Opus Incertum le blog
Petite revue de la Toile et des médias
[ Le Temps, 22 janvier 2008 ]
Le krach de ce 21 janvier 2008 rappelle, sur les écrans, ceux d'autres époques de l'histoire. Mais il a quelque chose d'unique. Il ne s'agit pas d'une panique
ponctuelle suite à un acte de terreur, comme en septembre 2001. Ni du reflet de valorisations excessives suite à l'éclatement d'une bulle spéculative,
comme en mars 2000. Cette fois, la chute brutale des cours boursiers se produit alors que les bilans des entreprises sont sains, en dehors des secteurs financier et immobilier.
Ce krach constitue un ajustement à la réalité, depuis que les investisseurs sont conscients que les marchés financiers sont infectés par les titres d'actifs défaillants. Les actions européennes ont abandonné 23% depuis juin dernier. Les investisseurs se débarrassent sans discernement de ce qu'ils peuvent vendre, à commencer par les actions d'entreprises très performantes, les seules dont ils peuvent tirer une valeur.
Une crise de confiance des investisseurs s'est installée envers les papiers adossés à des hypothèques américaines pourries et autres crédits risqués, autant de faux conduits de valeur. L'aversion croissante au risque semble s'être muée en dégoût épidermique vis-à-vis de la notion même de titre. Le monde des papiers-valeurs a montré ses limites lorsqu'il a permis de perdre le contrôle de l'exacte mesure du risque.
Les remèdes des banques centrales n'ont fait qu'aggraver la crise de confiance: avec les injections massives de liquidités dans le système monétaire et les baisses de taux d'intérêt, la masse monétaire a connu sa plus forte croissance annuelle de tous les temps. Du coup, la notion même de papier-monnaie, sorte de chèque sans provisions, perd de sa crédibilité. Corollaire de cette désaffection, les investisseurs se reportent en masse sur les actifs physiques tels que l'or, la terre, l'immobilier et l'infrastructure des pays en forte croissance.
Le retour des investisseurs à la bourse, lorsqu'elle aura fini de se «nettoyer», devra absolument s'accompagner d'une réflexion de base sur l'adéquation entre la valeur d'un actif physique et le titre financier qui lui est adossé.
Source Le Temps : Le krach du dégoût (édito)
Auteur : Myret Zaki
Date : 22 janvier 2008
© Le Temps, 2008.
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