Vendredi 8 février 2008

  Par Jean Luc Porquet

   

  [ Le Canard Enchaîné - Edition papier - 6 février 2008 ]

   

    C’est le genre de choses qu’on laisse passer, à force. Il y en a tellement. Ils sont tellement « décomplexés »... La première fois, c’était en octobre dernier. Denis Kessler, ex-mao passé au capitalisme financier, ancienne éminence grise du baron Seillière lorsque celui-ci pilotait le Medef, lâchait cette mâle déclaration de guerre : « II faut défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance. » Qu’est-ce qu’elle venait faire là, la Résistance ?

    Kessler s’en réjouissait : au fond, les différentes réformes engagées par Sarkozy, disait-il, « peuvent donner une impression de patchwork », mais « on constate qu’il y aune profonde unité à ce programme ambitieux » : défaire ce qu’ont fait les résistants, justement. Cette provoc’ avait fait quelques vagues, sans plus.

    Et puis la semaine dernière, Charles Beigbeder a remis ça. Dans une tribune au « JDD » (27/1), le pédégé de Poweo a affirmé, l’air de rien, que selon lui le rapport Attali permettrait enfin d’en finir avec cette France « qui continue à vivre sur un modèle fondé en 1946, à partir du programme du Conseil national de la Résistance ». Tiens, tiens. Lui et Kessler, même combat. Charles Beigbeder, le prototype du jeune loup moderne. L’homme qui veut tailler des croupières à EDF en vendant de l’électricité privée aux Français.

    Il avait un beau titre, le programme des résistants : « Les jours heureux ». On comprend qu’il faille en finir d’urgence. Il était le résultat d’un compromis né entre tous les mouvements de résistance luttant contre l’occupant et les principaux partis politiques, dont le PC. On comprend que cela paraisse aujourd’hui insupportable. Il affichait de hautes ambitions. Entre autres, « la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ; un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’Etat ; une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ».

    Insupportable, non ? On y trouvait d’autres projets complètement fous. Les résistants rêvaient que les enfants français puissent « bénéficier de l’instruction et accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents ». Affreusement égalitariste !

    Ils voulaient aussi que soit assurée « la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent ». On comprend que ça énerve. Et aussi « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ». Complètement ringard, non ?

    On remercie MM. Kessler et Beigbeder de nous avoir annoncé franchement la fin des beaux jours, prévue pour l’après-municipales.

   

    Sources Le Canard Enchaîné "A bas les jours heureux", 6 février 2008, page 5.
    Auteur : Jean-Luc Porquet
    Transcrit par
Luc Douillard , et repéré par Contre Info
 
    Contre Info présente d'excellents compléments :

    Voir en particulier l'appel des Résistants, à  l’occasion de la commémoration du 60ème anniversaire du Programme de la Résistance adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944. Treize résistants ont lancé un appel aux jeunes générations, pour que « la flamme de la résistance ne s’éteigne jamais. »

 

 

Signataires : Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.

   

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Vendredi 8 février 2008

Par Pierre Habib-Deloncle , ancien président de la Société marseillaise de crédit et de la banque Chaix*.

   

 [ Le Figaro - 7 février 2008 ]
 

    L'annonce par M. Gallois des délocalisations de parties importantes de la fabrication des Airbus, à laquelle ont fait écho les déclarations de M. Edelstenne au nom de Dassault, est grave. Si la chose se réalisait, ce serait un mauvais coup pour l'économie nationale et aussi pour l'économie européenne, une défaite de l'Europe, un recul de l'euro.

    La France, ces dernières années et décennies, a, quoi qu'on en dise, perdu beaucoup de ses industries manufacturières. Laisser partir dans la zone dollar les productions aéronautiques sonnerait comme un coup de grâce pour l'industrie française ou ce qu'il en reste. EADS serait évidemment réduit, mais de nombreux sous-traitants seraient aussi touchés. Le tissu des PME en prendrait un coup. On peut s'interroger : à ce compte-là, dans dix ans, y aura-t-il encore des ouvriers en France ?

    Le commerce extérieur du pays, déjà très largement déficitaire, et ce depuis plusieurs années, verrait se poursuivre sa détérioration. Sa situation deviendrait alors dramatique. On ne peut pas espérer de bonne et durable croissance, si on ne rétablit pas la balance commerciale. Or ce qui sera fabriqué dans la banlieue de Seattle, à Shanghaï, en Inde, ou au Brésil, entrera inévitablement dans la colonne importations et sortira des chiffres de l'exportation. Pour le commerce extérieur, les délocalisations d'Airbus vont dans la mauvaise direction.

La France ne peut pas se contenter d'une économie essentiellement composée de services ou, nouvelle expression à la mode, de savoirs et de leur transmission. L'homme ne peut pas se passer de biens matériels. La France doit continuer à en produire si elle veut développer ses services et enrichir son savoir.

La délocalisation d'Airbus constituerait une défaite pour l'Europe. Le projet Airbus est sans conteste le plus emblématique de sa réalité. Il est le plus visible par les populations européennes. C'est « la » référence, l'exemple de l'Europe. Transférer des productions de cette nature serait de la part de l'Union européenne un terrible aveu de faiblesse. La dilution actuellement envisagée conduirait à la construction d'une multinationale qui aurait perdu sa nationalité européenne et qui aurait vite fait de passer sous contrôle anglo-saxon ou même sous contrôle asiatique.

    Car l'Europe a besoin de s'incarner. L'aventure d'Airbus a permis d'éviter le monopole américain de la fabrication des avions. Elle a sauvegardé une industrie aéronautique non seulement en France mais aussi dans l'Europe entière. Si l'on a fait l'Europe, si on veut faire l'Europe, c'est pour construire une puissance, pour ne pas dire une superpuissance, capable de tenir tête à n'importe quel autre bloc dans le monde. Relevons à ce sujet ce que disait le général de Gaulle en 1967 (1), au moment de la mise en place du programme Airbus : « Pour que l'Europe puisse faire équilibre à l'immense puissance des États-Unis, il lui faut non pas du tout affaiblir, mais au contraire resserrer, les liens et les règles de la Communauté. » C'était dire l'orientation proeuropéenne du général. Airbus fait équilibre à Boeing. Veillons à ce que cet équilibre brillamment acquis ne soit pas rompu.

    Ce serait un recul pour l'euro. Voilà une autre construction européenne qui est tangible pour les citoyens de l'Europe. L'intérêt de l'Europe, et plus précisément celui des pays qui ont adhéré à l'euro, c'est de renforcer et de répandre l'euro. Si Airbus a choisi dès l'origine, il y a trente-cinq ans, le dollar comme monnaie de compte, c'est qu'à l'époque la devise américaine était la seule monnaie internationale. Ce qui veut dire que dès le début Airbus était en risque de change. Cela ne l'a pas empêché de vendre ses machines. Cette constatation démontre à elle seule le côté scandaleux de la démarche actuelle qui consiste à délocaliser en zone dollar. C'est aussi dénier toute confiance en l'euro.

    La solution de l'équation actuelle est simple et de bon sens. Il faut coter les Airbus en euro. Le risque de change disparaîtra immédiatement, rendant de ce fait les délocalisations sans objets ni raisons. On entend les objections émises le plus souvent par des technocrates à courte vue. Airbus ne va plus pouvoir vendre car il ne sera pas compétitif. C'est ignorer qu'Airbus a déjà dû baisser ses prix pour vendre et éroder ainsi ses marges. La baisse des prix, c'est déjà fait. Et puis la vente d'un avion, cela n'est pas qu'une question de prix. La qualité technique, la sécurité, la consommation de kérosène, la conformité avec les nouvelles règles environnementales sont aussi des critères de choix qui ont leur importance. Et, dans nombreux de ces domaines, Airbus a fait la différence.

    D'autre part, on objectera qu'en faisant la promotion de l'euro, on contribuera à ce que l'euro s'apprécie encore plus contre le dollar. Au passage, on oublie de mentionner que de nombreux experts, pour des raisons pertinentes qu'il serait trop long de détailler, prévoient la remontée du dollar qui pourrait arriver à 1,10-1,20 euro : l'équation à partir de laquelle on réagit aujourd'hui disparaîtrait. Il est étrange de voir des industriels prendre des décisions qui engagent le long terme agir en fonction d'une photo valable peut-être aujourd'hui, sans doute dépassée demain. Mais qui peut prévoir avec certitude que l'euro grimperait si Airbus le retenait comme monnaie de compte. Rien n'est sûr et, à parier, je choisirais plutôt la baisse de l'euro.

    La banque centrale, certes, devrait créer de nouvelles liquidités et avoir une politique plus mobile, en cherchant quoi qu'il arrive à répandre l'euro. De nombreux pays sont tentés de mieux répartir leurs réserves en augmentant leurs placements en euros. De la même manière, plusieurs pays pétroliers sont prêts à prendre l'euro comme monnaie de compte. Faut-il que les Européens eux-mêmes les découragent ! Bien sûr que non. Il ne faut pas hésiter à entrer en compétition avec le dollar.

    En fait, les vrais problèmes posés par le cas Airbus ne sont pas mis sur la table. Il s'agit tout d'abord du coût de la main-d'œuvre en Europe et de l'importance des charges sociales. Le problème ne concerne pas qu'Airbus ; il ne concerne pas que la France. Il est temps de le regarder en face.

    L'autre sujet, c'est l'absence de parités fixes. Le monde ne se décide toujours pas à mettre un terme à l'hérésie que constitue depuis trente-cinq ans la flottaison des monnaies ; les monnaies sont devenues des produits, des marchandises comme les autres, ce qui n'est pas leur rôle. Cet état de choses en fait des objets privilégiés pour toutes les spéculations imaginables. La rupture dans ce domaine s'impose. Il faut élaborer un nouveau système de parités fixes, où, au moins pendant un certain laps de temps, le cours des monnaies serait invariable. On en revient au général de Gaulle, qui, il y a quarante ans, avait prêché dans le désert. Il avait pourtant vu juste. Une fois de plus !

    Mais, pour l'instant, que les Européens aient confiance en eux ; qu'ils aient confiance en leur monnaie. Madame Merkel, président Sarkozy, s'il vous plaît, demandez à MM. Gallois et Enders de facturer les Airbus en euros pour ne pas priver l'industrie européenne d'un de ses fleurons… et de ses nombreux emplois.

   

(1) Conférence de presse du 27 novembre 1967

    

* ancien président du RPR-Banques, ancien secrétaire général de l'Association des amis de Jacques Chirac

  

    Source Le Figaro : Monsieur Gallois, facturez les Airbus en euros !
    Auteur : Pierre Habib-Deloncle 
    Date : 07 février 2008

   

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Vendredi 8 février 2008

Thomas Ferenczi pose la question que nos politiciens cachent soigneusement sous le tapis. 
Malgré le traité de Lisbonne et ses antécédents qui sont là pour organiser et verrouiller la mainmise Etats-unienne sur l'UE, le monde qu'on voit venir, avec la montée irrésistible de nouvelles grandes puissances et la crise sociale généralisée qui s'annonce, les cartes vont devoir être rebattues, et des révisions déchirantes opérées. Malgré le lobby des affaires pour qui les Etats-Unis sont le rempart en dernier ressort, les alliances, l'organisation de la sécurité collective, le modèle de société doivent évoluer radicalement. L'Europe a en main toutes les cartes. Il est plus que temps qu'elle s'émancipe.

    

  [ Le Monde - éd. du 8 fév. 2008 ]

    Les Européens portent une attention soutenue à la bataille pour la succession de George Bush. Si le scrutin américain les intéresse, ce n'est pas seulement parce qu'ils sont sensibles à la personnalité des principaux candidats en présence, c'est aussi parce qu'ils s'interrogent sur l'avenir des relations entre les deux continents après le départ de l'actuel occupant de la Maison Blanche. Les motifs de tension entre l'Europe et les Etats-Unis, de la guerre en Irak aux rivalités économiques, ne manquent pas. L'élection d'un nouveau président, quel qu'il soit, n'est-elle pas de nature à améliorer les relations transatlantiques après huit années de désaccord et d'incompréhension ?

    Dans une étude publiée il y a quelques semaines par un cercle de réflexion londonien, le Centre pour la réforme européenne, une experte, Kori Schake, ancienne collaboratrice de George Bush, met en garde les Européens contre tout espoir d'un changement rapide. Ceux qui attendent des Etats-Unis qu'ils se montrent plus souples et plus ouverts envers l'Europe se bercent d'illusions, explique-t-elle. Selon elle, tous les candidats, qu'ils soient démocrates ou républicains, considèrent que le monde est devenu plus dangereux, que la sécurité est la question prioritaire, que l'unilatéralisme peut être nécessaire, et que les Européens ne contribuent pas autant qu'ils le devraient à l'effort commun. Si Mme Schake a raison, les différends transatlantiques ne sont pas près de s'effacer. On peut même se demander si le fossé entre l'Europe et les Etats-Unis n'a pas tendance à s'élargir. Dans un livre collectif, Growing Apart ? America and Europe in the Twenty-First Century (Cambridge University Press, 2008), présenté il y a quelques jours à Bruxelles, à l'initiative d'un laboratoire d'idées, The Centre, un universitaire américain, Sven Steinmo, professeur à l'université européenne de Florence, soutient que les divergences entre les deux continents s'accroissent dans trois domaines au moins : la place de la religion dans la vie publique, le rôle de l'Etat-providence à l'ère de la mondialisation et l'attitude face à l'immigration.

    Ce constat inquiète ceux qui jugent dommageables les divisions de l'Occident. Ainsi l'ancien premier ministre français Edouard Balladur appelle-t-il à la constructiond' "une véritable Union occidentale entre les deux rives de l'océan" (Pour une Union occidentale entre l'Europe et les Etats-Unis, Fayard, 2007). Au moment où Nicolas Sarkozy propose de compléter l'Union européenne par une Union méditerranéenne, il paraît logique, selon M. Balladur, de la prolonger aussi par une Union occidentale. Pour lui, "c'est le grand dessein du demi-siècle à venir". Malgré leurs discordances, qui sont "enracinées dans l'histoire", l'Europe et les Etats-Unis, affirme M. Balladur, forment "une communauté de civilisation" dont la "survie" passe par l'affirmation d'"une plus grande solidarité" dans un monde qui semble de plus en plus "échapper aux Occidentaux".

    La question des relations transatlantiques n'est pas nouvelle. Elle déchire l'Union européenne depuis sa naissance et revient périodiquement à l'ordre du jour. L'entrée des anciens pays du bloc communiste dans ce qu'ils appellent eux-mêmes la communauté "euro-atlantique" a encore accentué les dissonances. L'atlantisme et l'antiaméricanisme continuent de rivaliser sur le Vieux Continent. Comment définir la juste distance entre les deux rives de l'océan ? L'Europe et les Etats-Unis sont à la fois proches et différents. Prenons acte de leur proximité, à condition de respecter aussi leurs différences. Oui à une meilleure entente transatlantique mais sur un pied d'égalité. Cela suppose en particulier que l'Europe devienne enfin, à côté des Etats-Unis, une vraie puissance politique.

    

    Source Le Monde : Discordances transatlantiques, par Thomas Ferenczi
    Auteur : Thomas Ferenczi
    Courriel : ferenczi@lemonde.fr
    Date : Edition du 8 février 2008
    
    © Le Monde.fr 

    
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Jeudi 7 février 2008
   
 [
Contre Info - Extraits ]

   

    « L’économiste Dani Rodrick a étudié les circonstances dans lesquelles les gouvernements ont adopté des politiques de libre échange. Ses résultats sont remarquables : “aucune réforme importante n’a eu lieu dans les pays en développement durant les années 1980 en dehors de crises économiques sérieuses”. » 

    Nul n’est à même de prédire l’ampleur des difficultés économiques à venir. Mais pour Naomi Klein, il ne faut pas s’attendre à ce qu’elles provoquent une remise en cause du modèle qui les a rendues possibles, bien au contraire.

   

    Pourquoi la droite aime les désastres

Par Naomi Klein, Los Angeles Times, le 27 janvier 2008

    L’agence de notation Moody’s affirme que la solution aux difficultés économiques des Etats-Unis consiste à réduire les dépenses de Sécurité Sociale. L’Association Nationale des Manufacturiers estime pour sa part que le remède pour le gouvernement fédéral serait d’adopter sa liste de nouvelles réductions fiscales. Pour l’Investor’s Business Daily, l’autorisation des forages pétroliers au sein de la réserve naturelle arctique constituerait « peut-être le plus fort stimuli possible ».

    Mais de tous les efforts cyniques pour présenter ces cadeaux au milieu des affaires comme autant de « stimulus économiques », le plus remarquable est celui proposé par Lawrence B. Lindsey, ancien assistant de Bush en matière de politique économique et conseiller de ce dernier lors de la récession de 2001. Le plan de Lindsey consiste à surmonter la crise engendrée par des prêts douteux par la multiplication de crédits encore plus sujets à caution. « Une des mesures les plus simples à mettre en œuvre consisterait à autoriser les industriels et les commerçants de détail » - Wal-Mart notamment - « à disposer de leurs propres institutions financières, grâce auxquelles ils pourraient emprunter et prêter de l’argent », écrivait-il récemment dans le Wall Street Journal.

 [...] 

    La manière de répondre à une crise est toujours fortement politique, voilà une leçon que les progressistes semblent avoir oubliée. L’histoire n’est pas exempte d’ironie de ce point de vue : les crises ont marqué l’avènement de certaines des politiques les plus progressistes des Etats-Unis. Lors de la défaillance dramatique des marchés de 1929, la gauche était prête et attendait de pied ferme avec ses idées - plein emploi, grands travaux, syndicalisme de masse. Le système de Sécurité Sociale que Moody’s semble si désireux de démanteler était une réponse directe à la dépression.

    Toute crise est une opportunité ; quelqu’un l’exploitera. La question qui s’offre à nous est la suivante : l’agitation actuelle servira-t-elle de prétexte à de nouveaux transferts de richesses publiques vers les opérateurs privés et à l’effacement des derniers vestiges de l’Etat providence, le tout au nom de la croissance économique ? Ou bien cette nouvelle défaillance des marchés débridés fournira-t-elle le catalyseur nécessaire pour raviver un état d’esprit favorable à l’intérêt général et pour appréhender sérieusement les véritables défis de notre temps, depuis l’explosion des inégalités jusqu’au réchauffement climatique en passant par la défaillance des infrastructures ?

    Les capitalistes du désastre ont tenu les rênes trois décades durant. Le temps est venu, une fois de plus, du populisme du désastre.

   

    Lire l'article complet sur Contre Info : Naomi Klein : A qui profitent les crises ?

    Publication originale Los Angeles Times, traduction Louis Stella pour Contre Info
    Date : 5 février 2008

  

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Jeudi 7 février 2008
 
  

 [ Libération ]

   

    Washington a annoncé que les Etats-Unis pourront à l'avenir infliger le supplice de la baignoire pour interroger les personnes suspectées de terrorisme.

    Le président américain se réserve, pour la première fois officiellement, le droit de torturer. Mercredi, le porte-parole de la Maison Blanche, Tony Fratto, a annoncé que les Etats-Unis pourront à l'avenir infliger le supplice de la baignoire pour interroger les personnes suspectées de terrorisme. Il s'est refusé à qualifier de «torture» cette pratique désignée sous l'euphémisme  «waterboarding».  Celle-ci consiste à faire suffoquer un supplicié avec de l'eau jusqu'au seuil de la mort.

    Le supplice sera infligé de manière arbitraire «selon les circonstances», a poursuivi Fratto. «Si l'on croit qu'une attaque pourrait être imminente, cela pourrait être une circonstance dont on voudra vraiment tenir compte (…) Le président (Bush) écoutera le jugement averti des professionnels du Renseignement et le jugement du ministre de la Justice en termes de conséquences légales de l'emploi d'une technique particulière».

    Mardi, alors que tous les regards étaient tournés vers les élections primaires, le directeur de la CIA Michael Hayden a reconnu devant le Congrès, que ses agents avaient jusqu'alors utilisé le supplice de la baignoire contre trois prisonniers. Cette torture aurait été infligée en 2002-2003 à trois suspects d'Al-Qaeda - Khaled Sheikh Mohammed, Abu Zubaydah et Abd al-Rahim al-Nashiri – et à eux seulement, selon Hayden. Il a justifié ces tortures en affirmant qu'elles étaient «nécessairs» car la CIA connaissait mal Al-Qaeda et devait « apprendre vite». Il a déclaré que le «waterboarding» n'aurait pas été utilisé par la CIA depuis «près de 5 ans», mais a plaidé pour que la CIA puisse toujours «légalement» l'infliger à l'avenir. Une trentaine d'autres détenus de la CIA, a-t-il encore reconnu, ont été soumis à ce qu'il appelle d'autres «techniques d'interrogatoire poussées» dont il n'a pas précisé la nature.

    Les trois principaux candidats à la Maison Blanche, qu'il s'agisse d'Obama et Clinton côté démocrate, ou John McCain côté républicain, se disent opposés à toute forme de torture, et veulent fermer le camp de détention de Guantanamo Bay.

   

    Source Libération : La Maison Blanche légalise la torture
    Auteur : Philippe Grangereau
    Date : 6 février 2008

    © Libération

   

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Jeudi 7 février 2008

 
 [
En Temps Réel - Février 2006 ]

    Les passions françaises face à la société américaine sont vives et contradictoires.

    Pour certains, là-bas, ascenseur social et croissance vont de pair, faisant bénéficier tout un chacun d’un surcroît de richesse ; tant mieux si les riches deviennent encore plus riches, puisque chacun peut progresser et que tous en profitent. Pour eux, la France est le pays d’un triple échec, celui d’une croissance faible qui ne crée pas d’emplois, celui d’un modèle social archaïque qui échoue à aider les plus démunis, celui d’un modèle fiscal qui sanctionne les plus talentueux et les pousse à l’exil.

    Pour d’autres, au contraire, qui n’ont jamais admiré la liberté, la vitalité, la créativité de l’Amérique, la réalité de ce pays est résumée par l’image d’un capitalisme sauvage, le travail y est de plus en plus précaire, les pauvres y sont de plus en plus pauvres, les moins capables y sont laissés à l’abandon. Pour eux, il ne faudrait rien toucher au système que nous avons su créer en France, un filet de protection sociale menacé non pas par ses dysfonctionnements mais par la globalisation.

    L’importante étude de Jacques Mistral et Bernard Salzmann que publie En Temps Réel permet de dépasser ceux de ces mythes qui concernent la situation américaine. Elle repose sur de multiples études parues aux Etats-Unis au cours des dernières années ; appuyée sur des données statistiques soigneusement présentées, provenant de sources diverses, quoique étrangement peu nombreuses sur des sujets aussi fondamentaux que la mobilité sociale, et rarement rassemblées, elle établit un constat qui permettra désormais de faire reposer l’analyse sur des faits solidement établis.

    Depuis un quart de siècle, la croissance du PIB est, comme on le sait, plus rapide en Amérique qu’en France. Mais celle de la population aussi ; le résultat, c’est que l’évolution du PIB par habitant est similaire dans les deux pays. De plus, la croissance américaine n’a guère profité aux petits revenus, qui ont pratiquement stagné sur la période, et dont la part dans la richesse a sensiblement baissé. La pauvreté s’est accrue. Le surcroît de richesse créé par les années de croissance a été intégralement distribué aux plus riches et n’a pas amélioré le pouvoir d’achat du plus grand nombre.

    Le marché du travail fonctionne sur un mode de plus en plus « dual » ; une large majorité bénéficie d’un marché fluide et actif ; mais une forte minorité –peut être 15 % - vit de salaires très faibles, et avec une protection sociale lacunaire. Tant et si bien que les quelques mécanismes visant à aider les plus démunis ont contribué à une évolution surprenante, la baisse du taux d’activité des hommes de 25 à 54 ans. Si l’on en tient compte, ainsi que d’autres facteurs, les niveaux de sous emploi en France et en Amérique sont beaucoup plus proches qu’on le pense usuellement.

    La probabilité pour une génération de faire mieux que la précédente, le fameux ascenseur social, a reculé. Malgré les effets du mouvement des droits civiques, la situation des noirs demeure particulièrement difficile de ce point de vue. Contrairement à une intuition largement répandue, la mobilité sociale, dans la période récente, n’est pas meilleure aux Etats-Unis que celle constatée dans de nombreux pays européens. La situation s’est également nettement dégradée en ce qui concerne la probabilité d’accéder à l’enseignement supérieur quand on vient d’un milieu modeste. Bref, l’Amérique est de plus en plus menacée par précisément ce contre quoi elle s’est dressée à ses origines, le risque de voir les inégalités devenir héréditaires.

    Comment intégrer ces analyses dans le débat français ? Il est clair qu’il serait malvenu d’évoquer ici, comme contrepoint à ce constat, un quelconque « modèle social » français : le chômage élevé qui frappe particulièrement les jeunes, et dont la durée moyenne est si longue, la crise des banlieues nous conduisent à une appréciation plus modeste de nos accomplissements en la matière. Mais cette humilité face à la difficulté des réalités sociales d’aujourd’hui ne doit pas nous conduire à porter aux nues un modèle américain dont la réputation est plus brillante que la substance. Le plus frappant est finalement qu’à l’heure de la globalisation le problème social de base, celui de l’insertion des travailleurs peu qualifiés, soit finalement assez proche des deux cotés de l’Atlantique même si les solutions sont différentes.

    Une chose est claire cependant : il n’est pas possible de dire que les inégalités croissantes de revenus et de patrimoines que connaissent les Etats-Unis sont le prix à payer pour améliorer le sort de tous ceux qui ne comptent pas parmi les plus favorisés. C’est sans doute là la plus grande différence par rapport aux stratégies poursuivies en France en particulier et plus largement en Europe continentale.

    Ces réalités bien éloignées des mythes que les Etats-Unis aiment cultiver suscitent désormais l’attention régulière de la presse américaine. Les américains commencent à débattre de ces questions même si elles ne sont pas (ou pas encore ?) devenues centrales dans la vie politique. De notre côté de l’Atlantique, il reste au débat politique à réévaluer les faiblesses et les forces de notre système social pour aborder les prochaines échéances avec une vision plus lucide de ses impasses.

Jacques Mistral et Bernard Salzmann sont respectivement Professeur des Universités, et Administrateur de l’INSEE. Jacques Mistral remercie le Wiener Center on Social Policy, Kennedy School of Gouvernment, Harvard University où il a été accueilli comme senior fellow pendant l’automne 2005.

   

    Lire la suite sur En Temps Réel : La préférence américaine pour l’inégalité (pdf, 48 pages)

    Auteurs : Jacques Mistral et Bernard Salzmann
    Cahier 25 - Février 2006

   

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Mercredi 6 février 2008


 [ Infoguerre - Edito du 1er février 2008 ]

   

    Les crises multiples qui secouent aujourd’hui le monde capitaliste n’estompent pas la dimension des rivalités entre puissances. Le paradoxe est que cette évidence reste encore un trou noir pour les promoteurs du modèle libéral américain. Robert Reich, économiste et ancien ministre du Travail de Clinton, est un de ces négationnistes qui s’est fait connaître au milieu des années 90 pour son habileté à manier le double langage sur l’économie mondialisée. A l’époque, il prônait déjà le renforcement de l’ouverture des échanges et niait la réalité des affrontements économiques. Il contredisait les déclarations du chef du département d’Etat Warren Christopher qui annonça en 1993 au Sénat américain que la sécurité économique des États-Unis était désormais la première priorité de la politique étrangère des Etats-Unis. Ce même Robert Reich concédait dans ses écrits la nécessité de préserver les activités cognitives de pointe nord-américaines qui ne devaient en aucun cas être délocalisées.

    Aujourd’hui, Robert Reich revient sur cette problématique dans une interview parue dans Les Echos du 28 janvier 2008, à propos de son nouvel ouvrage à paraître en France sous le titre Supercapitalisme : « La nationalité compte de moins en moins. Le soutien gouvernemental aux champions nationaux pouvait se justifier quand cette aide profitait aux salariés qui travaillaient dans le pays. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le patriotisme économique est donc obsolète. Le niveau de vie des salariés en France dépend de moins en moins des entreprises françaises, et de plus en plus de la valeur ajoutée qu’ils peuvent apporter ». Cette négation du patriotisme économique a quelque chose de pathétique dans sa candeur théorique lorsqu’on étudie la manière dont certains de nos amis d’Outre Atlantique ont interféré dans l’appel d’offres de 180 hélicoptères remporté puis perdu par Eurocopter en Inde. La fin de non recevoir que l’Ecole des Mines de Paris a reçue d’une université du Moyen Orient en raison de ses liens privilégiés avec un pétrolier d’un autre pays occidental, illustre aussi à sa manière la pertinence des propos de Robert Reich.

    Si le discours de Reich sur le supercapitalisme décrit la perte d’indépendance des conseils d’administration à l’égard des actionnaires et la menace potentielle que cela représente pour la démocratie à cause de leur lutte pour l’accaparement du pouvoir, il prend bien soin de ne pas aborder le domaine des stratégies de puissance. L’ode à la démocratie et à la revalorisation des parties prenantes dans l’entreprise (salariés) et dans son environnement immédiat (territoires) n’ont guère de sens si on découple cette politique de recentrage des effets produits par les rapports de force géoéconomiques. L’influence des pétroliers sur l’exécutif et le législatif américains est d’abord une question de puissance avant d’être un problème de démocratie. C’est du moins ce que nous enseigne l’histoire du siècle dernier jusqu’à nos jours. Robert Reich peut s’exclamer « l’intensité de la concurrence a tout changé ! », il n’analyse qu’une partie du changement. La pression des sociétés civiles découlant des problèmes planétaires sur la pollution et l’environnement donnent chaque jour une légitimité croissante aux débats sur la responsabilité sociale des entreprises et sur l’investissement socialement responsable. Si Reich considère que les entreprises utilisent ces expressions comme des leurres, il n’a pas saisi la dimension subversive du problème. La moindre accélération du processus de dégradation climatique aura sur l’opinion publique des effets dévastateurs que les communications de crise des firmes transnationales auront bien du mal à juguler. L’incendie malencontreux des archives ou la diabolisation d’un lampiste risquent à l’avenir de ne pas toujours avoir l’efficacité prouvée dans le passé.

   La problématique de la guerre économique s’alimente d’une triple forme de contraintes exercées sur la concurrence et l’échange : les contraintes des Etats qui développent une stratégie d’accroissement de puissance, les contraintes des entreprises prédatrices qui recherchent une suprématie stratégique durable sur le marché mondial et les contraintes des sociétés civiles qui rentrent dans les brèches ouvertes par les retombées négatives des révolutions industrielles. L’argumentation classique des libéraux a du mal à résister aux effets cumulés de ces trois types de rapports de force dont une partie alimente la guerre économique. C’est peut-être ce qui explique pourquoi cette problématique est encore sujette à bien des quiproquos ou à des états d’âme. L’effet cumulé de plusieurs déclarations ou interventions qui ont eu lieu ces derniers mois exigent un petit recadrage. Extrayons du lot les déclarations de Jean-Bernard Pinatel dans le magazine Veille de novembre 2007. Personne ne nie l’apport de cet ancien militaire dans le management de l’information et dans la promotion commerciale de l’entreprise Datops. En revanche on peut s’interroger sur la finesse de certaines de ses analyses. Dans l’interview qu’il a réalisée pour Veille, Nicolas Moinet rapporte ainsi ces propos « Jean-Bernard Pinatel estime que l’on n’est pas en guerre économique. Un terme qu’il exècre intellectuellement, estimant qu’il est en général utilisé par des gens qui n’ont jamais fait la guerre et connaissent mal l’économie. » Faut-il lui rappeler que l’essence du rapport Martre repose sur le constat préliminaire de la négation des rapports de force géoéconomiques par une partie des élites dirigeantes françaises. Il n’est pas anodin de constater que les représentants des entreprises et des administrations soient arrivés à ce constat dans l’étude de cas censurée sur l’échec de la vente du Mirage 2000-5 à la Finlande.  Ce n’est pas non plus un hasard si la nécessité de se battre à armes égales est devenue un leitmotiv dans le contexte économique mondial actuel à l’heure où des puissances comme la Chine ou la Russie n’hésitent plus à user de l’économie pour défendre leurs intérêts stratégiques. La question n’est donc pas d’exécrer une terminologie mais de cerner les défis conflictuels de nature économique auxquels notre pays et ses entreprises sont confrontées aujourd’hui. Cette démarche réclame beaucoup d’humilité, de cohésion et de connivence entre les acteurs motivés par cette problématique. C’est la leçon « très militaire » que nous délivrent quotidiennement les rivaux de la France et leurs dirigeants d’entreprise.

    L’ouvrage d’Eric Delbecque intitulé Quel patriotisme économique ? (édité par les PUF en janvier 2008) a le mérite de clarifier une terminologie que les conseillers de Dominique de Villepin avaient maladroitement introduite dans le discours officiel : « Contrairement aux idées reçues, il ne se confond en rien avec un quelconque protectionnisme. Il entend promouvoir la synergie public/privé au profit de la compétitivité et de l’emploi. Il vise également à favoriser le travail en réseaux et l’innovation, à la manière de l’esprit des pôles de compétitivité. Il est l’occasion d’une réforme profonde de la politique industrielle marquant la fin du modèle de l’Etat producteur. Son message est simple : construite l’Etat stratège et partenaire au service du développement et de la sécurité économique. » Il est vrai qu’en France, il faut s’armer de patience pour faire aboutir de bonnes idées. Bertrand Cousin avait rédigé en 1988 pour le compte d’Alain Madelin, alors Ministre de l’Industrie, un rapport dont le titre était Les pôles de compétitivité 92. Ce rapport resta comme beaucoup d’autres dans un placard. Il  fallut attendre une quinzaine d’année avant que Matignon daigne enfin lui donner un début d’application.

   

    Source  Infoguerre : Les négationnistes de la guerre économique 
    Auteur :  Christian Harbulot
    Date : 1er février 2008

    

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Mercredi 6 février 2008
    [Tim Carr - IES News Service - 02/02/2008]
    Thomas Warziniack est né dans le Minnesota et a grandi dans l’état de Géorgie… mais cela n’a pas empéché les agents de l’immigration U.S. de l’arrêter et de le garder en prison pendant plusieurs semaines, l’accusant d’être un immigré clandestin russe.

    Arrêté sur son lieu de travail, Warziniack a été placé dans un centre de rétention de l’Arizona, en attendant son expulsion vers un pays qu’il n’a jamais vu de sa vie. Les geoliers ont refusé de le croire quand il leur disait qu’il était un citoyen U.S. , alors qu’ils auraient pu vérifier son acte de naissance au Minnesota en moins de dix minutes. L’année auparavant Warziniack avait déjà été informé par les services d’immigration qu’il allait être expulsé vers la Russie… il avait du aller en justice au Colorado pour faire confirmer sa citoyenneté états-unienne.

    Finalement, en décembre dernier, les autorités ont annoncé à Warziniack qu’ils avaient pu vérifier son statutc et qu’il pouvait donc être relaché.

    En 2006, une étude de  l’ONG Vera Institute of Justice, à New York  a identifié au moins 125 personnes détenteurs de la citoyenneté américaine et néanmoins emprisonnés dans des centres de rétention, accusés sur la base d’une homophonie ou d’une erreur de fichiers, d’être des clandestins.

    L’ONG Vera a commencé son enquête dans six centres de rétention avant d’étendre son terrain d’enquête à 12 Etats  - elle prévoit à terme de couvrir la totalité des centres et d’enquêter sur tous les cas de citoyens faussement expulsés.

    Nina Siulc, qui dirige l’enquête, pense que chaque année des centaines de citoyens U.S. sont arrêtés et déportés par erreur… sans qu’on en entende parler. “Notre enquête n’a porté que sur un petit nombre de détenus, mais chaque année les services d’immigration des Etats-Unis arrêtent environ 280 000 people, détenus dans 15 centres de rétention féderaux ainsi que plus de 400 centres locaux, tenus par les administrations locales et des entreprises privées.”

   

    Source : Libertés Internets
    Date : 4 février 2008

   

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Mercredi 6 février 2008

[ L'expansion - 4 février 2008 ]

   

    « Si d’autres pays y arrivent, je ne vois pas pourquoi nous n’y arriveront pas ». Nicolas Sarkozy a coutume de marteler cette antienne. Parmi les objectifs de son quinquennat, le locataire de l’Elysée a fixé celui-ci: en 2012, la France devra parvenir au plein emploi. Soit un taux de 5% de chômeur. Autrement dit une visée proche du chômage frictionnel ou incompressible à l’instar des Etats-Unis (4,9% de chômeurs en janvier), ou, mieux, du Japon et ses 3,5% de chômeurs. Sans parler de la Norvège qui affiche un taux de chômage de 1,8%, rente pétrolière oblige.

    Cet objectif du plein emploi, la ministre de l’économie l’a encore réaffirmé la semaine dernière, lors de la publication des chiffres de l’ANPE. Ils ont montré une nouvelle décrue en 2007 : au 31 décembre, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits dans la catégorie 1 est descendu sous la barre des 1,9 million. Sur un an, la baisse est de 9,3%. Selon l'Insee, au troisième trimestre 2007, le taux de chômage était de 7,9% en France. La réforme en cours des contrats de travail, censée fluidifier le marché du travail et favoriser les embauches, et la fusion ANPE Unedic, supposée faciliter le retour à l’emploi, permettraient d’accélérer le rythme. La France tiendrait donc le bon bout.

    Sauf que… Les chiffres du taux de chômage font l’objet d’une controverse récurrente. Notamment sur la réalité de cette décrue. Il s’agit d’une baisse en trompe l’œil accusent des associations de chômeurs et des syndicalistes de l’Insee et de l’ANPE réunis en un collectif : Les autres chiffres du chômage (ACDC). Pour une large, part, cette baisse tient à des bidouillages statistiques, dénoncent-ils. Mais le cœur du problème n’est pas là. « Pour nous, cette question du taux de chômage, si elle est la plus médiatisée, n’est pas la plus fondamentale », insistent-ils.

    Le taux de chômage est au contraire l’arbre qui cache la forêt. « L’essentiel des changements du marché de l’emploi se joue ailleurs : dans le développement continu et insidieux de la précarité », interpellent ces trouble-fêtes. Tout ce que le Bureau International du Travail (BIT) englobe sous la notion « d’emploi inadéquat ». C’est à dire un emploi qui ne permet pas de vivre décemment, de prévoir l’avenir, de préserver ses compétences et sa santé.

    ACDC a fait ses calculs. A partir des données fournies de 1990 à 2005 par les enquêtes Emploi de l’Insee, le collectif a observé que la proportion d’emplois inadéquats « n’a cessé d’augmenter ». De 25% de la population active, elle est passée à 41% en 2005 et concerne 11,4 millions de personnes. Sur la période, « la qualité des emplois s’est donc continûment dégradée », épingle le collectif. Les chiffres de cette évolution donnent en effet le tournis.

    En 2005, 3,8 millions de salariés, percevaient un bas salaire. Par convention est appelé « bas salaire » une rémunération inférieure aux deux tiers du salaire médian. Ce qui donne en France moins de 818 euros par mois, pour 14% de la population active. Depuis 1990, cette proportion a progressé de plus de 23%. Les femmes sont les premières concernées, tout particulièrement dans des secteurs comme la grande distribution. Justement, les salariés des hypermarchés se sont fait entendre, vendredi dernier. L’appel à la grève a été suivi par 4,5% d’entre eux, selon la fédération du commerce et de la distribution (FCD). Ce qui, de son propre aveu, est « exceptionnel » pour le secteur.

    En 2005, 2,7 millions de salariés, soit 10% de la population active, étaient en contrat précaire : CDD, intérim, contrat saisonnier, stage, emploi aidé. Depuis 1990, la progression dépasse les 56%. Aujourd’hui, 3 embauches sur 4 se font en CDD.

    Cette même année, 5 millions de salariés, soit 18% de la population active, étaient comptabilisés en sous emploi de leurs qualifications et de leurs capacités. Depuis 1990, la progression a dépassé les 147%. Essentiellement dans l’hôtellerie et la restauration, le commerce, les services aux particuliers et aux entreprises. Vendeurs, vigiles, employés de restauration rapide, ce que l’on appelle justement les « fast-food jobs ».

   Le plein emploi donc mais à quel prix ? Non seulement « la focalisation médiatique et politique sur le taux de chômage rejette en arrière-plan le problème beaucoup plus vaste de la précarité », s’insurge le collectif ACDC. Mais pire encore, « elle aide à justifier des politiques qui aggravent encore la précarité au nom de la lutte contre le chômage », dénonce-t-il.

    « Pour combattre le chômage dans les années 90, on s’est efforcé d’enrichir la croissance en emplois », rappelle Mathieu Lemoine, économiste à l’OFCE, spécialiste du marché du travail. Une économie crée des emplois quand son taux de croissance est supérieur à ses gains de productivité. « Enrichir la croissance en emploi » revient à casser cette équation. C’est tout le propos des politiques d’exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires, développées depuis 1993.

    « Se fixer un objectif de 5% de chômage fait courir le risque de développer l’emploi précaire », prévient ainsi Mathieu Lemoine. « A ce titre il s’agit d’être vigilant quant à la réforme en cours de l’assurance chômage et la fusion ANPE-Unedic », suggère-t-il. Nicolas Sarkozy l’a rappelé, il souhaite des sanctions pour les chômeurs en cas de refus d’une offre valable d’emploi (OVE). Il reste aux partenaires sociaux à s’entendre sur le contenu de cette notion. Car comme le craignent les syndicats, le risque est de voir les chômeurs obligés d’accepter des emplois très dégradés.

    L’Allemagne en sait quelque chose. La baisse de son taux de chômage, spectaculaire, est en partie le résultat des lois Hartz, adoptées sous le gouvernement de Gerard Schröder (SPD). Ces dernières ont fortement réduit les allocations de chômage. Au bout d’un an, les demandeurs d’empoi n’ont plus, outre-Rhin, qu’une allocation forfaitaire du niveau du RMI. Dans le même temps, l’emploi précaire et le temps partiel subi y ont explosé. Conséquence, alors que l’Allemagne a enregistré en janvier son taux de chômage le plus faible depuis quinze ans (8,1%), la consommation des ménages est toujours en berne. C’est tout le problème des travailleurs pauvres.

   

    Source L'expansion : Ce que cache l'objectif du plein emploi
    Auteur : Hugo Lattard
    Date : 04 février 2008

   

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Mercredi 6 février 2008

    
Lemonde.fr publie un entretien accordé par le président iranien aux envoyés spéciaux du "Monde".

   

    [...]

Le Monde : Le président Nicolas Sarkoky a dit à plusieurs reprises son inquiétude quant à la finalité du programme nucléaire iranien.
Qu'est ce que vous en pensez, vous, en tant que Français ? (…) Vous pensez comme moi qu il ne faut pas qu'il y ait des armes nucléaires dans le monde… Ne faut il pas que les armes nucleaires, qui ne sont d'aucune utilité dans le monde d'aujourd'hui, soient éliminées ? Nos deux peuples entretiennent de bonnes relation. Entre eux, il n'y a pas de problèmes sérieux. Ce sont deux peuples qui ont des points de vue communs sur beaucoup de questions internationales. Nous croyons que ces propos [ceux de M. Sarkozy sur le nucléaire iranien] n'ont pas leur place aujourd'hui. Nous ne les prenons pas trop au sérieux ; nous avons pensé que c'est le début ce nouveau gouvernement français. Nous attendons les vraies positions de la France, celles qui auront un effet pratique. Nous n'avons pas d'inquiétudes à ce sujet.

Inviterez-vous M. Sarkozy à Téhéran à l'occasion de la présidence française de l'Union européenne au printemps ? 
Nous croyons que cette présidence française est une bonne occasion, pour la France et pour l'Europe. Car nous pensons qu'il est temps que l'Europe repense la question de sa présence internationale. Aujourd'hui, sur la scène internationale, l'Europe n'existe pas, je veux dire une Europe qui soit une entité indépendante. Nous ne voyons nulle part dans les équations politiques internationales de ce début de siècle des positions qui seraient celles d'une Europe indépendante. Nous croyons que la présence de la France à la tête de l'Union peut être une occasion pour l'Europe de développer une politique indépendante, surtout dans la région du Moyen Orient, autour de la méditerranée. La présidence française devrait être l'occasion de lancer une politique européenne indépendante. Quant à M. Sarkozy, il peut venir en Iran à tout moment, nous l'accueillerons quand il le désirera, cela ne dépend pas de sa présidence de l'Union.

    Lire la suite sur Le Monde : Une heure avec le président iranien Mahmoud Ahmadinejad
   

    Propos recueillis par Alain Frachon et Marie-Claude Decamps
    Edition du 6 février 2008

    

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