Dimanche 20 juillet 2008

  
[ Le Monde - 20 juillet 2007 ]

  

Andrew Feinstein n'était jamais venu en Israël et dans les territoires palestiniens occupés. Sud-Africain et juif, il a perdu sa mère et ses dix frères et soeurs dans l'Holocauste. Il a été très impressionné par le mémorial de Yad Vashem et l'évocation d'Auschwitz, où a péri sa famille. Cet ancien député de l'ANC (African national Congress) a également été très marqué par ce qu'il a vu à Hébron : les colons qui insultent et jettent des pierres sur les Palestiniens, qui s'en prennent à cette délégation venue se rendre compte sur place de la réalité des choses. "Comment, au nom du judaïsme, peut-on se comporter de cette manière ? Comment peut-on transformer en ville fantôme un quartier commerçant arabe pour protéger quelques centaines de colons ?", s'interroge-t-il.
   
Avec un groupe de 22 Sud-Africains, défenseurs des droits de l'homme, membres de l'ANC, magistrats, journalistes, syndicalistes, écrivains, blancs, noirs, indiens, une dizaine de juifs, Andrew Feinstein a, pendant cinq jours, du 6 au 10 juillet, sillonné les territoires occupés de Hébron à Naplouse, en passant par Jérusalem et la "barrière de sécurité", rencontré des organisations de défense des droits de l'homme, visité Tel Aviv, tenté d'appréhender le conflit israélo-palestinien. Il ne s'agissait pas de trouver des solutions, ni de juger, encore moins de faire des comparaisons avec le régime de l'apartheid que tous ont connu et subi.
   
"Il n'est pas question de dénier à Israël le droit d'exister, mais je dois avouer que je suis choqué par ce que j'ai vu", déplore Geoff Budlender, lui aussi juif. Ce juriste a été frappé par l'extension de la colonisation, par "la façon de traiter un peuple comme s'il était de seconde classe, par les pesanteurs de l'occupation militaire et le contrôle de tous les aspects de la vie quotidienne des Palestiniens, par la séparation de plus en plus marquée de deux communautés".
   
Geoff Budlender se refuse à "faire l'analogie avec le système d'apartheid", estimant que ce n'est pas "approprié". Mais Barbara Hogan, qui a passé huit ans dans les prisons sud-africaines parce qu'elle protestait contre la ségrégation raciale, a été stupéfaite de constater qu'existaient en Cisjordanie des routes séparées pour les colons et pour les Palestiniens, que ces derniers devaient obtenir des permis de l'administration israélienne pour se déplacer, ce qui lui a rappelé le système des "pass" pour les Noirs en Afrique du Sud.
   
"Les non-Blancs vivaient dans des zones séparées, mais il n'y a jamais eu en Afrique du Sud de routes séparées, de "barrière de sécurité", de check-points, de plaques d'immatriculation différentes, de cantonnements dans des zones délimitées", s'étonne cette députée de l'ANC. "Tout cela est absurde et je me demande jusqu'où cela va aller, ce que ça va donner", s'interroge Barbara Hogan, qui se dit "choquée" par ce qu'elle a vu dans les rues de Hébron : "l'injustice, la haine, le désespoir". Elle se souvient de "la crainte dans les yeux des enfants", du silence régnant dans les rues du camp de Balata, à Naplouse. "Cette ville est assiégée. Les militaires contrôlent toutes les collines, tous les check-points. On ne peut pas entrer et sortir comme l'on veut. Cela n'a jamais existé en Afrique du Sud", ajoute Nozizwe Madlala-Routledge, ancienne vice-ministre de la santé et députée de l'ANC.
   
Ce qui a frappé ces vétérans de la lutte anti-apartheid est le poids de l'occupation, l'importance des restrictions et la volonté d'établir une séparation complète. "La présence de l'armée partout, ces files d'attente aux check-points, ces raids de soldats sont pour moi pire que l'apartheid. Cela ne fait aucun doute. C'est plus pernicieux, plus sophistiqué grâce aux ordinateurs, qui n'existaient pas à l'époque. Ce sont des méthodes déshumanisantes", insiste le juge Dennis Davis. Ce n'est pas son premier voyage et il trouve la situation "plus sombre qu'elle n'a jamais été". "J'ai l'impression que nous sommes en 1965 en Afrique du Sud, lorsque la répression s'est intensifiée après la condamnation de Nelson Mandela. Il a passé vingt-sept ans en prison. A Naplouse, Saïd Al-Atabeh (membre du Front populaire de libération de la Palestine, condamné à perpétuité pour des attentats perpétrés en 1977 et qui avaient fait un mort et des blessés) est incarcéré depuis trente et un ans. Après le jugement de Mandela, il a encore fallu vingt ans pour que des sanctions internationales soient imposées contre le régime de l'apartheid. Ici, je ne vois aucune solution en perspective", dit-il.
   
"Le bout du tunnel est plus noir que noir", renchérit Mondli Makhanya, rédacteur en chef du Sunday Times, l'hebdomadaire dominical le plus populaire d'Afrique du Sud, avant d'ajouter : "Nous, nous savions qu'un jour, cela allait se terminer, que les lois de l'apartheid allaient disparaître. Ici, ce n'est pas codifié, c'est l'occupation qui fait que le Palestinien est un être de seconde zone."
   
Le terme d'"apartheid", considéré comme un outrage en Israël, est utilisé avec précaution par ces hommes et ces femmes qui se souviennent qu'il n'y a pas si longtemps, ils étaient encore qualifiés de "terroristes" par le gouvernement blanc sud-africain, rappelle Barbara Hogan. Ils se refusent aussi à parler de "racisme", de "colonialisme", "car nous ne sommes pas là pour juger mais pour nous informer", se défend Geoff Budlender, qui se déclare surpris de constater que "les Palestiniens veulent encore croire à une solution". "Mais, ajoute-t-il, lorsque vous voyez ce chapelet de colonies sur la route de Naplouse et que vous vous heurtez partout au "mur de séparation", on se dit que cela ne va pas être simple."
    
Dans l'est de la Cisjordanie, la petite troupe de Sud-Africains s'est rendue à Biddo, à Bilin et à Budrus pour voir de près à quoi ressemble la "barrière de sécurité" dont Dorit Beinisch, président de la Cour suprême, leur avait dit qu'elle avait permis d'éliminer les attentats-suicides. A peine sur place, le groupe a été prié de reculer à bonne distance par des militaires israéliens arrivés immédiatement à bord de jeeps. "Si vous ne vous dispersez pas, cela sera considéré comme une manifestation et nous devrons agir en conséquence", a lancé au mégaphone le plus gradé. Les Sud-Africains sont repartis écouter les responsables des villages qui leur ont raconté de quelle manière ce qu'ils appellent le "mur de l'apartheid" avait "pourri" leur vie. "Je comprends parfaitement la peur des juifs, mais elle ne peut justifier ce qui se passe", conclut Andrew Feinstein avant d'ajouter : "Et je trouve très triste que cela se fasse au nom du judaïsme."

  
   
    Source : Le Monde
    Auteur : Michel Bôle-Richard (correspondant à Jérusalem)
    Date : Article paru dans l'édition du 20.07.08

    
   
   

par Admin publié dans : RdP : Moyen Orient
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Mercredi 2 juillet 2008

Chacun sait que l'invasion du Koweit par l'Irak de Saddam Hussein fut la raison invoquée pour lancer la guerre du Golfe en 1990-1991 : une armada internationale de 34 Etats emmenée par les Etats-Unis et soutenue par l'ONU devait libérer le Koweit des griffes de l'affreux dictateur, dont on accusait les soldats d'oser s'attaquer aux bébés en couveuse...
      
De defensa nous remémore comment Saddam Hussein fut encouragé par les Etats-Unis à envahir le Koweit. April Glaspie, alors ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad fut le principal instrument de cette manipulation.




[
de defensa - 28 juin 2006 ]

Quand April rencontrait Saddam

Qui se souvient d'April Glaspie ? Plus personne ou presque, justement. April Glaspie est cette ambassadrice des USA à Bagdad qui, à la fin juillet 1990 (le 25), rencontre Saddam Hussein sur instruction expresse du département d'État et lui fait savoir à mots à peine couverts que les USA ne se considéreraient comme nullement impliqués si l'Irak lançait une opération contre le Koweït. C'est ce qu'on appelle un "feu vert".
  
(En, passant, on goûtera, dans la transcription de l'entretien, tout ce que l'ambassadeur des Etats-Unis dit à Saddam en fait de compliments absolument admiratifs sur ce qu'il fait pour son peuple et ainsi de suite. De tels mots, aujourd'hui, vous conduiraient devant le Tribunal International de La Haye.)
  
Une petite semaine après l'entretien, le 1er août 1990, Saddam attaque. Quasi-instantanément, le président des Etats-Unis, le père de l'actuel, en suffoque d'indignation, se trouve presque mal devant l'infamie, la monstruosité absolument impardonnable que vient de commettre Saddam. Aussitôt, l'Irakien est mis au ban du monde civilisé, assimilé à Hitler pour sa stature morale et pour la menace qu'il fait peser sur notre belle civilisation, et avec la promesse immédiate qu'il va être traité à mesure. Cela est fait, promesse tenue, le 17 janvier 1991, avec la première guerre du Golfe. Un esprit plutôt malveillant sortirait alors son double décimètre et tracerait une ligne droite, impeccable, sans un pli et baptisée "de cause à effet" entre cet épisode et l'attaque de l'Irak du 19 mars 2003.
  
Alors, que conclure ? Eh bien, qu'il est du meilleur choix du monde d'avoir publié, il y a trois ans, un article rappelant précisément cet épisode, avec les minutes de l'entretien Glaspie-Saddam, une réaction scandalisé du Président, père de l'actuel, lorsqu'on évoquait l'hypothèse d'une machination, et jusqu'à l'étrange silence gardé depuis le 25 juillet 1990 par celle qui reste un témoin et un acteur, - complice ou pas, c'est selon, - d'un évènement pivot de toute notre histoire contemporaine. L'article a été publié le 25 décembre 2005, sous la signature de Kaleem Omar, du World News, du Jang Group of Newspapers (Pakistan).
  
[...]

 

Source : de defensa
  
  
  


   

Voici une traduction de l'article cité en anglais par de defensa.
(l'article n'est plus disponible sur le média d'origine, mais est repris par
Information Clearing House)
  
  

April Glaspie est-elle toujours tenue au secret par le Département d'État ?

  

Par Kaleem Omar

World News, Jang group of Newspapers (Pakistan)

25 décembre 2005

 

Il y a maintenant plus de quinze ans, qu'eut lieu la réunion fatidique du 25 juillet1990 entre l'Ambassadeur des Etats-Unis en Irak de l'époque, April Glaspie, et le Président Saddam Hussein, réunion au cours de laquelle le dirigeant irakien crut recevoir le feu vert de Washington pour l'invasion du Koweït qu'il allait opérer huit jours plus tard.
 
L'interdiction qui aurait était faite à Glaspie par le Département d'Etat américain, dès le mois d'août 1990, de dévoiler aux médias ce qui s'était passé lors de cette réunion, est apparemment toujours en vigueur, malgré qu'elle ait pris sa retraite de l'American Foreign Service en 2002.
  
Malgré toutes les années qui se sont écoulées depuis sa rencontre avec Saddam Hussein, Glaspie n'a jamais parlé aux médias, n'est jamais apparue  dans un talk-show télévisé, n'a jamais écrit d'article ni de livre sur cette période où elle était le plus haut diplomate des Etats-Unis en poste à Bagdad. Pourquoi ? Que doit-elle cacher ?
  
April Catherine Glaspie est né à Vancouver, au Canada, le 26 avril 1942. Elle est diplômée de Mills College d'Oakland, en Californie (1963) et de l'Université Johns Hopkins (1965). Elle a intégré les services diplomatiques des États-Unis en 1966, où elle est devenue expert du Moyen-Orient. Après avoir été en poste au Koweït, en Syrie et en Egypte, Glaspie a été nommée ambassadeur en Irak en 1989.
  
La nomination de Glaspie intervenait après à la période 1980 - 1988 au cours de laquelle les États-Unis avaient fourni d'importants soutiens clandestins à l'Irak alors en guerre contre l'Iran.
  
Avant 1918 le Koweït faisait partie de l'Empire Ottoman, province de Bassorah, et donc en un sens de l'Irak ; mais l'Irak avait reconnu son indépendance en 1961. Après la fin de la guerre Iran-Irak (au cours de laquelle le Koweït avait prêté 14 milliards de dollars à l'Irak), l'Irak et le Koweït avaient des différends sur le tracé exact de la frontière, l'accès aux cours d'eau, le prix du pétrole koweïtien, ainsi que sur le forage de puits de pétrole dans les zones frontalières.
  
C'est dans ce contexte que Glaspie eut sa première rencontre avec Saddam Hussein le 25 Juillet 1990. Glaspie avait provoqué elle-même cette réunion, disant qu'elle avait un message urgent du président américain George HW Bush (Bush père) pour le Président irakien. Des deux années pendant lesquelles elle fut ambassadeur en Irak, ce fut la première audience privée de Glaspie avec Saddam Hussein. Ce fut également la dernière. Voici une transcription partielle la réunion :  
 
Ambassadeur des États-Unis Glaspie :
  
« J'ai des instructions directes du président Bush pour améliorer nos relations avec l'Irak. Nous sommes en plein accord avec votre recherche d'une hausse du prix du pétrole, qui est la cause principale de votre différend avec le Koweït. (Pause) Comme vous le savez, je vis ici depuis des années et j'admire les efforts extraordinaires que vous faites pour reconstruire votre pays (après la guerre Iran-Irak). Nous savons combien vous avez besoin de fonds. Nous comprenons cela, et nous pensons que vous devriez avoir les moyens de reconstruire votre pays. (pause) Nous savons que vous avez déployé massivement des troupes dans le sud. Normalement cela ne devrait pas être notre affaire, mais comme cela se produit en conjonction avec d'autres menaces que vous faites peser sur le Koweït, il est légitime que nous soyons inquiets. Pour cette raison, j'ai reçu instruction de vous interroger, dans un esprit d'amitié - et non d'affrontement - compte tenu de vos intentions. Pourquoi vos troupes sont-elles massées si près de la frontière du Koweït ?  »
  
Président Saddam Hussein :
 
  
« Comme vous le savez, depuis des années, j'ai fait tous les efforts possibles pour parvenir à un règlement de notre différend avec le Koweït. Il doit y avoir une réunion dans deux jours ; je suis prêt à donner à ces négociations une nouvelle chance, mais pas plus. (Pause) Lorsque nous (les Irakiens) nous réunirons (avec les Koweïtiens), si nous voyons qu'il y a un espoir de solution, il ne se passera rien. Mais s'il est impossible de trouver une solution, l'Irak ne pourra pas accepter pas la mort. »
  
Ambassadeur des États-Unis Glaspie :
 
  
« Quelle serait la solution acceptable? »
  
Président Saddam Hussein :
 
  
« Si nous pouvions conserver la totalité du Chatt al Arab - notre objectif stratégique dans notre guerre contre l'Iran - nous pourrions faire des concessions (aux Koweïtiens). Mais si nous sommes forcés de choisir entre la moitié du Chatt et l'ensemble de l'Irak (qui du point de vue irakien, comprend Koweït), alors nous renoncerons au Chatt pour défendre nos revendications sur le Koweït, de façon que l'ensemble de Irak prenne la configuration que nous souhaitons. (pause) Quelle est l'opinion des Etats-Unis sur ce point ? »
  
Ambassadeur des États-Unis Glaspie :
 
  
« Nous n'avons pas d'avis sur vos conflits arabo-arabes, ni sur votre différend avec le Koweït. Le Secrétaire (d'État James) Baker m'a demandé d'insister sur la notification déjà faite à l'Irak dans les années 1960, que l'Amérique n'était pas partie prenante sur la question du Koweït. »
  
(Saddam sourit)

  

  
Lors d'une conférence de presse du lendemain (le 26 Juillet 1990) à Washington, la porte-parole du Département d'État américain Margaret Tutweiler fut interrogée par les journalistes :
  
« Les États-Unis ont-ils envoyé un message diplomatique quelconque aux Irakiens au sujet des 30 000 soldats massés à la frontière du Koweït ? Y a-t-il eu un communiqué de protestation du gouvernement des Etats-Unis ? »
  
A quoi Tutweiler a répondu :
   
« Je n'ai aucune information concernant une telle protestation. »
  
Le 31 Juillet 1990, deux jours avant l'invasion Irakienne, John Kelly, Secrétaire d'État adjoint pour le Proche-Orient, déclara au Congrès :
  
« Les États-Unis n'ont aucun engagement à défendre le Koweït et les États-Unis n'ont pas l'intention de défendre le Koweït s'il est attaqué par l'Irak. »
  
Le piège qui avait été très habilement tendu par Glaspie, et se trouvait renforcé par les commentaires de Tutweiler et de Kelly. Et Saddam Hussein a foncé droit dans ce piège, persuadé que les États-Unis ne feraient rien si ses troupes envahissaient le Koweït. Le 2 août 1990, huit jours après la réunion de Glaspie et du Président irakien, les troupes de Saddam Hussein envahissaient le Koweït.
  
Un mois plus tard à Bagdad, des journalistes britanniques ont réussi à obtenir la cassette et la transcription de la réunion du 25 Juillet 1990 entre Saddam Hussein et April Glaspie. Pour vérifier cette information étonnante, ils ont tenté d'interroger Mme Glaspie au moment où elle quittait l'ambassade américaine de Bagdad.
  
Journaliste 1:
  
« Est-ce que ces transcriptions sont correctes, Madame l'Ambassadeur ? »

(L'Ambassadeur Glaspie ne répond pas)
  
Journaliste 2:
  
« Vous saviez que Saddam allait envahir (le Koweït), mais vous ne l'avez pas mis en garde. Vous ne lui avez pas dit que l'Amérique défendrait le Koweït. Vous lui avez dit le contraire - que l'Amérique n'était pas alliée au Koweït. »
   
Journaliste 1:
  
« Vous avez encouragé cette agression - l'invasion. A quoi pensiez-vous ? »
  
Ambassadeur des États-Unis Glaspie:
  
« Evidemment, je ne pensais pas, et personne d'autre ne pensait, que les Irakiens allaient occuper la totalité de Koweït. »
  
Journaliste 1:
  
« Vous pensiez qu'il n'allait en prendre qu'une partie ? Mais comment est-ce possible ? Saddam vous a dit que, si les négociations échouaient, il abandonnerait [le Chatt el Arab] et viser l'objectif que « l'Irak prenne la configuration qu'il souhaite. » Vous SAVIEZ que cet Irak comprend le Koweït, que les Irakiens ont toujours considéré comme une partie historique de leur pays ! »
  
(L'Ambassadeur Glaspie ne dit rien, bousculant les deux journalistes pour partir)
  
« L'Amérique a donné son feu vert à l'invasion. Reconnaissez au moins  avoir indiqué à Saddam que certaines agressions seraient admises - que les États-Unis ne s'opposerait pas à la saisie des champ pétroliers de Al-Rumalya, de la bande frontalière contestée et les îles du Golfe (y compris de Bubiyan) - tous des territoires revendiqués par l'Irak ? »
  
(Encore une fois, l'Ambassadeur Glaspie ne dit rien, alors que la porte de la limousine se referma derrière elle et que la voiture s'éloigna)
   
Deux ans plus tard, sur la chaîne de télévision américaine NBC News, lors du troisième débat pour la présidentielle de 1992, le candidat à la présidence Ross Perot déclara :
  
« ... nous lui avons dit (à Saddam), qu'il pourrait prendre la partie nord du Koweït, et quand il  prend tout, cela nous rend dingues. Et si nous ne lui avions pas dit cela, pourquoi n'avons nous pas demandé à la Commission des affaires étrangères du Sénat et au Comité du Sénat pour le renseignement  de voir les instructions écrites données à l'Ambassadeur Glaspie ? »
  
À ce moment, Perot a été interrompu par le président George Bush père qui s'est écrié :
   
« Je dois répondre à cela. Cela touche à l'honneur national ... C'est absolument absurde ! »
  
Absurde ou non, le fait est qu'April Glaspie a été gardée au secret par le Département d'Etat pendant huit mois, sans avoir le droit de parler aux médias ni de se montrer, entre le moment où elle a quitté Bagdad pour Washington à la fin août 1990, et la fin officielle de la guerre du Golfe (le 11 avril 1991), jusqu'au moment où elle dut témoigner devant la Commission des relations extérieures du Sénat au sujet de sa rencontre avec Saddam Hussein.
   
Elle a dit avoir été victime « d'une tromperie délibérée et à grande échelle » et a dénoncé le procès-verbal de la réunion comme « une invention » qui déformait sa position, même si elle admit qu'il contenait « beaucoup » de vérité.
   
La diplomate chevronnée attendit une nouvelle affectation, puis fit profil bas en acceptant un emploi à l'Organisation des Nations Unies, à New York. Elle a été expédiée par la suite vers Le Cap, en Afrique du Sud, comme Consul général de États-Unis. On n'a plus entendu parler d'elle depuis son départ à la retraite du Service diplomatique en 2002. C'est presque comme si elle était devenue une non-personne.
   
  
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