Mercredi 16 avril 2008

Un livre de Michel Demurget, chercheur à l'INSERM


Résumé

En examinant la réalité statistique et humaine des Etats-Unis, l'auteur découvre qu'il existe un univers inattendu, embusqué à mille lieues des chimères médiatiques sans cesse réaffirmées. Il constate que le mythique modèle américain dissimule une brutalité dont peu d'Européens semblent avoir conscience. Il se demande si c'est vraiment ce modèle que les Européens voudraient importer chez eux.


Quatrième de couverture

En Amérique, le libéralisme est source de prospérité pour le plus grand nombre ? Faux. En Amérique, «tout est possible» pour ceux qui travaillent dur ? Faux. En Amérique, le taux de chômage est dérisoire ? Faux. En Amérique, l'indigence est relative et les pauvres vivent «comme des Européens modestes» ? Faux. En Amérique, les exclus du système de santé reçoivent des soins gratuits lorsqu'ils en ont vraiment besoin ? Faux et archi-faux.

De tous les pays développés, l'Amérique présente les niveaux de pauvreté, de mortalité infantile et d'inégalité les plus élevés. Des millions d'enfants se voient refuser jusqu'au droit à une éducation décente, et imposer de la publicité pendant les cours. Des millions d'individus travaillent à plein-temps (ou plus) pour des salaires inférieurs au seuil de pauvreté. Des millions de salariés, révocables sans préavis, sont dépourvus de congés payés, d'assurance santé, de plans de retraite et de couverture chômage. Des femmes accouchent et retournent au travail dès le lendemain faute d'avoir accès à des congés maternité indemnisés. Des retraités sont contraints de revendre, pour subsister, des canettes de Coca-Cola vides, ramassées dans les poubelles. Le taux d'incarcération des plus défavorisés est tel qu'il biaise jusqu'aux chiffres du chômage...

Pourtant, nombre d'hommes politiques européens continuent d'ériger le «modèle américain» en référence salvatrice. Combien de temps encore devrons-nous subir une telle fable ? Ce livre noir dévoile tous les chiffres et les scandales qui constituent l'Amérique d'aujourd'hui. Des dizaines de témoignages en font une enquête à couper le souffle.



Michel Desmurget est chercheur à l'INSERM. Il a vécu, étudié et travaillé huit ans aux États-Unis.

Extrait de l'introduction

J'ai vécu près de huit ans aux États-Unis. Depuis que je suis rentré en France, courant 2006, je ne compte plus les témoignages de généreuse compassion : «Ça doit être difficile de revenir comme ça. Ici c'est dur, ce n'est pas comme en Amérique, mais bon, on n'a pas toujours le choix.» L'idée que l'on puisse, par simple aspiration, rejoindre l'Hexagone et l'Europe paraît, sur le fond, totalement inaccessible à la majorité de mes compatriotes. Il faut dire que le «Nouveau Monde» ressemble apparemment pour ces derniers à une splendide terre de cocagne : un niveau de vie sans égal, une remarquable parcimonie fiscale, des entre­preneurs audacieux, un chômage dérisoire, des hôpitaux de pointe, un système éducatif exemplaire, une justice implacable, une mobilité sociale sans faille et l'assurance immuable de voir la richesse se donner au travail plus qu'à l'hérédité. Bien sûr, ce tableau idyllique ne prend son véritable sens qu'en négatif, par comparaison à l'univers supposé sclérosé de notre «Vieille Europe». Nos concitoyens seraient ainsi écrasés d'impôts, nos entreprises épuisées de charges, nos jeunes tristement paresseux, notre chômage endémique, nos systèmes de santé déliquescents, nos universités délabrées, nos écoles tragiques, notre justice servile et notre modèle social basé sur un assistanat inique par lequel la sueur des productifs nourrirait la paresse d'une légion de sangsues.

«Les pièges de l'assistanat», «La France assistée», «La grande colère des classes moyennes : déclassées, assommées d'impôts, désabusées de la croissance», pouvait-on lire ces derniers mois, à la une de plusieurs grands hebdomadaires français. «Depuis 25 ans, tout est fait pour décourager le travail, pénaliser l'effort, dissuader le mérite (...). Ceux qui travaillent gagnent parfois moins que ceux qui vivent de l'assistanat», tonnait Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007. Ces idées sont si fortement ancrées au coeur de notre inconscient collectif qu'une grande marque de voiture a même récemment choisi d'en faire le centre de sa campagne publicitaire : entrepreneurs, l'état vous saigne, il vous prend tout, ne vous laissant à la fin du mois que vos yeux pour pleurer ; par chance, Fiat est là pour vous comprendre et vous aider avec des prix aussi modiques qu'inégalables.

Malheureusement, il y a souvent loin du mythe aux faits. L'Amérique dont on nous parle à longueur de journée n'est, je le crains, qu'une chimère médiatique dépourvue de substance. «Nos» États-Unis sont un leurre. Par ignorance ou à dessein, on nous abreuve d'informations fautives, pour ne pas dire félonnes. Il est vrai que l'air du temps n'est pas à la subtilité. Pour les hommes politiques et autres journalistes, le monde ne semble exister que dans ses dimensions élémentaires. Il y a les bons et les méchants, les gagnants et les perdants, les actifs et les profiteurs, les pragmatiques et les utopistes, les progressistes et les ringards. Au coeur de cet espace bipolaire, aucune échappatoire, il faut choisir son camp, périr ou s'adapter. Triste carcan réductionniste qui dissout le réel et offre nos consciences au néant heuristique des grandes dichotomies. De la philosophie, de l'histoire, des sciences, nous aurions pourtant dû apprendre que la réalité du monde est rarement blanche ou noire. Comme l'a montré Haffner à propos du nazisme, c'est dans le détail des fortunes individuelles que se terre immanquablement l'essence des destinées collectives. Rien n'existe dans l'absolu. On ne peut proclamer la pertinence universelle d'un modèle sans considérer les effets concrets de ce modèle. On ne peut élever une pensée socio-économique au rang de paradigme souverain sans mesurer les fruits palpables de cette pensée. On ne peut pénétrer l'intime réalité d'un pays sans apprécier les conditions matérielles faites à ses habitants. Ces Américains que nous idéalisons jusqu'à l'ivresse, comment vivent-ils ? Qu'en est-il de leur système social, de leurs écoles, de leur justice ? Leur chômage est-il aussi famélique qu'on le prétend ? Leurs hôpitauxsont-ils effectivement les meilleurs et les plus sûrs de la planète ? Souhaitons-nous voir demain le «modèle américain» gouverner la vie de nos enfants ? Voilà sans doute des questions que nous devrions nous poser avant de proclamer l'archaïsme de nos valeurs et la modernité de l'Amérique contemporaine. Nous serions sans doute surpris des réponses obtenues, comme le montrent les quelques exemples suivants. Ces exemples et les conclusions qu'ils inspirent seront bien sûr largement étayés au sein des chapitres à venir. Mon objet n'est ici que d'offrir au lecteur un bref avant-goût des mythes qui structurent notre vision de l'Amérique moderne.
   


     Auteur :Michel Desmurget
     Editeur : Max Milo
     Date de parution : mars 2008
     Collection : L'inconnu
     ISBN : 2353410375


     Disponible à la
Fnac , 19€
     
      
    
par Admin publié dans : Livres
commentaires (0)    recommander
Retour à l'accueil

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus