Jeudi 22 mars 2007


22 mars 2007
Pour un discours d'une autre volée ...
on peut écouter la conférence du philosophe Quentin Meillassoux à l'Ecole Normale Supérieure : Temps et Surgissement ex-nihilo du 24 avril 2006  (durée environ 1h + 1h de questions)


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8 janvier 2007

Voici un billet qui date de quelques années mais qui pose sur un mode plaisant un problème qui me semble toujours d'actualité...


Insomnie n° 572

Je ne vais pas parler ici du comportement, c'est à dire de la partie de l'homme que l'on pourrait faire imiter par une bécane munie de toute la physique et de tous les logiciels qu'il faut, la qualité de ladite imitation tendant asymptotiquement vers la perfection avec les siècles (il faudrait simplement un peu plus de siècles pour imiter parfaitement le comportement de la femme, des progrès supplémentaires substantiels restant à faire dans le domaine des sciences psycho-illogiques…)

Ce n'est donc pas le jeu du comportement qui habite mon insomnie d'aujourd'hui.

C'est plutôt la nature de ce qui fait que je me sens être moi, tout seul, dans ma peau, avec du monde autour, et que j'ai quand même l'impression, malgré les pressions de toutes sortes que tout le monde essaie d'exercer sur moi depuis que je suis tout petit, que je fais ce qui me plait, et que je pense de même.

Mon problème, s'énonce comme suit :

Soient côte à côte, d'une part, la super bécane parfaite des prochains siècles citée plus haut, et de l'autre, ma chère épouse. Laquelle des deux prend réellement plaisir à m'emmerder, et laquelle fait juste semblant d'y prendre plaisir ?

Evacuons cette question qui s'avère purement théorique puisque la réponse ne fait pas de doute.

A ces heures sombres, je ne perçois clairement que trois hypothèses pour expliquer ce que d'autres insomniaques ont appelé (pompeusement mais sûrement) la Conscience.

Hypothèse 1.  Quand la bécane des prochains siècles imitera suffisamment bien l'homme, elle pensera et sentira réellement comme lui. Elle se sentira réellement exister face au monde hostile : c’est à dire qu’à force de faire, sans y prendre garde, semblant de prendre plaisir à m'emmerder, la bécane en viendra à y prendre réellement et exactement le même plaisir que ma femme. M'emmerder lui procurera une joie profonde et solitaire, pas réellement analysable et ni communicable. Une satisfaction, un vrai sentiment, une vraie émotion d'ordre esthétique.

Cette hypothèse est celle de « L'habit qui fait le moine ». C'est le triomphe de l'image, de la puissance de l’image.

Hypothèse 2.  La bécane des prochains siècles ne fera jamais que semblant. Très bien semblant, mais seulement semblant, même si de l’extérieur, on ne pourra pas faire la distinction. Pour éprouver de vraies émotions, de vrais sentiments, l'homme, lui, est connecté à un univers non matériel, et c’est cette connexion qui fait de lui cette sorte de semi deo que l’on connaît.

Cette hypothèse est, je suppose, celle à laquelle on tient du côté de Rome, ou de La Mecque. Elle suppose malgré tout que l'univers immatériel et l'univers matériel soient en étroite relation, puisque manifestement, la pensée et les sentiments qu'éprouve un être humain dépendent de l'état de son propre corps et des diverses perceptions sensorielles qu'il reçoit par l'intermédiaire de celui-ci : Ma femme, pour parvenir à la jubilation, engage un certain nombre d'actions bien matérielles qu'elle sait de nature à m'emmerder. Et c'est de voir, à l'aide de ses organes des sens, se dérouler dans de bonnes conditions et réellement aboutir au résultat escompté la séquence qu'elle avait soigneusement imaginé qui provoque sa divine satisfaction.

Hypothèse 3.  Le fonctionnement du bonhomme et celui de la bécane des prochains siècles est purement physique.Mais d'une physique plus complète que celle que nous connaissons aujourd'hui.

Cela voudrait dire qu'il reste à découvrir que l'univers, en fait la matière que nous connaissons, a en quelque sorte, parmi d'autres propriétés, des "propriétés de conscience", et que l’ensemble forme un tout indissociable. Que suivant les conditions de l’agencement de la matière, ce sont plutôt l’aspects "classiques" (physico-chimiques) ou l’aspect "conscience" qui se manifesterait. Que si on organisait comme il le faut de la banale matière, on pourrait voir « une bulle » de conscience apparaître. (Aïe...Trouver et monter le dispositif expérimental, ça va pas vraiment être du gâteau !).

Dans cette hypothèse, la vie ne serait donc l'un des moyens pour fabriquer de la  conscience, mais on pourrait en imaginer d'autres.

 

De ces trois hypothèses, laquelle est la plus raisonnable ? La première, sans doute, puisqu'en quelque sorte, elle est rassurante, n'exigeant pas de rupture avec nos habitudes de pensée bien cartésiennes. Et, puis, elle semble aller dans le sens de l'histoire, actuellement, sous le feu des communiquants de tous poils : Nous sommes encore loin de l'asymptote, mais nous pouvons imaginer que « l’habit finit par faire le moine ». Ce que j'ai du mal à admettre, c'est que l'augmentation de complexité d'un système suffise à transmuer aussi radicalement sa nature, mais...

La deuxième hypothèse est la plus belle et la plus poétique, mais j'ai vraiment beaucoup de mal à imaginer l'interface immatériel-matériel qui se trouve forcement quelque part dans (?) ou autour (?) du bonhomme. Quand on y réfléchit bien, poser cette inévitable question de l'interface semble revenir à opter pour la première ou la troisième hypothèse.

Je ne cache pas que ma préférence va à la troisième hypothèse. Elle implique, bien sûr certaines remises en causes déchirantes de nos conception, mais, diable, cela ne serait pas la première fois dans l'histoire de l'humanité que l'accouchement d'une idée nouvelle se fait dans l'inconfort !

Et puis l'idée que le débordement inopiné de l'eau de ma baignoire pourrait renforcer le niveau de conscience de ma moquette me plaît bien…

Suis-je toujours bien éveillé ou glissé-je progressivement dans une douce torpeur qui me plonge dans une creuse révasserie  ? 

 

          Après avoir été faire pipi.

 

Tout cela est peut être complètement farfelu. Pour me rassurer, je me dis quand même que comme l'existence de l'homme et de ma femme sont des phénomènes parfaitement objectifs et reproductibles, rejeter mes petites hypothèses comme farfelues, c'est quelque part, rejeter un fait scientifique avéré. Ou alors je me plante complètement...

 

          Température : 38,2°.   Délires.

 

Comme tout humain aussi subtil et éthéré soit-il, est paraît-il essentiellement composé d'un certain nombre d'atomes correctement disposés, c'est à la dimension des phénomènes chimiques ou électroniques que semble donc se circonscrire la machinerie vivante (hypothèse 3). Foin de quarks, mesons ou autres leptons. Si on excepte les vers luisants, les rayonnements, la gravitation et autres n'ont pas l'air de trop aider la machine consciente à tourner (Attention chemin très glissant !).

Imaginons. Tous les atomes qui existent partout dans l'univers peuvent générer sous certaines conditions des « bulles de conscience ». Mais qu'est-ce qui va différencier la bulle de conscience A de la bulle de conscience B ?

 

Là encore deux hypothèses :

Hypothèse 1 : le sentiment de conscience de la bulle A est, en fait, identique au sentiment de conscience de la bulle B.

Alors, vous, moi, Alexandre Le Grand, Buffalo Bill, Margaret Thatcher, Léonard de Vinci, Johnny Halliday,  Madonna, mais aussi le chat de mon voisin, le hamster du copain de mon fils ainsi que le cafard qui se cache dans les arcanes douillets de la cuisinière électrique seraient en fait la même conscience (bonjour les effets paranormaux !! )

Après tout, l'idée que je mon corps puisse contenir certains des atomes qui ont constitué en son temps Gengis Khan ne choque a priori personne. Pourquoi ce que je viens de dire choquerait-il davantage ?

Hypothèse 2 : Comme je me sens réellement différent de Margaret Thatcher, même si l’hypothèse 1 est vraie, il y a forcément quelque chose qui fait que les bulles A et B ne se "reconnaissent" pas entre elles. Ce quelque chose est-il une réalité ou un simple artéfact ??

 

 

Allez !...Il est temps que je me lève. Je vais avoir besoin de deux aspirines si je veux démarrer la journée nomalement...

 

 

 

par Admin publié dans : Humeurs
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