Mardi 4 mars 2008


L'"égalité" hommes-femmes est bien en marche...

   

 [ Le Monde - Ed. du 4 mars 2008 ]

  

    Pour lutter contre la discrimination dont sont victimes les femmes dans la vie professionnelle, trois économistes, Alberto Alesina et Loukas Karabarbounis, professeurs à l'université Harvard (Etats-Unis) et Andrea Ichino, professeur à l'université de Bologne (Italie) ont trouvé une solution miracle : diminuer le taux d'imposition des femmes et augmenter, simultanément, mais de beaucoup moins, celui des hommes. Le site Internet Vox, qui relaie les travaux d'économistes renommés, s'en est fait l'écho à plusieurs reprises depuis des semaines. Et une personnalité politique, Mariano Rajoy, candidat du Parti populaire aux élections législatives espagnoles du 9 mars, s'est approprié l'idée. Il propose, s'il est élu, d'accorder une réduction d'impôt de 1 000 euros aux femmes salariées.

    Cette discrimination fiscale serait beaucoup plus efficace que toutes les autres mesures envisagées, qu'il s'agisse des quotas ou des aides pour garder les enfants. "Tout comme il vaut mieux augmenter les droits de douane plutôt qu'instaurer des quotas à l'importation dans le domaine du commerce international. Ou comme il est préférable de taxer les activités polluantes plutôt que d'en limiter la production", expliquent les économistes.

    En outre, ce système ne coûterait rien aux employeurs, ni au budget de l'Etat, qui s'en trouverait au contraire amélioré car le travail accru des femmes doperait la croissance.

    L'efficacité de cette mesure, expliquent les auteurs, provient de ce que les femmes doivent arbitrer entre famille et travail. Leur rémunération pèse beaucoup dans ce choix. Ce qui n'est pas le cas pour les hommes, qui se posent moins la question. Autrement dit, une légère augmentation d'impôt ne changera rien quant à l'activité professionnelle des hommes. Alors qu'augmenter le revenu des femmes en incitera beaucoup à travailler davantage. Cerise sur le gâteau : le système inciterait aussi à mieux répartir les tâches domestiques entre les conjoints.

     Cette proposition a suscité de vives réactions. Gilles Saint-Paul, de l'Ecole d'économie de Toulouse, s'insurge. Si le système est favorable aux couples ayant des revenus similaires, il est néfaste quand l'homme est fortement imposé ou quand il vit seul, relève-t-il. En outre, "la proposition repose sur une vision traditionnelle des foyers où la femme a un revenu d'appoint. Mais une minorité de gens sont dans cette situation. Aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, plus de 50 % des adultes sont célibataires ; et une forte minorité de femmes (30 % au Canada) gagnent plus que leur mari", affirme M. Saint-Paul.

    La critique est aussi politique. "Cette proposition est fausse et dangereuse, car elle abolit le principe de l'égalité devant la loi. Les auteurs ne semblent pas réaliser qu'ils participent au déclin de nos institutions démocratiques. (Si les Espagnols se voient appliquer la mesure), cela leur rappellera sans doute la belle époque de Franco". Pas d'accord, lui répondent les instigateurs du système : "La plupart des Constitutions précisent qu'il est du devoir des Etats de supprimer les obstacles à l'égalité entre citoyens."

    Aucune femme ne semble avoir, pour l'instant, participé au débat. C'est entre messieurs que le torchon brûle !

   

    Source : Le Monde
    Auteur : Annie Kahn
    Ed. du 4 mars 2008
    
    © Le Monde.fr

   

   

par Admin publié dans : Revue de presse
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