueur tuera la rigueur. La politique budgétaire restrictive française est une erreur économique à l'heure où pointe une récession mondiale. Dans un tel contexte, Américains et Britanniques ne manquent jamais d'user de l'arme budgétaire pour relancer la croissance, en complément de l'instrument monétaire. La France pourrait d'autant plus emboîter le pas que ses marges de manoeuvre budgétaires sont sous-estimées.
   
    Premièrement, la France n'est aucunement en faillite. Comme tout compte de patrimoine, le compte de l'Etat comporte un passif, la dette, mais il inclut également les actifs qu'il détient. La différence, positive, représente 38 % du PIB. Chaque nouveau-né voit en vérité le jour avec un crédit de 11 000 euros.
   
    Deuxièmement, nos marges de manoeuvre sont en particulier plus grandes qu'outre-Atlantique. Il existe une abondante épargne intérieure qui fait cruellement défaut aux Etats-Unis. Dans l'Hexagone, elle deviendrait excédentaire si l'Etat ne la mobilisait pas pour compenser le déficit d'investissements privés qui pénalise la croissance française. Parce que cette épargne est friande d'obligations d'Etat, réputées extrêmement sûres, l'agence France Trésor peut émettre des titres à très bas taux d'intérêt pour financer une relance budgétaire. Il n'y a donc aucun problème pour financer la politique publique. Le "paquet fiscal" a ainsi été financé grâce à la dette. Il ne provoque malheureusement pas le choc fiscal initialement escompté.
   
    Malgré l'allégement du coût des heures supplémentaires, les entreprises n'ont aucune raison d'accroître le volume de travail dans le marasme qui prévaut. L'exonération de cotisations a donc créé un nouvel effet d'aubaine. Le manque à gagner pour la sécurité sociale devra être comblé par de nouveaux prélèvements qui pèseront sur la consommation. Le reste du "paquet" (bouclier fiscal, successions, intérêts d'emprunt...) accroît le revenu disponible des ménages aisés, dont la propension à épargner est forte.
   
    En 2009, les 13,8 milliards du paquet fiscal pourraient être redéployés vers des dépenses porteuses d'avenir : santé, éducation, innovation, recherche, investissement public, redistribution. La dette est alors dite "soutenable" si la croissance qu'elle soutient engendre les recettes fiscales permettant en fin de course de réduire les déficits. Le meilleur moyen de réduire les déficits est de relancer la bonne dépense, celle qui exerce un effet réel sur la croissance. Entre 1999 et 2006, la Grande-Bretagne a ainsi réduit sa dette malgré un accroissement de 5 points de ses dépenses publiques, notamment destiné à créer 560 000 emplois publics, dont 150 000 dans l'éducation et 280 000 dans la santé.
   
    Le plan de rigueur n'est justifié à l'aune d'aucun argument macroéconomique sérieux. Il n'est indispensable que dans la perspective d'un respect dogmatique du pacte de stabilité, dont Romano Prodi disait qu'il est une stupidité. L'application du pacte de stabilité est en effet à l'origine du "paradoxe de la dette" : la dette publique s'est accrue au cours de ces quinze dernières années au cours desquelles les gouvernements ont appliqué des politiques censées réduire le poids de l'interventionnisme public. Contrairement à une idée reçue, la montée inexorable des déficits n'est aucunement due à une explosion des dépenses de l'Etat et de ses dépenses de fonctionnement. La part des dépenses publiques dans le PIB est restée inchangée depuis vingt-cinq ans, autour de 53 % du revenu national.
   
    En son sein, ce sont les dépenses sociales (santé, retraite) qui ont augmenté de plus de 2 points, sans qu'on puisse crier au scandale. La part des dépenses de l'Etat a baissé de 3 points, passant de 25 % à 22 % du PIB. Parmi celles-ci, les dépenses de fonctionnement, cibles de toutes les critiques, ont été réduites de 5 points, passant de 40 % à 35 % des dépenses de l'Etat. Les dépenses de personnel ont été réduites de 4 points, passant de 28 % à 24 % des dépenses de l'Etat. Par ailleurs, la loi organique relative à la loi de finances évalue désormais strictement chaque mission dans une perspective nécessaire de rationalisation des choix budgétaires. Enfin, les budgets des collectivités territoriales sont équilibrés, malgré de nombreux transferts de compétences réalisés sans transferts de ressources.
    
    Le creusement de la dette publique ne provient donc pas de l'inflation de dépenses publiques, mais de la chute des recettes fiscales qui résulte de la baisse du rendement de l'impôt, induite par les réformes fiscales engagées depuis 1993, et de l'inefficacité des politiques "de l'offre". Celles-ci se sont avérées incapables d'emmener la croissance française à son taux potentiel, supérieur à 3 %.
   
    A l'exception de la période 1998-2001, la croissance annuelle moyenne a été trop souvent en dessous des hypothèses retenues pour la construction des lois de finances. La dette publique s'est donc accrue. Elle représentait 36,5 % du PIB en 1991, avant l'entrée en application du traité de Maastricht. Elle explose entre 1993 et 1996, où elle s'élève à 58,5 % du PIB. Après un intermède lié à la reprise de 1998-2001, elle recommence à croître à partir de 2002. Elle est aujourd'hui supérieure à 64 %. Il n'y a pas d'exception française en la matière.
   
    Malgré leur zèle à comprimer les dépenses publiques, cinq autres pays de l'Eurogroupe ne parviennent pas à respecter la limite d'un taux d'endettement de 60 % du PIB, fixé par le pacte de stabilité. Le taux d'endettement du Portugal est de 65 %, celui de l'Allemagne de 68 %, celui de la Belgique de 89 %, celui de la Grèce de 105 % et celui de l'Italie de 107 %.
   
    La présidence française du Conseil européen peut être l'occasion, dès le 1er juillet, de lancer enfin le chantier de la révision du pacte de stabilité pour inscrire l'Europe dans la perspective d'une relance mondiale de la croissance. Puisque rien n'est gravé dans le marbre d'une Constitution, le prochain président du Conseil européen peut, pour cela, proposer sans difficulté de réviser l'article 126 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, l'un des trois textes qu'il a fait ratifier, il y a peu, par voie parlementaire.
    
   
    Liêm Hoang-Ngoc est économiste, maître de conférences à l'université Paris-I.

    
    
   
Source :
Le Monde
Auteur : Liêm Hoang-Ngoc
Edition du 11 mars 2008

© Le Monde.fr 
    
    
     
Voir la conférence donnée en janvier 2007 par Liêm Hoang Ngoc, à l'occasion de la sortie de son essai "Vive l'impôt !". Une vidéo en deux parties ( DailyMotion, 2 x 10 mn )
  
    -
Vive l'impôt 1ère partie

    - Vive l'impôt 2ème partie
    
    
    
  
 

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Mardi 8 avril 2008

[ Les Echos - 8 mars 2008 ]
    
    
    A l'occasion du 10e Rendez-vous de la mondialisation organisé aujourd'hui à Paris par le Centre d'analyse stratégique et le Cepii, nous publions le point de vue de Michel Aglietta sur la crise financière.
   
    La crise du crédit est entrée dans un cercle vicieux qui a convaincu la Réserve fédérale d'employer les grands moyens. Car son action sur le taux d'intérêt s'est avérée décevante. En dépit d'une baisse de 125 points de base (pb) du taux des fonds fédéraux en janvier 2008, le coût du crédit a augmenté. En effet, la baisse continue des valeurs immobilières force tous les agents financiers détenteurs des produits titrisés gagés sur ces valeurs à acheter des protections contre le risque de crédit (« credit default swaps » ou CDS). La hausse des coûts des protections de 190 pb en février sur les crédits de bonne notation, quelle que soit leur origine (« investment grade ») se répercute directement sur les primes de risque sur les crédits nouveaux. La même détérioration de la qualité des crédits se répand en Europe, où le coût des CDS est monté de 150 pb dans le même laps de temps. Les « hedge funds » entrent à leur tour en crise et la propagent aux banques d'investissement. Le 12 mars, le « hedge fund » Carlyle Capital endetté à 32 fois son capital a fait défaut sur 16,6 milliards de dollars de dettes et entraîné dans sa chute son « prime broker », la banque d'investissement Bear Stearns ; ce qui a déstabilisé l'ensemble des marchés et accentué la plongée du dollar. La réponse de la Fed la rapproche de plus en plus d'un sauvetage généralisé des banques d'affaires. Hormis une nouvelle baisse de son taux directeur de 75 pb, elle a prêté 30 milliards de dollars à JP Morgan pour lui permettre de racheter Bear Stearns à bon compte.
   
    Les prix immobiliers baissent continuellement aux Etats-Unis sans qu'aucun investisseur institutionnel puisse considérer que les titres gagés sur ces valeurs (les fameux crédits titrisés) sont suffisamment bon marché pour être rachetés aux banques, « hedge funds » et autres fonds spéculatifs aux abois.
   
    Au fur et à mesure que les prix baissent, les ménages font faillite lorsque la valeur de leur richesse immobilière devient inférieure à la valeur faciale de leurs emprunts, qu'ils soient « prime » ou « subprime ». Ils exercent l'option de se débarrasser de leurs dettes en abandonnant leurs biens immobiliers. Les banques sont condamnées à saisir les biens et à les vendre à perte. La réalisation des pertes aggrave la crise bancaire et la vente des biens accentue la baisse des prix. Une spirale de baisse des prix et d'augmentation des pertes est donc enclenchée. L'objectif de la banque centrale américaine est d'interrompre cette spirale. C'est pourquoi elle a décidé d'acheter jusqu'à 200 milliards de dollars de crédits hypothécaires aux banques contre des bons du Trésor pour leur permettre d'obtenir des liquidités et donc pour alléger la pression qu'elles font peser sur les « hedge funds ».
   
    Cependant le besoin de liquidités des banques d'investissement n'est pas le seul aspect de la crise. Les pertes de crédit sont capables de paralyser l'économie si elles ne sont pas enrayées. Selon les estimations, les pertes totales pourraient aller de 400 milliards de dollars, dans le meilleur des cas, à 1.000 milliards dans le pire. Les pertes bancaires seraient de 200 à 600 milliards. Le capital du système bancaire serait suffisamment atteint pour provoquer une restriction durable de l'offre de crédit (« credit crunch »).
   
    La crise ne restera pas cantonnée à la finance. Trois cercles vicieux se renforcent mutuellement. Le manque de liquidités recherchées pour couvrir les risques de crédit fait baisser les prix d'actifs. La baisse de la valeur des actifs réduit la dépense et donc les revenus, faisant entrer les Etats-Unis en récession. D'ores et déjà la baisse du nombre d'emplois dans le secteur privé non agricole a été de 65.000 aux Etats-Unis en février. La décélération des revenus va faire baisser les profits des entreprises, provoquant une faiblesse des Bourses, qui va relancer la baisse des prix d'actifs.
   
    A ce point, la crise s'internationalise par la perte de confiance des investisseurs à l'égard du dollar. La baisse du dollar se transforme en glissade très dangereuse parce qu'elle menace à la fois la résistance de l'Europe et des pays émergents. Il s'ensuit que les capitaux spéculatifs ne sachant plus où investir se précipitent sur les matières premières.
   
    Dans un contexte aussi délétère la politique monétaire rencontre ses limites. L'économie mondiale a besoin d'acheteurs en dernier ressort, c'est-à-dire de puissantes relances budgétaires coordonnées parmi les grandes économies de la planète.
    
    
MICHEL AGLIETTA est conseiller scientifique Cepii et Groupama AM.
    
    
    Source :
Les Echos      (via le petit vagabond )
    Auteur : Michel Aglietta
    Date : 8 mars 2008 
    
    
    
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Mardi 1 avril 2008

[
Le Monde Diplomatique - Avril 2008 ]



    Chacun savait que le jour où les Etats-Unis affronteraient simultanément une récession et un déficit commercial abyssal, la doctrine du libre-échange serait remise en cause par son avocat le plus influent. L'achat par l'armée américaine de cent soixante-dix-neuf avions ravitailleurs partiellement fabriqués par European Aeronautic Defence and Space (EADS) ne contredit aucunement la tendance de fond. Car, dans ce contrat de 35 milliards de dollars (23 milliards d'euros), les intérêts nationaux américains ont été très chèrement défendus. L'avion « européen », équipé d'un moteur General Electric et produit en partenariat avec la société américaine Northtrop Grumman, sera assemblé en Alabama. Au point que plus de la moitié de sa valeur ajoutée proviendra des Etats-Unis. Une part appréciable du matériel concurrent, celui de Boeing - qui était à la fois moins rapidement disponible, d'une capacité de ravitaillement plus limitée et incapable d'opérer sur un rayon d'action aussi long -, aurait été fabriquée ailleurs...

    Il n'y a en vérité que les pages éditoriales des quotidiens de référence ou des journaux d'affaires pour assimiler à un acte impie la défense acharnée des entreprises nationales et de leurs salariés. L'histoire économique est en effet là pour rappeler que la plupart des pays développés ne le sont devenus que grâce à des barrières commerciales. Ni le Royaume-Uni, ni la France, ni la Corée, ni le Japon, ni la Prusse n'ont acquis leur puissance industrielle en respectant la « loi » des avantages comparatifs de David Ricardo. Du XIXe siècle au début du XXe, l'économie américaine a connu le taux de croissance le plus élevé du monde avec des tarifs douaniers qui tutoyaient les 50 % (44 % en 1913). Plus tard, tout en tonnant contre le protectionnisme, Ronald Reagan limita les importations aux Etats-Unis d'automobiles et d'acier, de sucre et de textiles ; son administration multiplia par onze les droits de douane sur l'importation des grosses cylindrées afin de secourir la firme Harley-Davidson. Et elle n'a cessé de faire pression sur le Japon pour qu'il réévalue sa monnaie - un peu comme M. George W. Bush implore à présent la Chine d'en faire autant (1).

    Au demeurant, l'actuelle politique monétaire de la Réserve fédérale, tacitement agréée par la Maison Blanche, comporte d'évidentes implications commerciales, même si elles s'expriment par des moyens plus subtils que le protectionnisme : un dollar plus bas favorise les exportations américaines, ce qui amortira aux Etats-Unis les effets de la récession en cours. Car il n'y a guère que dans l'Union européenne que la politique des taux d'intérêt de la Banque centrale, élevés dans le cas d'espèce, peut menacer avec autant de désinvolture des fleurons industriels édifiés à grand renfort d'argent public. Résultat : pour se défendre de la réévaluation de l'euro, meurtrière pour eux, des groupes comme EADS délocalisent à présent leurs activités vers la zone dollar (2)...

    Mais le choix du Pentagone comporte un élément supplémentaire, celui des contreparties politiques et stratégiques. Quel prix l'Europe a-t-elle dû acquitter pour décrocher l'insigne privilège de ravitailler des avions américains avec des appareils en partie fabriqués aux Etats-Unis, grâce à la politique des taux bas de la Réserve fédérale ? Lors de l'annonce de la décision favorable à EADS, le parlementaire démocrate John Murtha a aussitôt reproché aux Européens... d'être trop peu présents sur le front afghan. Or, par le fait d'une singulière coïncidence, le président Nicolas Sarkozy s'apprête à y dépêcher mille soldats français supplémentaires. Mieux, justifiant son hymen diplomatique avec Washington, il a précisé : « Peut-on penser une minute que le contrat qu'a gagné EADS pour les avions ravitailleurs aurait été signé dans le climat de tension qu'on a connu entre la France et les Etats-Unis ? (3) » Rien à dire : la décision du Pentagone constitue bien une somptueuse leçon de libre-échange...
   
   
   

Notes

(1) Pour réduire leur déficit commercial, les Etats-Unis n'ont cessé de demander à la Chine de réévaluer le yuan. Mais celui-ci a progressé de 10 % depuis janvier 2007, sans que le déficit commercial sino-américain se réduise de façon significative.

(2) Interrogé à ce propos, le premier ministre français, M. François Fillon, a réagi : « La France et l'Allemagne ont lourdement investi dans Airbus, ce n'est pas pour le voir partir par morceaux vers la zone dollar. L'Etat actionnaire fera tout pour dissuader Airbus de délocaliser sa production. » (Les Echos, Paris, 10 décembre 2007.)

(3) Entretien avec Le Figaro, Paris, 6 mars 2008.

   
   
   
    Source : Le Monde Diplomatique
    Auteur : Serge Halimi
    Edition d'Avril 2008
   
   
   
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