Jeudi 31 janvier 2008

Promotion de la valeur travail et amélioration du pouvoir d'achat

 

[ Les Echos - 31 janvier 2008 ]

   

    Pour Génération Précaire, rémunérer les stagiaires "à partir de 30% du SMIC" est une "insulte à la jeunesse". Cette décision, annoncée par le ministre du Travail, Xavier Bertrand, rend "stériles les discours sur la valeur du travail ou le pouvoir d'achat", ajoute le collectif  

    Le ministre du Travail Xavier Bertrand a indiqué mercredi à la presse que les stagiaires seraient rémunérés "à partir du premier jour" pour "tous les stages de plus de trois mois". "Nous venons de signer avec Valérie Pécresse (ministre de l'Enseignement supérieur) un décret qui va être publié dans les jours qui viennent, qui va être ratifié par le Premier ministre, qui prévoit le paiement des stagiaires pour tous les stages de plus de trois mois, et qui seront rémunérés à partir du premier jour", a déclaré Xavier Bertrand lors de l'émission Questions d'info (LCP/France Info/AFP).

    Ces stages seront payés "à partir de 30 % du SMIC", et "à partir de février", a précisé le ministre. "Pour les entreprises, il y aura une franchise des cotisations à hauteur de ces 30% du SMIC, c'est-à-dire que l'entreprise qui va rémunérer ce jeune n'aura pas de charge à payer, c'est l'Etat qui en fera la compensation", a ajouté Xavier Bertrand. Pour éviter les abus dans l'emploi des stagiaires, on tiendra "un registre dans l'entreprise, pour qu'on sache qui est stagiaire qui ne l'est pas", a-t-il expliqué, ajoutant : "Je ne veux pas qu'on tronçonne les stages".

    Génération Précaire s'insurge. Pour le collectif, rémunérer les stagiaires "à partir de 30% du SMIC" est une "insulte à la jeunesse". Un stagiaire touchera donc près de 380 euros par mois dès le 1er jour, si son stage dure au moins trois mois, selon les calculs de Génération Précaire. Un montant insuffisant qui rend "stériles les discours sur la valeur du travail ou le pouvoir d'achat", estime-t-il. "Le gouvernement traite les stagiaires par le mépris" et la jeunesse est encouragée "à partir à l'étranger" où les stages sont mieux rémunérés, poursuit le collectif.

   

      Source Les Echos : Les stages de plus de trois mois seront rémunérés ...
      Date : 31 janvier 2008

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Jeudi 31 janvier 2008


     Au moment ou la crise financière agite les esprits, voici un point de vue de M. François Asselineau, président de l'Union Populaire Républicaine (UPR), un parti souverainiste crée en mars 2007.

     M. Asselineau est inspecteur général des Finances, diplômé de HEC et de l'ENA. Ses activités de haut fonctionnaire lui ont permi de parfaitement maîtriser les questions économiques internationales. Gaulliste, proche de Charles Pasqua, il s'est engagé au Rassemblement pour la France, parti souverainiste crée en 1999 par Charles Pasqua et Philippe de Villiers. Il a été élu Conseiller de Paris en 2001 sur une liste indépendante (un CV qui peut interpeller un citoyen plutôt enclin à voter à gauche...)

    M. Asselineau donne dans toute la France des conférences tout à fait remarquables, fort bien illustrées et argumentées sur le thème de l'Europe.

    En deux mots, sa thèse est que l'Union Européenne est une machine de domination créée après la 2è guerre mondiale par les Etats-Unis à l'aide d'un colossal réseau d'influence piloté par la CIA (c'est un fait historiquement avéré) et dont la plupart des dirigeants actuels sont sous influence directe des Etats-Unis. L'Union Européenne s'est construite et continue à se construire en catimini, en dehors de la volonté des peuples et contre ses intérêts (exemple du traité de Lisbonne). Dans l'état actuel du réseau de contraintes politiques et juridiques mis (volontairement) en place, il considère que l'UE ne peut pas être réformée dans le sens souhaité par les citoyens. Il préconise donc une sortie de la France de l'Union Européenne, et de l'euro.

    C'est donc un discours assez radical, qui remet en cause cinquante ans d'enthousiasme. Il est vrai que l'état du monde après un demi-siècle de bienfaits du leadership américain autorise ces question, mais on pourra toujours objecter l'acte de foi classique : tout ira bien lorsque le processus sera achevé ; ce sera peut-être alors la Fin de l'Histoire...

    Voir la vidéo en 4 parties, extraits d'une conférence donnée au mois de novembre 2007 à Paris. 
    La qualité technique laisse malheureusement à désirer  (
DailyMotion, env. 4 fois 5 mn) :

 

Partie 1                Partie 2                Partie 3                Partie 4

 

            

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Mercredi 30 janvier 2008

 

[ Libertés Internets - 29 janvier 2008 ]

   

    [Tim Carr - IES News Service - 24/01/2008]
    Madame Saidi, mère de famille britannique élevant seule ses enfants, avait décidé de faire une surprise à ses filles agées de 15 et 13 ans. Pour les vacances de Noël 2007, elles les emmènerait en vacances pour une semaine de tourisme et de shopping à New-York. Mais peu de temps après son arrivée, affaiblie par la clim’ de l’avion et le froid new-yorkais, Mme Saidi tomba malade. Le médecin appelé à l’hôtel diagnostiqua une infection pulmonaire aigue et fit hospitaliser la mère de famille pour quelques jours.

    L’hôtel informa Mme Saidi que, ses filles étant mineures, elles ne pourraient rester seules à l’hôtel et devaient donc accompagner leur mère à l’hopital.

    A l’hôpital, les infirmières  étaient tout à fait prètes à laisser les deux filles dormir sur des lits pliants à coté de leur mère, étant donné que l’hospitalisation ne devait pas durer plus de deux-trois jours. Mais l’administration de l’hôpital refusa. Pas question de se charger de ces deux enfants mineures, un hôpital n’est pas un hôtel, voyons !

    L’administration téléphona aux services sociaux qui vinrent prendre les deux adolescentes pour les emmener dans un orphelinat municipal, situé dans le New Jersey. A leur arrivée à l’orphelinat, les deux filles - déjà passablement terrorisées par ce qui leur arrivait - furent séparées, entièrement déshabillées, fouillées et interrogées sur leurs “habitudes et mode de vie”, avant d’être enfermées chacune dans une chambre aux fenêtres grillagées pendant 30 heures d’affilée.

    [...]

  

    Lire la suite sur Libertés Internets

   

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Mercredi 30 janvier 2008

 

[ de defensa - 30 janvier 2008 ]

   

    Il s’avère que les méthodes d’influence US vers les pays de l’Est et du Sud-Est de l’Europe ne prennent pas de gants. Il s’agit, dans le cas qui nous occupe, de consignes directes, quasiment sous forme de mémos indiquant les choses à faire et les procédures à suivre. Le cas en question est celui du directeur politique du ministère des affaires étrangères slovène, qui a du démissionner. On sera ainsi pleinement rassuré, nous autres Européens, sur l’origine des consignes qui conduisent la politique de la Slovénie pendant sa présidence de l’Union Européenne (1er janvier-30 juin 2008), – c'est-à-dire, notre politique, à nous Européens.

    Voici quelques indications sur le cas, d’après nos sources internes.

    «Le ministère slovène des Affaires étrangères a annoncé mardi la démission de son directeur politique, Mitja Drobnic, soupçonné par la presse d'avoir fait l'objet de “directives” américaines pour la présidence de l'Union européenne exercée depuis ce 1er janvier par la Slovénie. “Le ministre Dimitrij Rupel a accepté la démission du directeur politique, Mitja Drobnic”, a indiqué le ministère dans un communiqué, précisant qu'il serait remplacé par le secrétaire d'Etat Matjaz Sinkovec pour la durée de la présidence, qui s'achèvera le 30 juin.

    »Cette démission suit la publication par le quotidien slovène Dnevnik, la semaine dernière, d'un “document interne” du gouvernement US, avec les “directives” pour la présidence slovène de l'UE. Selon ce document, le secrétaire d'Etat adjoint américain aux Affaires européennes, Daniel Fried, aurait notamment suggéré, lors d'une réunion avec Drobnic à Washington le 24 décembre, que Ljubljana soit “parmi les premiers au sein de l'UE à reconnaître l'indépendance du Kosovo”. Il aurait également insisté sur l'importance du déploiement d'une mission de policiers et juristes de l'UE “malgré les réticences de Moscou et de Belgrade”.»

    Il faut aussitôt ajouter que le ministère d’affaires étrangères n’a pas nié l’existence du document ni son contenu. L’enquête ouverte concerne la “fuite” vers la presse, considérée comme un acte à la fois scandaleux et immoral. Les conditions qui font qu’on accepte de tels documents sont considérées, elles, comme courantes, sauf qu'ils auraient pu, au département d'Etat, traduire leur mémo en slovène.

    Le ministre Rupel a déploré cette affaire. Il faut bien savoir pour quelles raisons qui ont moins la vertu de la logique, sinon de l'héroïsme: «A cause de cela, nous avons des difficultés avec nos interlocuteurs, en particulier américains.». On compatit et on serait presque prêt à aider. La semaine dernière, le Premier ministre Jansaz avait dit qu’il ne faut pas exagérer, que la Slovénie n’a pas l’intention d’exécuter toutes les consignes US pour «en faire la politique de l’UE». On prendrait ses aises jusqu’à envisager de respirer sans l’autorisation de Washington? La crise n’est pas loin.

    La crudité de cette affaire, la brutalité de la méthode US et la façon dont elle semble aller comme un gant aux dirigeants slovènes constituent des références de la situation des pays de l’Est qui ont retrouvé la liberté, – et qui montrent qu’ils savent diablement bien s’en servir, de la liberté. L’entrée dans l’UE de ces pays leur a surtout servi, semble-t-il, à recevoir d’une façon plus directe et efficace les consignes de l’oncle que nous connaissons tous; une sorte de facilité de transmission, en un sens. Tout cela doit ajouter au crédit général de l’Union Européenne et grandir un peu plus la mystique européenne qui nourrit notre pensée politique sur le continent. Nous sommes très heureux et très fiers de nous contempler dans notre miroir, chers Européens.

    Mais n'en faisons pas un drame. Tout cela ne soulève même pas l'une ou l'autre vaguelette dans notre presse officielle et libre. “Business as usual”.

   

    Source de defensa : Les consignes de l'oncle bien connu
    Date : 30 janvier 2008

   

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Mardi 29 janvier 2008

[ France Info - 28 janvier 2008 ]

   

   Après avoir dénoncé les activités et les arrestations illégales menées par la CIA sur le territoire européen, les parlementaires du Conseil de l’Europe s’en prennent aux listes noires des Nations unies et de l’Union européenne, sur lesquelles sont fichées des centaines de citoyens, en violation de toutes les règles internationales sur les droits de l’homme.

La lutte contre le terrorisme ne doit pas bafouer les droits fondamentaux. Or actuellement 370 personnes à travers le monde ont leurs avoir gelés et ne peuvent voyager car elles sont inscrites sur une liste noire par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Une soixantaine d’autres personnes, physiques ou morales, figurent sur une autre liste noire de l’Union européenne. Ces sanctions peuvent être imposées "sur la base de simples soupçons". Les personnes ne bénéficient d’aucune possibilité de recours, ne sont généralement même pas informées. Et lorsqu’elles sont blanchies, elles restent inscrites sur ces listes noires. Des "procédures illégales, contraires au droit, insoutenables du point de vue éthique, et surtout indignes d’institutions qui prônent la démocratie et les droits de l’homme" estiment les parlementaires du Conseil de l’Europe, qui ont vivement critiqué ces procédures lors de leur session cette semaine à Strasbourg, tout en réaffirmant la nécessité de ces listes. Ils invitent leurs 47 Etats membres à réexaminer leurs procédures, "afin d’être crédibles et exemplaires dans la lutte contre le terrorisme". Dick Marty, parlementaire suisse et rapporteur du texte, souligne que toutes ces personnes sont de confession musulmane. Pour lui, "l’injustice est la meilleure alliée du terrorisme".  

 

Déclaration de Dick Marty (transcription Opus Incertum) :

    « J’ai rarement été confronté à des situations de flagrante injustice comme dans le cas de ces listes noires. Les personnes qui sont sur la liste perdent finalement tout : ils ont dû fermer leur entreprise, licencier du personnel , voir l’œuvre de leur vie détruite. Ils ne peuvent plus bouger et ne peuvent plus passer une frontière. Ils ne savent pas exactement pourquoi ils sont sur cette liste – on leur dit qu’ils ont financé le terrorisme. Ils ont été l’objet d’enquêtes pénales qui ont duré des années, et qui n'ont rien donné, les procédures ont été classées, les frais mis à la charge de l’Etat ; et ces personnes sont encore sur la liste noire. J’espère que cela va provoquer une prise de conscience surtout de la part des gouvernements Européens qui jusqu’à présent ont été vraiment d’une passivité absolument navrante. Je dois le dire très clairement – c’est mon opinion – parce que toutes les personnes qui sont sur cette liste sont des musulmans. Il faut que ces pays disent nous nous engageons à fond contre le terrorisme mais respectons au moins certaines règles essentielles

   

    Source : France Info, L'Europe au  quotidien
   
Chronique d'Anja Vogel
  

    Ecouter la chronique d'Anja Vogel

    

    Lire le rapport du Conseil de l'Europe sur les Listes noires

    

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Lundi 28 janvier 2008

   

 [ American Muslim Perspective , 22 janvier 2008, via Contre Info ]

  

Selon un rapport publié par le Forum Economique Mondial, dans les pays musulmans de 62% à 82% des personnes interrogées ont le sentiment que l’occident ne les respectent pas. En occident, moins de la moitié des sondés estiment que l’ouest respecte le monde musulman.

   

Par Abdus Sattar Ghazali

   

    La majorité des habitants des pays musulmans et des pays occidentaux pensent que le clivage entre l’Islam et l’Occident s’accentue, et que chaque camp ne respecte pas la culture de l’autre, indique un rapport portant sur les relations entre musulmans et occidentaux rendu public le 21 janvier, 2008 à Davos, en Suisse.

    Le rapport, intitulé « Islam et Occident : Rapport annuel sur l'état du dialogue, » est dirigé par le Forum Economique Mondial, en collaboration avec l'Université de Georgetown. Il examine comment les sociétés musulmanes et de occidentales se perçoivent et interagissent aux niveaux politique, social, économique et culturel.

    Le rapport présente un sondage Gallup sur le dialogue entre les Musulmans et l’Occident. Ce sondage révèle que la majorité des populations des 21 pays sondés pense qu’un conflit systémique violent entre l'Ouest et le monde Musulman peut être évité. Cependant, le rapport pointe un degré d'optimisme très variable suivant les pays. Les habitants du Bangladesh, de l’Arabie Saoudite et de Hollande sont parmi les plus optimiste, alors que ceux du Pakistan, du Brésil et de Russie sont les plus pessimistes.

    Le rapport indique que les Européens, inquiets de l'immigration et d’une menace islamique contre leur culture, craignent la perspective d’une plus grande proximité avec le monde musulman. Par contre, une majorité de personnes vivant aux Etats-Unis et dans les pays musulmans estime que davantage de proximité est souhaitable. « Les populations européennes sondées pensent qu’une plus grande proximité entre le monde musulman et l'occident est plus une menace qu'un avantage » indique le rapport.

    La plupart des musulmans (de 62 à 84%) estiment que les occidentaux ne les respectent pas. Les occidentaux pensent de même, et sont moins de la moitié à croire que l'Ouest respecte le monde Musulman.

    Mais l’attitude des musulmans vis à vis de l’ouest est un point de désaccord. Les musulmans estiment qu'ils respectent l'occident, mais les habitants de l'ouest, dont 82% des Américains, ne le pensent pas.

    Pour les auteurs du rapport, cette différence de perception peut s'expliquer par une tendance de l'ouest à confondre l'opinion négative qu’a le monde musulman sur les Etats-Unis, avec un rejet d’ensemble de l'Occident et de ses valeurs.

    Trois habitants des Etats-Unis sur quatre pensent que le monde musulman ne cherche pas à améliorer ses relations avec l'Ouest, et plus de la moitié des personnes interrogées en Italie (58%), au Danemark (52%) et en Espagne (50%) pensent de même.

    Mais la majorité des habitants de la planète estiment qu’un rapprochement entre les Musulmans et le monde Occidental est important pour eux. Plus étonnant, les Iraniens sont en tête sur ce point, avec 70% de personnes qui estiment comme important un rapprochement avec l’Ouest.

    Un des points importants révélé par le rapport est l'émergence de la citoyenneté et de l'intégration comme second facteur le plus important du dialogue, après le jeu politique international.

    Des minorités musulmanes de plus en plus importantes accèdent à la citoyenneté pleine et active, particulièrement en Europe, et parviennent à s’exprimer dans la sphère publique. Certains gouvernements sensibles aux idéaux d'égalité et de reconnaissance, cherchent à engager les groupes musulmans dans un dialogue structuré ; mais les résultats sont mitigés, car ils craignent de mettre en danger leur majorité électorale, ainsi que la cohésion nationale. Une plus grande intégration du monde musulman est perçue comme une menace par 60% des citoyens dans beaucoup de pays européens mais pas en Amérique.

    Le pourcentage de la population musulmane dans 15 pays de l'Union européenne va croître de 4,3% en 2006 à approximativement 10%-15% en 2025, avec une concentration allant jusqu’à 30% dans les zones urbaines de certains pays comme la France, l’Allemagne et la Hollande.

    « Le Forum Economique Mondial pense que, comme pour tous les défis globaux, il faudra l'effort commun de tous les acteurs des gouvernements, des affaires, des religions, de la presse, de l'université et de la société civile pour anticiper les crises, nouer des alliances et imaginer des solutions » a déclaré le Professeur Klaus Schwab, Fondateur et  Président Exécutif du Forum Economique Mondial.

    « Au cours de 2008, la Communauté de l’Islam et le Dialogue avec l’Ouest [Community of Islam and the West Dialogue] invitera les dirigeants des diverses tendances à engager un débat concerté sur les problèmes les plus importants, en particulier sur le thème de la citoyenneté et de l'intégration ».

    En avant-propos du rapport, John J. DeGioia, Président de l'Université de Georgetown, remarque que : « L’amélioration des relations entre les Musulmans et l’Occident tant au niveau global que dans chaque pays, ne peut se faire uniquement par le dialogue. Elle exige le règlement des conflits les plus importants, et en particulier une paix israélo-palestinienne qui associe sécurité et autodétermination. Elle exige aussi la stabilité, la prospérité et la démocratie au Moyen-orient, en Afrique, et en Asie centrale, du Sud et du Sud-Est. Elle nécessite une citoyenneté égale pour musulmans et non-musulmans en Europe, en Amérique du Nord et tout autour du monde marqué par la croissance économique globale, la mobilité et l'accès croissant à l'éducation et à la santé ».

    Le dialogue ne peut remplacer la volonté politique et la résolution des problèmes pratiques, mais il peut faciliter la connaissance et la confiance mutuelle et renforcer les efforts communs pour résoudre les défis globaux du nouveau millénaire, a-t-il ajouté.

    Karen Armstrong, expert réputé des religions Abrahamiques,  souligne qu'il ne peut y avoir progrès du dialogue si nous ne sommes pas prêts à modifier notre point de vue, à remettre en cause nos idées préconçues et à transcender une orthodoxie que nous avons depuis longtemps cessé d’examiner d'une manière critique.

    « Le dialogue ne doit pas se réduire à un colloque confortable entre gens du même avis. Comme en Irlande du Nord, nous devons trouver le moyen d’inclure ceux qui ont des vues que nous trouvons inacceptable. Nous ne pouvons pas tolérer la cruauté, l'intolérance ou le crime, mais laisser les extrémistes hors jeu et ne parler qu’aux convertis, est à coup sûr une mauvaise méthode » a-t-elle indiqué.

    Le Professeur John L. Esposito Directeur Fondateur du Prince Alwaleed Bin Talal for Muslim-Christian Understanding  de l'Université de Georgetown, remarque de son côté que dans le monde mondialisé, alors que pluralisme et tolérance n'ont jamais été plus importants, les idéologies hégémoniques, exclusives et intégristes sont en pleine ascension.

    Il ajoute que « les prédicateurs de la haine » – musulmans et non musulmans, de l’extrême droite politique et religieuse – promeuvent comme des dogmes, les politiques identitaires, les politiques et les mesures socio-économiques anti-immigrant. Pour lui, les menaces à l'identité et la sécurité nationale qui sont perçues à l’Ouest d’une part et les griefs politiques qui émanent du monde musulman d’autre part ne font que catalyser ces tendances.

    Le Professeur Esposito pense que pour surmonter ces difficultés, et construire les liens de compréhension et de respect, il nous faut utiliser un vocabulaire plus positif et fabriquer des mythes populaires plus puissants. Des phrases comme « Le monde Musulman et l'Occident », « L’Ouest-Islamique », et leur homologue – « le conflit des civilisations » – ne peuvent refléter une  réalité complexe et à facettes multiples à la fois politique, économique mais aussi religieuse et culturelle. Des termes jusqu’ici acceptables comme « tolérance » doivent être remplacés ou transformés.  La notion de « tolérer » ou de « s’accommoder » de « l'autre » doivent être renforcés par des termes qui promeuvent la compréhension mutuelle et l’égal respect ».

    Au delà de cela, il y a une guerre culturelle et les forces de l'intolérance et de la confrontation ont des ressources et des supports puissants, déclare-t-il en concluant : « Le moteur qui doit entraîner toute initiative doit être la conviction que les actions parlent vraiment plus fort que les mots ».

    

    Source : American Muslim Perspective : Islam-West division is worsening
    Auteur : Abdus Sattar Ghazali
    Date : 22 janvier 2008
    Traduction
Opus Incertum

   

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Dimanche 27 janvier 2008

 

[ Questions Critiques, d'après Haaretz, 24 janvier 2008 ]

   

    Les relations entre Israël et la Turquie sont devenues très tendues ces deux derniers jours, après que le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a soutenu qu'aucun Israélien n'avait été tué par les missiles Qassam, tandis que chaque attaque des Forces de Défense d'Israël [FDI] tuent des douzaines de Palestiniens.

    Des hauts fonctionnaires du Ministère des Affaires Etrangères [israélien] ont remis une protestation à l'ambassadeur turc auprès d'Israël, Namik Tan, exigeant des clarifications sur les remarques d'Erdogan.

    "Compte tenu des relations amicales entre les deux pays, Israël est très déçu par les déclarations d'Erdogan … Israël espère une réponse différente de la part d'un Etat qui combat lui-même la terreur", a dit un haut fonctionnaire du Ministère des Affaires à Tan, en portant la protestation officielle.

    De plus, il est prévu que la Ministre des Affaires Etrangères Tzipi Livni s'adresse à son homologue turc, Ali Babacan, et une conversation téléphonique est envisagée entre le Premier ministre Ehoud Olmert et Erdogan.

    Des sources haut-placées à Jérusalem ont exprimé leur colère à propos des commentaires d'Erdogan.

    Erdogan a critiqué la fermeture de la bande de Gaza par Israël, ainsi que les opérations des FDI dans cette zone.

    "Les territoires palestiniens sont comme une prison à ciel ouvert, ils sont assiégés par Israël", a-t-il déclaré mercredi dans un discours aux parlementaires retransmis à la télévision.

    Il a accusé Israël pour la situation à Gaza : "Les gens de Gaza sont confrontés à une tragédie humanitaire", a-t-il dit. "Nous ne pouvons pas accepter une pratique qui se résume à punir près de 2 millions de personnes innocentes à cause de quelques attaques de roquettes… Lorsque nous demandons [à nos collègues israéliens] combien de citoyens israéliens sont morts à la suite de ces attaques de roquettes, nous n'obtenons aucune réponse".

   

    Source Questions Critiques : Erdogan déclare que les Qassams ne tuent pas...
    Original Haaretz : "Israeli-Turkish relations tense as Erdogan says Qassams don't kill"
    Auteur : Barak Ravid, Correspondant de Haaretz
    Date : 24 janvier 2008
    Traduction de l'anglais : JFG-QuestionsCritiques

   

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Vendredi 25 janvier 2008

    Magistral !

   

[ Le Monde - 24 janvier 2008 ]

   

    "L'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance." Qu'en auraient pensé, devant le peloton d'exécution, Jean Cavaillès, Marc Bloch, Jean Prévost, Léo Lagrange ? Ils avaient assez de foi en eux pour hausser les épaules. Mais du temps où il y avait une gauche en France, cette injure - dans la bouche d'un président de la République - eût mis un million de citoyens sur le pavé. Une "politique de civilisation" ? Certes, mais laquelle ? Chacune se définit par sa façon de souder ou de distinguer le temporel et le spirituel. Des Eglises libres de l'Etat, dans une nation élue, comme aux Etats-Unis, ce n'est pas un islam inféodé à l'Etat, comme en Turquie, ni un Etat libre des Eglises, comme en France, fille de sainte Geneviève et de Diderot. Après d'heureux aperçus sur le considérable apport du christianisme, le discours du Latran a dérivé vers une falsification de notre état civil. Et la prière psalmodiée dans la capitale du fanatisme, Riyad, louant Dieu comme "le rempart contre l'orgueil démesuré et la folie des hommes", oublie que le Dieu unique a été autant cela que son contraire.

    C'est entendu : si aucune civilisation ne peut vivre sans valeur suprême, le temps est passé des messianismes de substitution qui demandaient à un accomplissement politique de pallier mort et finitude. Une république laïque n'a pas à promouvoir une quelconque Vérité, révélée ou "scientifique". Mais que notre chose publique, par une chanceuse exception, se soit affranchie, en 1905, des religions établies ne la réduit pas à une courte gestion de l'économie, notre intouchable état de nature. Enraciné dans l'instruction publique, le projet républicain d'émancipation a sa noblesse. Il y a un code des libertés publiques, mais la Fraternité n'est pas réglementaire. C'est une fin en soi, qu'on peut dire transcendante, sur laquelle peuvent se régler pensées et actions.

    Tout citoyen à la recherche de ce qui le dépasse se verrait enjoint de regarder l'au-delà ? Cela revient à délester la République de toute valeur ordonnatrice. Il y a loin de l'enseignement laïque du fait religieux, que j'avais recommandé, que l'Assemblée nationale a approuvé, à ce détournement dévot du fait laïque. Notre propos n'était pas d'humilier l'instit pour vanter l'iman ou le pasteur. Mais d'étendre les Lumières jusqu'au "continent noir" des religions, non de les abaisser. Encore moins de les éteindre. "La mystique républicaine, disait Péguy, c'était quand on mourait pour la République. La politique républicaine, c'est quand on en vit." Cette dernière ne sera pas quitte envers la première avec une gerbe de fleurs le 14-Juillet ou une belle envolée quinquennale. Faut-il, parce que les lendemains ne chantent plus, remettre aux détenteurs d'une Vérité unique le monopole du sens et de la dignité ? Entre la high-life et la vie consacrée, il y a le civisme. Entre le top model et Soeur Emmanuelle, il y a l'infirmière, l'institutrice, la chercheuse. Entre l'utopie fracassée et le Jugement dernier, il y a ce que l'on se doit à soi-même, à sa patrie, à autrui, à l'éthique de connaissance, au démon artistique. Ces transcendances-là, qui se conjuguent au présent, sans dogme ni magistère, ne sont pas les seules, mais elles ont inspiré Marie Curie, Clemenceau, Jean Moulin, Braque, Jacques Monod et de Gaulle (dont la lumière intérieure n'était pas la religion, mais l'histoire). Etaient-ce des professeurs de nihilisme ? Dans le rôle du mentor et du liant entre factions, la franc-maçonnerie des rich and famous semble avoir remplacé celle des loges radicales d'antan, moins flashy mais plus éclairante. Faut-il, parce que le Grand Occident succède au Grand Orient, réduire le gouvernement à une administration, la scène nationale à un music-hall et la foi religieuse au statut de pourvoyeuse d'espérance aux désespérés ? Après l'opium des misérables, l'alibi des richards ? Les vrais croyants méritent mieux.

    Au forum, la frime, à l'autel, l'authentique ? Dieu pour les âmes, l'argent pour les corps, ceci compensant cela. C'est l'idéal du possédant. Ce cynique équilibre entre indécence matérialiste au temporel et déférence cléricale au spirituel soulagerait nos élus de leurs obligations d'instruire et d'élever l'esprit public en payant d'exemple. Ce grand écart est possible dans un pays-église, formé au moule biblique, où neuf citoyens sur dix croient en l'Etre suprême et où l'Evangile peut faire contrepoids au big money. La France, où un citoyen sur dix reconnaît l'Inconnaissable, n'est pas la "One Nation under God". Les civilisations ne se délocalisent pas comme des stock-options ou des serials télévisés - anglicismes désormais de rigueur. Fin des Chênes qu'on abat, à La Boisserie, face à la forêt mérovingienne. "S'il faut regarder mourir l'Europe, regardons : ça n'arrive pas tous les matins. - Alors, la civilisation atlantique arrivera..." Encore une prophétie gaullienne confirmée ? Le divin atlantisme désormais à l'honneur donne congé à une tradition républicaine biséculaire au nom d'une tradition théodémocratique inexportable.

    L'actuel chef de l'Etat s'est donné dix ans pour rattraper le retard de la France sur la "modernité", nom de code des Etats-Unis, passés maîtres des arts, des armes et des lois. Et voilà que, sur un enjeu crucial où nous avions de l'avance sur la Terre promise des people, un born-again à la française nous mettrait soudain en marche arrière ? Bientôt la main sur le coeur en écoutant La Marseillaise ? Les lapins, faute de mieux, feront de la résistance.

 

    Régis Debray est écrivain, directeur de la revue MédiuM.

    

    Source Le Monde : Malaise dans la civilisation
    Auteur : Régis Debray
    Article paru dans l'édition du 25.01.08

    © Le Monde.fr

    

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Jeudi 24 janvier 2008

  

[ Les Echos - 24 janvier 2008 ]

Le professeur Shiller ne mâche pas ses mots : la crise immobilière qui frappe les Etats-Unis est la plus grave depuis la Grande Dépression. Disséquant les mécanismes à l'oeuvre sur un « marché d'amateurs », il regrette le manque de lucidité de nombreux acteurs. Et, alors que la tourmente s'étend aux places boursières, met en garde contre ses conséquences.

  

Le pire de la crise immobilière américaine est-il passé, selon vous ?

Non. Le système financier va souffrir, les faillites personnelles vont se multiplier. Nous n'en sommes qu'au début. Nous assistons à la plus grave crise immobilière depuis la Grande Dépression de la fin des années 1920. Ses conséquences économiques ne seront sans doute pas aussi sévères même si le risque de récession est non négligeable. Mais on va assister à une véritable destruction de valeur. Des millions de gens vont perdre leur maison, et ce qui me chagrine, c'est que tout cela résulte de comportements parfois malhonnêtes. Le public a été entretenu dans un mythe, à savoir que le prix des logements finit toujours par remonter. On a poussé des gens à acheter des maisons surévaluées en recourant à des emprunts extrêmement complexes.

N'exagérez-vous pas un peu ? Ce n'est ni la première ni la dernière crise immobilière.

Nous avons effectivement connu des crises à la fin des années 1970, au cours des années 1980 et au tournant du siècle. Chacune a été d'une certaine manière plus forte que la précédente, plus profonde. Nous sommes en fait les victimes d'un changement de société. Les Etats-Unis sont devenus de plus en plus capitalistes. A la fin de la décennie 1970, le Congrès a modifié les règles encadrant le crédit et les taux d'intérêt. Désormais, les taux usuraires ne sont plus réglementés et petit à petit nous en sommes arrivés à la situation actuelle où des produits très sophistiqués sont proposés à des gens incapables de les comprendre. Le marché du crédit était autrefois contrôlé par des autorités locales. C'est devenu un marché national sans réel contrôle. Au début des années 2000, certains ont pris en otages les emprunteurs. Profitant du niveau historiquement bas auquel étaient tombés les taux à la suite de la crise de 2001, ils ont proposé des crédits assortis de taux capables de varier dans des proportions que les souscripteurs n'imaginaient pas. Les prêteurs savaient ce qu'ils faisaient. Les emprunteurs, non. Le capitalisme peut fonctionner à condition d'être régulé et que soient limités les risques d'abus.

Les emprunteurs n'ont-ils pas tout de même fait preuve d'un peu de naïveté ?

Certains, sans doute. Mais d'autres ont simplement été victimes de l'air du temps. Ils ont refusé d'ouvrir les yeux car ils préféraient croire que les prix de l'immobilier ne pouvaient que monter. Du côté des organismes de crédit ou même des politiques, certains se sont bouché les yeux. Ils pensaient rendre service aux nouveaux accédants à la propriété.

Autrement dit, le marché de l'immobilier ne serait pas rationnel ?

A la fin des années 1980, nous avions publié avec Karl Case un article qui avait surpris. Il démontrait que la croissance ou la décroissance des prix de l'immobilier suivait une courbe lisse, sans à-coups. C'est anormal, car, sur un marché spéculatif, hier ne permet pas de prédire demain, et l'année dernière encore moins l'année prochaine. Dans l'immobilier, si. Il peut certes y avoir des inversions de tendance, mais le mouvement est régulier. C'est en fait un marché d'amateurs se comportant de façon moutonnière. La nature humaine est parfois étrange mais les hommes ont souvent tendance à se croire plus malins que les autres. Dans une bulle immobilière comme dans une arnaque de type vente pyramidale (schéma de Ponzi), les intervenants sentent bien le côté irrationnel mais ils se disent que cela peut durer encore un peu et que, eux, seront capables d'en tirer profit avant que le château de cartes ne s'écroule. Les gens font montre d'une confiance excessive à l'égard de leur propre intuition. Quand les prix s'envolent, les sceptiques, qui estiment comprendre les mécanismes économiques, passent pour des idiots en choisissant de rester à l'écart du marché. Si l'immobilier a monté pendant X années, pourquoi ne monterait-il pas une année de plus ? Dans ces conditions, c'est presque rationnel de se dire que l'on peut acheter quitte à revendre rapidement avant que la tendance ne s'inverse.

Cette « folie » immobilière dont nous sommes régulièrement les victimes est-elle nouvelle ?

Il y a cinquante ans, l'évolution des prix de l'immobilier n'était pas un sujet de préoccupation. La presse n'en parlait pas et les indices que nous avons retrouvés montrent que les gens considéraient ce sujet d'une façon plutôt sereine. Le prix d'une maison, c'était à hauteur de 15 % celui du terrain, qui certes peut prendre de la valeur, et à 85 % les coûts de construction, en général assez stables puisque les progrès techniques et les gains de compétitivité permettent de compenser certaines hausses. A l'époque, personne ne voyait la pierre comme un investissement particulièrement bon. Les choses ont changé. Nous assistons à un phénomène de fièvre acheteuse auto-entretenue. Les prix montent, donc les gens en concluent qu'il faut acheter. Cela ne s'apparente pas à proprement parler à de la folie mais sans conteste à un manque de recul ou de perspective historique. Pour chaque bulle, on tente d'ailleurs de trouver une explication plausible. Cette fois-ci, on a parlé de victoire du capitalisme, de globalisation et d'enrichissement des Chinois et des Indiens, acheteurs de maisons partout dans le monde. C'est séduisant mais bien trop réducteur.

En même temps, sur la durée, les prix semblent bien être toujours à la hausse.

Certains ont intérêt à perpétuer ce mythe, mais c'est en grande partie un effet d'optique. L'inflation explique les hausses mais j'ai démontré, chiffres à l'appui, qu'aux Etats-Unis, les prix ajustés de l'inflation n'ont pas changé entre 1890 et 1990. Certains ont fait les calculs pour des villes comme Amsterdam depuis le XVIIe siècle ou des pays comme la Norvège et sont arrivés aux mêmes conclusions. Aujourd'hui, pour que les prix se retrouvent en ligne avec leur niveau historique, il faudrait qu'ils s'effondrent de 50 % aux Etats-Unis. Je ne dis pas que c'est ce que je prévois, mais je dois reconnaître qu'il n'y a là rien d'impossible.

Combien de temps, cette crise risque-t-elle de durer ?

Les cycles peuvent être longs. Lors d'une précédente crise, les prix à Los Angeles avaient atteint un pic en 1989 et touché leur point bas seulement en 1997. Soit neuf années de chute et, au total, un recul des prix ajustés de l'inflation de 40 %. Dans les dix premières agglomérations américaines, le point bas avait été atteint au bout de quatre ans et demi, en 1994. Au cours de cette période, les prix avaient reculé de 8 % en nominal mais de 20 % ajustés de l'inflation. Cette fois-ci, la crise pourrait durer plus longtemps et être plus profonde. N'oubliez pas qu'au Japon, les prix ont chuté pendant quinze années consécutives. On ne peut exclure une situation similaire aux Etats-Unis. Sans connaître une grave récession, nous pourrions traverser une longue période de croissance molle. La bulle n'a en effet pas affecté que la pierre. Le sentiment d'enrichissement a poussé les gens à accepter de payer beaucoup de choses plus cher. Les prix ont augmenté, les profits et les marges des entreprises se sont accrus. Nous allons peut-être connaître une situation inverse avec une réduction durable des marges. Incontestablement, l'optimisme va tomber. Les entreprises vont moins investir, les ménages épargner davantage.

Cette crise américaine peut-elle s'internationaliser ?

Bien sûr. Les prix de l'immobilier sont déjà en recul à Londres, et la Banque d'Angleterre a commencé à diminuer ses taux en réaction. Je ne suis pas un expert du marché français mais, même si les prix ne baissent pas encore, ne se tassent-ils pas ? Les marchés sont corrélés. Il ne faut pas regarder l'immobilier seulement avec des yeux d'économiste mais aussi de sociologue. La hausse se transmet comme une épidémie. La baisse aussi. Quand les prix montent autour de vous, cela entretient votre optimisme. Quand ils baissent, cela nourrit votre pessimisme. La vision que vous avez du monde affecte votre jugement. Aujourd'hui, les prix reculent aux Etats-Unis, du coup les institutions financières américaines sont fragilisées. Et je pense que les Français le savent.

Cette crise pourrait-elle dégénérer ?

Nous allons sans doute traverser une période difficile, mais ne prévoyons pas l'apocalypse. Il ne faut pas perdre de vue que depuis un demi-siècle l'économie mondiale est globalement en croissance continue. Il va y avoir des dommages mais ils seront sans doute localisés dans certains pays. Ce n'est pas la fin du monde. Le principal risque est en fait social. Au moment où les salaires des PDG atteignent des niveaux record et où la rentabilité des entreprises est à un sommet, on risque de mettre 2 millions de personnes dans la rue aux Etats-Unis. La crise du « subprime » va frapper les plus pauvres. Cela pourrait avoir de lourdes conséquences.

Mais cette crise ne pourrait-elle pas comporter aussi des effets bénéfiques ?

Ce qui fait la force et l'attrait de villes comme New York ou Paris, c'est en partie leur vitalité, résultat de leur diversité. Retirez les artistes, mais aussi les professeurs, les policiers..., ceux qui ne peuvent plus se permettre de vivre dans une ville qu'ils servent, et que reste-t-il ? Une ville ne peut vivre seulement grâce à des spéculateurs. Rares sont ceux prêts à l'admettre mais, paradoxe, une chute des prix peut aussi avoir des conséquences positives. Les hommes politiques parlent de pouvoir d'achat, de logement abordable, pourtant ils sont inquiets dès que les prix baissent dans l'immobilier. Mais l'accroissement des inégalités que l'on constate aujourd'hui et qui est en partie lié à l'évolution du prix des logements est aussi porteur de tensions sociales.

Existe-t-il un lien mécanique entre explosion des bulles immobilières et récession ?

Historiquement, on n'observe pas de lien entre l'évolution des prix des maisons et les récessions. A la rigueur, on peut constater une corrélation entre la construction et les cycles économiques. Souvent, les récessions sont ainsi précédées d'un recul de la construction. Cela dit, cette fois-ci, il ne s'agit pas d'une bulle parmi d'autres mais véritablement d'une bulle gigantesque...

Certains accusent la Banque centrale américaine et Alan Greenspan d'avoir joué avec le feu et de ne pas avoir agi pour éviter les bulles. Partagez-vous ce point de vue ?

Les bulles ont tendance à naître de façon autonome. La banque centrale, en baissant ses taux, peut bien sûr entretenir un mouvement mais sans doute pas le créer. Il ne faut pas accorder trop de poids aux banquiers centraux. Quand ils remplissent correctement leur mission, ils peuvent stabiliser une économie, pas fabriquer la croissance. Cela dit, aux Etats-Unis, Alan Greenspan aurait sans doute pu en faire plus pour mettre en garde le public. En 1996, il a certes prononcé un discours en évoquant « l'exubérance irrationnelle » des marchés. Mais il n'est jamais revenu dessus. Peut-être considérait-il que le rôle du président du Conseil des gouverneurs de la Fed est de contribuer au dynamisme de l'économie. Il était en fait le reflet d'un changement idéologique qui veut qu'on ne puisse remettre en cause l'efficacité et la pertinence du marché. Aujourd'hui, ses mémoires s'intitulent « Le Temps des turbulences ». Pourquoi n'a- t-il pas parlé plus tôt ? Faire exploser des bulles peut avoir des conséquences négatives, mais les laisser gonfler au-delà du raisonnable, n'est-ce pas encore pire ?

Le gouvernement américain a tenté de réagir. Peut-il être efficace ?

Le problème est que le gouvernement ne veut pas mettre d'argent public sur la table. Le secrétaire au Trésor, Hank Paulson, a proposé de standardiser certaines procédures pour éviter les faillites, de moraliser certaines pratiques, de mettre en place un service de conseil... Mais c'est un programme facultatif et, s'il ne fonctionne pas, on risque de nourrir la déception du public.

Que peut-on faire pour éviter que de nouvelles bulles ressurgissent demain ?

Il n'y a pas de solution miracle, mais pour freiner la folie spéculative et minimiser l'impact des retournements de tendance, on pourrait, par exemple, imposer que les mensualités des crédits varient en fonction de l'évolution constatée des prix. Les taux initiaux seraient peut-être plus élevés qu'aujourd'hui, mais il existerait ainsi un mécanisme d'ajustement. On pourrait prévoir une baisse des remboursements si, au bout du compte, la maison vaut moins que prévu. On peut aussi, comme je l'ai fait, créer un marché boursier qui permette d'investir sur l'évolution des prix dans l'immobilier, un marché des « futures » de la pierre. Lors de la phase de hausse, ceux qui croyaient que la demande allait se retourner ne pouvaient rien faire, à part attendre d'avoir raison. Avec le marché des « futures », qui malheureusement n'attire pas encore beaucoup de monde, on peut « shorter » l'immobilier, faire le pari que les prix vont baisser. Cela indique la tendance et pourrait contribuer à ouvrir les yeux.

   

    Source Les Echos : « La crise immobilière ne fait que commencer »
    Entretien réalisé par David Barrouxde (Bureau de New York)
    Date : 24 janvier 2008
    (Repéré par
Le petit vagabond
)

    Tous droits réservés - Les Echos 2008

   

    Robert Shiller est professeur d'économie à l'université de Yale. Il a élaboré avec le professeur Karl Case l'indice Case-Shiller, référence en matière d'évolution des prix de l'immobilier aux Etats-Unis.

    

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Jeudi 24 janvier 2008

  

Poursuivre le rêve exhaltant de l'Union Européenne : un alignement militaire total, inconditionnel, définitif, ontologique sur les Etats-Unis.

   

[ Le Monde - 23 janvier 2008 ]

   

    Face à un monde moins sûr et moins prévisible, à des menaces devenues "asymétriques", caractérisées par l'émergence de multinationales de la terreur qui défient, à l'échelle mondiale, les gouvernements et les institutions internationales, les recettes militaires d'antan sont largement inopérantes.

    Tel est le constat dressé par cinq anciens chefs d'état-major de pays de l'Alliance atlantique, dans un rapport de 150 pages intitulé "Vers une grande stratégie pour un monde incertain". Ils concluent à la nécessité de lancer une stratégie globale, qui se décline par la formation d'un "directoire" occidental associant les Etats-Unis, l'Union européenne (UE) et l'OTAN.

    Les auteurs sont d'anciens responsables militaires de cinq pays qui, à part la France, sont naturellement atlantistes : le général américain John Shalikashvili, ex-commandant en chef de l'OTAN en Europe, le maréchal britannique Lord Peter Inge, le général allemand Klaus Naumann, ancien président du comité militaire de l'OTAN, le général néerlandais Henk van den Breemen et l'amiral français Jacques Lanxade. Leurs recommandations devraient être examinées avec attention lors du prochain sommet de l'OTAN, en avril, à Bucarest.

    Il est probable que certains alliés ne se rangeront pas facilement aux thèses qu'ils défendent s'agissant de l'utilisation, de façon préventive, des armes nucléaires. L'"emploi en premier" de telles armes doit demeurer un "instrument ultime" pour empêcher l'utilisation par un adversaire d'armes de destruction massive, estiment-ils. Si, à première vue, il peut sembler "disproportionné", il l'est moins si l'on tient compte des destructions qu'il pourrait éviter. L'"emploi en premier" est légitime, concluent-ils, puisqu'il a servi de fondement à toute la planification nucléaire de l'OTAN pendant la guerre froide.

    La France, dont la doctrine de dissuasion nucléaire comporte la notion d'"ultime avertissement", estime que des frappes nucléaires préventives peuvent se justifier s'il faut signifier à un adversaire que ses "intérêts vitaux" sont en jeu. Les Etats-Unis, de leur côté, revendiquent le droit à l'action "préemptive", c'est-à-dire la possibilité de lancer des frappes avant tout signe d'agression.

"DIRECTOIRE" OCCIDENTAL

    A l'heure où l'OTAN connaît, en Afghanistan, un enlisement qui ressemble à celui des Etats-Unis en Irak, ces cinq anciens responsables militaires préconisent un sursaut stratégique. Le constat qu'ils dressent de l'environnement international n'est guère contestable : changements démographiques et climatiques, perte du "rationnel" dans les sociétés occidentales (le sens de l'identité nationale), complexité des menaces, prolifération des armes de destruction massive, raréfaction des ressources, montée des puissances régionales (Chine, Inde), etc.

    Devant les défis d'un monde de plus en plus globalisé, insistent-ils, aucun pays, aucune organisation, ne peut espérer l'emporter seul. D'où cette idée de "directoire" occidental, qui doit s'appuyer, estiment-ils, sur les organisations existantes. De ce point de vue, leur choix est fait : c'est l'OTAN qui est l'institution "la plus appropriée" pour servir de socle à une future architecture internationale de sécurité, à condition que l'Alliance s'adapte à l'évolution des conflits, notamment en se servant des outils non militaires que, contrairement à elle, l'Union européenne possède.

    A l'évidence, ce directoire occidental à trois, qui serait chargé de "coordonner toute coopération dans une sphère d'intérêt commun transatlantique", serait sous influence américaine, et son orientation idéologique semble fort éloignée de concepts tel que le "dialogue des civilisations". Il s'agit de trois partenaires partageant "des buts, des valeurs et des intérêts communs", dont l'un serait les Etats-Unis, l'autre une alliance militaire dominée par Washington (ce qui permettrait aux Etats-Unis d'exercer une "double influence effective" au sein du directoire), et le troisième une Union européenne où les derniers entrants (les pays de l'est de l'Europe) considèrent que l'OTAN est le seul parapluie de sécurité qui vaille.

    Les auteurs revendiquent ce tropisme atlantiste. L'Union, notent-ils, doit "cesser son obstruction à la coopération UE-OTAN", et doit faire tous les efforts "pour devenir le véritable et indispensable partenaire des Etats-Unis".

   

    Source Le Monde : Réflexions militaires occidentales sur l'usage préventif de l'arme nucléaire
    Auteur : Laurent Zecchini
    Date : 23 janvier 2008

    © Le Monde.fr

   

    Lire également sur de defensa des compléments sur ce sujet, ainsi qu'une intéressante analyse : OTAN de nos alarmes

   

    

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