Citation d'Alberto Manguel,
essayiste, écrivain, traducteur, éditeur et journaliste, né en 1948 à Buenos Aires, et ayant vécu en Israël, en Angleterre, à
Tahiti, en Italie, en France et au Canada, dont il est citoyen depuis 1985.
"J'ai quitté l’Argentine en 68, et déjà, on sentait cette pression qui allait devenir dans les années 70, la dictature
militaire. Après, je suis retourné une année en Argentine, pendant la dictature où j’ai travaillé pour un journal à Buenos-Aires, et où j’ai pu constater ce que c’est qu’une dictature. Ce qui
m’étonne, ayant vécu dans d’autres pays, c’est la naïveté dans laquelle nous vivons. La naïveté qui nous fait croire que ce genre de chose ne peut pas arriver chez nous. Aujourd’hui, en France, il
est d’une évidence obscène que nous sommes au bord, j’emploierai le mot de dictature, bien qu’elle sera déguisée en démocratie. Si les Français élisent quelqu’un comme Sarkozy, c’est sûr que les
habitudes de la démocratie vont changer, et que des gestes de tous les jours que nous considérons comme normaux, et qui font partie de nos libertés ne le seront plus. Et petit à petit, on va nous
enlever – on va vous enlever, puisque je ne suis pas Français – le droit d’agir en tant que citoyen dans une démocratie."