Vendredi 18 janvier 2008



Emission de France Culture. Enjeux Internationaux. 
         
Emission du 15/01/2008 : Nouvel ordre mondial
          Ecouter l'émission : Fichier mp3 (4,17 Mo - env. 10mn) 

   

Transcription et adaptation (Opus Incertum)

  

Thierry Garcin reçoit Pierre Hillard

   

Thierry Garcin ― Bonjour Pierre Hillard. Vous êtes l’auteur d’un ouvrage qui vient de paraître, un recueil de chroniques : La marche irrésistible du nouvel ordre mondial, chez François-Xavier de Guibert. Vous défendez la thèse qu’il a un projet mondial américain pour imposer la composition de grands groupes régionaux économiques plus ou moins balkanisés et fondés sur l’affaiblissement des Etats et le développement de souverainetés locales ou régionales afin de constituer à terme une sorte de grand empire transatlantique, plus apatride que cosmopolite et qui proposerait une sorte de gouvernance mondiale ou de gouvernement du monde. Est-ce bien cela ? Et d’abord, pourquoi mondialisme et pas mondialisation ?

Pierre Hillard ― La mondialisation, se sont des échanges de biens, de moyens financiers et de personnes, avec une accélération progressive due au développement de la technique ; c’est donc une évolution géoéconomique normale. En revanche, le mondialisme, c’est une idéologie qui a pour objectif d’abattre les nations pour aboutir à une sorte de gouvernance mondiale. Cette idéologie est sous-tendue par un arrière fond métaphysique que nous n’avons pas le temps d’évoquer ici. L’objectif est d’abord de créer de grands blocs continentaux unifiés. L’Union européenne est un exemple ; d’ou cette volonté acharnée de mettre en place ce fameux traité de Lisbonne, avec la personnalité juridique, la supériorité du droit européen sur le droit national, … alors que les Français et Hollandais ont dit non, on passe outre malgré tout. Il y a symétriquement la volonté de créer un grand bloc nord américain, une Union Nord Américaine.

   

T.G. ― Votre ouvrage est très documenté. Vous êtes très familier d’un certain nombre de ces institutions et  organismes transatlantiques qui fourmillent et vous montrez que ces idées  contaminent les élites, qui sont un peu schizophréniques dans leurs relations à l’égard de Washington. Plus elles sont fédéralistes plus les liens qu’elles ont avec les américains sont complexes.

P.H. ― Toutes ces élites travaillent ensemble et tout est lié. Par exemple, cette Union Nord Américaine qu’on veut mettre en place qui réunirait les Etats-Unis, le Canada et le Mexique et qui formerait un bloc unifié politique économique et militaire a été lancé par le Concil on Foreign Relations (CFR) et lancée officiellement en mars 2005 à Waco. Les auditeurs peuvent vérifier cela sur YouTube en cherchant « North American Union » ou « Amero », parce qu’il y a la volonté de remplacer le dollar américain, le dollar canadien et le peso mexicain par une nouvelle monnaie qui s’appellerait l’Amero, ou dollar Nord-Américain, le nom n’est pas encore fixé ; ce serait l’équivalent de l’euro de l’Union européenne, avec une banque centrale nord-américaine, une sorte de super-FED. Et l’objectif est à partir de ce pôle nord-américain et du pôle européen de créer une assemblée transatlantique qui régirait l’ensemble. Tout cela est développé par une fondation très puissante qui est la Fondation Franco-Américaine lancée en 76 par Valéry Giscard d’Estaing et le président des Etats-Unis de l’époque Gérald Ford, avec l’aide, entre autres du CFR. Cette fondation recrute l’élite politique, économique et journalistique américaine et française dans le cadre de ce qu’on appelle les Young Leaders.

   

T.G. ― L’objection qu’on peut vous faire, c’est que dans le domaine lourd des relations internationales, interétatiques ou non, la théorie du complot est quelque chose qu’on approche avec beaucoup de prudence car elle a des défauts : elle est souvent psychologique, elle est systématique et elle est totalisante. Et puis elle est panacée, c’est à dire qu’elle donne une solution qui exclut toutes les autres, ce qui évidemment n’intègre pas la contradiction.

P.H. ― Evidemment ici il n’est pas question de complot puisque tous les documents cités sont archi-officiels.

T.G. ― Et vous en citez énormément…

P.H. ― Oui et uniquement sur des preuves que tout le monde peut obtenir. Je citais l’exemple de cette Fondation Franco Américaine […] qui a pour objectif de resserrer les liens franco-Américains dans tous les domaines. Elle recrute des Young Leaders, des personnalités éminentes américaines et françaises. Dans le cas français, on y trouve par exemple François Hollande, Pierre Moscovici,  Nicolas Dupont-Aignan, Arnaud Montebourg, mais aussi Alain Juppé et Anne Lauvergeon, la présidente d’Areva,  Jean-Marie Colombani, et du côté américain, vous avez le couple Clinton, ou le général Westley Clark.…

T.G. ― C’est très éclectique…

P.H. ― Ces gens là se trouvent aux sommets politique, économique, militaire et journalistique : Ils créent un pôle d’entente et d’échange.

    

T.G. ― Cela peut faire partie de traditions transatlantiques bien chevillées au corps dans la société politique et donc chez les élites françaises.
Vous parlez aussi de l’affaiblissement des Etats. On peut vous objecter que depuis le 11 septembre, il y a un Etat qui trône à nouveau en majesté, ce sont les Etats-Unis. Depuis le 11 septembre il y a un retour de la puissance étatique et de la souveraineté des pouvoir publics. Le retour de l’Etat est magistral, pas seulement aux Etats-Unis d’ailleurs.

P.H. ― Je dirais plutôt qu’il y a un transfert dans le cas américain, puisque comme je le disais, il y a volonté de créer une Union Nord Américaine. D’ailleurs David Rockefeller dans ses mémoires sorties en 2006 dit bien, en gros, qu’il faut créer une gouvernance mondiale. Ce sont des propos qui rejoignent ceux de Jacques Attali dans son Dictionnaire du XXIè siècle. 

  

T.G. ― Est-ce utopique de la part d’un certain nombre de ces responsables, une sorte de vision irénique ?

P.H. ― C’est un projet ancien. Je vais peut-être surprendre, mais le projet politique, a été annoncé il y longtemps. Il suffit de lire le livre d’Aldous Huxley , Le Meilleur des Mondes, sorti en 1931 qui décrit en gros cet Etat mondial avec des continents politiques unifiés européens, nord américains etc.. et au sein de ces continents standardisés, régis par les mêmes lois, des nations qui ont été broyées. Sur la couverture de mon livre, vous avez cette carte du Proche Orient du colonel Ralph Peters, extraite de la revue militaire américaine AFJ (Armed Forces Journal – le journal des forces armées). Je présente plusieurs cartes, dont cette carte du Proche Orient aux frontières complètement modifiées.

T.G. ― C’est en fait, la carte des peuples, des confessions, des ethnies…

P.H. ― En fonction de ces critères, des frontières ethniques et religieuses, une balkanisation… dans mon ancien livre La décomposition des nations européennes, je présentais une carte similaire de l’Europe. Tout cela est cohérent.

   

T.G. ― On va vous dire, Pierre Hillard que ce projet irénique globalisant reste quand même terriblement occidental. Que se passera-t-il avec les mondes asiatiques, à commencer par le monde Chinois, dans les 20 ou 50 années à venir ?

P.H. ― Ce que vous dites est juste. Il y a malgré tout une interdépendance ne serait-ce qu’entre les mondes chinois et américain. Mais je rappelle quand même, qu’il y a eu fin 2006 la création d’une Union asiatique, comme il y eu en 2004 la volonté de créer un Etat sud américain (la fameuse déclaration de Cuzco).

   

T.G. ― Cela soulève une question classique dans les relations internationales : est-ce que les Etats-Unis ont une vision du monde essentiellement économique ? Quand ils veulent proposer la démocratie ou la promouvoir, est-ce essentiellement pour des raisons de marché ? Cela avait été dit presque tel quel par Condoleezza Rice il y a quelques années…

P.H. ― Il faut uniformiser les esprits pour faire des consommateurs raisonnant de la même manière et utilisant les mêmes produits, peu importe le continent dans lequel ils vivent. C’est cette volonté de créer ce monde unifié évidemment mené par les Etats-Unis qu’évoque David Rockefeller. […]

  

par Admin publié dans : Livres
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