Jeudi 6 mars 2008

 

 [ Libération - 6 mars 2008 - Extraits]

   

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    Comme dit partout Frédéric Saint-Geours, ignorant (sacré rigolo, va !) ce qu’il est advenu de la vingtaine de millions que Denis Gautier-Sauvagnac (DGS) a mis à gauche (enfin, à gauche…), «laissons la justice faire son travail». Et n’allons surtout pas, patrons vertueux, nous constituer partie civile ! Nous sommes si vertueux que la seule perspective de collaborer - autant dire «balancer», fût-ce à des juges - nous révulse. Et, tandis que se perpétuent dans les arrière-salles obscures les mafieux arrangements, tout le monde applaudit. Dansons en rond autour du pilori de DGS, chantons en chœur au banquet des «comités d’éthique» du patronat, et embrassons-nous comme on s’embrasse dans les familles pour en étouffer les secrets honteux. Ceux relatifs, par exemple, au financement occulte de certain parti politique et de certaine campagne électorale. Continuons plutôt de faire semblant de croire que seuls des syndicats de salariés auraient été arrosés par les caisses noires du Comité des forges.

    Cette fable, ce conte de fées (du Chabrol grand cru) de la moralisation du capitalisme, il fallait que quelqu’un - quelqu’une, en l’occurrence - l’incarnât. Le Figaro a trouvé dans les grands yeux bleus de Laurence Parisot l’icône ad hoc : femme, jeune encore et d’une adamantine innocence (au sens étymologique du terme : elle ne sait pas, ou plutôt feint admirablement ne pas savoir), qui incarne le pendant exemplaire au barbon Gautier-Sauvagnac, porteur de chapeau très cher dont le cynique silence est d’or. Elle ne veut surtout rien savoir, de ces trafics dont elle avait vaguement ouï dire ; elle savait sans savoir ; selon son aveu de l’automne dernier dans une expression qui restera, elle savait «inconsciemment».

    Ainsi le quotidien que dirige Mougeotte entreprit-il d’ériger la statue de la nouvelle Jeanne d’Arc du capital en top model de la transparence, titrant lundi sur sa une : «Medef : Parisot lance l’opération Mains propres». Ainsi fut lancée, et quasi unanimement relayée à destination de l’opinion ébaubie, la légende du «bras de fer» entrepris par la vertueuse «patronne des patrons» contre l’entité UIMM.

    De cette entreprise de nettoyage qui n’aurait de comparable que celui des écuries d’Augias, la restitution au Medef des mandats de négociateurs dont l’officine aciériste est détentrice constitue l’officiel enjeu. Avec notamment Gérard Filoche, qui a depuis son origine levé le lièvre Gautier-Sauvagnac, on restera plus circonspect. Dans le piètre combat de catch mis en scène par des larrons, la question subsidiaire des mandats dissimule mal cette autre, fâcheuse : à qui et à quoi ont servi les valises de billets que le taiseux DGS a si longtemps distribués sans que nul s’en émeuve ?

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    Source : Libération
    Auteur :¨Pierre Marcel
    Date : 6 mars 2008
    
    © Libération

 
par Admin publié dans : Revue de presse
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