Samedi 26 avril 2008
 [ Libération - 25 avril 2008 ]

par Laurent Dispot, rédacteur à la Règle du jeu. 
   
En juillet 1938 (anniversaire en 2008), un SS champion d’alpinisme est vainqueur de la face nord de l’Eiger, en Suisse : une «première». Il s’appelle Heinrich Harrer. Le récit de son exploit, et sa photo avec Hitler, sont aussitôt diffusés massivement en Europe et dans le monde par la machine de propagande de Goebbels.
   
Il s’est inscrit à la SA en 1933, à la prise de pouvoir par Hitler (trois quarts de siècle en 2008). Passé à la SS, il est un favori du Reichsführer Heinrich Himmler.
   
Quelques mois après, autre «première» : ses camarades SS et lui-même sont vainqueurs des synagogues brûlées et des familles juives terrorisées, sur tout le territoire de l’Allemagne, lors de ce qu’ils nomment par dérision «la nuit de Cristal», le 9 novembre 1938.
   
Pendant que les Juifs passent à la nuit et au brouillard, Harrer est investi d’une mission par Hitler et Himmler en personnes : s’infiltrer au Tibet, en accord avec les ministres régents du dalaï-lama enfant, pour devenir précepteur de celui-ci. En pleine guerre d’agression contre la Chine de l'allié japonais des Nazis, il s’agit de conquérir Lhassa comme nœud stratégique sur l’axe Berlin-Tokyo.
   
2008 est l’anniversaire de la «reconnaissance» par Hitler en 1938 de la stratégie de morcellement de la Chine menée par le Japon. Autrement dit la Mandchourie occupée par l’envahisseur fasciste.
  
Heinrich Harrer a accompli sa mission de confiance hitlérienne, malgré la défaite militaire de1945, en la transformant en un logiciel pseudo «spirituel» installé dans des têtes affamées de servitude.
  
Son rapport de mission, Sept ans au Tibet, était bourré de mensonges grossiers et de fascination pour le «Führerprinzip» impitoyable du théocratisme lamaïque. Il a été transformé en film de propagande mondiale, en 1997, par le cinéaste français Jean-Jacques Annaud. Sept ans au Tibet, produit à Hollywood n’était qu’un «Bienvenue au nazi chez les Tibétains» avec dans le rôle du «gentil SS» un Brad Pitt aux cheveux très blonds, aux yeux très bleus, assorti de tout plein de beaux drapeaux à croix gammée.
  
A la mort de Harrer en 2006, et encore ces jours-ci, le dalaï-lama a diffusé de ce SS une apologie sans réserves : c’est-à-dire sans les mots «nuit de Cristal», «Himmler», «Hitler», «Juifs». Où qu’un SS ait été en mission, il était à Auschwitz. Il n’y a pas de «voie médiane» entre les Juifs martyrs dès 1938 et le champion nazi de 1938 encensé par le dalaï-lama en 2008.
   
L’«Océan de Sagesse» ne doit pas servir à noyer le poisson de la mémoire et de l’histoire : à relancer en contrebande le «Hitler connais pas» et «la Shoah détail de la Seconde Guerre mondiale». Le négationnisme n’est pas soluble dans les neiges éternelles. Le maître (spirituel) a eu ce maître (d’école). Il lui reste fidèle. Il y met son honneur. Sur le ceinturon des SS figurait la devise : «notre honneur est notre fidélité». Le dalaï-lama met, depuis soixante ans, son point d’honneur à ne pas parler de la mission au Tibet confiée en 1938 à son précepteur par Hitler et Himmler, ni des motifs mystiques, racistes et stratégiques de cette mission.
   
Il pourrait invoquer son enfance, regretter d’avoir été manipulé par un plan des nazis et de leurs alliés japonais : ceux qui violaient Paris, Oradour, Tulle ; ceux qui violaient Nankin. Au lieu de cela, il traite la destruction des Juifs d’Europe de rétribution, forcément juste, de fautes antérieures : il jette la Shoah à la poubelle du «karma». Et il ne cesse de ressasser son remerciement à un SS d’avoir été son «initiateur à l’Occident et la modernité» .

En acceptant ce discours, des Occidentaux et des modernes se font citoyens du déshonneur.
    © Libération
    
   
   
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Jeudi 24 avril 2008

[ Xinhuanet - 11 avril 2008 ]
  
  
LHASA, 11 avril (Xinhua) -- Le Bureau des statistiques de la  région autonome du Tibet a publié des résultats de recensement de  la région, montrant que les Tibétains représentaient au moins 92,6% de la population totale de la région alors que le pourcentage des  Hans n'a jamais dépassé 6% depuis 1959. 

Voici quelques faits et chiffres tirés de l'enquête et d'autres documents, contrairement à la déclaration du dalaï lama selon  laquelle les Tibétains sont devenus une minorité dans leur pays natal.

-- La population tibétaine était de 2,84 millions fin 2007,  soit de 31 500 de plus par rapport à la fin 2006. Parmi ses  résidents permanents, plus de 2,5 millions, soit 95,3%, étaient  des Tibétains. 

-- Le Tibet comptait 1,14 million d'habitants en 1951. 

-- La politique du planning familial de la Chine, qui limite le nombre d'enfant des couples urbains à un seul et celui des  familles rurales à deux depuis les années 1970, ne s'applique pas  aux Tibétains. Il en résulte que le taux de naissance et le taux  de croissance naturelle au Tibet se trouvent au-dessus de la  moyenne nationale depuis 1970. 

-- Certaines épidémies, dont la variole, le choléra et la  scarlatine, qui se propageaient dans la région sont maintenant  sous contrôle et le taux de femmes qui meurent en couches a baissé de 5% en 1959 à 0,399% à l'heure actuelle, alors que le taux de  mortalité des nouveaux nés a baissé de 45% à 0,31%. 

-- L'espérance de vie des Tibétains a atteint 67 ans, presque  le double par rapport aux années 1950. La personne la plus âgée au Tibet, Amai Cering, a célébré son 117e anniversaire le mois  dernier. 

-- Le revenu en moyenne de la population urbaine a augmenté de  24,5% l'année dernière pour s'élever à 11 131 yuans (1 590 dollars) . Les agriculteurs et pasteurs ont enregistré un revenu net par  tête de 2 788 yuans, en hausse de 14,5%. Le gouvernement central  compte l'augmenter à 3 820 yuans d'ici 2010, proche de la moyenne  nationale des agriculteurs.  

-- En 2007, le produit intérieur brut de la région s'est accru  de 14% pour atteindre plus de 34,2 milliards de yuans, soit 12 100 yuans par habitant. 

-- Moins de 2% des enfants allaient à l'école et le taux  d'analphabétisme parmi les jeunes et les adultes d'âge moyen était de 95% avant 1951. L'actuelle politique d'éducation au Tibet permet aux enfants urbains de recevoir une éducation obligatoire  gratuite de neuf ans, et le taux d'analphabétisme a baissé à 4,8%  chez les jeunes et adultes d'âge moyen, et à moins de 30% parmi la population totale.

 
Fin   
 

   
  
    Source :
Xinhuanet
    Date : 11 avril 2008
   
   
    

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Mercredi 23 avril 2008

Jacques van Minden est président du Cercle Franco-Chinois
   

[
Défense nationale et sécurité collective - Mai 2008 ]
    
    
 
L'auteur, président du Cercle Franco-Chinois, proteste avec véhémence contre la désinformation sur le Tibet et les provocations auxquelles on assiste. La seule solution raisonnable est dans une reprise du dialogue entre le Dalaï Lama et les autorités de Pékin.

   
LIBRE OPINION

Jacques van MINDEN

    
   
Combien de temps encore les médias vont continuer cette désinformation
rituelle et périodique ?
  
Qui connaît réellement l'histoire de cette « province chinoise » ?
   
Les professionnels de la Chine, dont je pense faire partie, puisque mon premier voyage remonte à 1956, et reconnu comme tel par Alain Peyrefitte comme « ...précurseur des relations francochinoises », en ont assez de la démolition systématique actuelle envers la Chine.
  
Ce n'est pas la jalousie envers le succès commercial, industriel et financier de ce pays, mais la recherche par tous moyens d'essayer de déstabiliser la Chine, et causer ainsi des troubles dont personne aujourd'hui n'est capable d'estimer les dégâts à l'échelle de la planète si cette agression devait continuer.
  
Quel beau prétexte que les Jeux olympiques de Pékin pour attirer l'attention sur les « horreurs commises sur le peuple tibétain » ! Le monde politique s'en émeut, à tel point que l'on parle de boycotter les
Jeux, ou tout au moins la cérémonie d'ouverture.
   
À la demande de mes amis sinologues, je me fais donc leur porte-parole pour informer nos dirigeants sur la situation réelle du Tibet, puisque apparemment personne n'en parle faute d'y être allé et bien entendu d'en connaître la chronologie historique.
  
Qui sait aujourd'hui qu'en l'an 1421, la plus haute autorité religieuse tibétaine a rencontré à Wuwei, dans la province du Gansu, le petit-fils de Gengis Khan, Kubilai Kahn ?
   
Un accord a été signé et les Tibétains et les Mongols ont dirigé la Chine pendant plus d'un siècle.
  
J'ai assisté sur place au superbe spectacle annuel commémorant l'événement, avec photos à l'appui.
  
Qui oserait prétendre que le Tibet n'est pas partie intégrante de la Chine ?
  
Sur le plan religieux, le Dalaï Lama régnait en maître absolu avec un système d'exploitation féodal basé sur la propriété des domaines seigneuriaux.
  
Les propriétaires étaient des nobles, des fonctionnaires, les monastères et leurs représentants, soit 5 % de la population, exploitant les 95 % de la population en servage.
  
Les moines étaient de grands propriétaires terriens. Parmi les plus grands monastères, il fallait noter celui de Zhebang, ainsi que ceux de Sera et de Gangan, tous situés à Lhassa et possédant 321 manoirs, un millier d'hectares de terres cultivables, 26 pâturages, une centaine de milliers de bestiaux, et 40 000 serfs.
  
Au début de la dynastie Qing, la répartition des terres était de l'ordre de 30 % aux nobles ; 40 % aux monastères et lamas de haut rang ; 30 % aux autorités régionales. Les fonctionnaires du gouvernement
possédaient terres, pâturages et manoirs.
  
Une grande partie de ces biens servaient à entretenir le Dalaï Lama. Une petite partie des terres seulement était distribuée aux serfs qui les cultivaient et payaient ensuite des redevances aux fonctionnaires, devenus des aristocrates anoblis, ainsi qu'aux membres des familles du Dalaï Lama et des Baingen Lamas. Il y eut jusqu'à 400 familles nobles à cette époque.
  
Qui sait aujourd'hui qu'en 1955 et 1956 une équipe de chercheurs anglo-américains avait découvert dans le massif tibétain de l'Himalaya, un gisement d'uranium phénoménal ?
  
En 1959, lorsque ces « étrangers » ont voulu l'exploiter, Mao Zedong a immédiatement réagi en envoyant l'armée. Il est vrai que dès qu'une troupe reçoit des ordres précis, il y a des dommages collatéraux graves. Oui, il y a eu des monastères détruits, des moines abattus, et comme partout dans le monde, des abus répréhensibles sont commis lorsque la soldatesque arrive.
  
Le Dalaï Lama s'enfuit dès l'arrivée des troupes, emmenant avec lui sa suite, les nobles seigneurs et autres riches fonctionnaires, emportant bien entendu avec eux les richesses accumulées. Il n'est pas de ma compétence de porter un jugement sur l'une ou l'autre des parties, mais simplement de constater des faits historiques indéniables.
  
Cinquante ans ont passé, Mao Zedong est mort, deux présidents chinois se sont succédé avec Jiang Zemin et Hu Jintao. Entretemps, il y a eu 30 millions de morts de faim entre 1960 et 1961 (dont personne ne parle plus), la révolution culturelle avec ses millions de morts, et qui a fait reculer la Chine de dix ans.
   
Les temps ont changé, le gouvernement chinois a réussi l'exploit de remettre la Chine en ordre de marche, grâce à l'ouverture de Deng Xiaoping, d'entrer à l'OMC, de figurer au rang des grandes nations. Tout n'est pas parfait car des inégalités persistent dans ce que l'on appelle la « Chine profonde », mais j'ai toujours appris que l'on ne devait pas tirer sur une ambulance et ce n'est pas rien de gérer une population de plus de 1,3 milliard de personnes dont 800 millions de paysans.
  
Qui pousse les « exilés » tibétains régulièrement de par le monde à intervalles réguliers à manifester contre la Chine ? Qui y a intérêt ? Je suis persuadé que ce ne sont pas le peu d'exilés tibétains éparpillés de par le monde, et qui sont pour moi des Chinois à part entière, au même titre que les 55 autres minorités ethniques. Il y a des intérêts financiers extérieurs à la Chine et il existe quelques suppositions. Le rapport du taux de change entre le Yuan chinois et le dollar américain n'en serait-il pas une pour faire plier la Chine ?
  
Je me souviens qu'il y a quelques années lors d'un dîner-débat que j'avais organisé au Sénat en présence de l'ambassadeur de Chine, j'avais eu vent d'une manifestation du même type et grâce à l'intervention des CRS envoyés à temps par le ministre de l'Intérieur de l'époque, M. Nicolas Sarkozy, il n'y a pas eu d'incident grave.
  
Simplement quelques personnes venues en taxi pour déployer des drapeaux tibétains rue de Vaugirard. Je trouve ignoble que les mêmes individus saisissent l'occasion des Jeux Olympiques pour lancer cette opération contre la Chine et faire ressurgir la haine.
  
Je reviens personnellement de Chine. Il est prouvé maintenant que ce n'est ni la police ni l'armée qui a attaqué à Lhassa mais bien au contraire des émeutiers professionnels qui ont agressé des civils chinois. Des témoins et des films le prouvent.
  
Le plus grave reste le relais médiatique mondial. Cela est lourd de conséquence. Pourquoi le Dalaï Lama qui est invité depuis des années à se rendre à Pékin, avec toutes les garanties de sécurité à l'encontre de sa personne, ne répond pas à cette invitation ? Alors qu'il vient de déclarer qu'il était contre le boycott des JO, cet éminent chef religieux bouddhiste dont le but est la non-violence, devrait montrer l'exemple en appelant de ses voeux le retour au calme et accepter une réunion avec Pékin, où que ce soit dans le monde. Ce serait le meilleur moyen de régler le problème « entre Chinois ». Je rappelle qu'il existe 30 provinces chinoises, dont le Tibet.
  
Personnellement, en ma qualité de président du Cercle Franco-Chinois, je souhaite que la France se tienne à l'écart de cette navrante polémique, qui ne pourrait qu'être préjudiciable à nos relations avec ce pays, et navrantes pour nos entreprises au moment où nos parts de cet immense marché sont au plus bas.

 

27 mars 2008

Jacques van MINDEN

Président du Cercle Franco-Chinois


Lire le
document en pdf  sur le site de la revue Défense nationale et Sécurité collective.
  
   
   

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Lundi 14 avril 2008

   

Jean-Luc Mélenchon, sénateur socialiste de l'Essonne, interrogé par Jean-pierre Elkabbach sur Europe 1 s'exprime au sujet des réactions après les évènements du Tibet.

                           (DailyMotion, le 9 avril 2008 - Durée : env. 15 mn)




Lire sur le blog de Jean-Pierre Mélenchon :
      
Je ne suis pas d'accord avec le boycott des jeux de Pékin et la propagande antichinoise.
    
     
    
   

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Vendredi 11 avril 2008
par Loïc Tassé, chargé de cours au département de Science politique de l'Université de Montréal, spécialiste des questions chinoises.
   
   
 [
Cérium - 8 avril 2008 ]
   
     
    Depuis le début des émeutes au Tibet, l'attention des médias se concentre sur les violations des droits de la personne en Chine, sur la répression au Tibet et sur les Jeux olympiques de Pékin. La crise internationale qui secoue la Chine dépasse ces enjeux, pourtant considérables.
   
    La campagne d'appui au Tibet est en train de replonger les dirigeants chinois dans un cauchemar récurrent dont ils espéraient s'être débarrassé : la crainte de devenir l'ennemi principal des États-Unis et de l'Occident. En apparence, personne ne veut placer la Chine dans cette position. Les dirigeants américains ont besoin du gouvernement chinois pour négocier avec la Corée du Nord, pour neutraliser l'influence des talibans en Afghanistan ou pour freiner le développement de l'armement nucléaire dans le monde. Beaucoup de dirigeants d'entreprises occidentales, qui craignent les effets d'une récession aux États-Unis, considèrent la Chine comme le nouveau moteur de la croissance économique mondiale.
   
    Et pourtant, un véritable courant d'opinion publique contre la Chine ressurgit périodiquement en Occident, avec de plus en plus de force. Au-delà de la question du Tibet et des droits de la personne, le gouvernement chinois est accusé d'espionnage, de dumping, de soutien à des régimes extrémistes, de spoliation des ressources naturelles en Amérique latine et en Afrique, de manipulation de l'information La liste des récriminations est longue. (...)
    
   
Le point de vue chinois
   
    Du point de vue des dirigeants chinois, la campagne médiatique actuelle est orchestrée par ceux qui ont intérêt à transformer la Chine en ennemi numéro un des États-Unis. Le dalaï lama est un artisan parmi d'autres de ce qu'ils perçoivent comme un vaste mouvement de propagande antichinois. Le gouvernement chinois redouble donc d'efforts pour renverser l'opinion publique mondiale. Deux événements très récents, et qui sont à peu près passés inaperçus en Occident, témoignent bien de cette guerre médiatique ainsi que de l'état d'esprit des dirigeants chinois.
   
    Il y a quelques semaines, une vulgaire affaire d'empoisonnement d'une dizaine de Japonais, avec des raviolis fabriqués en Chine, a pris des proportions de crises majeures entre les deux pays concernés. Dans une conférence de presse de près de trois heures, le représentant du gouvernement chinois a accusé à mots couverts des intérêts étrangers de sabotage. L'événement, pourtant banal, a été présenté comme une vaste tentative de déstabilisation du commerce extérieur chinois. Après plusieurs semaines d'enquêtes, les autorités chinoises ont finalement conclu à un acte de sabotage individuel.
   
    Le jour même où ont commencé les émeutes au Tibet, le gouvernement chinois faisait paraître un long réquisitoire qui accusait les États-Unis de violer les droits de la personne. Parmi la liste des droits violés se trouvent les droits de prisonniers à Guantanamo, les droits à l'éducation, à la santé, etc. L'objectif de cette attaque consistait non seulement à publiciser des problèmes de droits aux États-Unis, mais aussi, et surtout, à dénoncer ce que les Chinois perçoivent comme de doubles standards entre eux et les pays occidentaux en matière de droits et libertés.
   
    Les dirigeants chinois ont de bonnes raisons de se méfier de la montée de sentiments antichinois. L'opinion publique américaine est elle-même en train de changer. Un récent sondage Gallup révélait que 14% Américains considérait désormais la Chine leur plus grand ennemi. La Chine se hisse ainsi dans l'opinion publique au troisième rang des pays les plus menaçants, derrière la Corée du Nord et l'Irak.
   
    Plus préoccupant pour les leaders chinois, au début de mars 2008, le Pentagone publiait une étude qui identifiait la Chine comme la seule puissance dont le développement technologique pouvait à terme menacer la suprématie militaire des États-Unis. Selon les auteurs du document, les militaires chinois pensent la guerre non pas seulement en termes d'armements, mais aussi de manière politique, économique, diplomatique et légale. Pour l'armée chinoise, les médias ne seraient qu'un champ de bataille parmi d'autres.
   
    Dans ce contexte, la crise tibétaine ne semble constituer qu'un épisode parmi d'autres pour le contrôle de l'opinion publique. La campagne médiatique anti-chinoise actuelle est déjà parvenue à entacher l'image que le gouvernement chinois veut donner des Jeux de Pékin. Où s'arrêtera-t-elle ? Arrivera-t-elle à influencer les acteurs économiques ? Réussira-t-elle à convaincre les élus des pays démocratiques d'adopter des mesures législatives contre la Chine ? Débouchera-t-elle sur un boycottage mondial de certains produits chinois ?
   
    La faible prise du gouvernement chinois sur l'opinion publique mondiale est un des talons d'Achille de la Chine. Que celle-ci devienne ou non l'ennemi numéro un des États-Unis, il apparaît clairement que l'évolution de l'opinion publique mondiale aura des répercussions immenses sur l'avenir des stratégies politiques, économiques et militaires de l'empire du Milieu. La guerre médiatique a bel et bien commencé.

    
    
    
   Source : Cérium
   Auteur : Loïc Tassé
   Date : 8 avril 2008
   
   © 2008 - Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal

 

   
   

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Mercredi 2 avril 2008

   
   
Le site
Beijing Information présente une très intéressante vidéo de la télévision chinoise CCTV, tournée les 14 et  15 mars à Lhassa.

   
Rétrospective des émeutes survenues le 14 mars à Lhassa :

http://www.bjinformation.com/video/txt/2008-03/21/content_106191.htm
   
(durée : environ 15 mn)
    


Lire aussi sur Contre Info :
Lhassa : les premiers morts étaient des chinois victimes des incendies allumés par les émeutiers   
   
   
   

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Samedi 29 mars 2008
par Katia Buffetrille, tibétologue et ethnologue à l'Ecole pratique des hautes études (section sciences religieuses)

[
Le Monde - 23 mars 2008 - Extraits ]

    Le Tibet est agité de troubles depuis une semaine. Quel est le fondement historique de cette prétention chinoise sur le Tibet ?

    Les sources chinoises ne s'accordent pas sur la date à laquelle, selon elles, le Tibet serait devenu une partie intégrante de la Chine. Disons brièvement qu'elles remontent soit à la dynastie mongole des Yuan (1277-1367), soit à celle mandchoue des Qing (1644-1911). Sous les Yuan, une relation très particulière avait été scellée entre des religieux tibétains et Kubilaï Khan, qui allait régner sur l'Empire mongol dans lequel la Chine et le Tibet étaient intégrés au même titre.
   
    Il s'agissait d'une relation politico-religieuse entre un maître spirituel et un protecteur laïc dans laquelle le maître donnait enseignements et initiations, et le laïc assurait sa protection et faisait des dons. Les différents protagonistes jouèrent sur l'ambiguïté de cette relation qui se poursuivit, mais de manière beaucoup moins forte, avec certains empereurs de la dynastie chinoise des Ming (1368-1644). Ceux-ci ne considéraient d'ailleurs nullement le Tibet comme une partie intégrante de leur territoire puisque celui qui fonda cette dynastie envoya lors de son avènement une lettre au Tibet, comme il l'avait fait pour les autres pays.

    Sous la dynastie mandchoue des Qing les relations entre le Tibet et la Chine connurent un changement. Cette relation de maître spirituel à protecteur laïc perdura, mais n'était pas comprise de la même manière par chaque partie. Pour les Tibétains, elle était purement religieuse, alors que les empereurs mandchous, bien que bouddhistes, l'utilisaient afin de se concilier les Tibétains et les Mongols. Cette relation est présentée actuellement comme une relation de subordination par les Chinois et est utilisée pour revendiquer le Tibet. Suite à de nombreux troubles, le pouvoir impérial intervint dans les affaires tibétaines et à partir de 1720, des administrateurs chinois et une garnison furent installés au Tibet.

    [...]    
    
    
    Lire la suite sur
Le Monde

    Auteur : Katia Buffetrille, propos recueilis par Frédéric Bobin
    Edition du 23 mars 2008
    
    © Le Monde.fr 



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Samedi 29 mars 2008
 [ Courrier International - 27 mars 2008 ]
  
  
Geoff Dyer, du Financial Times, est l'un des 26 journalistes étrangers qui ont été autorisés à se rendre dans la capitale tibétaine dans le cadre du voyage de presse organisé par les autorités chinoises. Témoignage.
   
    L'odeur des immeubles en feu flotte toujours dans l'air, deux semaines après les violentes émeutes dans le vieux quartier tibétain de Lhassa, où une succession de magasins et d'appartements ne sont plus que des ossatures calcinées.
   
    Cette odeur de brûlé n'est qu'un signe parmi d'autres que les violences antichinoises qui ont secoué la vieille capitale du Tibet ont été bien plus violentes, durables et dommageables que ce que l'on avait pu penser de l'extérieur. Le quartier reste bouclé, d'importantes forces policières et militaires sont postées à tous les coins de rue, et commerces, bars et restaurants sont fermés. Cette ambiance de zone de guerre qui règne dans le vieux Lhassa offre un contraste saisissant avec l'effervescence de la ville nouvelle, dominée par les Chinois Hans.
   
    Mercredi 26 mars, les autorités chinoises ont autorisé un petit groupe de journalistes à se rendre à Lhassa pour la première fois depuis les émeutes du 14 mars. Les premières heures de cette visite, le cortège a pu déambuler librement sans surveillance visible, même si peu de Tibétains étaient par ailleurs disposés à s'exprimer ouvertement sur les manifestations, les émeutes et la répression qui s'est abattue. Selon des Tibétains en exil, la Chine est parvenue depuis à bloquer le flux des informations sortant du pays. L'atmosphère répressive qui règne dans le quartier est accentuée par la présence d'importantes troupes militaires qui patrouillent sur les grands axes et effectuent des contrôles d'identité. A l'entrée des nombreuses ruelles du vieux Lhassa, la police antiémeutes empêche de passer quiconque n'est pas résident.
   
    Si Pékin s'efforce d'attirer l'attention sur la violence des émeutes à Lhassa, les esprits sceptiques cherchent à savoir ce qui s'est passé lors des manifestations pacifiques qui ont précédé les émeutes. Le fait que les manifestations à Lhassa aient fait boule de neige et entraîné des mouvements de protestation dans de nombreuses autres villes où vivent des Tibétains (au cours desquelles 130 personnes seraient mortes, affirment des Tibétains en exil) a donné un coup de projecteur malvenu sur la politique menée par la Chine au Tibet.
   
    Les émeutes de Lhassa ont eu lieu dans ce que l'on appelle le quartier tibétain, à l'est du centre-ville, où sont apparus ces dernières années de nombreux commerces tenus par des Hans venus de Chine. La télévision chinoise a fait des récits terribles de Hans morts dans l'incendie de leur boutique.
   
    Dans ce quartier aujourd'hui désert, il n'est pas une rue qui n'ait un ou plusieurs immeubles calcinés. Sur nombre des édifices ayant survécu aux émeutes, un morceau de soie blanche avait été attaché aux serrures - manifestement pour que les émeutiers, sachant que le propriétaire était tibétain, épargnent le lieu.
   
    L'un des rares commerces de la zone ouverts ce mercredi soir, une petite épicerie doublée d'une téléboutique, est tenu par un homme de la minorité coréenne de Chine qui dit s'appeler Jin Chen-man. Nombre de ses voisins, des Hans, ont tout perdu dans les violences d'il y a deux semaines. "Beaucoup vont devoir repartir simplement parce qu'ils n'ont plus les moyens de payer le loyer", explique le commerçant, venu au départ à Lhassa pour étudier l'art tibétain, avant que sa vue ne se détériore.
   
    Deux enseignants tibétains boivent verre sur verre dans l'un des rares bars en activité, qui d'ailleurs ouvre ce soir ses portes pour la première fois depuis les émeutes. "En gros, on nous a obligés à rester chez nous", explique l'un des deux hommes.
   
    Ce mercredi soir, tandis que la demi-douzaine de pâtés de maisons du vieux quartier tibétain garde des airs de zone d'hostilités, le commerce reprend déjà ses droits dans la ville nouvelle à majorité han, dans l'ouest de la capitale.
   
    Dans la boutique Nokia, sur une rue où s'alignent boutiques et restaurants très animés, deux moines bouddhistes en robe safran testent de nouveaux modèles de téléphones portables. Une image qui ne rassurera pas les autorités chinoises : c'est d'abord par les portables qu'a circulé le mot d'ordre des manifestations de la mi-mars.
    
    
    
    Source :
Courrier International, d'après Financial Times
    Auteur :
Geoff Dyer
    Date : 27 mars 2008
   
    © Courrier international 2008
    
     
    
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Samedi 29 mars 2008

Par Richard M Bennett

[
Asia Times - 26 mars 2008 ]


    Quand on replace l'agitation qui secoue le Tibet dans son contexte historique, on peut imaginer pourquoi Pékin a été pris de court lors les récentes manifestations ; c'est pour la simple raison que ces manifestations ont été préparées hors du Tibet et que la direction du mouvement est aux mains d'organisateurs anti-chinois, qui se trouvent hors de portée de la Chine, au Népal et en Inde du Nord.
  
    De même, on doit associer le financement et le contrôle global de cette agitation au chef spirituel tibétain, le Dalaï Lama, et du fait de l'étroite coopération de celui-ci avec les États-Unis depuis plus de 50 ans, à la Central Intelligence Agency (CIA).
  
    Etant donnée la profonde implication de la CIA dans le Free Tibet Movement et le financement de Radio Free Asia à l'information douteuse, il semble peu probable qu'une révolte puisse avoir été organisée ou s'être produite sans que le National Clandestine Service (anciennement connu sous le nom de Direction des Opérations), qui se trouve au siège de la CIA, à Langley, en ait été informé ou ait donné son accord.
  
    Chroniqueur respecté et ancien haut fonctionnaire du renseignement indien, B Raman, a indiqué le 21 mars que « sur la base des preuves disponibles, il est possible d'affirmer avec un taux de certitude raisonnable » que le premier soulèvement de Lhassa, le 14 mars « a été pré-planifié et bien orchestré ».
  
    Y a-t-il une base factuelle à l'hypothèse que les principaux bénéficiaires de la mort et la destruction radicale du Tibet sont à Washington ? L'histoire en suggère la possibilité.
  
    La CIA procède à des actions secrètes à grande échelle contre la Chine communiste au Tibet depuis 1956. Cela a conduit en 1959 à un soulèvement qui a produit un désastre sanglant, des dizaines de milliers de morts Tibétains, et la fuite par les cols himalayens du Dalaï Lama et d'environ 100 000 fidèles vers l'Inde et le Népal.
  
    La CIA avait établi un camp d'entraînement militaire secret pour les combattants de la résistance du Dalaï Lama au camp de Hale, près de Leadville, dans le Colorado, aux États-Unis. Les guérilleros tibétains y ont été formés et équipés par la CIA pour la guérilla et les opérations de sabotage contre les communistes chinois.
  
    Les guérilleros entraînés aux Etats-Unis ont régulièrement effectué des raids au Tibet, lors d'opérations dirigées par des mercenaires sous contrat de la CIA, et appuyés par des avions de la CIA. Le programme de formation initiale prit fin en décembre 1961, bien que le camp du Colorado semble être resté ouvert au moins jusqu'en 1966.
   
    La CIA Tibetan Task Force créée par Roger E McCarthy, aux côtés de l'armée de guérilla tibétaine, a mené l'opération baptisée ST CIRCUS destinée à harceler les forces d'occupation chinoise pendant 15 ans, jusqu'en 1974, date à laquelle ces opérations a officiellement cessé.
McCarthy, qui fut le chef de la Tibetan Task Force au plus fort de ses activités entre 1959 et 1961, a ensuite lancé des opérations analogues au Vietnam et au Laos.
  
    Au milieu des années 1960, la CIA abandonna sa stratégie de parachutage de guérilleros et d'agents de renseignement au Tibet pour mettre sur pied la Chusi Gangdruk, une armée de guérilla de quelques 2000 combattants de l'ethnie Khamba dans des bases Népalaises, comme celle de Mustang. Cette base fut fermée en 1974 par le gouvernement népalais, après qu'il ait subi d'énormes pressions de Pékin.
  
    Après la guerre d'Indochine de 1962, la CIA a développé une relation étroite avec les services de renseignements indiens pour le recrutement et la formation d'agents au Tibet.
  
    Kenneth Conboy et James Morrison dans leur livre The CIA's Secret War in Tibet révèlent que la CIA et les services de renseignements indiens ont coopéré à la formation et à l'équipement d'agents tibétain et ainsi qu'à des forces spéciales, d'unités aériennes et de renseignement, comme le Aviation Research Center le Special Center.
  
    Cette collaboration s'est poursuivie bien après les années 1970 et quelques-uns des programmes, en particulier l'unité de forces spéciales des réfugiés tibétains qui allait devenir une part importante de l'Indian Special Frontier Force, se poursuivent encore aujourd'hui.
Mais la détérioration des relations avec l'Inde qui a coïncidé avec l'amélioration des relations avec Pékin ont mis fin aux opérations conjointes de l'Inde et de la CIA.
  
    Même si Washington a réduit son soutien à la guérilla tibétaine à partir de 1968, on pense que l'arrêt officiel du soutien des États-Unis à la résistance n'est intervenue qu'au moment de la rencontre entre le président Richard Nixon et les dirigeants communistes chinois à Pékin en février 1972.
  
    Victor Marchetti, ancien agent de la CIA a décrit l'indignation que de nombreux agents de terrain ont ressenti lorsque Washington a finalement décidé d'arrêter les frais, ajoutant même qu'un certain nombre d'entre eux avaient opté « pour le réconfort des prières tibétaines qu'ils avaient apprises au cours de leurs années avec le Dalaï Lama ».
   
    On cite John Kenneth Knaus, qui fut chef de la CIA Tibetan Task Force de 1958 à 1965 qui déclara : « Ce n'était pas une quelconque opération noire de la CIA. », en ajoutant « c'était une initiative de ... l'ensemble du gouvernement américain. »
  
    Dans son livre Les orphelins de la guerre froide, Knaus évoque les obligations que ressentent les Américains envers la cause de l'indépendance du Tibet. De manière significative, il ajoute que son succès « permettrait de valider la plus digne des motivations, celle qui nous a porté à viser cet objectif il y a 40 ans. Elle permettrait également d'atténuer la culpabilité que certains d'entre nous ressentent pour avoir participé à ces efforts qui coûtèrent la vie à beaucoup, mais qui furent la première aventure de notre vie. »
  
    Malgré l'absence d'informations officielles, la rumeur soupçonne avec insistance la CIA d'avoir été impliquée, ne serait-ce que par procuration, dans une autre révolte qui échoua en octobre 1987, les troubles qui s'ensuivirent et, par conséquent, la répression chinoise qui se poursuivit jusqu'en mai 1993.
  
  
    Le moment pour une nouvelle tentative sérieuse de déstabiliser la domination chinoise au Tibet semble être le bon pour la CIA, et Langley va chercher sans aucun doute à conserver toutes les options ouvertes.
  
    La Chine est confrontée à des problèmes importants, avec les musulmans Ouïgours dans la province du Xinjiang, les activités du Falun Gong parmi beaucoup d'autres groupes dissidents, et bien sûr l'inquiétude croissante que suscite la sécurité des Jeux olympiques d'été au mois d'août.
  
    Washington considère la Chine comme une menace majeure, à la fois économique et militaire, non seulement en Asie, mais en Afrique et en Amérique latine.
  
    La CIA voit aussi la Chine comme « inutile » dans la « guerre contre le terrorisme », avec peu ou pas de coopération, et rien de positif pour arrêter les flux d'hommes et d'armes qui partent des zones musulmanes de l'ouest de la Chine pour aller soutenir des mouvements extrémistes islamiques d'Afghanistan et d'Asie centrale.
  
    Pour beaucoup, à Washington, l'occasion semble idéale pour tenter de renverser le gouvernement de Pékin déséquilibré du fait que le Tibet est perçu comme un point faible potentiel de la Chine.
  
    La CIA ne manquera pas de s'assurer que ses traces ne sont pas découvertes au cours de cette révolte grandissante. Des tiers et des intermédiaires seront utilisés parmi les exilés tibétains au Népal et à la frontière Nord de l'Inde.
  
    En effet, la CIA peut compter sur des appuis significatifs de la part d'un certain nombre d'organisations de sécurité à la fois en Inde et au Népal et n'aura pas de mal à fournir au mouvement de résistance des conseils, de l'argent et surtout, de la publicité.
  
    Toutefois, jusqu'à ce que les troubles ne montrent les signe d'une véritable révolte ouverte de la grande masse des Tibétains contre les Han Chinois et les Hui musulmans, aucune arme ne devrait faire son apparition.
  
    Il a été signalé que de grandes quantités d'armes légères et d'explosifs provenant de l'ancien bloc de l'Est ont été introduites clandestinement au Tibet au cours des 30 dernières années ; elles sont susceptibles de rester cachée en toute sécurité jusqu'à ce que la bonne occasion se présente.
  
    Ces armes ont été acquises sur les marchés mondiaux ou proviennent de stocks saisis par les forces israéliennes ou américaines. Elles ont été « désinfectées », et nul ne pourra prouver qu'elles proviennent de la CIA.
  
    Les armes de cette nature ont également l'avantage d'être interchangeables avec celles qui sont utilisés par les forces armées chinoises, et bien sûr d'utiliser les mêmes munitions, ce qui permettra d'alléger le problème de ravitaillement pendant le futur conflit.
   
    Bien que le support officiel à la résistance tibétaine soit achevé depuis 30 ans, la CIA maintient toujours ses contacts et ses aides financières à une grande partie du mouvement Tibetan Freedom.
  
    La CIA va-t-elle donc une fois de plus jouer le « grand jeu » au Tibet ?
   
    Elle en a certainement la capacité, avec une forte présence d'agents de renseignement et de paramilitaires dans la région et de grandes bases qui existent en Afghanistan, en Iraq, au Pakistan et dans plusieurs pays d'Asie centrale.
  
    Il ne fait aucun doute qu'elle a intérêt à saper la Chine, comme elle le fait pour des cibles plus évidentes comme l'Iran.
   
    La réponse est donc probablement oui. Il serait en effet assez surprenant que la CIA n'ait pour le Tibet rien de plus qu'un simple intérêt occasionnel. Après tout, elle est payée pour cela.
  
    Depuis le 11 septembre 2001, il y a eu un profond changement dans les attitudes du renseignement des Etats-unis, ses besoins et ses capacités. D'anciens plans opérationnels ont été redécouverts et remis à jour. D'anciennes activités ont été réactivées. Le Tibet et les points faibles de la Chine, ont probablement été entièrement réévalués.
  
    Pour Washington et la CIA, ceci peut sembler une occasion rêvée pour créer un importante pression contre Pékin, avec peu de risques pour les intérêts américains ; une situation gagnant-gagnant. Le gouvernement chinois sera en butte à la condamnation du monde entier pour sa répression et la violation continue des droits de l'homme et ce sera de jeunes Tibétains qui mourront dans les rues de Lhassa et non pas des enfants américains en uniforme.
   
    Mais les conséquences d'une révolte ouverte contre Pékin seraient une fois de plus, la peur des arrestations, la torture et même les exécutions qui pourraient se répandent dans tous les coins du Tibet et des provinces voisines où de vastes populations tibétaines existent, comme dans le Gansu, le Qinghai et le Sichuan.
  
    Mais le mouvement Tibetan Freedom a peu de chances d'aboutir à une amélioration sensible de la politique du gouvernement central chinois dans le long terme, et aucune chance de voir supprimé son contrôle de Lhassa et de sa patrie.
  
    Une fois de plus, il semblerait que le peuple tibétain se retrouve coincés entre l'oppression de Pékin et la manipulation de Washington.
   
   
Pékin montre ses gros bras
  
    La crainte que les États-Unis, la Grande-Bretagne et d'autres pays occidentaux tentent d'assimiler le Tibet à un autre Kosovo, est probablement une des raisons pour laquelle les autorités chinoises ont réagi comme si elles avaient à faire face à une véritable révolte de masse plutôt qu'à une éphémère flambée de troubles de mécontents soutenant le Dalaï-Lama.
   
    En effet, Pékin a perçu la situation comme tellement grave qu'une unité spéciale de coordination de la sécurité, le Centre de commandement 110, a été mise en place à Lhassa, avec objectif principal de réprimer les troubles et rétablir le plein contrôle du gouvernement central.
  
    Le Centre semble être sous le contrôle direct de Zhang Qingli, premier secrétaire du Parti au Tibet et loyal au le président Hu Jintao. Zhang est également ancien vice-secrétaire du parti Xinjiang. Il a une expérience considérable des opérations de contre-terrorisme dans cette région.
  
    Les autres titulaires de postes importants dans Lhassa sont Zhang Xinfeng, vice-Ministre au Ministère Central de la Sécurité Publique, et Zhen Yi, vice-commandant au siège de la Police Armée du Peuple, à Pékin.
  
    Le sérieux avec lequel Pékin traite l'agitation actuelle est en outre illustré par le déploiement d'un grand nombre d'importantes unités de l'armée de la Région Militaire de Chengdu, avec les brigades de la 149e Division d'Infanterie Mécanisée, qui joue le rôle d'une force de réaction rapide dans la région.
  
    Selon un rapport de United Press International, des unités d'élite des forces terrestres de l'Armée Populaire de Libération ont été engagées à Lhassa, ainsi que de nouveaux blindés transporteurs de troupes T-90, et des véhicules blindés sur roues T-92. Selon ce rapport, la Chine a nié la participation de l'armée au maintien de l'ordre, disant que celui-ci avait été menée par des unités de la police armée. « Toutefois, le type d'équipement mentionné ci-dessus n'a jamais été déployée par la police armée Chinoise. »
   
    Un appui aérien est fourni par le 2e régiment aéroporté, basé à Fenghuangshan, Chengdu, dans la province du Sichuan. Il dispose d'hélicoptères et d'avions de transport à décollage et atterrissage court provenant d'une base près de Lhassa. L'appui aérien pourrait être rapidement mis à disposition par les escadrons de chasseurs d'attaque au sol basés dans la région de Chengdu.
  
    Le district militaire de Xizang constitue la garnison du Tibet. Elle est composée de deux unités d'infanterie de montagne, la 52ème Brigade basée à Linzhi et de la 53e Brigade à Yaoxian Shannxi. Celles-ci sont appuyées par la 8e division d'infanterie motorisée et d'une brigade d'artillerie à Shawan, dans le Xinjiang.
  
    Le Tibet n'est plus tout à fait aussi éloigné et difficile à ravitailler pour l'armée chinoise. La construction du premier chemin de fer, entre 2001 et 2007 a considérablement réduit les difficultés de circulation pour les troupes et le matériel à partir de Qinghai sur le difficile plateau tibétain.
  
    D'autres précautions contre une reprise de longue durée des révoltes tibétaines des années précédentes a conduit l'amélioration de l'auto-approvisionnement pour la logistique et la réparation des véhicules par la garnison tibétaine. Un nombre croissant de petits aéroports ont été construits pour permettre aux unités de réaction rapide d'avoir accès aux zones même les plus reculées.
  
    Le Ministère chinois de la sécurité et les services de renseignement ont été repensés pour pouvoir étouffer rapidement des troubles éventuels dans la province, avoir la capacité de détecter tout mouvement de protestation sérieux et réprimer la résistance.
  
  
  

Richard M Bennett est consultant pour le renseignement et la sécurité, AFI Research.

(Copyright 2008 Richard M Bennett.)

  

    Source :
Asia Times
    Auteur : Richard M Benett
    Traduction :
Opus Incertum
    Date : 26 mars 2008

    © Copyright 1999 - 2008 Asia Times Online

   
   

   
par Admin publié dans : RdP : Chine - Tibet
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Mardi 18 mars 2008

  

[ RIA Novosti - 17 mars 2008 ]

  

MOSCOU.  Des forces politiques influentes aux Etats-Unis ont intérêt à utiliser le scénario kosovar pour pousser la population du Tibet à lancer une lutte armée pour l'indépendance à la veille des J.O. de Pékin, estime Alexeï Maslov, sinologue et chef de chaire d'Histoire générale à l'Université de l'Amitié des peuples à Moscou.

"Des forces politiques influentes aux Etats-Unis (...) manipulent le mouvement indépendantiste des Tibétains pour empêcher le renforcement impétueux des positions géopolitiques de la Chine dans le monde", a estimé le chercheur dans un entretien accordé à RIA Novosti lundi.

Selon lui, de nombreux messages vidéo et audio parvenant de "Tibétains anonymes" depuis les lieux d'accrochages avec l'armée chinoise témoignent de la réalisation du "scénario kosovar".

"Les témoignages sur les violations des droits des Tibétains relayés par les médias occidentaux poursuivent le seul objectif d'exciter au maximum l'opinion mondiale et de parvenir à l'isolement international de la Chine à la veille des J.O. de Pékin", a indiqué l'expert.

La Chine fait l'objet de pressions de la part de médias internationaux et d'organisations de défenseurs des droits de l'homme pour accepter des négociations avec le soi-disant "gouvernement du Tibet exil" qui se trouve en Inde, a-t-il poursuivi.

"Le principal objectif des pressions internationales exercées sur Pékin consiste à obtenir de la Chine la reconnaissance de l'existence du problème d'un "territoire insurgé" qui exige une indépendance d'Etat envers la PRC", a indiqué le chercheur.

"A n'en pas douter, la reconnaissance par la Chine des droits du soi-disant "gouvernement tibétain en exil" à l'indépendance menacera l'intégrité territoriale de la République populaire et constituera un risque de répétition de la variante kosovare. La Chine ne l'admettra jamais", a ajouté le chercheur.

L'expert prédit que les Etats-Unis tenteront bientôt de faire voter par le congrès la décision de boycotter les Jeux olympiques de Pékin et de décréter des sanctions politiques contre la Chine comme un pays qui viole grossièrement les droits de l'homme. Il s'attend également à ce que les autorités officielles, pour combattre les tendances séparatistes dans le Tibet et les provinces chinoises voisines qui comptent d'importantes diasporas tibétaines, acceptent de faire des infusions financières massives dans le but d'élever le niveau de vie dans ces régions.

Selon les données officielles, les troubles qui ont éclaté dans le Tibet le 10 mars ont fait 13 morts civils. Les partisans du dalaï-lama évoquent 80 morts et 72 blessés.

   

   Source : RIA Novosti
   Date : 17 mars 2008

   

Voir également : Le dalaï-lama reçu à Washington (une courte vidéo sur lemonde.fr).
Le dalaï-lama s'exprime après les entretiens qu'il vient d'avoir avec George W. Bush, le 16 octobre 2007.

   

   

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