Jeudi 28 février 2008

 

[ Le Soir - 27 février 2008 ]

   

Qui est Œdipe, Job ou même Hitler ? Autant de questions auxquelles certains jeunes américains ont du mal à répondre, selon un rapport qui s’alarme de leur ignorance.

    « Trop de jeunes Américains n’ont pas les connaissances de base dont ils ont besoin », s’alarme Frederick Hess, de l’American Enterprise Institute, un centre de recherches conservateur, qui a conduit cette enquête auprès de 1.200 jeunes.

    Ceux-ci devaient répondre à 33 questions de culture générale. Près d’un quart d’entre eux ne savaient pas dire qui était Adolph Hitler et 10 % d’entre eux le voient comme un fabricant d’armes.

    Quelque 20 % des jeunes ne savent pas contre qui combattaient les Etats-Unis durant la Seconde Guerre Mondiale et plus d’un quart (26 %) assurent que Christophe Colomb a découvert l’Amérique après 1750, soit plus de deux siècles et demi après sa traversée de 1492.

    Deux pour cent ont même affirmé que Colomb avait traversé l’Atlantique après 1950, s’étonne le rapport.

    « C’est inacceptable. Nous pensons que les écoles devraient enseigner à nos étudiants les grandes idées, les polémiques et les grands événements qui ont formés notre nation », affirme l’auteur du rapport.

    Moins de la moitié des jeunes Américains savent identifier le demi-siècle où a éclaté la Guerre de Sécession (1861-1865), tandis que les personnages bibliques ou mythologiques comme Job ou Oedipe sont des inconnus pour plus de la moitié des interrogés.

    En littérature classique américaine, les résultats sont encore plus décevants, les étudiants pour la moitié d’entre eux n’identifiant pas le roman de George Orwell « 1984 » tandis qu’un sur quatre ignore que « La Case de l’oncle Tom » a aidé à la lutte contre l’esclavage.

    Au rang des bons points, certains événements dépassent 90 % de reconnaissance comme ce qui est arrivé à Pearl Harbor et qui a prononcé le discours « I have a dream » (Martin Luther King).

    

    Source : Le Soir (Bruxelles), avec AFP
    Date : 27 février 2008

   

 

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Mardi 26 février 2008

 

[ Agoravox - 22 février 2008 ]

   

    L’Iran a inauguré le 17 février dernier une Bourse au pétrole située sur l’île de Kish, dans le golfe Persique. Dans sa phase préliminaire actuelle, cette Bourse autorise les opérations à terme sur pétrole, mais, par la suite, c’est tout le spectre des opérations propres à tout marché boursier qui pourra y être traité. Une plate-forme internet permettra ainsi de relier un vendeur à un acheteur sans que la présence d’un quelconque intermédiaire financier (banque ou courtier) ne soit nécessaire, contribuant à une réduction de la volatilité des prix et à l’augmentation des marges pour les deux parties en présence... Le traitement de ces opérations se fera dans un panier de devises - comme le riyal saoudien et le rouble russe - où l’euro occupera une place déterminante.

   

    Effectivement, après avoir annoncé en mars 2007 qu’elle réduirait de 20 % ses réserves monétaires en dollars en réponse à l’hostilité de l’administration américaine, l’Iran a cessé dès le mois de décembre 2007 d’accepter le billet vert en contrepartie de ses ventes de pétrole. Ainsi, à partir de l’été 2007, le Japon a-t-il commencé à régler ses importations de pétrole iranien en yens... Il est clair qu’avec 68 % des échanges pétroliers qui sont libellés en dollars et eu égard à l’importance toute relative de l’Iran qui ne compte que pour 5 % dans ces échanges mondiaux, l’impact initial de cette Bourse ne sera pas phénoménal. De plus, il semble que les "majors" ne s’y précipiteront pas d’emblée car la stabilité politique est un préalable incontournable au succès d’un tel centre d’échanges sur le pétrole. Enfin, c’est du fait de la position prépondérante des Etats-Unis dans le commerce mondial que la devise américaine est la monnaie dominante dans le commerce du pétrole. La volonté seule d’un pays comme l’Iran ne suffira pas à détrôner le dollar et, à cet effet, c’est principalement la volonté des grosses compagnies pétrolières et des grands pays exportateurs de privilégier l’euro qui pourrait donner le coup fatal au billet vert... Cette nouvelle, passée inaperçue en Europe et aux Etats-Unis, a néanmoins des implications majeures.

    Ainsi, le Venezuela - pays exportateur qui compte et qui a fortement resserré ses liens avec la République islamique - a-t-il déjà manifesté son intention d’être actif sur la Bourse de Kish, rejoint en cela par de grands pays consommateurs de pétrole comme la Chine et l’Inde. Ces deux pays ont régulièrement exprimé avec la Russie leur soutien au programme nucléaire civil de l’Iran. Le remplacement du dollar par l’euro comme instrument de paiement des factures pétrolières est certes une question complexe, mais précipitera à coup sûr les Etats-Unis dans une dépression cataclysmique encore plus douloureuse que celle des années 1930 ! Cette arme, si elle devait être utilisée efficacement pas les Iraniens, pourrait se révéler plus dangereuse encore que l’arme nucléaire. Sans négliger le fait qu’elle permettrait à l’Iran de contourner habilement toutes futures sanctions onusiennes par le biais d’un afflux constant de devises grâce à cette Bourse.

    Cependant, cette Bourse pourrait bien menacer jusqu’à l’existence même du régime iranien car les Etats-Unis n’hésiteront pas à attaquer militairement la République islamique si l’hégémonie de leur monnaie devait être menacée. Avons-nous oublié qu’en 2002 la guerre contre l’Irak a eu lieu quelque six mois seulement après que Saddam Hussein a décidé d’exclure le dollar comme devise de paiement dans le cadre du programme "Pétrole contre nourriture" ? Considérée au départ avec moquerie, cette exigence de Saddam de recevoir des euros en lieu et place du dollar pour ses exportations de pétrole a été prise très au sérieux par l’administration américaine dès lors que d’autres pays se sont mis à réfléchir à ce changement de monnaie. La seconde guerre d’Irak a-t-elle été motivée par l’éradication d’armes de destruction massives, par la défense des droits de l’homme et l’établissement d’une démocratie en Irak, par la mainmise sur les champs pétroliers irakiens ou par la défense de la suprématie du dollar et donc des Etats-Unis... ? Cette expédition punitive n’avait-elle pas eu pour but principal de servir de "leçon" à tout autre pays qui chercherait à recevoir une devise autre que le dollar pour ses exportations de pétrole ? En effet, le remplacement progressif du dollar représentait une menace bien plus sérieuse pour les Etats-Unis que Saddam Hussein... Le système pétrodollars n’est pas différent de l’antique étalon Or. En effet, la valeur du dollar est tout simplement adossée, justifiée par une denrée vitale à toute économie et ce quel que soit son degré d’industrialisation : le pétrole. Or, comment les Etats-Unis financeront-ils leurs déficits gigantesques dès lors que leur monnaie aura dégringolé de la première marche du podium ?

    Un tel changement de monnaie conforterait bien sûr l’Europe qui n’aurait plus à acheter en permanence une devise - dont la valeur ne cesse de baisser - pour régler ses importations pétrolières. De plus, l’euro se verrait simultanément conféré le statut de première devise de réserve mondiale avec tous les avantages inhérents à cette position. Le Japon et la Chine ont déjà exprimé leur intérêt de régler de plus en plus leurs achats de pétrole en euros car ils pourront ainsi diversifier de plus en plus leurs immenses réserves monétaires au détriment d’un dollar dont la valeur ne fait que décroître. Ainsi, un tiers de leurs réserves serait maintenu en dollar, un autre tiers, non renouvelable, serait utilisé pour payer une partie de leurs importations et le tiers résiduel serait tout simplement vendu sur le marché contre d’autres devises dont l’euro. Il n’est pas jusqu’aux pays arabes qui ne seraient soulagés d’un tel changement de monnaie car le trillion de dollars investi par ces pays aux Etats-Unis ne cesse de se dévaloriser, surtout après la baisse de taux américaine de 125 points en quelques jours, baisse ayant contribué à fragiliser encore plus les marchés boursiers et obligataires américains dans lesquels les Arabes sont lourdement investis. De plus, ces pays, dont la politique monétaire est indexée à celle en vigueur aux Etats-Unis, doivent affronter une menace encore plus sérieuse car l’inflation y est galopante du fait des baisses de taux d’intérêt pratiquées chez eux afin de s’aligner sur le grand frère américain. Ce taux d’inflation atteint son plus haut niveau depuis seize ans en Arabie saoudite, depuis dix-neuf ans aux Emirats où le prix des propriétés commerciales a doublé depuis début 2007 ! Ces pays qui redoutent par-dessus tout les tensions sociales ont dû procéder à des réévaluations massives (jusqu’à 70 % !) du salaire de leurs fonctionnaires et un pays comme Dubaï s’est vu contraint d’augmenter substantiellement sa main-d’oeuvre immigrée qui - fait sans précédent - avait manifesté dans les rues ! Enfin, last but not least, la Russie serait également tout heureuse de se délester d’une grande partie de ses dollars.

    De la Grèce antique à Rome, de l’Empire ottoman à l’Empire britannique, aucun empire n’a pu se maintenir sans la taxation et les prélèvements imposés aux pays subissant son occupation. C’est de cet assujettissement que l’occupant a tiré sa prospérité économique et donc l’expansion de ses forces militaires car, pendant qu’une partie de ces revenus contribuait à améliorer les conditions économiques de l’empire, l’autre portion renforçait un pouvoir militaire indispensable à la levée des impôts. Cette taxation prélevée par les empires a toujours été directe et a revêtu diverses formes allant de métaux considérés monnaie fiduciaire comme l’or et l’argent aux récoltes agricoles en passant par esclaves et bétail... C’est au XXe siècle, pour la première fois dans l’histoire mondiale, qu’un empire - l’américain - a pu prélever une taxation indirecte, à travers l’inflation ! Ce nouvel empire n’a assujetti les autres pays dans sa mouvance à aucune charge directe, mais leur a plutôt distribué sa propre monnaie fiduciaire, le dollar, en échange de biens... Ainsi lui était-il facile de faire monter ou baisser à son gré la valeur de sa monnaie afin de se procurer toutes sortes de marchandises à moindre coût ou de vendre d’autres marchandises à un prix plus élevé, le différentiel étant la taxe prélevée par l’empire.

    L’économie américaine a commencé à dominer l’économie mondiale au début du XXe siècle. A cette époque, régnait l’étalon Or qui consistait à échanger toujours le même poids de métal jaune contre du dollar de telle sorte que la valeur de la devise américaine était fixe, le dollar ne pouvant fluctuer ni à la hausse ni à la baisse. La Grande Dépression, précédée d’un fort taux d’inflation de 1921 à 1929, a sonné le glas de l’étalon Or. En effet, la planche à billets qui tournait à pleine vapeur du fait de cette inflation et de l’aggravation des déficits publics rendait impossible le maintien d’un même poids d’or en garantie d’un dollar. Aussi, en 1932, le président Roosevelt abandonnait-il la convertibilité automatique entre l’or et le dollar. Toutefois, et jusqu’en 1932, les Etats-Unis, bien que puissance économique dominante, ne peuvent être considérés comme un empire car la valeur fixe du dollar par rapport à l’or ne leur permettait d’extraire aucun bénéfice monétaire de leurs échanges commerciaux. C’est à Bretton Woods en 1945 qu’est vraiment né l’Empire américain car les accords portant ce nom stipulaient que le billet vert ne serait plus convertible contre de l’or que pour les Etats étrangers, ce qui consacrait le dollar comme monnaie de réserve mondiale par excellence. De fait, les Etats-Unis avaient accumulé durant la Seconde Guerre mondiale des réserves d’or gigantesques car ils demandaient à leurs alliés de les payer en métal jaune lors de toute livraison de biens ou d’armes. Cet empire n’aurait pu être édifié si, suite à Bretton Woods, les dollars en circulation l’avaient été en quantité limitée de telle sorte que ces dollars en circulation puissent toujours être contrebalancés par les réserves d’or de la Banque centrale américaine. Bien au contraire, la politique impérialiste des Etats-Unis au Vietnam et la "Great Society" du président Johnson contraignaient à imprimer toujours plus de dollars utilisés pour acheter des biens et services à l’étranger, sans la perspective que cette monnaie reste stable et autorise ces fournisseurs étrangers à racheter aux Etats-Unis des biens à un prix équivalent... Ainsi, la quantité de plus en plus importante de dollars détenus par l’étranger aboutissait à un déficit commercial qui allait en s’aggravant et qui ne reflétait rien d’autre que cette fameuse taxe inflationniste que les Etats-Unis imposaient à leurs partenaires commerciaux étrangers ! Quand, à l’orée des années 70, ces détenteurs de billets verts demandèrent la conversion de leurs dollars en or, le gouvernement américain se mit en défaut de paiement un 15 août 1971, admettant implicitement sa banqueroute. En réalité, ce défaut de paiement doit être interprété comme une action typiquement impérialiste car les Etats-Unis ont dès lors affiché leur intention de ne plus restituer la quantité énorme de marchandises prélevée sur l’étranger et qui devait dès lors être assimilée à une "taxation" de pays et d’entreprises étrangères impuissants à lutter contre ce système. A partir de ce moment, les Américains, afin de pérenniser leur empire et afin de poursuivre cette taxation, n’eurent pas d’autre choix que de continuer à payer leurs factures dans une monnaie qui ne cessait de se déprécier, forçant ainsi les Etats étrangers à accumuler des dollars dont la valorisation déclinait progressivement. Néanmoins, les Etats-Unis devaient fournir à ces détenteurs étrangers de dollars une raison de les conserver et cette raison fut fournie quand, en 1972-1973, ils conclurent un pacte avec la famille régnante saoudienne Al Saoud, pacte prévoyant la protection de cette famille en contrepartie de ventes pétrolières saoudiennes exclusivement libellées en dollars ! Le reste de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole ayant emboîté le pas à l’Arabie saoudite, le monde disposait de facto d’une raison majeure de continuer à détenir ses dollars. De plus, comme la consommation pétrolière allait crescendo en même temps que les prix du pétrole, la demande en dollars ne faisait que s’accélérer. Certes, la devise américaine n’était plus convertible contre l’or, mais elle l’était à présent contre l’or noir... Ainsi, les Etats-Unis poursuivaient leur taxation de l’étranger car, tant que le dollar servirait de monnaie de référence aux échanges pétroliers, le monde se devait d’accumuler des quantités toujours plus importantes de cette monnaie afin de payer sa facture pétrolière. La survie de l’Empire américain était donc étroitement conditionnée à la vente de pétrole libellée en dollars et quiconque exprimerait des velléités de changer ce statut quo devait être convaincu du contraire, d’une manière ou d’une autre...

    Les détracteurs du président George W. Bush l’ont souvent accusé de conduire la guerre en Irak dans le but de s’emparer de ses champs pétroliers. Pourtant, il n’avait pas vraiment besoin de provoquer une guerre pour mettre la main sur ce pétrole car les Etats-Unis auraient tout simplement pu imprimer encore plus de dollars pour acheter ce pétrole irakien. L’Histoire enseigne que les empires font la guerre pour deux raisons et deux seules, pour se défendre ou pour tirer profit de cette guerre, faute de quoi une guerre pompe trop les ressources économiques de l’empire précipitant ainsi sa débâcle. Ainsi, les avantages économiques d’une guerre se doivent-ils de compenser largement les coûts militaires et sociaux. M. Bush n’a pas fait la guerre en Irak pour s’emparer de son pétrole car cela n’en valait pas la peine, il l’a faite pour défendre son empire. Du reste, deux mois après l’invasion irakienne, le programme "Pétrole contre nourriture" était suspendu et le pétrole irakien ne pouvait plus être échangé que contre du dollar ! La suprématie du billet vert était ainsi - une fois de plus - rétablie et le président Bush pouvait descendre victorieusement d’un avion de chasse déclarant "mission accomplie". Il avait effectivement défendu avec succès le dollar et, ce faisant, l’Empire américain.

   

    Source Agoravox : Le dollar et l’Empire 
    Auteur :
Michel Santi (Genève)
    Date : 22 février 2008

    
 

 

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Mardi 26 février 2008


[ Courrier International - 26 février 2008 ]

   

    Quarante ans après l'assassinat de Martin Luther King, certains Américains craignent que le sénateur de l'Illinois subisse le même sort, explique le New York Times. Le candidat, lui, reste serein. Et dûment protégé.

    Une sourde inquiétude parcourt les rangs des partisans de Barack Obama, d'Etat en Etat, de meeting en meeting : leur candidat est-il en sécurité ? Deux sœurs originaires du Colorado avouent prier pour lui tous les jours. Au Nouveau-Mexique, une fille a convaincu sa mère de voter pour Obama malgré la peur de mettre la vie du candidat en danger en l'aidant à remporter l'investiture démocrate. Lors d'une réunion, une supportrice dit craindre que le message de paix et de changement du sénateur de l'Illinois, ainsi que sa couleur de peau, ne fassent de lui une cible. "J'ai la meilleure protection du monde", se contente de répondre le candidat à ses partisans. "Ne vous en faites pas."

    Et pourtant, ils sont inquiets. Le souvenir du printemps 1968, durant lequel Martin Luther King et de Robert Kennedy ont été assassinés à deux mois d'intervalle, est resté gravé dans les mémoires. Obama n'avait que 6 ans à l'époque, et, à l'instar de nombreux Américains, c'est dans les livres qu'il a découvert le choc qu'ont provoqué ces deux assassinats dans la conscience collective du pays. Ce sont surtout les seniors qui évoquent ce souvenir alors qu'ils assistent, fascinés, à la progression du candidat avec à l'esprit un sombre pressentiment à mesure qu'approchent les dernières échéances.

    Obama a été le premier candidat à bénéficier d'un service de sécurité – dès le mois de mai 2007. Et plus ses meetings ont gagné en affluence, plus sa sécurité s'est renforcée, au point d'atteindre aujourd'hui celle d'un président en exercice. Le candidat évoque pourtant rarement le danger. "J'ai choisi de participer à cette campagne", explique-t-il. "Je pense que tous les candidats à une élection présidentielle sont conscients des risques qu'ils prennent."

    Il y a peu, plusieurs de ses conseillers craignaient que certains électeurs noirs renoncent à voter pour lui dans le seul but de le protéger d'une éventuelle agression. Pour Obama, "la peur de voir leur poulain échouer" pouvait également expliquer les réticences de certains citoyens. Aujourd'hui, cette peur de l'échec est écartée, mais les craintes pour sa sécurité demeurent.

    Le représentant démocrate du Mississippi Bennie Thompson a adressé en janvier dernier une lettre aux services de sécurité. Alors que le candidat bénéficiait déjà d'une protection personnelle, Thompson y expliquait que l'intérêt suscité par Obama justifiait qu'il fasse l'objet d'un dispositif renforcé. "En tant que citoyen africain-américain, j'ai été témoin de certains des jours les plus sombres de notre histoire et je sais personnellement que la haine peut conduire à des actes de violence extrêmes", écrivait-il. "Il suffit de se remémorer les assassinats de Martin Luther King et du candidat à la présidentielle Robert Kennedy en 1968." "La candidature d'Obama est tellement unique et importante que la dernière chose que l'on puisse souhaiter est qu'il ne puisse pas la mener jusqu'au bout", explique-t-il aujourd'hui. "J'ai écrit cette lettre par mesure de précaution plutôt que de me contenter de prier et de croiser les doigts."

    Selon Gerald Posner, auteur d'ouvrages sur la mort de John F. Kennedy et de Martin Luther King, Obama n'est pas plus menacé que Bush ou Hillary Clinton. Si les craintes sont plus vives à son sujet, c'est uniquement parce qu'il est le premier candidat noir à parvenir aussi près d'une investiture à l'élection présidentielle.

    A Dallas, les souvenirs ont resurgi dans les conversations des quelque 17 000 personnes venues assister à un meeting d'Obama la semaine dernière. "Le mémorial John Kennedy se trouve juste derrière. Autour de moi, tout le monde ne parlait que de ça", relate Imogene Covin, une militante démocrate. "Je pense qu'il n'est pas exclu que quelque chose lui arrive. Mais vous savez pourquoi je crois que tout ira bien ? Parce qu'il a énormément de monde derrière lui."

    Cet après-midi-là, le cortège du sénateur Obama a traversé Dealey Plaza et est passé devant les entrepôts d'où avaient été tirés les coups de feu sur le président Kennedy en 1963. Plusieurs conseillers du candidat scrutaient les fenêtres, enregistrant en silence la scène. Mais pas Obama, qui a reconnu plus tard ne pas avoir remarqué qu'il empruntait cet itinéraire fatal. "Je dois avouer que je n'y pensais pas, a-t-il déclaré, je pensais surtout à ne pas attraper froid et au besoin de me moucher avant d'entrer dans l'arène."

   

    Source : Courrier International, d'après The New York Times
    Auteur : Jeff Zeleny
    
    © Courrier international 2008

   

    
 [ de defensa - 26 février 2008 ] 
   

…Mais est-il si bien protégé, après tout ?

   

    Une lectrice attentive (nous la remercions) nous signale, sitôt lecture faite de notre Bloc Notes de ce jour sur la sécurité d’Obama selon le New York Times, qu’il existe sur le terrain de la campagne électorale quelques indications alarmantes. Celle-ci, par exemple, venue du quotidien de Fort Worth (Texas), le Star Telegraph, via UPI le 21 février. Courte dépêche, que nous donnons pour l’essentiel.

    « The Secret Service told Dallas police to stop screening for weapons while people were still arriving at a campaign rally for Barack Obama, a report said.

    » Police stopped checking people for weapons at the front gates of Reunion Arena more than an hour before the Democratic presidential hopeful appeared on stage Wednesday, the Fort Worth (Texas) Star-Telegram reported. Police said the order to stop using metal detectors and checking purses and laptop bags constituted a security lapse, the newspaper reported.

    » Dallas Deputy Police Chief T.W. Lawrence – who heads the department's homeland security and spécial operations divisions – told the Star-Telegram the order had been intended to speed up seating of the more than 17,000 people who came to hear the candidate speak.

    » Lawrence said he was concerned about the large number of people being let in without being screened, but that the crowd seemed ''friendly,'' the newspaper said. Several Dallas police officers – speaking on condition of anonymity because the order came from federal officers – told the newspaper it was worrying to see so many people get it without even a cursory inspection

   

    Source de defensa
    Date : 26 février 2008

   

   

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Dimanche 24 février 2008


Quand peurs et obsession sécuritaire font perdre tout bon sens...

   

 [ Le Monde - 23 février 2008] 

   

    Un élève de 9 ans a été interpellé par la police à l'heure de la cantine, dans une école élémentaire du 18e arrondissement de Paris. Mardi 12 février, à midi, trois policiers en uniforme du commissariat de la Goutte d'Or pénètrent dans l'école, alertés par une plainte d'une mère d'élève.

    Selon elle, B., 9 ans, s'en serait pris violemment à sa fille C., du même âge, en cours d'informatique. Quand elle apprend l'incident vers 11 h 30, cette mère demande à voir le directeur de l'école qui ne peut la recevoir immédiatement. Elle décide alors d'aller déposer une plainte au commissariat central du 18e arrondissement.

    "Ma fille était en pleurs, elle avait reçu plusieurs coups au visage et sur le corps, je ne savais pas à qui m'adresser. Les policiers m'ont dit qu'ils allaient régler le problème", explique-t-elle au Monde. Une déléguée de parents, qui souhaite rester anonyme, assure que le directeur de l'école aurait demandé aux policiers s'il pouvait s'opposer à cette interpellation. Selon d'autres témoignages, ceux-ci auraient répondu : "Non, car notre autorité prévaut sur la vôtre."

"CHOQUÉ LES ENFANTS"

    Contacté par Le Monde, le directeur n'a pas souhaité s'exprimer. L'enfant, escorté par une auxiliaire de vie scolaire employée par l'école, est alors emmené par les policiers devant certains de ses camarades. "J'ai été prévenue par le directeur. Il m'a mis en contact avec un des policiers, qui m'a dit que mon fils allait être embarqué", raconte la mère de B. Selon elle, son fils, auteur de "simples claques", aurait été entendu seul pendant près d'une heure, puis en sa présence. Tous deux sont rentrés chez eux vers 16 heures.

    Selon la préfecture de police, "les policiers ont estimé, au vu du témoignage de la petite fille, qu'une intervention se justifiait. Il leur a semblé qu'ils étaient en présence d'un cas qui sortait de la violence ordinaire d'une cour d'école."

    La mère de B. estime pour sa part que l'affaire aurait dû se régler à l'amiable. "J'en veux à la police qui a traité mon fils comme un adulte délinquant. Pour ses camarades de classe, c'est comme s'il était allé en prison", considère cette mère de famille. "La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre dans l'école et a profondément choqué les enfants", raconte la déléguée des parents.

    Un travail d'explication a été fait par les enseignants de l'école pour dédramatiser un incident que chacun souhaite maintenant oublier. Depuis, les deux enfants sont retournés à l'école, après quelques jours d'absence. La mère de C. a retiré sa plainte et dit "n'avoir jamais imaginé que sa démarche entraînerait de telles conséquences".

   

    Source : Le Monde
    Auteur : Catherine Rollot
    Edition du 23 février 2008
    
    © Le Monde.fr

   

  

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Vendredi 22 février 2008

  
« Aujourd’hui, le monde a bien plus à craindre la nature destructrice des valeurs occidentales que les armes de destructions massives. Par le passé ces valeurs ont été imposées aux nations par le pouvoir colonial ou par des régimes tyranniques inféodés à l’occident. A l’heure actuelle, le plus grand danger que court l’humanité provient de la menace constante de l’occident imposant ses valeurs avec ses armes de destruction massives. » L’éditorialiste Abid Mustafa rejette les accusations portées contre le monde musulman et considère que la politique occidentale perpétue le modèle du colonialisme.

   

 [ d'après
alternet.org ]

   

Par Abid Mustafa, Middle East Online, Posted on February 21, 2008

   

    Chaque fois qu’un gouvernement occidental associe dans le même discours monde musulman et  Armes de destruction massive, les médias entrent dans une frénésie hystérique et sonnent l’alerte sur un événement catastrophique et gigantesque qui est sur le point de se produire.

    Les vieilles légendes européennes sur les musulmans qui propagent l'islam par l'épée sont reprises pour renforcer l’idée que les musulmans sont extrêmement dangereux, hautement irresponsables et n’ont que peu d'égards pour la vie humaine. Le mantra qu’il faut priver les pays musulmans des armes de destruction massive est donc devenu le cri de ralliement de l'Occident.

    Parfois, ces arguments vont jusqu’à justifier la politique que pratique l'Ouest pour un changement de régime en Syrie, en Iran et peut-être au Pakistan. Pourtant, une étude précise du passé islamique va à l’encontre du mythe populaire occidental selon lequel les musulmans seraient des gens sanguinaires soucieux d’effacer le reste de l'humanité au nom de l'islam.

    On ne pourrait en dire autant de l'Occident, qui  armé de sa doctrine séculaire et de sa vision matérialiste du monde a procédé à l'exploitation, au pillage et à la colonisation de vastes populations dans l’unique but de contrôler les ressources et à maximiser sa richesse.

    Pour s’approprier de nouvelles richesses, l’Occident a détruit des civilisations comme les Incas, les Indiens d'Amérique, les Aztèques, et les Aborigènes. Ceux qui ont survécu à la colonisation ont été convertis de force au christianisme, dépouillés de leur patrimoine et vendus dans la servitude aux entreprises occidentales. Pour les peuples autochtones d'Afrique, d'Inde, d'Asie, du Moyen-Orient et d'autres, les promesses de liberté se sont vite évaporés et ont été remplacés par la domination coloniale. Et au lieu de montrer quelque remords après de telles atrocités, l'Occident ne sait que triompher de ses réalisations.

    Les technologies comme les canons, les pistolets, les machines à vapeur, les mitrailleuses, les avions, le gaz moutarde etc. n’ont fait qu’accélérer la mainmise sur de nouvelles colonies et l'exploitation de leurs peuples. La résistance des autochtones envers leurs colonisateurs a été traitée par la force brute – qui a souvent mené à la destruction de communautés entières. Lorsque les Occidentaux ne détruisaient pas les autochtones, c’est ils étaient trop occupés à s’anéantir les uns les autres en tentant désespérément de s'accrocher à leurs précieuses colonies. Les deux dernières guerres mondiales sont d'excellents exemples de la nature destructrice des valeurs occidentales.

    Dans l’ancien monde, des pays comme l'Angleterre, la France et l'Allemagne ont construit des empires et accumulé d’immenses richesses par la mort et la destruction de millions de gens innocents. Est-ce que le Nouveau Monde, celui d’aujourd’hui où l’Amérique est leader, est vraiment différent ?

    Prenons l'exemple du Nouveau Monde et de ses relations avec l'Afghanistan et l'Iraq. Libération est devenue occupation ; la démocratie a cédé la place à la domination coloniale, la dévastation est appelée bombardement chirurgical et le massacre de musulmans innocents est nommé dommages collatéraux. Pendant ce temps, les compagnies pétrolières Américaines et Britanniques profitent en exploitant les puits de pétrole de l'Iraq et en transportant les réserves d'énergie de la mer Caspienne vers l'Europe à travers l'Afghanistan.

    Par le passé le Califat islamique n'a jamais traité l'humanité d’une manière si barbare. Le Califat n’a pas non plus répandu l'Islam par la force, ni détruit de civilisations. Quand l'Islam se propagea à l'Egypte, beaucoup de chrétiens Coptes n’embrassèrent pas l'Islam ; aujourd'hui encore leur nombre est d’environ 7 millions. De même, lorsque l'Inde a été islamisée, les habitants n'ont pas été contraints. L'Inde a aujourd'hui une population de plus de 750 millions d'hindous.

    Comparez cela à l'extermination des Musulmans et des Juifs par les tribunaux de l’Inquisition en Espagne, pendant la très prestigieuse renaissance européenne. Les Juifs qui avaient survécu à cet holocauste ont été chaleureusement accueillis par le Califat ottoman. Dans l'Espagne islamique, ils avaient prospéré et étaient devenus des membres importants de la société islamique.

    Aujourd'hui, le monde a plus à craindre la nature destructrice des valeurs occidentales que les armes de destruction massive. Par le passé, ces valeurs ont été imposées aux nations, soit par le pouvoir colonial lui-même, soit par des régimes tyranniques inféodés à l'Occident. A l’heure actuelle, le plus grand danger que court l'humanité provient de la menace constante de l'Occident d'imposer ses valeurs au reste du monde par ses armes de destruction massive.

   

Abid Mustafa est commentateur politique, spécialiste des affaires musulmanes.

   

    Sources : Middle East Online Alternet.org , Contre Info
     Auteur : Abid Mustafa. 
    Traduction : 
Opus incertum
    Date : 21 février 2008

    © 2008 Middle East Online.

   

    
Complément du 24 février :

Par souci d'objectivité est reproduit ici le courrier qu'un lecteur a adressé le 23 février
à Contre Info à propos de cet article : 

     

    Pour la toute première fois je me dois de réagir à un article. Pas parce que je ne suis pas d’accord avec les idées qu’il défend mais parce qu’il contient de nombreuses contre vérités.

    En règle générale on peut être d’accord ou non avec les textes proposés. C’est une question d’opinion et cela doit se respecter. Après l’exposé des faits et des idées le débat peut commencer.

    Mais ici rien de tel : il s’agit d’un texte à sens unique qui dans une violente charge énumère les méfaits de l’occident en les opposants aux bienfaits de la civilisation islamique lorsqu’elle était à son apogée.

    Il n’y a pas eu d’un côté de violents conquérants génocidaires et de l’autre de gentils idéalistes pétris d’humanisme. Les deux systèmes conquérants ont imposé leurs dictats. Le plus souvent par la force brute. La conquête de l’Inde par Tamerlan fut un bain de sang. Et si l’islam n’y a pas fait recette cela n’a strictement rien à voir avec la tolérance et la bonté de l’occupant.

    De l’autre côté de l’empire le système de la dhimmitude imposa aux non musulmans le port de signes distinctifs qui permettaient d’identifier les mécréants au premier coup d’œil. Même les maisons devaient être marquées. Il n’était bien entendu pas question d’une vague égalité de droits mais bien de servitude. Enfin la conquête turque des Balkans fut tellement violente que les séquelles sont encore visibles de nos jours.

    Il serait par contre faux de prétendre que les conquêtes du monde musulman n’eurent que des aspects négatifs. En tant que civilisation la plus avancée de son époque elle fit bénéficier les populations des territoires occupés de ses avancées scientifiques et littéraires. Je n’oserai pas faire de parallèle avec les conquêtes occidentales parce que le sujet est pratiquement tabou.

    Les conquêtes humaines ne se sont jamais faites sans violence. Il n’y a pas de civilisation dominante qui n’ait profité de sa force pour écraser les autres sans ménagement. Ce fut vrai lors de la conquête romaine des Gaules, lors des invasions barbares, lors de la conquête musulmane (califat) et enfin des conquêtes occidentales.

    Le texte d’Abid Mustafa est tout simplement mensonger. Tous ceux qui connaissent un peu l’histoire ne peuvent qu’être choqués par tant de mauvaises foi. Ce qui est plus inquiétant est que ce texte reprend une propagande qui circule abondamment dans les milieux musulmans européens.

    Le musulman de l’age d’or y est présenté comme une sorte d’altruiste et l’occidental comme un barbare assoiffé de sang. La victime et son bourreau.

    Pire, selon cette propagande qui fut mise au point dans les années 50 par les Frères Musulmans le musulman est une éternelle victime et l’occidental, le kouffar promis à l’enfer ne vit que pour opprimer les musulmans.

    Je suis sincèrement étonné que vous n’ayez pas pris la peine d’assortir ce texte de commentaires. Je suis à vrai dire étonné que vous l’ayez sélectionné.

    Je pense que ce genre d’écrit peu faire plus de tort que de bien et contribuer à aggraver le fossé entre occidentaux (chrétiens et athées) et musulmans. La situation est déjà suffisamment tendue pour que vous n’y ajoutiez votre contribution et apportiez votre pierre à l’édifice.

   

Un lecteur

   

 

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Vendredi 22 février 2008

par Stéphan Richter


Les Echos - 20 février 2008  ]

 

    Alors que l'Irak passe de plus en plus à l'arrière-plan, les politiques et les médias américains ne se rendent pas compte de la consternation qui saisit l'Europe à propos des Etats-Unis, et plus uniquement pour la politique de M. Bush. Si les Européens sont contrariés depuis longtemps par nombre des mesures du gouvernement Bush, ils sont aujourd'hui irrités par le fait que les garants de la croissance ont failli à leur réputation.

    Prenez Alan Greenspan, longtemps considéré comme le prototype du président de banque centrale. Alors que l'Europe connaissait des remaniements majeurs de l'équipe dirigeante et même de l'organisation de sa banque centrale, Alan Greenspan était perçu comme un roc inébranlable. Il était considéré comme un maître de l'analyse économique, comme un homme parfaitement à même de retirer les verres de punch avant que la fête ne tourne mal. Or, on s'aperçoit aujourd'hui que le prestige de M. Greenspan reposait sur de la publicité mensongère. Il n'a jamais pu voir un verre sans vouloir le remplir, contrairement à ce que préconisaient les principes de base de sa fonction de banquier central. Sans compter ses erreurs en matière de réglementation et de surveillance - sur les prêts hypothécaires douteux et leur titrisation, par exemple.

    La désillusion qui frappe aujourd'hui les élites européennes va bien au-delà de M. Greenspan. Ainsi, le cas de Bob Rubin, secrétaire au Trésor sous le gouvernement Clinton, s'avère encore plus étonnant. Après une réussite exceptionnelle chez Goldman Sachs et à Washington, M. Rubin est entré à Citigroup, en tant qu'administrateur et président du comité exécutif. Lorsque Citigroup s'est lancé dans des opérations impliquant des instruments financiers ésotériques, tout le monde pensait que le si expérimenté M. Rubin, qui s'était considérablement enrichi en dirigeant les transactions de Goldman, veillerait au grain dans l'ombre et éviterait que la banque ne prenne des risques inconsidérés. Ce ne fut pas le cas. Le reste appartient désormais à l'histoire, de même que la crise du crédit.

    Les Etats-Unis et leurs élites n'ont toutefois pas encore compris ceci : bien que la plupart des Européens considèrent depuis longtemps que le pays est dirigé par un président inepte, ils ont toujours apprécié, et même admiré, ceux qui étaient perçus comme des professionnels accomplis du monde des affaires et, à ce titre, particulièrement messieurs Greenspan et Rubin. On peut reprocher aux Européens d'avoir porté aux nues de simples personnalités comme messieurs Greenspan et Rubin, qu'ils tenaient pour des génies de la finance, alors qu'ils étaient tout aussi faillibles et susceptibles de se tromper que chacun d'entre nous. Il s'agit là sans doute d'une critique justifiée, à laquelle les Européens devraient réfléchir. Ce qu'ils ont d'ailleurs entrepris de faire. En effet, plutôt que de se morfondre sur les erreurs des leaders américains, ils ont compris que le temps de la codépendance avec les Etats-Unis était bel et bien révolu et qu'il leur fallait réunir toutes les compétences nécessaires pour mener à bien eux-mêmes des opérations complexes, sans compter sur les supposés pouvoirs magiques des Etats-Unis. C'est cette désillusion, à ne pas confondre avec de l'anti-américanisme, qui suscite aujourd'hui une certaine froideur des Européens envers les Etats-Unis.

    Les Européens se sont efforcés de croire pendant trop longtemps que leurs homologues américains connaissaient des remèdes miracles qui leur permettaient de résoudre les affaires complexes ou très risquées mieux que la vieille Europe. Ces images simplistes ont fini par disparaître de la manière de penser des élites européennes. Ce changement s'accompagne toutefois d'une mauvaise nouvelle : le problème de l'Europe à l'égard du leadership américain va bien au-delà de M. Bush. Et aussi d'une bonne nouvelle : les Européens se sont débarrassés de leur prétendue foi dans le paternalisme américain. Ce sont désormais à eux que l'on fait appel, en leur demandant de rassembler leurs forces au-delà des frontières, pour initier une réflexion salvatrice sur les problèmes du monde, sans attendre un quelconque soutien de la part des Etats-Unis.

   

Stephan Richter est rédacteur en chef de « The Globalist ».

   

    Source Les Echos : Europe/Etats-Unis : la désillusion
    Auteur : Stephan Richter
    Date : 20 février 2008
    
   
Tous droits réservés - Les Echos 2008

    
 

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Vendredi 22 février 2008


   [ IRIS ]

   

par Pascal Boniface (La Croix, 19 février 2008)

   

    Le Kosovo vient de proclamer son indépendance. Celle-ci semblait inéluctable depuis longtemps. Elle n'en est pas moins problématique sur le plan des principes et porteuse d'inquiétudes sur le plan stratégique.

    Cette province à majorité musulmane était toujours officiellement sous souveraineté serbe bien qu'étant de fait un protectorat international depuis que l'OTAN y a mené une guerre en 1999. A l'époque, la Russie, extrêmement affaiblie, n'avait pas pu empêcher le déclenchement des hostilités contre son allié serbe, pays chrétien orthodoxe comme elle. Les pays de l'OTAN avaient choisi la voie militaire sans feu vert du Conseil de sécurité de l'ONU. Ils disaient agir dans l'urgence pour mettre fin au nettoyage ethnique rampant auquel se livraient les Serbes contre les Kosovars musulmans. Ce fut la première guerre que l'OTAN mena dans son histoire, l'année de son 50ème anniversaire et dix ans après la disparition de la menace soviétique qui avait justifié sa création.

    Cette guerre très inégale fut rapidement gagnée, Belgrade ayant capitulé après soixante-douze jours de combat. Lorsque l'OTAN était entrée en guerre, il avait bien été précisé qu'il n'était pas question que le Kosovo accède à l'indépendance, que l'intervention militaire de l'OTAN n'avait que des buts humanitaires. Le 10 juin 1999, le Conseil de sécurité entérinait la fin de la guerre par le vote de la résolution 1244. Le Kosovo était administré par l'ONU, les troupes de l'OTAN devenaient responsables de la sécurité de la province. Mais, des exactions, cette fois-ci des Kosovars contre les Serbes, ont contraint 200 000 d'entre eux à fuir le Kosovo. Le divorce est trop profond entre les deux communautés pour espérer que le rêve d'un Kosovo multiethnique - but officiel de l'intervention de l'OTAN - voit le jour. On restait donc sur un statu quo : ni indépendance, ni retour sous l'autorité de Belgrade qui ne satisfaisait personne.

    L'ancien premier ministre finlandais Marti Ahtisaari, mandaté par la communauté internationale, a proposé début 2007 que le Kosovo devienne indépendant sous la supervision de l'Union européenne. C'est le vœu le plus cher des Kosovars (90% de la population). Les Américains voulaient leur donner satisfaction espérant ainsi avoir un petit Etat européen qui serait entièrement à leur dévotion. Ils montreraient ainsi de, surcroît, qu'ils peuvent être les protecteurs des musulmans ! Français et Allemands étaient moins enthousiastes, mais ils n'avaient pas envie de prolonger éternellement leur présence militaire au Kosovo dans un climat de plus en plus hostile, Grecs et Espagnols y étaient hostiles. Les Kosovars qui avaient initialement bien accueilli les troupes de l'Alliance atlantique parce qu'elles les protégeaient des Serbes, risquaient de plus en plus de se retourner contre elles en cas de refus de l'octroi de l'indépendance. Belgrade refusait le principe de l'indépendance, n'acceptant que de donner une plus grande autonomie.

    C'était l'impasse. Soit on acceptait que les négociations se poursuivent indéfiniment et les Serbes n'auraient jamais accepté l'indépendance, soit on choisissait de trancher en accédant aux demandes kosovars. C'est ce qui a été fait par intérêt pour Washington, résignation pour Paris et Berlin. Mais le résultat revient à pénaliser de façon unilatérale la Serbie, qui pourrait à juste titre s'estimer avoir été trahie par les Occidentaux. Lors de la guerre, l'OTAN avait en effet affirmé solennellement qu'elle ne contestait pas sa souveraineté sur le Kosovo.

    Il y a bien une contradiction dans l'attitude des Occidentaux. Ils acceptent l'indépendance du Kosovo, officiellement au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Mais ils ne veulent pas accorder aux Serbes bosniaques le même droit à l'indépendance au nom du maintien de la souveraineté de la Bosnie ni aux Serbes du Kosovo au nom de son intégrité territoriale.

    Certains Européens et les pays arabes feront également une parallèle avec le Proche-Orient. Alors qu'ils ne contestaient pas que le Kosovo appartienne à la Serbie, les Occidentaux ont été jusqu'à se lancer dans une guerre pour protéger la population kosovar. Alors que personne ne reconnaît de souveraineté israélienne sur les Territoires palestiniens, l'occupation militaire se poursuive sans que les Occidentaux ne bougent d'une quelconque manière.

    La Serbie n'a guère les moyens de réagir. Ce n'est pas le cas de la Russie. Certes, elle n'a pas pu empêcher la proclamation de l'Indépendance. Mais, elle pourra - avec la Chine - s'opposer à son admission à l'ONU, en utilisant son droit de veto.

    C'est un nouveau motif de confrontation avec Washington. Elle cherchera à obtenir des compensations ou cherchera à se venger.

    Elle pourra également mettre en avant que ce qui a joué au Kosovo peut servir pour l'Abkhazie - ou les Russes appuient les séparatistes qui veulent quitter la Géorgie - ou en Transnistrie - où ils souhaitent une sécession du fait de la Moldavie. L'indépendance du Kosovo ne va-t-elle pas par ailleurs relancer les tendances sécessionnistes particulièrement nombreuses dans les Balkans ? Les Albanais de Macédoine ne vont-ils pas pousser leurs revendications ?

    Enfin, on peut s'interroger sur la viabilité du Kosovo et sur l'importance sur son territoire des mafias déjà très puissantes.

   

    Source IRIS, La Croix : Les pièges du Kosovo 
    Auteur : 
Pascal Boniface
    Date : 19 février 2008

   

Lire en complément sur dedefensa : L’indépendance du Kosovo, le désordre et l’attitude de la Russie

   

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Vendredi 22 février 2008

  
 [ Politis ]

   

Par Denis Sieffert, jeudi 14 février 2008

     Voilà que l’on nous refait le coup ! Après les caricatures de Mahomet, après Robert Redecker, voici Ayaan Hirsi Ali. Le cycle provocation, fatwa, médiatisation tourne à plein régime. Cette fois, c’est une jeune femme, ex-députée néerlandaise, aujourd’hui chaperonnée par Bernard-Henri Lévy, qui a droit à toutes les unes des journaux, à tous les plateaux de télévision, à toutes les compassions, à toutes les indignations, à tous les appels au président de la République, au prétexte qu’elle serait l’incarnation de la « laïcité à la française », et pour cela même condamnée à mort par « les » islamistes. À en croire cette présentation, on imaginerait que le sort s’est abattu par hasard sur une victime expiatoire et introvertie, malmenée pour s’être discrètement émancipée de sa religion. La réalité est très différente. Arrivée aux Pays-Bas en 1992, cette fille d’intellectuel somalien longtemps exilé aux États-Unis a choisi un moment très particulier pour abjurer bruyamment sa religion : le lendemain du 11 septembre 2001. Oui, comme elle en fit plus tard la confidence à l’Express [1] c’est ce jour-là ­ et pas un autre ­ qu’elle s’est rendu compte qu’elle ne croyait plus en Dieu. Ce qui dénote un sens aigu de la communication, et un goût prononcé pour l’amalgame, puisque, apparemment, l’islam et Ben Laden ne font qu’un. Forte, donc, de sa notoriété toute neuve, Ayaan Hirsi Ali entre en politique (par la gauche) au sein du Parti du travail des Pays-Bas. Avant, un an plus tard, de bifurquer pour rejoindre le très droitier Parti libéral. La voilà députée, et bientôt collaboratrice d’un cinéaste sulfureux, Théo Van Gogh, connu surtout pour ses provocations misogynes et islamophobes.

    Au côté de ce personnage pour qui les musulmans ne sont jamais que des « baiseurs de chèvres », notre égérie de la laïcité concocte le scénario d’un film qui fait scandale. On y voit ­ paraît-il ­ des femmes dénudées qui exhibent en tatouages des extraits du Coran. On connaît la suite. Le 4 novembre 2004, Théo Van Gogh est abattu en pleine rue par un certain Mohammed Bouyeri, qui promet que sa prochaine victime sera Ayaan Hirsi Ali. Crime épouvantable, et menace qui glace les os, même s’il est le fait d’un homme seul et non « des » islamistes. Il n’en est pas moins vrai qu’à tout instant un autre assassin peut s’extraire de la foule et frapper. C’est la raison pour laquelle les autorités néerlandaises accordent aussitôt à Ayaan Hirsi Ali une protection rapprochée. Mais, en 2006, un nouveau scandale éclate autour de la jeune femme. On découvre que son passé n’est pas celui d’une exilée traquée. Son nom n’est pas son nom. Son âge n’est pas son âge ; elle n’a jamais fui la Somalie, mais quitté le Kenya, où d’ailleurs elle n’était pas menacée. Polémique, démission, expulsion. La vraie-fausse Somalienne persécutée se réfugie aux États-Unis, où elle rejoint immédiatement l’American Enterprise Institute, un groupe néoconservateur, proche de George W. Bush (laïque exemplaire, lui aussi !). La jeune femme écrit ses mémoires, et s’indigne que le gouvernement néerlandais ne veuille plus financer ses gardes du corps jusque sur l’autre rive de l’Atlantique. C’est alors que BHL, Bruckner, Val, Caroline Fourest, boutefeux ordinaires du choc des civilisations, lui tendent des mains toujours secourables.

    Invitation à Paris, tournée médiatique, appel à Nicolas Sarkozy [2]  : la « France des droits de l’homme » doit accorder la citoyenneté à Ayaan Hirsi Ali ! Les milliers de demandeurs d’asile programmés pour expulsion en 2008, et qui n’ont pas droit à un regard, savent désormais ce qui leur reste à faire : par exemple, à lancer, comme l’ex-députée néerlandaise, un bruyant « Mahomet pédophile ! », à l’effet garanti. Car, contrairement à ce que déclarait Mme Hirsi Ali à l’Express, elle n’a pas fait que « critiquer l’islam », ni « revendiquer le droit de ne pas croire ».

    En France, des centaines de milliers de « musulmans d’origine » ont pris depuis belle lurette leurs distances avec la religion sans pour autant être la cible de « fatwas ». Elle a manié la provocation, qui, dans un domaine aussi sensible, ne peut guère conduire qu’à cet affrontement dont rêvent ses amis de l’American Enterprise Institute et les hôtes empressés de son escale parisienne. Cela dit, le mal étant fait, il faut évidemment protéger cette jeune femme. Mais, de grâce, cessons de l’exposer comme un parangon de vertu laïque. La laïcité, c’est d’abord une certaine discrétion. La loi de 1905 a organisé ­ espérons-le ­ définitivement la séparation entre les espaces public et privé. Or, dans cette affaire, ce n’est pas l’islam qui envahit l’espace public, mais la haine de l’islam. Et cela par tous les artifices de la publicité.

   

Notes

[1] L’Express du 16 mai 2005.

[2] Lequel vient de s’illustrer scandaleusement en allant faire l’apologie de la religion devant le régime wahhabite de Riyad...

      

    Source Politis : Manipulations antilaïques
    Auteur : Denis Sieffert

    Date : 14 février 2008

    

  

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Jeudi 21 février 2008
    

 [ Libertes Internets - Grégoire Seither - IES News Service - 08/01/2008 ]

   

Une étude menée par deux chercheurs de l’université de York a montré que - contrairement à ce qu’elle affirme - l’industrie pharmaceutique U.S. dépense presque deux fois plus pour faire sa promotion que pour la recherche et le développement. Les chercheurs se basent sur les données fournies par l’industrie pharmaceutique pour 2004, qui montre qu’elle a consacré 24,4% de son chiffre d’affaires aux opérations promotionnelles et seulement 13,4% à la recherche et au développement.

La principale activité de l’industrie pharma est de convaincre les médecins de prescrire leur médicament plutot que celui, équivalent, de la concurrence. Les laboratoires sont frileux et n’investissent que dans les projets à même de dégager des profits importants à court-terme. Les problèmes de santé publique passent loin derrière.”
 

    Source Libertes Internets d'après : Science Daily

   

  
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Jeudi 21 février 2008


 [ Réseau Voltaire - 20 février 2008 ]


L’ancien chanchellier allemand Helmut Schmidt a publié dans le quotidien « Die Zeit » douze questions aux candidats à la Maison-Blanche. Elles s’adressent en réalité tout autant aux responsables européens car elles établissent un état des lieux de la place des États-Unis dans les relations internationales et soulignent des incertitudes nombreuses que beaucoup feignent d’ignorer. En appellant de ses vœux un leadership US, Helmut Schmidt montre que pour ambitionner à nouveau ce rôle Washington doit changer radicalement de politique.

   

    Même si nous les Européens ne participons pas aux élections aux États-Unis, j’aimerais néanmoins poser quelques questions aux candidats à la présidence de ce pays. Car, l’expérience acquise tout au long du siècle dernier nous a appris que la politique étrangère de n’importe quel président des États-Unis a une importance cruciale pour nous les Européens. À l’automne 2003 le président Bush jr. nous a annoncé : « Mission accomplie ». Mais aujourd’hui encore, presque cinq ans plus tard, nous n’avons toujours pas de vision claire de ce qu’est cette mission, de ses objectifs et de sa finalité... par contre des nouvelles incertitudes sont venues s’ajouter.

    L’héritage politique que va devoir assumer le nouveau président U.S. en 2009 apparaît comme plus complexe, plus global et nettement plus lourd que l’héritage du Vietnam que le président Nixon, nouvellement élu en 1969, avait reçu de ses prédécesseurs Kennedy et Johnson. D’ailleurs, ni Nixon, ni ses successeurs Gerald Ford et Jimmy Carter, n’ont réussi à rétablir la confiance en soi de la nation états-unienne. Seul Reagan y est parvenu, aidé en cela par le passage du temps et des circonstances historiques particulières. Mais dans les luttes actuelles pour la désignation aux primaires présidentielles, la mémoire des lourdes erreurs commises lors de la guerre du Vietnam continue a exercer une influence importante sur l’opinion publique et sur le discours des candidats.

    On nous dit que c’est un nouveau départ, c’est du moins ce qu’espère le peuple états-unien. Mais est-ce que cela vaut également pour la politique étrangère ? Car, même si certains candidats ont fait publier sous leur nom, dans l’influente revue Foreign Affairs, des articles intelligents sur ce sujet, il n’en reste pas moins que, dans leur discours, leurs véritables projets et intentions en matière de politique étrangère et de sécurité ne sont mentionnés qu’en passant, sans grands détails. À notre grande déception, cette politique nous apparaît comme très incertaine. D’un autre côté, nous les Européens savons d’expérience que, dans une démocratie, les campagnes électorales sont rarement menées sur les sommets de la clairvoyance, on reste le plus souvent dans les bas-fonds marécageux des idées générales.

    Néanmoins, étant donné que ni le parcours politique, ni les discours des candidats en lice ne laisse présager ce que sera leur politique étrangère en cas de victoire, on en vient à souhaiter de chacun d’eux au moins un grand discours général sur leur vision géopolitique. Nous les Européens aimerions avoir les réponses à certaines questions, car celles-ci ne concernent pas seulement l’Amérique et ont un impact direct sur le quotidien en Europe. Ces questions incluent bien évidemment les deux guerres en cours, en Irak et en Afghanistan, mais vont bien au delà.

- 1. Comment comptez-vous mettre fin à la guerre en Irak ? Quels moyens comptez vous employer ? Quel aspect doit avoir l’Irak au final ?

- 2. Quel est votre but en Afghanistan ? Est-ce seulement l’élimination d’Al Qaïda ou bien également celle des Talibans ? Ou bien est-ce la construction d’une démocratie ?

- 3. Au cas où Al Qaïda viendrait à s’établir de manière durable au Pakistan, voire au cas où l’organisation réussirait à accéder à l’armement nucléaire pakistanais : est ce que vous interviendrez également militairement au Pakistan ?

- 4. Quelle est votre stratégie pour parvenir à une solution pacifique du conflit qui dure depuis un demi-siècle entre Israël et ses voisins arabes ? Allez vous vous engager pour la création d’un État palestinien ou bien la conférence d’Annapolis ne sera t-elle qu’un épisode parmi d’autres ?

- 5. Maintenant que les services secrets U.S. ont publiquement constaté que l’Iran a abandonné ses intentions de se doter de l’arme nucléaire : quelle sera la future politique des États-Unis vis à vis de l’Iran ?

- 6. Un quart des États existants au monde sont entièrement ou à forte composante islamique : allez-vous vous engager pour la tolérance religieuse et culturelle envers l’islam et vous opposer à ceux qui prônent un choc des civilisations avec l’islam ?

- 7. Etes vous d’accord avec l’avis exprimé par, entre autres, Zbigniew Brzezinski [1], qui veut que, outre le Proche et le Moyen-Orient, la Russie représente un défi majeur pour la sécurité globale ? Ou bien partagez vous notre avis que la Russie, depuis Gorbatchev n’a jamais violé militairement ses frontières et s’est conduit, vis-à-vis de l’étranger, de manière plus pacifique qu’elle ne l’a jamais fait à l’époque tsariste ou soviétique ? Le système ABM (antimissile balistique) dont l’installation est prévue en Pologne et en République tchèque a t-il pour but de protéger ces pays ainsi que les États-Unis ou bien seulement d’intimider la Russie ? Acceptez-vous le rôle d’acteur politique et économique mondial que joue la Russie ?

- 8. Acceptez-vous le rôle d’acteur politique et économique mondial que joue la Chine ? Allez vous enfin inviter la Chine aux sommets des chefs d’État ?

- 9. Etes-vous prêts à remplir toutes les obligations découlant pour les États-Unis du Traité de non-prolifération et des autres traités sur les missiles et les forces conventionnelles en Europe ? Allez vous rétablir le traité ABM visant à empêcher une nouvelle course aux armements anti-missiles, que votre prédécesseur a imprudemment annulé ? Allez vous enfin ratifier l’adaptation du traité sur les forces conventionnelles en Europe, chose que votre prédécesseur a toujours refusé de faire ?

- 10. Après que deux présidents états-uniens aient refusé d’adhérer au protocole de Kyoto, les États-Unis vont ils se joindre à une limitation contractuelle mondiale des émissions de gaz à effet de serre ?

- 11. Votre politique budgétaire et financière va t-elle se donner pour but de rééquilibrer le déficit extrêmement élevé de votre balance extérieure ? Les États-Unis vont ils cesser de fonder leur croissance en accaparant l’épargne et les capitaux d’autres pays ? Etes vous d’accord de participer à une surveillance accrue des marchés financiers mondiaux hautement spéculatifs ?

- 12. La Charte des Nations unies est-elle encore pour les États-Unis le fondement du droit international en vigueur ?

    Depuis la création des États-Unis d’Amérique leur politique étrangère a été marquée alternativement par des tendances isolationnistes, impérialistes ou encore internationalistes, avec à chaque fois des conséquences différentes. De nombreux Européens considèrent la politique globalement unilatérale du président actuel comme l’expression d’une volonté impérialiste. Mais malgré cela nous avons conservé notre confiance dans les instincts démocratiques de la nation états-unienne. Pour nous, les États-Unis sont et restent un foyer de liberté et de lutte contre l’obscurantisme. Par contre nous savons que l’occident à lui tout seul n’est pas en mesure de réguler le monde. Car les États Unis ne représentent même pas 4 % de la population mondiale, et si on ajoute l’Union européenne, cela représente tout juste 12 %... vers le milieu de ce siècle nous ne représenterons même pas 10 % de la population de cette planète.

    Aujourd’hui, même si la confiance des Européens dans le leadership états-unien est perturbée, nous voulons néanmoins maintenir le partenariat atlantique. Nous aimerions tant pouvoir à nouveau aimer l’Amérique. Mais nous avons été rendus sceptiques par le fait que, ces dix dernières années, Washington ne s’est préoccupé de nous que quand il s’agissait de demander des soldats supplétifs ou des finances.

    En même temps, nous les Européens sommes conscients de notre propre faiblesse. Car si nous avons appris à décider ensemble des critères de maintenance de nos téléphériques ou de la profondeur des bassins dans nos zoos, nous sommes pour l’instant incapables de sortir de la théorie quand il s’agit de déterminer une politique étrangère commune à l’Union européenne. C’est pour cela que nous attendons beaucoup du leadership états-unien et espérons une direction rationnelle et multilatérale de la part du nouveau président des États Unis — et ce d’autant plus que nous sommes persuadés de la vitalité de l’Amérique.

   

Helmut Schmidt est ancien chancelier social-démocrate allemand (1974-1982). Il est rédacteur en chef adjoint et éditorialiste de Die Zeit.

   

   [1] Actuel conseiller de Barack Obama. Ndlr.

   

    Source Réseau Voltaire, d'après Die Zeit
    Auteur : Helmut Schmidt, traduction de l'allemand par Grégoire Seither
    Date : 6 janvier 2008

   

 

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