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Lundi 10 mars 2008


 [ Mecanopolis - 7 mars 2008 ]

   

Le texte qui suit est la traduction en français d’un article écrit par Daniele Ganser [1], historien de l’Université de Zurich. Il y aborde de manière sereine certaines questions posées à propos du 11 septembre, en particulier celles afférant à la tour 7 du World Trade Center. Il rapporte des témoignages d’experts plus que troublants.

    Aux États-Unis, mais aussi en Suisse, des questions fondamentales sont sans cesse reposées à propos des attaques du 11 septembre 2001, et des conflits provoqués, de ce fait, tant en Afghanistan qu’en Irak.

    Fadel Gheit, ancien manager de la compagnie pétrolière ExxonMobil, en est convaincu : la guerre en Irak n’a rien à voir avec le terrorisme, mais est principalement motivée par la volonté de contrôler des ressources globalement déclinantes en pétrole comme en gaz naturel. Le mode de vie américain nécessite la consommation quotidienne de 20 millions de barils de pétrole [2] dont la moitié doit être importée. D’après Gheit, les États-Unis s’apparentent à un patient sous dialyse de pétrole. “Dans ce cas, il s’agit d’un problème de vie ou de mort.”

    Contrairement aux allégations du vice-président Dick Cheney, Saddam Hussein, le dictateur irakien déchu, ne porte pas de responsabilité dans les attentats du 11 septembre, et ne cherchait pas à acquérir l’arme nucléaire, proteste Scott Ritter, ancien inspecteur de l’ONU en Irak. On nous a largement menti, et les médias ont aveuglément suivi et répété ces mensonges. L’administration Bush a manipulé les données pour justifier l’invasion de l’Irak.

    D’après Michael Ruppert, ancien officier du Los Angeles Police Departement, l’Afghanistan servirait de trait d’union aux pipe-lines pétroliers et gaziers de la Mer caspienne à l’Océan indien et de base militaire permettant le contrôle du Moyen-Orient au prétexte de la lutte contre le terrorisme.

Trois théories

    La thèse de la grande bataille géostratégique des superpuissances (USA, Russie et Chine) pour le contrôle des réserves pétrolières et gazières en déclin est a priori plausible et largement acceptée en Europe, notamment du fait de l’augmentation du prix du pétrole. Cette théorie pose tout de même un problème. Elle induit la question fondamentale de savoir si l’administration américaine traque les terroristes ou bien le pétrole.

    Il n’est donc pas surprenant qu’aux USA, ce débat exacerbé ne se soit pas limité aux guerres en cours en Irak et en Afghanistan, mais se soit élargi au 11 septembre, l’attaque terroriste la plus meurtrière de l’histoire, avec 2973 morts. Ces cinq dernières années, divers films, sites Internet et livres portant sur le 11 septembre ont fait leur apparition. Aujourd’hui, ils forment une masse presque ingérable d’arguments et de contre-arguments.

    Trois théories contradictoires s’opposent à propos du 11 septembre. Toutes trois sont des théories de la conspiration, bien que leurs promoteurs aient tendance à le nier. Ceci veut dire qu’elles présupposent toutes des accords à la fois secrets et antérieurs au 11 septembre, entre deux ou plusieurs protagonistes.

    La première théorie, appelée théorie de la surprise, a été proposée par le gouvernement américain et est corroborée par l’enquête officielle américaine dans le rapport “9/11 Commission Report” de Thomas Kean, sorti durant l’été 2004. C’est l’histoire officielle du 11 septembre : Osama Ben Laden aurait d’abord planifié les attaques avec Khalid Sheikh Mohammed en Afghanistan, puis un groupe de dix-neuf musulmans dirigé par Mohammed Atta aurait perpétré ces attaques aux USA en détournant quatre avions de ligne. Ben Laden et son réseau seraient coupables de cet acte criminel.

    La seconde théorie, appelée Let it happen on purpose (”sciemment laissez faire,” Lihop) soutient que Ben Laden et le réseau Al Qaida auraient planifié et fait exécuter l’attaque. Certains membres du gouvernement US auraient eu vent de l’attaque avant son exécution, mais, malgré cela, auraient délibérément laissé cette attaque se dérouler, et sacrifié trois mille personnes pour légitimer une série de guerres, dont celles d’Afghanistan et d’Irak ne seraient que les deux premières. Dans ce cas, les coupables de l’attaque seraient aussi bien Ben Laden que certains membres du gouvernement US.

    Enfin, la troisième théorie appelée Make it happen on purpose (”je m’arrange pour que ça arrive,” Mihop) soutient que les attaques auraient été menées par le Pentagone et/ou les agences de renseignement US, et que les vidéos de Ben Laden seraient falsifiées. Près de trois mille personnes auraient été sacrifiées de sang-froid, les citoyens américains et le monde entier auraient été trompés dans le but de justifier une série de guerres. Une partie du gouvernement US serait coupable de cet acte criminel.

    Kevin Barrett, chargé d’un séminaire sur l’islam à l’Université du Wisconsin- Madison, est un défenseur de la théorie Mihop, comme il l’a expliqué en juin 2006. D’autres Américains en ont eu le souffle coupé. Barrett serait “une honte pour l’université et les citoyens du Wisconsin,” a estimé le représentant républicain pour l’Etat de Wisconsin, Steve Nass, qui, avec d’autres républicains,a appelé l’université à démettre immédiatement Barrett de ses fonctions.

    Le doyen de l’Université, Patrick Farrell, s’y est opposé, insistant sur la liberté dans l’enseignement et la recherche. “Nous ne pouvons pas tolérer que des pressions politiques exercées par des personnes qui critiquent les idées impopulaires entravent la liberté d’opinion”, a expliqué Farrell. “Cela ouvrirait la porte à des restrictions plus fortes et plus larges encore.” Les étudiants seraient tous en mesure d’analyser les théories déviantes et de se forger leur propre opinion. “Le savoir grandit quand on débat des opinions”, affirme Farrell.

    James Fetzer, professeur émérite de philosophie à l’Université du Minnesota, considère lui aussi que la théorie de la surprise est absurde. Il pense que Lihop ou Mihop décrivent bien mieux la vérité. Pour cela, il a été mis en cause à plusieurs reprises. Ceci ne l’inquiète pas pour autant, ni lui, ni d’autres Américains .”Nous allons poursuivre”, dit Fetzer, interviewé sur CNN. “Notre rôle est de découvrir ce qui s’est vraiment passé le 11 septembre.”

Le débat en Suisse

    “Je ne suis pas surpris qu’après les difficultés en Irak et en Afghanistan, le 11 septembre fasse maintenant l’objet de débats,” affirme Kurt Spillman, professeur émérite en politique de sécurité à l’Institut ETH de Zurich. “Mais il faut être prudent, car les théories Lihop et Mihop seraient des bombes d’une puissance politique inimaginable.”

    Laquelle de ces théories a la faveur de la population suisse, cela reste un mystère. “En Suisse, à ma connaissance, aucun débat public à grande échelle n’a été mené sur ces trois théories. Mais elles ressurgissent constamment ici ou là,” d’après le professeur Karl Haltiner, directeur de la Conférence annuelle sur la sécurité de l’Académie militaire de l’ETH.

    Le journaliste Hanspeter Born, du journal Weltwoche, considère comme une “suspicion monstrueuse” l’idée que les services de renseignement américains aient pu tremper dans le 11 septembre, comme il l’écrit dans un article sur l’anti-américanisme, réaction qui est aussi largement répandue en Suisse. “Si tel devait être le cas, alors l’Amérique serait un pays à la fois corrompu et malade jusqu’au plus profond de lui-même.”

    Philippe Sarasin, professeur d’histoire de l’Université de Zurich, a écrit un livre sur les attaques à l’anthrax qui ont suivi le 11 septembre, dans lequel il analyse en profondeur la politique de la peur et avance la thèse que ces attaques aux lettres empoisonnées ont pu être fomentées de l’intérieur. Le 11 septembre resterait un mystère, affirme Sarasin : “Les historiens doivent encore travailler pour déterminer laquelle de ces trois théories est valide. Mais on peut déjà affirmer aujourd’hui que la version officielle - nous n’aurions jamais imaginé être attaqués avec des avions civils - est fausse sur un point au moins : de telles attaques avaient été envisagées comme possibles depuis des années. En novembre 2000, une attaque sur le Pentagone par un avion civil fut même simulée à grande échelle.”

    Les faits afférant au bâtiment 7 du World Trade Center (WTC 7) font partie des nombreux points obscurs à propos desquels les trois théories s’opposent. Il est peu connu que le jour du 11 septembre à New York, non seulement deux gratte-ciel se sont effondrés - WTC 1 et WTC 2, aussi appelés Twin Towers - mais également un troisième, le WTC 7, mesurant 170 mètres de haut (voir illustrations). Il s’est effondré en sept secondes, à 5 h 20 minutes de l’après-midi.

Suspicion à cause du WTC 7

    En mai 2006, un sondage Zogby révéla que 43% des Américains n’auraient jamais entendu parler du WTC 7. On peut largement l’attribuer au fait que seules les tours jumelles ont été montrées en boucle à la télévision. Déconcertés, 42% des Américains déclarent que le gouvernement et l’enquête officielle sur le 11 septembre cacheraient quelque chose.

    D’après le professeur Albert Stahel, de l’Université de Zurich, “les Américains ont été informés de manière partiale et imprécise à propos du 11 septembre. Dans un premier temps c’est la théorie de la surprise qui a été répandue par tous les médias. Aujourd’hui, les grands médias en payent le prix. Les médias alternatifs ont lancé une contre-offensive en diffusant les théories Lihop et Mihop. Seul l’avenir nous dira qui a raison. Le manque de confiance dans le gouvernement est très répandu.”

    “Il y a un problème avec le WTC 7,” nous explique l’acteur Charlie Sheen, connu pour ses rôles dans les films Platoon et Wall Street. “Et s’il existe un problème avec le WTC 7, c’est que toute l’histoire officielle du 11 septembre pose problème,” a confié Sheen à la radio en mars 2006. WTC 7 n’a pas pu s’effondrer à cause de l’impact d’un avion, car aucun avion ne l’a jamais percuté. Il n’a pas non plus pu s’effondrer à cause d’un tremblement de terre, ou à cause de la chute des tours jumelles, car près de sept heures se sont écoulées entre la chute des tours jumelles et celle de WTC 7. Les causes envisageables ne seraient que le feu, ou le dynamitage.

    Il y avait en fait un feu de petite ampleur dans le WTC 7. Mais Sheen ne pense pas que ce feu ait pu causer l’effondrement du WTC 7. D’après Sheen, celui qui croit en une telle version aurait besoin d’une “psychothérapie.” Un dynamitage aurait nécessité plusieurs jours de préparation. Il est inimaginable qu’Oussama Ben Laden et ses agents aient pu en être les auteurs, d’autant plus qu’ils n’en ont jamais été accusés. Ainsi, il ne resterait que Mihop.

    Les affirmations de Sheen ont provoqué de féroces débats. “Comment une personne sensée peut-elle imaginer que notre gouvernement ait pu attaquer ses propres citoyens ?”, se demandait un auditeur de CNN dans un courrier électronique. Un autre lui opposa : “C’est une question très importante qui doit être largement débattue et en toute transparence. C’est notre devoir de patriotes que de découvrir pourquoi et comment le 11 septembre a pu se produire.”

    Sheen, soutenu par la star hollywoodienne Sharon Stone, maintient son questionnement : “Je suis simplement un honnête citoyen américain qui paye ses impôts, qui aime son pays, et qui s’oppose à la diffusion de telles absurdités face à d’évidentes vérités.”

    Qui recherche dans le rapport Kean [3] de 566 pages la cause de l’effondrement du WTC 7 sera déçu. Pas un mot n’évoque le WTC 7 dans le rapport officiel sur le 11 septembre. Le professeur de théologie David Ray Griffin a sévèrement critiqué les “omissions et distorsions”, et publié un livre très remarqué sur les nombreux manquements du rapport Kean. Il y écrit : “La commission sur le 11 septembre élude un autre problème épineux - comment le WTC 7 a-t-il pratiquement pu s’effondrer de lui-même ? - en ne mentionnant tout bonnement pas l’effondrement du bâtiment.”

    “Si l’enquête officielle et finale sur le 11 septembre ne traite que de l’effondrement de deux gratte-ciel, alors qu’en réalité trois gratte-ciel se sont effondrés à Manhattan, il est difficile de considérer que le rapport Kean soit une source historique fiable pour l’événement hors normes du 11 septembre”, affirme le professeur d’histoire Georg Kreis de l’Université de Bâle. “Seul un petit nombre de personnes connaissent ces détails, mais ils sont plus qu’alarmants.”

Le feu ou la dynamitage ?

    Peter Forster, président de la Commission consultative helvétique pour la sécurité intérieure, souligne qu’il est très important pour la Suisse de savoir si la “guerre contre la terreur” n’est pas un subterfuge visant à masquer l’appropriation des ressources énergétiques. “Il est indispensable de suivre le débat sur le WTC 7. Mais les théories Lihop et Mihop sont explosives, ce serait monstrueux.”

    Aux États-Unis, la FEMA [4] a produit un rapport intermédiaire en mai 2002 expliquant que le WTC 7 aurait été un immeuble très particulier. Le Pentagone, la CIA et les services secrets américains auraient loué des parties du bâtiment. De puissants générateurs diesel destinés à prendre le relais en cas de coupure de courant étaient entreposés dans le sous-sol. D’après les conclusions du rapport de la FEMA, “la façon dont le feu aurait pu causer l’effondrement de l’immeuble resterait toujours inexpliquée.” Selon le commentaire du New York Times, le WTC 7 resterait le “grand secret” des attaques, parce que jusqu’à ce jour, aux Etats-Unis, aucun bâtiment en béton à structure d’acier ne s’est jamais effondré à cause du feu.

    “Nous ne savons tout simplement pas ce qui est exactement arrivé au WTC 7,” a dit Mario Fontana, professeur en poste de construction et d’analyse structurelle à l’ETH de Zurich. Lors des conférences d’experts en analyse des structures, on n’a découvert que peu d’informations sur l’effondrement du WTC 7. Au moins est-il envisageable qu’un long incendie ininterrompu ait pu entraîner l’effondrement du bâtiment.

    La FEMA a transmis le dossier du WTC 7 au l’Institut gouvernemental NIST [5]. Ce sur quoi des Américains et des journalistes troublés ont contacté le NIST pour connaître la raison de l’effondrement du WTC 7. “Je ne comprends pas cette fascination des gens pour le WTC 7″, surenchérit le porte-parole du NIST, Michael Newman, en mars 2006.

    “Mon opinion est qu’à une très forte probabilité, le WTC 7 a été démoli par des professionnels”, affirme Hugo Bachmann, professeur émérite d’analyse structurelle et de construction de l’ETH de Zurich. De même, un autre professeur émérite d’analyse structurelle et de construction de l’ETH de Zurich, Jörg Schneider, interprète les quelques enregistrements vidéo disponibles comme des preuves que “le bâtiment WTC 7 aurait très vraisemblablement été dynamité”.

    Le propriétaire de WTC 1, WTC 2 et WTC 7, Larry Silverstein, a été interviewé sur l’effondrement du WTC 7 à la télévision US, un an après les attaques, en septembre 2002. Les pompiers l’auraient informé d’un feu dans le bâtiment. Après cela, Silverstein s’est souvenu de ses propres mots : “Peut-être la meilleure solution est-elle de le dynamiter” (”to pull it.”) “Et ainsi ont-ils décidé de dynamiter le bâtiment, et nous avons assisté à son effondrement.” Plus tard, Larry Silverstein s’est défendu en expliquant qu’en disant “pull it” il voulait parler de l’évacuation des pompiers présents dans le WTC 7 [6]. Ce à quoi des critiques de la version officielle du 11 septembre, comme le millionnaire Jimmy Walter, rétorquent que cette interprétation n’a pas de sens, le mot “it” devant porter sur un objet.

Les poutres en acier expédiées en Asie

    Afin de déterminer si c’est le feu ou une démolition contrôlée qui a causé l’effondrement du WTC 7, il eût été nécessaire d’examiner les poutres en acier. Mais elles ont disparu. “Près de 80% de l’acier du WTC a déjà été vendu, en grande partie, sinon en totalité, avant que les scientifiques et les enquêteurs de la police criminelle aient pu l’examiner”, protestait Anthony Weiner, un député US de l’Etat de New York, au Congrès en 2002. L’acier a été recyclé en Asie. Le professeur Frederick Mowrer, du département d’ingénierie et de protection contre les incendies de l’Université du Maryriland, qui, avec d’autres experts, a eu à enquêter sur l’effondrement des bâtiments du WTC, a violemment critiqué ce recyclage : “Je trouve alarmante la vitesse à laquelle certaines preuves importantes ont été soustraites à l’enquête et recyclées.”

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Daniele Ganser [1], document original en langue allemande
Traduction : Dominique Larchey-Wendling
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[1] Daniele Ganser est un historien de l’université de Zurich. Son livre NATO’s Secret Armies (Ndt : les armées secrètes de l’OTAN) étudie le terrorisme d’Etat durant la Guerre froide. Il a écrit l’un des chapitres du nouvel ouvrage de David Ray Griffin 9/11 and American Empire : Academics speak out (Ndt : 11 septembre et l’empire américain : des universitaires parlent.)

[2] Ndt : un quart de la consommation mondiale.

[3] Ndt : rapport officiel sur les évènements du 11 septembre.

[4] Ndt : Agence fédérale de gestion des crises.

[5] Ndt : Institut national de la technologie et des standards.

[6] Ndt : le rapport de la FEMA, paragraphe 5.6.1, indique cependant qu’aucun pompier ne luttait contre le feu dans le WTC 7.

  

    Source : Mecanopolis
    Auteur : Daniele Ganser, publié dans Tages Anzeiger (Zurich)
    Traduction de l'Allemand : Dominique Larchey-Wendling
    Date : 7 mars 2008

   

 

publié dans : Revue de presse

Jeudi 6 mars 2008

 

 [ Libération - 6 mars 2008 - Extraits]

   

 [...]  

    Comme dit partout Frédéric Saint-Geours, ignorant (sacré rigolo, va !) ce qu’il est advenu de la vingtaine de millions que Denis Gautier-Sauvagnac (DGS) a mis à gauche (enfin, à gauche…), «laissons la justice faire son travail». Et n’allons surtout pas, patrons vertueux, nous constituer partie civile ! Nous sommes si vertueux que la seule perspective de collaborer - autant dire «balancer», fût-ce à des juges - nous révulse. Et, tandis que se perpétuent dans les arrière-salles obscures les mafieux arrangements, tout le monde applaudit. Dansons en rond autour du pilori de DGS, chantons en chœur au banquet des «comités d’éthique» du patronat, et embrassons-nous comme on s’embrasse dans les familles pour en étouffer les secrets honteux. Ceux relatifs, par exemple, au financement occulte de certain parti politique et de certaine campagne électorale. Continuons plutôt de faire semblant de croire que seuls des syndicats de salariés auraient été arrosés par les caisses noires du Comité des forges.

    Cette fable, ce conte de fées (du Chabrol grand cru) de la moralisation du capitalisme, il fallait que quelqu’un - quelqu’une, en l’occurrence - l’incarnât. Le Figaro a trouvé dans les grands yeux bleus de Laurence Parisot l’icône ad hoc : femme, jeune encore et d’une adamantine innocence (au sens étymologique du terme : elle ne sait pas, ou plutôt feint admirablement ne pas savoir), qui incarne le pendant exemplaire au barbon Gautier-Sauvagnac, porteur de chapeau très cher dont le cynique silence est d’or. Elle ne veut surtout rien savoir, de ces trafics dont elle avait vaguement ouï dire ; elle savait sans savoir ; selon son aveu de l’automne dernier dans une expression qui restera, elle savait «inconsciemment».

    Ainsi le quotidien que dirige Mougeotte entreprit-il d’ériger la statue de la nouvelle Jeanne d’Arc du capital en top model de la transparence, titrant lundi sur sa une : «Medef : Parisot lance l’opération Mains propres». Ainsi fut lancée, et quasi unanimement relayée à destination de l’opinion ébaubie, la légende du «bras de fer» entrepris par la vertueuse «patronne des patrons» contre l’entité UIMM.

    De cette entreprise de nettoyage qui n’aurait de comparable que celui des écuries d’Augias, la restitution au Medef des mandats de négociateurs dont l’officine aciériste est détentrice constitue l’officiel enjeu. Avec notamment Gérard Filoche, qui a depuis son origine levé le lièvre Gautier-Sauvagnac, on restera plus circonspect. Dans le piètre combat de catch mis en scène par des larrons, la question subsidiaire des mandats dissimule mal cette autre, fâcheuse : à qui et à quoi ont servi les valises de billets que le taiseux DGS a si longtemps distribués sans que nul s’en émeuve ?

[...]

    

    Source : Libération
    Auteur :¨Pierre Marcel
    Date : 6 mars 2008
    
    © Libération

 
publié dans : Revue de presse

Jeudi 6 mars 2008

 

 [ Les Echos - 5 mars 2008 ]

   

    C'est pas juste. Normalement, la crise du « subprime » n'aurait jamais dû arriver. D'ailleurs, il y avait une chance sur un million qu'elle éclate. Elle devait se produire une fois tous les 30.000 ans. Voilà ce que l'on entend parfois dans les salles de marchés ou les conseils d'administration. Ces lamentations ne constituent pas seulement l'expression d'un sentiment douloureux en ces temps de bonus ratatinés. Elles reflètent aussi l'écart entre « ce que disent les modèles » et la réalité. Comme si de malicieux lutins de la finance s'évertuaient à faire dévier les courbes que les humains s'échinent à prévoir. A moins que... A moins que le problème soit dans le modèle et non dans la réalité. Ce qui permettrait de comprendre pourquoi les financiers se trompent avec une telle constance, gonflant bulle sur bulle depuis une génération - depuis les pays émergents au début des années 1980 jusqu'à la crise actuelle, en passant par les « savings and loan » à la fin des années 1980, le Mexique en 1994, l'Asie en 1997-1998, la quasi-faillite du fonds LTCM en 1998 et l'explosion de la folie Internet en 2000.

    En réalité, il y a une erreur fondamentale dans la finance moderne. Ce n'est pas la finance elle-même, comme on a parfois tendance à le croire en France. Le marché des changes est précieux, tout comme la Bourse, les titres de dettes, les produits dérivés et même la titrisation qu'il est de bon ton de mépriser par les temps qui courent. Tout est utile dans la finance, comme tout est bon dans le cochon. Le problème est dans la façon dont nous la regardons. C'est bien le modèle qui est en cause, un modèle qui remonte très loin. Au début du XIXe siècle, l'Allemand Carl Gauss émet une hypothèse sur la probabilité des erreurs de mesure à propos des mouvements des étoiles. Dans sa lignée, ses successeurs traceront la fameuse « courbe de Gauss », qui dessine une distribution de probabilités. C'est une magnifique cloche : la probabilité d'un événement moyen est grande, la probabilité d'un événement extrême, dans la « queue » de la distribution, est infime. Au milieu du XIXe siècle, Adolphe Quételet, qui fonda en Belgique le premier bureau statistique de l'histoire, montra que cette courbe s'applique dans nombre de cas. Dans une population, la plupart des hommes mesurent entre 1,60 mètre et 1,90 mètre et il y en a une très petite minorité qui font moins de 1 mètre ou plus de 2,50 mètre.

    La courbe de Gauss, bâtie autour de la moyenne, ou la norme, devient ainsi la loi « normale ». En 1900, elle entre dans la finance. Le mathématicien Louis Bachelier présente sa thèse, « La théorie de la spéculation », après avoir scruté les cours de la « rente perpétuelle », le milliard donné aux nobles émigrés sous la Révolutuion et revenus en France en 1815. Il montre que les variations de prix suivent une loi gaussienne, avec des mouvements browniens (des écarts aléatoires). Un demi-siècle plus tard, l'Américain Harry Markowitz propose le premier grand modèle de gestion de portefeuille d'actifs, lui aussi centré sur une loi de Gauss. Cette théorie lui vaudra le prix Nobel d'économie en 1990.

    Pourtant, au début des années 1960, un trublion, Benoît Mandelbrot, remet en cause le recours à la loi « normale ». Ce mathématicien a créé un étrange objet mathématique, les fractales, en observant une courbe des prix du coton. Les variations de prix ne suivent pas une loi de Gauss, affirme Mandelbrot, mais une loi de Pareto. Autrement dit, les « queues » de la distribution ne sont pas si fines que ça - les Anglo-Saxons parlent de « fat tales », qui donnent en français un peu élégant « queue épaisse ». Des événements jugés très improbables dans la loi « normale » ne sont pas si improbables que ça dans la réalité. Les krachs et les booms peuvent donc exister... Mais, à l'époque, les mathématiciens ne savent pas encore traiter les hypothèses de Mandelbrot. Faute d'outil adapté, l'analyse financière se développe avec la loi « normale ». C'est encore le cas aujourd'hui. Un peu comme si nous allions toujours faire notre lessive au lavoir, parce que le lave-linge n'avait pas été inventé assez tôt...

    En 1973, deux économistes, Fisher Black et Myron Scholes, déterminent le moyen de calculer le prix d'une option sur action à partir d'hypothèses fondées sur la loi « normale ». Simple, élégante, la formule de Black et Scholes connaît un énorme succès. Elle pénètre absolument toute la finance moderne pour évaluer les risques : les salles de marchés, les écoles de commerce, les modèles des superviseurs et même les calculettes ! Myron Scholes aura d'ailleurs lui aussi le Nobel d'économie en 1997 avec l'un de ses collègues, Robert Merton (Black est décédé deux ans plus tôt).

    Le problème, c'est que Mandelbrot avait raison. La finance est « anormale » : elle ne respecte pas la loi de Gauss. Les événements improbables se produisent infiniment plus souvent que ne l'indique la « normalité ». Myron Scholes et Robert Merton en ont d'ailleurs donné une preuve éclatante malgré eux. En 1994, ils s'associent à la création d'un fonds de placement baptisé Long Terme capital management (LTCM). S'appuyant sur leurs travaux, le fonds gagnait des fortunes en prenant des positions très risquées. Jusqu'en 1998 où un accident qui ne devait pratiquement jamais se produire, tout au bout de la queue des probabilités, est arrivé - en l'occurrence, l'incapacité du gouvernement russe de verser ce qu'il devait aux souscripteurs de ses obligations, événement qui avait pourtant un précédent célèbre. Le fonds LTCM s'est alors trouvé en péril avec des positions qui avoisinaient 100 milliards de dollars ! La Réserve fédérale de New York a dû forcer la main de ses principaux créanciers pour éviter une faillite qui menaçait d'ébranler toute la finance internationale...

    Malgré cet avertissement, la planète financière continue d'évaluer le risque avec la « Black et Scholes ». La formule magique est employée dans les calculs qui servent à la fabrication des produits structurés, ces fameux produits à trois ou quatre lettres comme les CDO, les CLO ou les ABCP. La grande majorité des produits financiers sont bâtis avec un système qui sous-évalue grossièrement le risque, comme les faits l'ont prouvé à maintes reprises. Nombre d'opérateurs financiers se comportent donc comme des automobilistes atteints d'un glaucome. Sur une autoroute dégagée, ils n'ont aucun problème, malgré leur champ visuel réduit. Quand la route tourne ou quand un cerf hésite à traverser, ils sont en danger. Un jour, ils devront accepter l'idée que la finance n'est pas normale. Bien sûr, il y aura toujours des bulles financières. Et rien ne pallie les effets désastreux d'une mauvaise réglementation, comme celle sur les prêts immobiliers aux Etats-Unis. Mais, en minimisant les risques, l'idée d'une finance normale maximise les effets des chocs.

       

Deux livres pour en savoir plus :« Critique de la valeur fondamentale », sous la direction de Christian Walter et Eric Brian, Springer, 2007.« The Black Swan : the impact of the highly improbable », de Nassim Nicholas Taleb, Penguin, 2007.

   

     Source : Les Echos (repéré par Contre Info)
     Auteur : Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux
« Echos »
     
     Tous droits réservés - Les Echos 2008

   

   

publié dans : Revue de presse

Jeudi 6 mars 2008

 

 [ Les Echos - 5 mars 2008 ]

   

Les entreprises accordent davantage d'augmentations générales en raison de la poussée inflationniste, mais aussi d'une remise en cause des vertus supposées des hausses purement individuelles.

   

    Les négociations salariales de cette année marquent le retour des augmentations générales. AXA, PSA, Air France, Renault : tour à tour, les grandes entreprises, mais aussi de nombreuses PME, ont fait le choix de rogner sur l'enveloppe des augmentations individuelles pour saupoudrer les hausses de salaires. Après une décennie d'individualisation croissante des rémunérations, la conjoncture explique en partie ce changement. Dans un contexte de poussée inflationniste et de tension sociale, « il est impossible de demander à certains salariés d'attendre un an avant de voir leur salaire progresser », expliquent en privé nombre de DRH.

     Mais le phénomène répond aussi à des évolutions plus structurelles. « On sent la problématique monter depuis deux ans. Après avoir développé de nombreuses formes de rémunération variable, les entreprises constatent que les résultats ne sont pas aussi bons qu'escompté », explique Eric Wuithier, directeur associé au sein du cabinet Towers Perrin. Notamment parce que les objectifs individuels sont souvent mal définis, trop facilement atteignables ou irréalistes (voire contradictoires), et que certains salariés sont lassés par la course à la performance et la perte de l'esprit d'équipe. « On se rend compte qu'on a été trop loin dans l'individualisation, qui en privilégie certains au détriment du plus grand nombre », constate aussi Bernard Brunhes, vice-président de BPI (Conseil).

    Les entreprises commencent à corriger le tir. Les primes variables purement individuelles laissent notamment place « à des primes plus collectives, basées sur les résultats d'une équipe ou d'un projet », note Eric Wuithier, qui estime que « le retour des augmentations générales, limitées mais régulières, devrait se confirmer pour les non-cadres ces prochaines années ».

La question des cadres

     Reste à savoir si le phénomène gagnera aussi les cadres. Les bons résultats enregistrés encore récemment par les grands groupes ont permis aux employeurs de leur distribuer des primes variables et de l'intéressement assez conséquent pour leur faire accepter la stagnation de leur salaire fixe. Mais si les performances des entreprises s'inversaient, limitant ainsi les bonus versés, il est fort à parier qu'à leur tour les cadres exigeront de redécouvrir les charmes des augmentations générales.

   

    Source : Les Echos
    Auteur :
D. P.
    Date : 5 mars 2008
    
    Tous droits réservés - Les Echos 2008

   

 

publié dans : Revue de presse

Jeudi 6 mars 2008

 

 [ La Libre Belgique, avec AFP - 4 mars 2008 ]

   

    L'armée américaine a lancé une frappe militaire contre une ville du sud de la Somalie dans la nuit de dimanche à lundi, visant, selon le Pentagone, un membre présumé d'al Qaeda, tandis que des chefs coutumiers locaux ont fait état de quatre victimes civiles.
 
Cible non précisée

    "Le 2 mars, les Etats-Unis ont mené une attaque contre un terroriste connu d'al Qaeda dans le sud de la Somalie", a déclaré le porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman, qui n'a cependant pas donné de détails sur la nature de l'attaque, ni sur son résultat ou sur l'identité de la cible. Un responsable militaire américain à Washington a pour sa part indiqué, sous couvert d'anonymat, que l'armée américaine avait tiré au moins un missile de croisière, ajoutant que les militaires américains étaient "toujours en train d'essayer d'évaluer les dégâts et l'efficacité" du tir.

Hercules AC-30

    Un peu plus tôt, des chefs coutumiers et le porte-parole des insurgés avaient fait état de frappes aériennes sur cette ville de Dhoble, à 500 km au sud-ouest de la capitale somalienne, à la frontière avec le Kenya. "Cela s'est passé tard dans la nuit, vers 3h, lorsqu'un avion américain a lâché trois bombes sur la localité de Dhoble. Ils ont tiré sur trois cibles, dont deux maisons, et quatre civils ont été tués", a déclaré un chef coutumier Abdullahi Sheikh Duale. "Je peux confirmer que les Américains ont bombardé le village et touché des cibles civiles, pensant qu'elles abritaient des islamistes", a pour sa part affirmé le porte-parole du mouvement islamiste, Muktar Robow. "Mes hommes m'ont dit que c'était un AC-130, le même type d'avion qui nous a bombardés la dernière fois", en janvier 2007, a-t-il ajouté, en référence à l'Hercules AC-130 de l'armée américaine, un gros quadrimoteur dont la puissance de feu est dévastatrice.

    Les Etats-Unis disposent à Djibouti, à quelques kilomètres de la Somalie, de leur unique base militaire en Afrique, pilier de leur lutte antiterroriste dans la Corne de l'Afrique. En Somalie, l'armée américaine est la seule à avoir mené des raids aériens nocturnes, impliquant des AC-130, depuis la fin 2006 et l'intervention dans le pays du voisin éthiopien. L'armée éthiopienne, présente en Somalie pour soutenir les troupes gouvernementales, dispose sur place d'hélicoptères de combats, qui ne sont pas équipés pour voler de nuit.

Cent morts

    Depuis début 2007, les Etats-Unis sont déjà intervenus militairement à deux reprises en Somalie dans le cadre de leur lutte contre le terrorisme. En juin 2007, un navire américain avait bombardé des objectifs présumés du réseau al Qaeda dans le nord-est de la Somalie. En janvier de la même année, l'aviation américaine avait mené au moins deux raids dans le sud de la Somalie contre des membres présumés d'al Qaeda, faisant au moins cent morts selon des chefs coutumiers. Washington avait ensuite admis que les cibles visées dans le raid mené le 7 janvier, en l'occurrence des responsables des attaques contre ses ambassades au Kenya et en Tanzanie en 1998, avaient été ratées... (AFP)

   

    Source : La Libre Belgique, avec AFP
    Date : 4 mars 2008
    
    © La Libre Belgique 2001-2008
   

publié dans : Revue de presse

Jeudi 6 mars 2008

   

 [ Le Monde, AFP - 4 mars 2008 ]

       

    AFP - L'administration Bush a secrètement tenté d'évincer le Hamas après les élections de 2006 remportées par le mouvement islamiste, déclenchant une crise interpalestinienne sanglante, affirme mardi le magazine américain Vanity Fair.

    Le journal assure avoir obtenu des documents confidentiels, et la confirmation de sources palestiniennes et américaines, indiquant que le président américain George W. Bush et la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice avaient tenté d'armer une force palestinienne menée par des partisans du Fatah, le mouvement du président palestinien Mahmoud Abbas, pour évincer le Hamas du pouvoir. "Mais le plan secret a échoué, provoquant un nouveau revers pour la politique étrangère américaine sous Bush", affirme Vanity Fair. "Au lieu de chasser leurs ennemis du pouvoir, les combattants du Fatah soutenus par les Américains ont permis par inadvertance au Hamas de prendre totalement le contrôle de (la bande de) Gaza", ajoute le magazine.

    Condoleezza Rice, qui se trouvait mardi en Cisjordanie pour tenter de sauver le processus de paix israélo-palestinien, a déclaré: "En, ce qui concerne l'article de Vanity Fair que je n'ai pas lu, je ne vais pas commenter cet article". La porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino a affirmé de son côté que "la secrétaire (d'Etat) Condoleezza Rice et son porte-parole Sean McCormack ont parlé de cette question aujourd'hui et dit que l'article n'était pas exact", refusant de faire d'autres commentaires.

    Le magazine affirme que la force du Fatah était menée par l'homme fort du mouvement, Mohammed Dahlan, ancien chef de la sécurité palestinienne auprès du président Mahmoud Abbas et qui a rencontré M. Bush à au moins trois reprises.

    Un ancien conseiller néo-conservateur pour le Moyen-Orient du vice-président Dick Cheney, David Wurmser, a accusé l'administration Bush de s'être "engagée dans une sale guerre dans le but d'offrir la victoire à une dictature corrompue (menée par M. Abbas)". Il a indiqué à Vanity Fair que selon lui, le Hamas ne prévoyait pas de prendre le pouvoir dans la bande de Gaza en juin 2007, mais y avait été contraint par le Fatah.

Le Hamas contrôle Gaza depuis juin après avoir mis en déroute les services de sécurité fidèles au Fatah.
"Il me semble que ce qui s'est passé n'était pas tant un coup du Hamas, qu'une tentative de coup du Fatah qui a été devancée avant de pouvoir se produire", a dit M. Wurmser. Mme Rice a réaffirmé depuis Ramallah que "les Etats-Unis ont fait clairement état de leur volonté d'aider dans le cadre d'un effort international à améliorer la capacité de l'Autorité palestinienne à assurer sa sécurité". "Il est très clair que le Hamas est armé, et il est très clair qu'il est armé en partie par les Iraniens", a-t-elle ajouté. "Si le Hamas est armé par les Iraniens et que personne n'aide à améliorer les capacités des forces de sécurité de l'Autorité palestinienne légitime, ce n'est pas une très bonne situation", a poursuivi la secrétaire d'Etat.

   

    Source : Le Monde, avec AFP
    Date : 4 mars 2008

   

  

publié dans : Revue de presse

Jeudi 6 mars 2008

 

 [ Le Monde - 5 mars 2008 (édito) ]

   


    Trois mois après la réunion internationale organisée par les Etats-Unis à Annapolis, le 27 novembre 2007, peut-on encore parler de processus de paix israélo-palestinien ? Après sept ans de sous-traitance du dossier palestinien aux autorités israéliennes, avec le succès que l'on sait, George Bush, soutenu par les Européens, avait imaginé un réengagement de la dernière heure, pour sauver une politique régionale naufragée en Irak.

    Profitant de la rupture sanglante entre les islamistes du Hamas, seuls maîtres de Gaza, et le Fatah du président Mahmoud Abbas, Washington avait imaginé le plan suivant : privilégier la Cisjordanie, contrôlée par le Fatah, en faire le laboratoire d'un Etat à venir irrigué par les dons glanés lors de la conférence de Paris, en décembre 2007, pour que le Hamas, isolé à Gaza, concentre sur lui la colère et la frustration et que l'opinion publique palestinienne s'en détourne.

    Pour que ce plan réussisse, il aurait cependant fallu que la bande de Gaza, assiégée par l'armée israélienne depuis son retrait unilatéral en septembre 2005, disparaisse dans un oubli entretenu par les perfusions onusiennes. Il n'en a rien été, du fait des tirs de roquettes palestiniens, qui ont spectaculairement renversé l'échelle de la dissuasion au cours des deux dernières années d'une deuxième Intifada trop rapidement considérée comme une indiscutable victoire militaire israélienne. Par deux fois en quelques semaines, les tentatives israéliennes pour mettre un terme à ces tirs, qui touchent en premier lieu des civils, même s'ils sont moins meurtriers que les attentats de groupes armés palestiniens de 2001 à 2004, ont tourné à leur désavantage.

    Le blocus souhaité par le ministre de la défense, le travailliste Ehoud Barak, a tout d'abord entraîné, en janvier, le dynamitage de la partie de frontière gardée par l'armée égyptienne, très méfiante vis-à-vis du Hamas, épigone des Frères musulmans que le régime de Hosni Moubarak ne cesse d'embastiller. Le retour des blindés israéliens dans les venelles du camp de réfugiés de Jabaliya, les 1er et 2 mars, n'a pas été plus fructueux que les tentatives précédentes, décimant une population civile palestinienne prise au piège sans que les tirs de roquettes cessent. De ce point de vue, le bilan s'avère même catastrophique puisque la ville israélienne d'Ashkelon, à dix kilomètres au nord de Gaza, se trouve désormais sous le feu d'un armement palestinien plus sophistiqué que par le passé et, selon Jérusalem, acquis grâce au soutien de l'Iran.

    Le plan "Cisjordanie d'abord" a donc abouti à ce qu'il devait permettre précisément d'éviter : installer le Hamas au centre du jeu. A tel point que la pertinence du boycottage d'une organisation radicale, mais également capable de pragmatisme, par Israël, les Etats-Unis et les Européens, est plus que jamais sujette à interrogation.

   

    Source : Le Monde (édito)
    Edition du 05.03.08
    
    © Le Monde.fr 

   

  

publié dans : Revue de presse

Jeudi 6 mars 2008

 

 [ Infoguerre - 4 mars 2008 ]

   

    Nous parlions il y a peu de l’influence qu’exercent les Etats-Unis sur la construction européenne : l’affaire des pressions sur le gouvernement slovène a suffisamment illustré le dramatique manque d’autonomie des dirigeants des pays membres de l’UE vis-à-vis de la puissance américaine.

    Un nouveau fait vient démontrer que les Etats-Unis disposent d’une puissance d’attraction incomparable : en s’attachant les services d’Oliver Sarkozy, le demi-frère de l’actuel président de la République, le groupe Carlyle refait parler de lui. Entièrement formé aux Etats-Unis, cet analyste financier réputé sera le responsable des activités mondiales de services financiers de ce fonds d’investissements à la réputation sulfureuse.

    Il ne s’agit pas de critiquer ce fait en soi. Pourtant, la proximité entre Oliver Sarkozy et le président donne une porte largement ouverte au groupe Carlyle parmi les plus hautes sphères du pouvoir français. Connaissant le passé de ce groupe, ne peut-on légitimement se demander si les responsables de Carlyle ne voudront pas profiter de cetaccès privilégié pour tenter de défendre au mieux leurs intérêts et leurs actions en France ?

    Ce fonds d’investissement, gérant 39 milliards de dollars d’actifs en 2006, est le plus important fonds de ce type. Spécialisé dans le rachat à bas prix d’entreprises récemment privatisées puis dans leur revente une fois leur rentabilité assurée, et ce souvent au prix de réformes drastiques, Carlyle s’intéresse particulièrement aux secteurs sensibles de la défense, du spatial ou encore de l’aéronautique. Extrêmement liés au Pentagone et au pouvoir en général aux Etats-Unis, les dirigeants du groupe Carlyle ont développé une stratégie d’acquisition qui leur donne un poids considérable, du fait de l'enjeu technologique que représentent ces entreprises. Le rachat de 33,8% des parts de Qinetiq en 2001, une filiale de la DERA qui est un centre de recherche et développement militaire britannique, a fait entrer Carlyle dans les cercles décisionnels du Ministère de la Défense britannique puisque Qinetiq joue le rôle de conseiller technique pour le gouvernement du Royaume-Uni. Ces acquisitions de nombreuses entreprises stratégiques européennes peut apparaître gênante pour l’autonomie européenne dans les domaines sensibles concernés et, plus largement, pour la volonté politique qui en découle.

    Cette nouvelle capacité d’accès aux hautes sphères politiques françaises est aussi un élément qui devra être surveillé : le groupe Carlyle possède des moyens de pressions importants, qui pourraient atteindre les circuits de décision français les plus vitaux pour la défense de nos intérêts. La vigilance s’impose…

   

    Source : Infoguerre
    Auteur : Guillaume Desmorat 
    Date : 3 mars 2008

   

 

publié dans : Revue de presse

Mardi 4 mars 2008

 

  
    Quid du théâtre comique dans une civilisation qui a décidé de se fonder sur le respect de la différence ? Par tradition, le comique a toujours spéculé sur l’estropié, l’aveugle, le bègue, le nain, l’obèse, l’idiot, le déviant, la profession jugée infâmante ou l’ethnie tenue pour inférieure.

    Eh bien, tout cela est devenu un tabou. Aujourd’hui, ne vous risquez plus à imiter un inoffensif paria, c’est une vexation ; quant à Molière himself, il ne pourrait plus ironiser sur les médecins sans provoquer aussitôt le tollé de la corporation entière, liguée contre ces allégations diffamatoires. Plus question de déguster un « nègre en chemise » ni de parler « petit nègre » à une « tête de Turc » qui serait « saoul comme un Polonais ».

    Aussi, la satire télévisée risquait-elle de n’avoir plus pour objet que d’autres émissions télé : par une sorte d’accord tacite entre chaînes, chaque programme semblait n’être conçu que pour inspirer la satire de l’autre et le seul comique autorisé devenait celui du zapping. Ou alors ― puisque ce sont traditionnellement les groupes se sentant forts qui osent se moquer d’eux-mêmes ― l’autoflagellation était en passe d’être la manifestation du pouvoir. Résultat, la pratique du comique dressait une nouvelle barrière de classe : si jadis, on reconnaissait les maîtres à ce qu’ils se permettaient de brocarder les esclaves, aujourd’hui, ce serait les esclaves que l’on reconnaîtrait comme ayant seuls le droit de railler les maîtres.

    Mais, on a beau ridiculiser le nez de De Gaulle, les rides d’Agnelli ou les canines de Mitterrand, on pressent que ces derniers resteront toujours plus puissants que ceux qui les moquent ; or le comique est cruel, impitoyable par vocation, il veut un idiot du village qui soit vraiment débile, afin que, riant de lui, nous puisions affirmer notre supériorité sur son incurable déficience.

    Il fallait une solution, on la trouva. Impossible de caricature l’idiot du village, ce serait antidémocratique. Soit. En revanche, il est tout à fait démocratique de lui donner la parole, de l’inviter à se présenter lui-même, en direct (ou à la première personne, ainsi que disent justement les idiots du village). Comme dans les vrais villages, on saute la médiation de la représentation artistique. On ne rit pas de l’auteur qui imite l’ivrogne, on paie directement à boire à l’alcoolo et on rit de sa dépravation.

    Le tour est joué. Il suffisait de se rappeler qu’entre autres éminentes qualités, l’idiot du village est exhibitionniste, mais surtout que nombreux sont ceux qui, pour satisfaire leur propre exhibitionnisme, sont prêts à endosser le rôle d’idiot du village. Jadis, si en pleine crise conjugale, un étranger avait étalé au grand jour leurs lamentables querelles, les époux auraient intenté un procès en diffamation, au nom du bon vieux dicton qui veut qu’on lave son linge sale en famille. Mais lorsque le couple en vient à accepter, voire à solliciter la faveur de représenter en public sa sordide histoire, qui a encore le droit de parler de morale ?

    Et voici l’admirable inversion de paradigme à laquelle nous assistons : exit le personnage du comique brocardant le débile inoffensif, starisation du débile en personne, tout heureux d’exhiber sa propre débilité. Tout le monde est content : le gogol qui s’affiche, la chaîne qui fait du spectacle sans avoir à rétribuer un acteur, et nous qui pouvons à nouveau rire de la stupidité d’autrui, en satisfaisant notre sadisme.

    Nos écrans pullulent désormais d’analphabètes fiers de leur baragouin, d’homosexuels se plaisant à traiter de « vieille pédale » leurs homologues, d’ensorceleuses sur le retour arborant leurs charmes décatis, de chanteurs experts en couacs, de bas-bleus affirmant « l’oblitération palingénésique du subconscient humain », de cocus contents, de savants fous, de génies incompris, d’écrivains publiant à compte d’auteur, de journalistes donnant des baffes et de journalistes les recevant, heureux de penser que l’épicier du coin en parlera le lendemain.

    Si l’idiot du village s’exhibe en jubilant, nous pouvons rire sans remords. Rire du débile est redevenu « politically correct ».

 
1992
Umberto Eco
Comment voyager avec un saumon - Extraits 
(Traduit de l’Italien par Myriem Bouzaher)
Le Livre de Poche

   

  

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Mardi 4 mars 2008

 

[ Contre Info - 4 mars 2008 ]

 

« L’année 2007 marque un tournant puisque l’on s’intéresse à nouveau aux économistes qui considèrent que le capitalisme est essentiellement une mule qui tire à hue et à dia et qu’on ne parvient à maintenir sur le droit chemin qu’à condition de la rosser copieusement. » L’année de la grande crise du crédit sera-t-elle celle du retour à Keynes ?

Par Paul Jorion, 3 mars 2008

    Les années 1981 à 2006 auront été la période faste des économistes qui considèrent le capitalisme comme une machine parfaitement réglée et qui fonctionne au mieux de sa forme si l’on se contente de la regarder en s’abstenant surtout d’y toucher. Cette opinion fut tout particulièrement défendue par l’école dite de Chicago, dont la tradition remonte à von Hayek et dont Milton Friedman fut le plus fameux représentant. L’année 2007 marqua à ce point de vue un tournant puisque l’on s’intéresse à nouveau - et pour des raisons évidentes - aux économistes qui considèrent au contraire que le capitalisme est essentiellement une mule qui tire à hue et à dia et qu’on ne parvient à maintenir sur le droit chemin qu’à condition de la rosser copieusement.

    C’est pourquoi l’on reparle énormément en ce moment de John Maynard Keynes (1883 - 1946), économiste, homme politique anglais, personnage clé de la Deuxième Guerre Mondiale et de l’immédiat après-guerre, ami intime du cercle littéraire de Bloomsbury et, je tiens à l’ajouter, économe de King’s College à Cambridge qui, par ses efforts et à l’aide de ses propres deniers, sauva de la poubelle les manuscrits alchimiques d’Isaac Newton.

    Keynes est l’auteur de la fameuse General Theory of Employment, Interest and Money (1936). Qui pourrait douter aujourd’hui de la pertinence du passage suivant, emprunté à ce livre illustre ?

Il est rare, entend-on dire, qu’un Américain place son argent « pour le revenu » ; et c’est à contre-coeur qu’il effectuera un placement s’il n’entretient pas l’espoir d’une plus-value du titre. C’est là tout simplement une autre manière de dire que, lorsqu’il investit, l’américain attache ses espoirs, non tant au rendement futur de son placement, qu’à un changement en sa faveur de la base conventionnelle de son évaluation ; il est autrement dit, et au sens que j’ai proposé pour ce terme, un spéculateur. Les spéculateurs sont inoffensifs tant qu’ils ne sont qu’autant de bulles à la surface du flot régulier de l’esprit d’entreprise. La situation devient cependant grave quand c’est l’esprit d’entreprise qui se transforme en une simple bulle à la surface d’un tourbillon spéculatif. Quand la fructification du capital d’une nation se transforme en sous-produit de l’activité d’un casino, le travail est rarement bien fait.

    On reparle aussi aujourd’hui de l’un des principaux Keynésiens américains : Hyman Minsky (1919 - 1996). Minsky défendit l’idée que les crises du capitalisme ne sont nullement causées par des événements qui lui sont extérieurs mais résultent de sa propre dynamique ; seules des interventions de l’Etat permettent alors selon lui de remettre le système sur ses rails, ce qui explique pourquoi il fut aussi un adversaire farouche de la dérégulation entreprise à partir de 1981 par le Président Reagan.

    Dans un article datant de 1993 et intitulé The Financial Instability Hypothesis, Minsky distingue trois régimes auxquels un emprunteur, particulier ou entreprise, peut fonctionner. Le premier, qu’il qualifie de régime de « couverture », est celui où le revenu de la somme empruntée permet d’assurer aussi bien le remboursement du principal que le versement des intérêts. Le second régime, qu’il qualifie de « spéculatif », est celui où le revenu suffit à verser les intérêts mais est insuffisant à assurer le remboursement du principal ; l’emprunteur dans une telle situation se voit alors forcé de reconduire sa dette d’échéance en échéance. Avec le troisième régime, dit de « cavalerie » ou de « pyramide », le revenu de la somme empruntée est même insuffisant à couvrir les seuls intérêts dus et l’emprunteur est forcé pour s’acquitter de ceux-ci, soit d’emprunter davantage, soit d’y consacrer le produit de la vente de certains de ses biens.

    Ce que j’appellerai le « principe de Minsky » est qu’il existe chez tout emprunteur une tendance optimiste qui le conduit à glisser imperceptiblement du régime « de couverture » au régime « de cavalerie », en passant par le régime « spéculatif ». Je cite Minsky :

... au cours d’une période de vaches grasses, les économies capitalistes tendent à glisser d’une structure dominée par des unités économiques en régime de couverture vers une structure dans laquelle il existe un grand nombre d’unités engagées dans une activité financière spéculative voire dans un processus de cavalerie. De plus si, au sein d’une économie, un grand nombre d’unités se trouvent dans un régime soit spéculatif, soit de cavalerie, et que les autorités s’avisent d’exorciser une menace d’inflation par des mesures monétaires, alors les unités spéculatives transiteront vers le régime de cavalerie tandis que les avoirs de celles qui sont déjà dans un tel régime s’évaporeront rapidement. A la suite de cela, celles parmi ces unités qui sont en panne de trésorerie seront forcées de se refaire en vendant leurs avoirs, ce qui ne manquera pas alors de déboucher sur un effondrement du prix de ceux-ci.

Depuis que le crédit commença de s’assécher au cours de l’été dernier, l’expression « moment Minsky » a été abondamment utilisée. Elle avait été créée lors de la crise de la dette russe en 1998, par Paul McCulley, un économiste du fonds PIMCO (du groupe Allianz et auquel appartient aussi Bill Gross dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises [1]), pour désigner le moment où une entreprise entrée en régime de cavalerie, et pressée par ses créanciers, se voit forcée de revendre en priorité ses avoirs de la meilleure qualité, poussant ainsi leur prix à la baisse.

    Pour ce qui touche aux théories économiques, c’est heureusement de celles de la pire qualité que l’on commença à se délester en 2007. Je propose d’appeler par analogie un tel tournant, un « moment keynésien ».

   

Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).

   

    Article communiqué par Paul Jorion 
    Illustration : John Maynard Keynes

 
 

        

    Source : Contre Info
    4 mars 2008

   

  

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Mardi 4 mars 2008

 

 [ Infoguerre - 21 février 2008 ]

   

    Il semblerait que la récente réussite de la Scientologie en Espagne, reconnue comme une Eglise à part entière, ait pu délier certaines langues quant aux enjeux liées à ces organisations. Les propos qui auraient été tenus par Emmanuelle Mignon, directrice du cabinet du président de la République, ont conduit à une importante polémique en raison de la relativisation des dangers que les sectes font peser sur les adhérents.
 
    Bien que démentis, ces propos amènent à aborder le problème des activités des sectes et en particulier de l'une des plus connues d'entre elles, à savoir la Scientologie. Forte des soutiens de plusieurs personnalités du show-business américain, comme Tom Cruise, fervent adepte, cette organisation mène depuis toujours des campagnes discrètes mais intenses en vue de sa reconnaissance officielle en tant qu'organisation spirituelle et se bat pour échapper au qualificatif de secte. Ce travail en continu conduit à l'oubli des agissements de cette organisation qui vit de la crédulité et des faiblesses de ses adeptes.
 
    L'opacité de cette structure, les soupçons pesant sur plusieurs affaires de dissimulation et de destruction de preuves et les fortes pressions exercées contre les anciens membres font partie des pratiques courantes de la Scientologie, des pratiques que ce
dossier a le mérite de recadrer.

  

    Lire le dossier réalisé par un groupe d'étudiants d'un master de l'ESSEC (pdf, 29 pages).

   

    Source : Infoguerre
    Date : 21-02-2008

  

 

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Mardi 4 mars 2008


L'"égalité" hommes-femmes est bien en marche...

   

 [ Le Monde - Ed. du 4 mars 2008 ]

  

    Pour lutter contre la discrimination dont sont victimes les femmes dans la vie professionnelle, trois économistes, Alberto Alesina et Loukas Karabarbounis, professeurs à l'université Harvard (Etats-Unis) et Andrea Ichino, professeur à l'université de Bologne (Italie) ont trouvé une solution miracle : diminuer le taux d'imposition des femmes et augmenter, simultanément, mais de beaucoup moins, celui des hommes. Le site Internet Vox, qui relaie les travaux d'économistes renommés, s'en est fait l'écho à plusieurs reprises depuis des semaines. Et une personnalité politique, Mariano Rajoy, candidat du Parti populaire aux élections législatives espagnoles du 9 mars, s'est approprié l'idée. Il propose, s'il est élu, d'accorder une réduction d'impôt de 1 000 euros aux femmes salariées.

    Cette discrimination fiscale serait beaucoup plus efficace que toutes les autres mesures envisagées, qu'il s'agisse des quotas ou des aides pour garder les enfants. "Tout comme il vaut mieux augmenter les droits de douane plutôt qu'instaurer des quotas à l'importation dans le domaine du commerce international. Ou comme il est préférable de taxer les activités polluantes plutôt que d'en limiter la production", expliquent les économistes.

    En outre, ce système ne coûterait rien aux employeurs, ni au budget de l'Etat, qui s'en trouverait au contraire amélioré car le travail accru des femmes doperait la croissance.

    L'efficacité de cette mesure, expliquent les auteurs, provient de ce que les femmes doivent arbitrer entre famille et travail. Leur rémunération pèse beaucoup dans ce choix. Ce qui n'est pas le cas pour les hommes, qui se posent moins la question. Autrement dit, une légère augmentation d'impôt ne changera rien quant à l'activité professionnelle des hommes. Alors qu'augmenter le revenu des femmes en incitera beaucoup à travailler davantage. Cerise sur le gâteau : le système inciterait aussi à mieux répartir les tâches domestiques entre les conjoints.

     Cette proposition a suscité de vives réactions. Gilles Saint-Paul, de l'Ecole d'économie de Toulouse, s'insurge. Si le système est favorable aux couples ayant des revenus similaires, il est néfaste quand l'homme est fortement imposé ou quand il vit seul, relève-t-il. En outre, "la proposition repose sur une vision traditionnelle des foyers où la femme a un revenu d'appoint. Mais une minorité de gens sont dans cette situation. Aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, plus de 50 % des adultes sont célibataires ; et une forte minorité de femmes (30 % au Canada) gagnent plus que leur mari", affirme M. Saint-Paul.

    La critique est aussi politique. "Cette proposition est fausse et dangereuse, car elle abolit le principe de l'égalité devant la loi. Les auteurs ne semblent pas réaliser qu'ils participent au déclin de nos institutions démocratiques. (Si les Espagnols se voient appliquer la mesure), cela leur rappellera sans doute la belle époque de Franco". Pas d'accord, lui répondent les instigateurs du système : "La plupart des Constitutions précisent qu'il est du devoir des Etats de supprimer les obstacles à l'égalité entre citoyens."

    Aucune femme ne semble avoir, pour l'instant, participé au débat. C'est entre messieurs que le torchon brûle !

   

    Source : Le Monde
    Auteur : Annie Kahn
    Ed. du 4 mars 2008
    
    © Le Monde.fr

   

   

publié dans : Revue de presse

Mardi 4 mars 2008


 [ Courrier International - 21 septembre 2006 ]

   

Délinquance, crime, meurtre : les jeunes Africains-Américains sont de plus en plus violents, surtout à l’égard des leurs. Une dérive qu’un chroniqueur noir du New York Times estime très alarmante.

  

    L’autre jour à Manhattan, je regardais un kiosque à journaux quand je suis tombé sur un magazine intitulé Felon [Criminel]. C’était le numéro “Halte aux balances”, et la première lettre à la rédaction commençait par “Yo, salut Felon !” Une autre lettre était signée “Ton nègre John-Jay”, lequel était par ailleurs assez aimable pour écrire : “A mes femelles ! j’vous aime toutes.”

    Je suis tombé par la suite sur un magazine intitulé FEDS, qui affiche au nombre de ses thèmes : “Taulards”, “Voyous des rues”. La couverture portait le titre “Halte aux balances”. Un autre titre proclamait : “Une dizaine de meurtres, des centaines de kilos de coke et personne ne dénonce”.

    Ce sont là les symptômes d’une maladie culturelle déprimante, voire mortelle, qui s’est répandue librement dans la majeure partie de l’Amérique noire. Les personnes atteintes ne dénoncent pas les délinquants, se marient rarement, abandonnent souvent leurs enfants, s’appliquent les qualificatifs les plus vils (“nègre”, “pute”, etc.), ne cessent de faire des allers et retours entre le monde extérieur et la prison, et tombent en général dans l’irresponsabilité et l’avilissement le plus profond.

    Dans son nouveau livre, Enough [ça suffit !], le journaliste Juan Williams passe en revue tous les problèmes affectant les Noirs américains. Il donne un aperçu de l’obsession de la délation qu’ont ces gangs, dealers et autres racailles, sans parler des auteurs des magazines de gangsters qui s’adressent à eux.
“En octobre 2002, écrit Williams, l’enfer provoqué par la criminalité dans la communauté noire a craché ses flammes à Baltimore. Une femme noire mère de cinq enfants témoigne contre un dealer du nord-est de la ville. Le lendemain, on jette un cocktail Molotov dans sa maison. Elle réussit à éteindre le feu. Deux semaines plus tard, à 2 heures du matin, alors que la famille dort, la maison est à nouveau incendiée. Cette fois-ci, le dealer a enfoncé la porte d’entrée et a pris soin de verser de l’essence sur l’escalier, qui est la seule issue pour les gens endormis dans les chambres du premier et du deuxième étages. Angela Dawson, 36 ans, et ses cinq enfants, âgés de 9 à 14 ans, meurent dans les flammes. Carnell, son mari, 43 ans, saute du premier étage. Il est gravement brûlé et meurt quelques jours plus tard.”

    Si des Blancs faisaient aux Noirs ce que les Noirs se font entre eux, il y aurait des émeutes d’un bout à l’autre du pays. Comme l’écrit Williams, “il s’est passé quelque chose de terrible”. A quel moment la fière tradition des WEB DuBois [grand intellectuel militant], Harriet Tubman [lmilitante abolitionniste], Mary McLeod Bethune [apôtre de l’éducation], Louis Armstrong, Billie Holiday, Duke Ellington, Martin Luther King a-t-elle cédé la place aux magazines de gangsters et à leurs campagnes pour empêcher les citoyens de dénoncer les voyous ?

Les gamins voient la prison comme un rite de passage

    Juan Williams explique lors d’un entretien : “Beaucoup de choses montrent qu’il y a une crise dans la communauté. Regardez le nombre énorme de jeunes – surtout de garçons – qui ne terminent pas leur scolarité ; ou le nombre de naissances hors mariage, qui est vraiment inquiétant ; ou le taux d’incarcération. Quand on entend des gamins affirmer que la prison est ‘un rite de passage’ ou qu’ils accusent les jeunes de travailler à l’école, de ‘frimer’ ou de vouloir ‘faire comme les Blancs’, on est devant une culture de l’échec. Ce genre de discours freine ceux qui essaient d’avancer. Ils entraînent les gens vers le fond.”

    Ça suffit ! clame Williams. Son livre appelle une nouvelle génération de leaders noirs à combler le vide laissé à tous les niveaux par ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ont renoncé à lutter et à décider eux-mêmes de leur vie. Ce vide a provoqué une épidémie de comportements autodestructeurs.

    Williams ne conteste pas un instant les effets dévastateurs du racisme, mais celui-ci n’est pas le même qu’il y a un demi-siècle. C’est désormais aux Noirs eux-mêmes de saisir leur chance, de profiter des possibilités qui leur sont offertes pour réussir leurs études et leur carrière, de former des familles fortes qui permettent aux enfants de se développer et de créer un environnement culturel qui rejette le crime, l’ignorance et l’autoabaissement.

    Les Noirs qui réussissent sont plus nombreux que jamais. Mais il y en a encore trop, en particulier chez les jeunes, qui sont coincés entre échec et déchéance. Il faut que ça change. Ça suffit !

   

Note : FELON [criminel] est aussi l’acronyme de From Every Level Of Neighborhood [De tous les coins du quartier]. Le titre FEDS fait allusion aux agents fédéraux du FBI, c’est également l’acronyme de Finally Every Dimension of the Streets [Enfin tous les aspects de la rue]. Quant au magazine Don Diva, son titre est une contraction de l’expression argotique “dons and divas”, où le terme dons fait référence aux gangsters et divas à leurs copines.

   

    Source : Courrier International, d'après The New York Times
    Auteur : Bob Herbert
    Date : 3 septembre 2006
    
    © Courrier international 2008

   

 

publié dans : Revue de presse

Mardi 4 mars 2008


 [ Courrier International - 3 mars 2008 ]

   

    La population carcérale des Etats-Unis – 2,3 million de détenus – est la plus importante de la planète. Un Américain majeur sur cent est en prison.

    Pour la première fois dans l'histoire des Etats-Unis, une récente étude révèle que plus d'un adulte sur cent se trouve derrière des barreaux. Au plan national, la population carcérale a augmenté de 25 000 prisonniers en 2007 pour atteindre près de 1,6 million de détenus, trois fois plus qu'il y a trente ans. Sans compter les quelque 723 000 personnes enfermées dans des pénitenciers régionaux. Cela signifie que sur une population de 230 millions d'adultes américains, plus de 1 sur 99,1 est en prison. Le taux d'incarcération augmente aussi en fonction des groupes sociaux. Dans la communauté hispanique, 1 homme sur 36 vit dans une cellule. Dans la communauté noire, la proportion s'élève à 1 adulte sur 15, et même 1 sur 9 pour les hommes âgés entre 20 et 34 ans.

    Le rapport du Pew Center on the States indique également que dans la tranche d'âge des 35-39 ans, 1 femme blanche sur 355 est incarcérée, contre 1 sur 100 dans la communauté noire. La méthode de calcul utilisée pour ce rapport diffère de celle du ministère de la Justice, qui se sert de la population totale comme référence, et non de la seule population adulte. Selon les chiffres du ministère, 1 Américain sur 130 est emprisonné. Selon Paul Cassel, professeur de droit à l'université de l'Utah, l'étude du Pew Center ne considère que la moitié de l'équation et occulte certains "bénéfices tangibles, comme la baisse de la criminalité". Le FBI rapporte que le nombre de crimes violents a diminué de 25 % au cours des vingt dernières années pour passer de 612,5 pour 100 000 personnes en 1987 à 464 en 2007.

    "Certes, nous devons faire preuve de discernement quand nous envoyons quelqu'un en prison, reconnaît Paul Cassel, mais ce serait une erreur de croire que l'on peut libérer un grand nombre de prisonniers sans augmenter la criminalité. Si 1 Américain sur 100 se trouve derrière les barreaux, c'est parce que 1 Américain sur 100 a commis une infraction." La population carcérale des Etats-Unis est la plus importante du monde, la Chine n'arrivant qu'en deuxième position avec 1,5 million de détenus. L'écart entre les deux pays est encore plus flagrant en proportion de leurs populations.

   

    Source : Courrier International, d'après The New York Times
    Auteur : Adam Liptak
    Date : 3 mars 2008
    
    © Courrier international 2008

    

  
 

publié dans : Revue de presse

Mardi 4 mars 2008

 
 [
Infoguerre - 25 février 2008 ]

   

    En tant que clé de voute du renseignement américain, la CIA a souvent dû faire face à de nombreuses contradictions depuis sa création en 1947: l'Agence a souvent été au cœur des débats dans des moments délicats de gestion de crises ; elle a été instrumentalisée dans la guerre contre le terrorisme engagée par l’administration Bush, celle-ci s’appuyant sur des rapports semble-t-il fournis par la Company pour justifier l’existence d’Armes de Destruction Massive (ADM) justifiant l'engagement en Irak. L’ancien directeur de la CIA a, a cette occasion, été sommé de se placer derrière le secrétaire à la Défense Rumsfeld lors de son discours à l’ONU précédant la 2ème Guerre du Golfe, confirmant implicitement ses assertions sur la dangerosité de Saddam Hussein.

    Le poste de directeur de la CIA est éminemment politique. Ce dernier est nommé par le Président, qui considère la CIA comme une « troisième voie, entre la diplomatie et l’utilisation de l’armée, une continuation de la guerre par d’autres moyens »[1]. L’agence doit ainsi souvent « jongler » entre sa mission première qui est de protéger un Etat et un système, et des digressions, comme protéger le gouvernement en place contre ses adversaires politiques. La Centrale, placée au beau milieu du tourment, peut parfois se sentir écartelée entre ces différentes exigences : en décembre 2005, des officiers de la CIA n’ont pas hésité à contredire les déclarations publiques de leur chef, lorsqu’ils furent amenés à s’expliquer devant la Cour sur les centres de détention et certaines techniques d’interrogatoires qualifiées de « musclées »[2]. Ils ont donc confirmé l’existence d’un ordre présidentiel autorisant la pratique de la torture, et infirmé le fait de l’avoir effectivement pratiquée. Or, il s’avère qu’en 2008, la CIA a reconnu avoir pratiqué le « waterboarding », technique consistant en la simulation de noyades afin de soutirer des affirmations, depuis 3 ans, et avoir détruit des vidéos datant de 2002 montrant des officiers de la CIA pratiquant ce type d’interrogatoires[3]. Cependant, le New York Times affirme que le général Hayden, directeur de la CIA, affirme que « la technique consistant en un simulacre de noyade n’a pas été utilisé depuis 2003 »[4]. La machine est donc bien huilée : Phase 1 - Pratiquer ; Phase 2 – Détruire les preuves ; Phase 3 – Déni ; Phase 4 – Avouer, ceci lorsqu’il n’est plus possible de nier, afin, entre autres, d’induire le fait qu’on ne pratique plus.

    A l’ère du « tout technologique », la CIA doit faire face à une autre contradiction, dont l’impact est encore difficilement visible et calculable. La mission première qui lui a été confié depuis 2001 est de détruire l’altérité au lieu d’essayer de la pacifier. A grands renforts d’augmentations de budget et d’investissements dans la technologie de pointe, elle s’appauvrit donc dans ce qui est le cœur du renseignement, le ROEM (ou Renseignement d’Origine Humaine). L’humain est en effet le système le plus faillible dans le renseignement, et donc potentiellement la source d’information le plus importante. En sacrifiant les investissements dans la formation au renseignement humain, échiquier le plus faible des services américains, la CIA doit donc s’approvisionner en renseignements auprès de pays plus ou moins alliés, come ce fut le cas avec les services de sécurité saoudiens. James Risen du New York Times décrit donc dans son livre « Etat de Guerre » comment la CIA était dépendante des Saoudiens, en liaison avec la famille Ben Laden, pour obtenir des informations sur Oussama Ben Laden. Dans les opérations clandestines, la CIA se livre a un ballet inquiétant, qui consiste en une stratégie d’attaques indirectes afin de déstabiliser l’adversaire commun. Lors de l’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques, la CIA a créé des camps, entraîné, et fourni en armement les dissidents talibans et islamistes régionaux, contribuant à l’embourbement des soviétiques dans une guerre sans fin, à l’image du Vietnam. Quelques années plus tard, les mêmes islamistes radicaux, rompus aux techniques de guérillas par la CIA, lancèrent deux avions de ligne contre le World Trade Center, et mènent un harcèlement incessant des troupes occidentales aussi bien à Kaboul qu’en Irak mais aussi dans tout le Moyen-Orient. Quelles leçons ont été tirées de cette expérience ?