Opus Incertum le blog
Petite revue de la Toile et des médias
Mise à jour du 14 janvier : Ajout en fin d'article de liens vers les chapires 4 et 9 de l'ouvrage.
A ne pas manquer.
Cet ouvrage remet radicalement en cause l’idée que l’on se fait communément de la politique internationale et de ses enjeux. Il décrit les moyens
extrêmes que les Anglo-Américains sont prêts à mettre en œuvre pour conserver une suprématie née en 1815 et renforcée au prix des deux Guerres mondiales.
Nous savons, depuis l’élection de George W. Bush que la politique américaine et le pétrole entretiennent une relation intime. William Engdahl montre que l’économie des
Etats-Unis repose sur un approvisionnement en pétrole bon marché et illimité et la suprématie du dollar sur les autres monnaies.
Vous découvrirez comment le premier choc pétrolier fut une incroyable et cynique manipulation conçue par Henry Kissinger pour opérer un transfert planétaire de capitaux vers les banques de Londres et de New York, au prix de la ruine des pays du Tiers-monde ; comment ces pays en faillite, contraints de s’endetter auprès du FMI, se virent prêter à grands frais ces mêmes capitaux dont ils avaient été auparavant spoliés. Vous verrez comment la géopolitique du pétrole est à l’origine de l’effondrement de l’Union soviétique, de l’éclatement de la Yougoslavie, et de l’arrivée au pouvoir puis de la chute des Talibans.
Vous serez surpris d’apprendre comment, dans les années 1970, les mouvements écologistes anti-nucléaires, financés par les grandes compagnies pétrolières, devinrent le cheval de bataille visant à entraver l’indépendance que l’énergie nucléaire aurait pu procurer à nombre d’Etats, afin de les maintenir dans l’orbite des pétroliers. Vous comprendrez enfin que la décision d’envahir l’Irak fut prise pour assurer l’hégémonie de la puissance anglo-américaine et le contrôle de l’économie mondiale pour les 50 ans à venir.
Broché: 331 pages
Editeur :
Jean-Cyrille Godefroy (17 septembre 2007)
Langue : Français
ISBN: 978-2865532001
Disponible à la Fnac
Biographie de l'auteur :
William Engdahl, né en 1944, est économiste et écrivain. Il a étudié les sciences politiques à l'université de Princeton et l'économie à l'université de Stockholm. Il publie depuis plus de 30 ans
sur les questions énergétiques, la géopolitique et l'économie, et intervient dans les conférences internationales. Il est conseiller indépendant pour plusieurs grandes banques
d'investissement.
Site : www.engdahl.oilgeopolitics.net
Par William Engdahl
Préface à l’édition française
Ce livre est une histoire du pouvoir, un pouvoir qui s’est emparé de nations ou de continents entiers. Il montre comment le pétrole, par son importance vitale, en temps de paix
comme en temps de guerre, a été le vecteur de ce pouvoir sans pareil. Henry Kissinger l’a formulé de façon saisissante lors du premier choc pétrolier : «
Contrôlez le pétrole et vous contrôlerez les nations. »
Le rôle de la France dans cette histoire fut parfois éminent, parfois peu reluisant. Mais toujours, elle fut partie prenante de la pièce qui se jouait. Depuis les premiers forages pétroliers de Mésopotamie à la veille de la Première Guerre mondiale jusqu’aux honteux accords Sykes-Picot qui organisèrent secrètement le dépeçage de l’Empire ottoman par les Français, les Russes et les Anglais, la France resta un acteur majeur. Après l’échec décisif de l’expédition du capitaine Marchand face aux troupes de lord Kitchener à Fachoda (1898), la France fut prise dans un réseau d’alliances dirigé contre l’Allemagne qui aboutit à la boucherie que l’Histoire appelle la Grande Guerre. Dans cette guerre, et dans toutes celles qui ont suivi jusqu’à l’occupation de l’Iraq par une soi disant « coalition des volontés », le pétrole a joué un rôle décisif, mais occulte. Par ses décisions unilatérales, cette coalition des volontés, conduite par un président américain, a peut-être annoncé la fin irréversible de l’ère américaine.
La France a participé à la plupart de ces aventures, ainsi qu’à la ruée vers l’or noir. Dans le passé, les élites françaises ont toujours tenté de définir pour leur pays une politique aussi indépendante que possible de la « perfide Albion », comme le général de Gaulle se plaisait à appeler la Grande-Bretagne. De nos jours, une perfidie plus dangereuse que celle qui entraîna la Première Guerre mondiale et ses lendemains tumultueux menace l’existence de notre planète.
La France ne dispose que d’une faible marge de manœuvre pour façonner le futur d’un monde dans lequel une superpuissance nucléaire unique revendique le rôle de maître incontesté. Le contrôle mondial de l’approvisionnement pétrolier est l’arme de cette domination absolue.
La guerre d’Iraq de mars 2003 ne fut guère qu’une farce. Les moyens démesurés de la fameuse opération « Choquer pour terrifier » lancée contre une petite puissance qui ne disposait ni d’armes de destruction massive ni de la possibilité de contrer une force de projection aussi colossale que celle mise en œuvre par le Pentagone, relevaient plus de la mise en scène que de la guerre véritable. Les gouvernements français, russe et allemand, dont les deux premiers disposent d’un droit de veto au Conseil de Sécurité de l’Onu, tentèrent un moment de s’unir pour arrêter la guerre. Ils échouèrent, et la pression de Washington sur la France pendant cette période y est pour beaucoup.
Après quatre ans de déclarations unilatérales de guerre au terrorisme des Américains, soutenus par l’allié britannique de toujours, le monde a fini par réaliser que cette guerre n’avait rien à voir avec un Oussama ben Laden évanescent ou avec les grottes de Tora Bora. Il s’agit de fait d’une guerre contre l’Islam. Comme d’autres guerres des cent dernières années, cette guerre préméditée vise un but. Le pétrole, mais souvent aussi la volonté de cacher son importance, est au cœur de cette grande stratégie d’un géant américain endetté, décadent, dont les fondations reposent désormais sur l’argile plutôt que sur le roc. Car pour la grande majorité des dirigeants américains, la préservation de l’Empire américain passe par le contrôle du pétrole.
Non pas, comme le prétendent certains, que le monde occidental soit en passe de manquer de pétrole bon marché. Le pétrole est surabondant. Mais ses réserves sont contrôlées par des compagnies nationales dans des pays tels que l’Iraq, le Soudan ou le Venezuela, au lieu de dépendre des quatre grandes compagnies anglo-américaines : Exon Mobil, Chevron Texaco, British Petroleum et Royal Dutch Shell. Situation insupportable pour l’administration Cheney-Bush qui décida d’y mettre fin. Comme le montre cet ouvrage, les conséquences en sont catastrophiques pour le monde entier.
La vision du général de Gaulle qui envisageait l’Europe de l’Atlantique à l’Oural a été perdue par
l’actuelle génération. C’est pourtant dans cette direction que la France et d’autres puissances eurasiatiques majeures, ainsi qu’une Russie revitalisée, pourraient tenter de constituer un
contrepoids à la domination des États-Unis sur tous les fronts.
Ce livre est une tentative modeste pour présenter quelques faits ensevelis, nous permettant ainsi de comprendre les dangers qui nous menacent aujourd’hui. Depuis Fachoda, un fil rouge court à
travers l’Histoire, trempé de sang et de pétrole. Ce livre, qui ne s’adresse pas aux esprits bien pensants, vise à provoquer la réflexion et la discussion parmi ceux qui voient au-delà de la
manipulation quotidienne de la réalité qu’on appelle l’information.
William Engdahl, mai 2007
Source : Éditions Jean-Cyrille Godefroy
Les chapitres 4 et 9, extraits du site de Michel Collon :
Chapitre 4 : 1914 - 1918 : le pétrole déjà (pdf)
Chapitre 9 : Qui est à l’origine du choc pétrolier des années soixante-dix ? (pdf)
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