Mardi 4 mars 2008


 [ Courrier International - 3 mars 2008 ]

   

    La population carcérale des Etats-Unis – 2,3 million de détenus – est la plus importante de la planète. Un Américain majeur sur cent est en prison.

    Pour la première fois dans l'histoire des Etats-Unis, une récente étude révèle que plus d'un adulte sur cent se trouve derrière des barreaux. Au plan national, la population carcérale a augmenté de 25 000 prisonniers en 2007 pour atteindre près de 1,6 million de détenus, trois fois plus qu'il y a trente ans. Sans compter les quelque 723 000 personnes enfermées dans des pénitenciers régionaux. Cela signifie que sur une population de 230 millions d'adultes américains, plus de 1 sur 99,1 est en prison. Le taux d'incarcération augmente aussi en fonction des groupes sociaux. Dans la communauté hispanique, 1 homme sur 36 vit dans une cellule. Dans la communauté noire, la proportion s'élève à 1 adulte sur 15, et même 1 sur 9 pour les hommes âgés entre 20 et 34 ans.

    Le rapport du Pew Center on the States indique également que dans la tranche d'âge des 35-39 ans, 1 femme blanche sur 355 est incarcérée, contre 1 sur 100 dans la communauté noire. La méthode de calcul utilisée pour ce rapport diffère de celle du ministère de la Justice, qui se sert de la population totale comme référence, et non de la seule population adulte. Selon les chiffres du ministère, 1 Américain sur 130 est emprisonné. Selon Paul Cassel, professeur de droit à l'université de l'Utah, l'étude du Pew Center ne considère que la moitié de l'équation et occulte certains "bénéfices tangibles, comme la baisse de la criminalité". Le FBI rapporte que le nombre de crimes violents a diminué de 25 % au cours des vingt dernières années pour passer de 612,5 pour 100 000 personnes en 1987 à 464 en 2007.

    "Certes, nous devons faire preuve de discernement quand nous envoyons quelqu'un en prison, reconnaît Paul Cassel, mais ce serait une erreur de croire que l'on peut libérer un grand nombre de prisonniers sans augmenter la criminalité. Si 1 Américain sur 100 se trouve derrière les barreaux, c'est parce que 1 Américain sur 100 a commis une infraction." La population carcérale des Etats-Unis est la plus importante du monde, la Chine n'arrivant qu'en deuxième position avec 1,5 million de détenus. L'écart entre les deux pays est encore plus flagrant en proportion de leurs populations.

   

    Source : Courrier International, d'après The New York Times
    Auteur : Adam Liptak
    Date : 3 mars 2008
    
    © Courrier international 2008

    

  
 

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Mardi 4 mars 2008

 
 [
Infoguerre - 25 février 2008 ]

   

    En tant que clé de voute du renseignement américain, la CIA a souvent dû faire face à de nombreuses contradictions depuis sa création en 1947: l'Agence a souvent été au cœur des débats dans des moments délicats de gestion de crises ; elle a été instrumentalisée dans la guerre contre le terrorisme engagée par l’administration Bush, celle-ci s’appuyant sur des rapports semble-t-il fournis par la Company pour justifier l’existence d’Armes de Destruction Massive (ADM) justifiant l'engagement en Irak. L’ancien directeur de la CIA a, a cette occasion, été sommé de se placer derrière le secrétaire à la Défense Rumsfeld lors de son discours à l’ONU précédant la 2ème Guerre du Golfe, confirmant implicitement ses assertions sur la dangerosité de Saddam Hussein.

    Le poste de directeur de la CIA est éminemment politique. Ce dernier est nommé par le Président, qui considère la CIA comme une « troisième voie, entre la diplomatie et l’utilisation de l’armée, une continuation de la guerre par d’autres moyens »[1]. L’agence doit ainsi souvent « jongler » entre sa mission première qui est de protéger un Etat et un système, et des digressions, comme protéger le gouvernement en place contre ses adversaires politiques. La Centrale, placée au beau milieu du tourment, peut parfois se sentir écartelée entre ces différentes exigences : en décembre 2005, des officiers de la CIA n’ont pas hésité à contredire les déclarations publiques de leur chef, lorsqu’ils furent amenés à s’expliquer devant la Cour sur les centres de détention et certaines techniques d’interrogatoires qualifiées de « musclées »[2]. Ils ont donc confirmé l’existence d’un ordre présidentiel autorisant la pratique de la torture, et infirmé le fait de l’avoir effectivement pratiquée. Or, il s’avère qu’en 2008, la CIA a reconnu avoir pratiqué le « waterboarding », technique consistant en la simulation de noyades afin de soutirer des affirmations, depuis 3 ans, et avoir détruit des vidéos datant de 2002 montrant des officiers de la CIA pratiquant ce type d’interrogatoires[3]. Cependant, le New York Times affirme que le général Hayden, directeur de la CIA, affirme que « la technique consistant en un simulacre de noyade n’a pas été utilisé depuis 2003 »[4]. La machine est donc bien huilée : Phase 1 - Pratiquer ; Phase 2 – Détruire les preuves ; Phase 3 – Déni ; Phase 4 – Avouer, ceci lorsqu’il n’est plus possible de nier, afin, entre autres, d’induire le fait qu’on ne pratique plus.

    A l’ère du « tout technologique », la CIA doit faire face à une autre contradiction, dont l’impact est encore difficilement visible et calculable. La mission première qui lui a été confié depuis 2001 est de détruire l’altérité au lieu d’essayer de la pacifier. A grands renforts d’augmentations de budget et d’investissements dans la technologie de pointe, elle s’appauvrit donc dans ce qui est le cœur du renseignement, le ROEM (ou Renseignement d’Origine Humaine). L’humain est en effet le système le plus faillible dans le renseignement, et donc potentiellement la source d’information le plus importante. En sacrifiant les investissements dans la formation au renseignement humain, échiquier le plus faible des services américains, la CIA doit donc s’approvisionner en renseignements auprès de pays plus ou moins alliés, come ce fut le cas avec les services de sécurité saoudiens. James Risen du New York Times décrit donc dans son livre « Etat de Guerre » comment la CIA était dépendante des Saoudiens, en liaison avec la famille Ben Laden, pour obtenir des informations sur Oussama Ben Laden. Dans les opérations clandestines, la CIA se livre a un ballet inquiétant, qui consiste en une stratégie d’attaques indirectes afin de déstabiliser l’adversaire commun. Lors de l’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques, la CIA a créé des camps, entraîné, et fourni en armement les dissidents talibans et islamistes régionaux, contribuant à l’embourbement des soviétiques dans une guerre sans fin, à l’image du Vietnam. Quelques années plus tard, les mêmes islamistes radicaux, rompus aux techniques de guérillas par la CIA, lancèrent deux avions de ligne contre le World Trade Center, et mènent un harcèlement incessant des troupes occidentales aussi bien à Kaboul qu’en Irak mais aussi dans tout le Moyen-Orient. Quelles leçons ont été tirées de cette expérience ?

    A la fin des années 90, la CIA soutient financièrement et logistiquement les séparatistes albanais dans leur guerre d’insurrection contre la Serbie. Zoran Stijovic écrit récemment dans son livre que « quelques années avant le début des bombardements de l’OTAN au Kosovo, la CIA avait le contrôle du groupe terroriste KLA/UCK », la Kosovo Liberation Army. Un article de l’hebdomadaire moscovite Rosiyskaya Gazeta attise les braises et sous couvert d’investigations, dénonce le fait que le Camp Bondsteel, dans le sud de la province serbe de Metohija, semble produire de l’héroïne, comme le démontre Michel Chossudovsky, Professeur d’Economies à l’Université d’Ottawa et Directeur du Center for Research on Globalization [5]. « L’Albanie est la plaque tournante de l’entrée d’héroïne en Europe occidentale. Soixante quinze pour cent de l’héroïne entrant en Europe de l’Ouest vient de Turquie et transite par les Balkans. L’Agence Fédérale Allemande contre la Crime estime qu’en tant que groupe ethnique, les Albanais sont maintenant le group le plus important dans la distribution d’héroïne dans les pays occidentaux ». La vente de l’héroïne permet ainsi au KLA de se fournir en armes pour mener son combat.

    Les affaires les plus sombres de la CIA ces dernières décennies impliquaient aussi des drogues et le financement de groupes terroristes à travers le blanchiment d’argent de la drogue (comme en Haiti, ou en Amérique du Sud). Ainsi que l’importation d’héroïne et sa diffusion dans les communautés noires dans les années 60-70 ou la création et les tests du LSD sur des Américains à leur insu ou des prisonniers de guerre coréens. En tentant de détruire indirectement l’altérité, instrumentalisant divers groupes dissidents, la CIA joue donc avec le feu, et prend le risque de se brûler. Les tentatives de destruction de l’altérité semblent donc donner lieu à la création de nouvelles menaces.

   

1-  Franck Daninos, CIA Une histoire politique, 1947-2007, Tallandier, 2007

2-  http://www.stallman.org/archives/2005-nov-feb.html

3-  Le Monde, édition du 11décembre 2007, Un ancien agent de la CIA parle des techniques d'interrogatoires musclées

4-  Annual Threat Assesment of the Director of National Intelligence, New York TImes, 6 février 2008

5-  http://www.globalresearch.ca/index.php?conexte=va&aid=7996

   

    Source : Infoguerre
    Auteur : Alain Caussieu
    Date : 25 février 2008

   

 

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Dimanche 2 mars 2008

[ Contre Info - 28 février 2008 ]

   

Jean-Michel Vernochet, ancien journaliste du Figaro, analyse les enjeux de l’indépendance du Kosovo et développe les arguments des opposants à la sécession de la population albanophone. Il considère que celle-ci a été voulue et organisée de longue date par les USA qui souhaitaient disposer d’un point d’appui pour leurs forces armées qui soit proche de la mer Noire et de ses oléoducs, ainsi que de la Mer Caspienne, enjeu géostratégique majeur. Video et extraits.

   

Entretien avec Jean-Michel Vernochet, mis en ligne le 20 février - extraits

  

A partir de 1997, les américains vont soutenir, vont équiper, vont organiser l’UCK. C’est un secret de polichinelle. (...) En Bosnie, les américains ont permis le transfert de certains jihadistes en provenance d’Afghanistan, qui sont venus prêter main forte aux islamistes bosniaques. Autant l’Islam était modéré en Bosnie et au Kosovo, autant l’Islam s’est radicalisé depuis le milieu des années 1990. il n’y avait pas seulement les américains, mais aussi les alliés des américains qui envoyaient des combattants, les turcs, les saoudiens. Ils envoyaient à la fois des combattants et des fonds. Il y avait aussi des iraniens qui ont prêté main forte.

Les américains ont soutenu l’UCK car ils voulaient s’implanter durablement dans la région, comme ils l’ont fait en Afghanistan.

(GIF)

Pipeline
AMBO
Il y a un corridor énergétique, essentiellement des oléoducs, qui doivent partir de la Bulgarie, sur la mer Noire, pour aboutir en Méditerranée en Albanie. Donc il faut sécuriser cette région.

Il faut à la fois surveiller ce couloir énergétique essentiel. Ce couloir, d’où vient-il ? Du bassin de la mer Caspienne. Avec cette base arrière avancée, les américains pourront contrôler l’espace aérien du bassin de la Caspienne.

Le Kosovo « Etat Mafieux, » ce n’est pas une formule journalistique, c’est une réalité. L’Albanie, le Kosovo, posent de lourds problèmes de sécurité à l’échelle européenne.

L’Afghanistan produisait 180 tonnes d’opium en 2001, 8200 tonnes aujourd’hui. La plus grosse filière passe à travers l’Iran, la Turquie, l’Albanie et le Kosovo.

Ce sujet n’est pas abordé par la grande presse, mais il est réel, documenté.

La sagesse était de reconnaître l’intangibilité des frontières. Nous avons subverti cette règle, nous avons introduit le chaos dans les relations internationales.

Dans le cas du Kosovo c’est bien, dans le cas de la Corse cela serait mal. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un raisonnement qui puisse tenir très longtemps.

On découvre avec l’indépendance du Kosovo l’existence de la base américaine Bondsteel. C’est une véritable ville de 25 mille hommes [1] .

A l’intérieur du camp, il y a un autre camp qui a été qualifié - peut être de manière un peu polémique - de Guantanamo kosovar.

   

Enjeux stratégiques I

  

 

 

Enjeux stratégiques II

 


19 02 - Kossovo : enjeux stratégiques 2
envoyé par Molesmes

 

Le camp Bondsteel

 

 

   

Jean-Michel Vernochet, proche du courant souverainiste, a publié récemment un « Manifeste pour une Europe des peuples », ouvrage collectif co-signé par Maurice Allais - Philippe Arondel - Robert Charvin - Christophe Beaudouin - Nicolas Dupont-Aignan Pierre-Marie Gallois - Olivier Gohin - Pierre Hillard - Édouard Husson - Pascal Laigneau - Pierre Leconte - Anne-Marie Le Pourhiet - François Morvan - Jacques Myard - Henri Paris - François Vienne.
   

[1] Selon Wikipedia et Global Security.org, ce nombre serait de 7000.

  

    

    Source : Contre Info
    Date : 28 février 2008

   

 

 
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Dimanche 2 mars 2008

 [ Les Echos - 11 septembre 2007 ]

   

Six ans après, une étude de deux professeurs de l’université de Zurich, Marc Chesney et Loriano Mancini, s’intéresse aux volumes atypiques enregistrés sur les options avant les attentats du World Trade Center. Les auteurs, l’un spécialiste desproduits dérivés, l’autre économètre, ont travaillé sur les options de vente, utilisées pour spéculer à la baisse, de 20 grands groupes américains.

    Lire l'extrait de la page du journal "Les Echos". (pdf) 


Marc Chesney, l'un des auteurs de cette étude, a été interrogé par Jean-Jacques Bourdin au cours de l'émission Bourdin & Co le 11 septembre 2007 sur RMC. 
L'émission est téléchargeable sur le site de RMC. (vers la 23ème minute)

L'extrait correspondant à cet entretien peut être écouté ou téléchargé  
ici (mp3, durée env. 5 mn )

   

   

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Dimanche 2 mars 2008


[ Le Monde des Livres - 29 février 2008 ]

   

Chercheur à l'université de Yale (Etats-Unis), l'économiste, historien et sociologue américain Immanuel Wallerstein est, à 77 ans, l'une des figures tutélaires du mouvement altermondialiste. Auteur d'une histoire critique du "système-monde moderne", inspirée notamment par les travaux de Fernand Braudel, il publie un court pamphlet contre L'Universalisme européen (Demopolis, 140 p., 15 €). Il nous a reçus dans son bureau parisien de l'Ecole des hautes études en sciences sociales.

   

L'universalisme européen, écrivez-vous, est "la dernière et perverse justification de l'ordre moral existant". Pourquoi ?

Les Européens, ou les Occidentaux si vous préférez, sont convaincus qu'ils sont les seuls détenteurs de valeurs universelles. Pour moi, il s'agit d'une rhétorique du pouvoir qui sert à légitimer toutes sortes de politiques de type impérialiste. C'est le même dispositif rhétorique qui a été utilisé au XVIe siècle pour justifier l'évangélisation chrétienne, au XIXe siècle pour justifier la "mission civilisatrice" des puissances coloniales et au XXe siècle pour justifier le droit d'ingérence. Certes, la terminologie a évolué - la référence au christianisme a été remplacée par la référence aux droits de l'homme -, mais l'idée est la même. Rien n'a changé depuis le débat qui opposa Las Casas à Sepulveda au XVIe siècle. Hier comme aujourd'hui, l'enjeu est de savoir si nous pouvons nous immiscer dans les affaires des "barbares", voire introduire chez eux des valeurs que nous croyons universelles.

Le risque n'est-il pas de tomber dans un relativisme absolu ?

Je ne prêche ni le relativisme ni l'indifférence. Considérons le débat sur le droit d'ingérence. Las Casas nous invite à être prudents quand nous prétendons apporter aux autres des solutions. "Avant tout, ne pas nuire", dit-il. Il faut toujours se demander si notre intervention ne risque pas d'aggraver la situation plutôt que de l'améliorer. Pensez à l'Irak. Cette lucidité critique doit porter aussi sur les valeurs qui fondent nos actes. Prenons les droits de l'homme. Si vous relisez les textes écrits pendant la Révolution, vous verrez que les droits de la femme ne sont pas pris en compte. Si vous relisez la Déclaration universelle de 1948, vous constaterez que le problème du colonialisme n'est pas mentionné. Pourquoi rappeler cela ? Parce qu'avant de demander aux autres d'adopter tel ou tel modèle philosophique, politique ou économique, on doit s'interroger sur la valeur véritable du modèle, et donc sur ses limites.

Est-ce la condition pour atteindre ce que vous appelez un "universalisme authentiquement universel" ?

C'est une condition, mais pas la seule. Ce qu'il faut changer, c'est notre disposition d'esprit. Vis-à-vis de nous-mêmes comme vis-à-vis des autres. Senghor voulait que les hommes se retrouvent dans une sorte de "rendez-vous du donner et du recevoir". J'aime cette formule. C'est sur cet idéal démocratique et égalitaire que l'on peut ébaucher un "universalisme universel". Je pense, par exemple, qu'il faut reconnaître les droits des minorités et accepter tous les particularismes, linguistiques, sexuels, culturels, etc. C'est une idée qui dérange, notamment en France, mais je crois qu'on ne peut pas faire autrement. Sinon, que se passe-t-il ? Les individus et les groupes se sentent humiliés et ils entrent en conflit les uns contre les autres. Voyez ce qui s'est passé après le 11-Septembre : Ben Laden a accusé les Américains d'humilier les musulmans, puis les néoconservateurs ont accusé l'Irak d'humilier les Etats-Unis. Finissons-en avec la rhétorique de l'humiliation. La politique, c'est l'art du compromis et du dialogue. Si on élimine d'avance l'idée que l'autre a quelque chose de légitime à proposer, alors c'est l'échec assuré.

   

    Source : Le Monde des Livres
    Auteurs : Immanuel Wallerstein, propos recueillis par Thomas Wieder
    Edition du 29 février 2008
    
    © Le Monde.fr

Immanuel Wallerstein enseigne la Sociologie à la Yale University et est le Directeur du Centre Fernand Braudel, University of Binghamton (Eta de New-York). Il est également chercheur permanent à la Maison des Sciences de l'Homme.
Voir sa
fiche sur Wikipedia.

   

   

Compléments :

-    Voir la remarquable conférence donnée par Immanuel Wallerstein dans le cadre du cycle de conférences
    
Les États-Unis, 175 ans après Tocqueville à l'Université de Montréal, le 26 septembre 2006.

     Les États-Unis face à leur déclin (vidéo, durée env.  1h)

    
-   Parmi ses très nombreux ouvrages, mentionnons "
Sortir du monde états-unien" (trad. Inès Farny) - Editions Liana Levi, 2004.

   

  

 

   

 
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Samedi 1 mars 2008

Après la gigantesque affaire d'évasion fiscale qui a éclaté en Allemagne et qui implique le Liechtenstein et une dizaine d'autres pays, Denis Robert, journaliste d'investigation spécialiste des questions financières, explique pourquoi toute l'économie est devenue "grise".

  

Denis Robert est interrogé par Isabelle Chaillou.
(France Culture -
Journal de 18h du 28 février 2008 - Transcription Opus Incertum ).

   

Denis Robert : Ce qui m’étonne, c’est l’attitude du gouvernement allemand et le fait qu'Angela Merkel ait publiquement assumé le fait qu’ils aient corrompu un informateur et qu’ils aient payé une information. Mais vous savez, les services fiscaux, en Allemagne comme en France ou ailleurs, ont généralement recours à ce type de procédé, mais ils ne le rendent pas public, mais là, c’est vrai que c’est une première. C’est le signe que les flux financiers qui déferlent dans ces paradis fiscaux sont devenus tellement énormes, et vampirisent tellement l’argent des Etats, que cela devient insupportable.

Isabelle Chaillou : Avoir un compte dans un de ces paradis fiscaux n'est pas illégal, mais y a-t-il un intérêt à avoir ce type de compte si on n’a pas d’intention frauduleuse ?

Denis Robert : Non, le seul intérêt c’est de dissimuler aux yeux du fisc et de la justice. Il n’y aucun autre intérêt que celui là. On va mettre son argent là-bas uniquement pour le cacher.

Isabelle Chaillou : Ces phénomènes d’évasion fiscale se sont-ils accélérés ces dernières années ?

Denis Robert : La révolution informatique a été un évènement considérable. Aujourd’hui, on prend plus sa voiture pour emmener de l'argent liquide dans une valise. Ça se fait par virement. Dans toute l’histoire de la fraude fiscale, cela s'est fait avec la complicité de banques et de filiales de banques - y compris françaises d’ailleurs. Elles virent en permanence ces fonds dans des paradis fiscaux en utilisant soit des chambres de compensation internationales, soit des systèmes de routines financières qui sont connues. C’est donc le système bancaire dans son ensemble qui est à mettre en cause. Il faut jamais perdre de vue que les banques d’affaires, comme toutes les banques, sont les sociétés les moins contrôlées du monde. En même temps, ce sont les sociétés qui font le plus de bénéfices. Dans le classement de Forbes, qui chaque année fait un hit-parade des sociétés les plus riches, les groupes pétroliers ou les sociétés d’armement etc. sont mis en avant parce qu’on confond le chiffre d’affaire et les bénéfices. Sur les 20 groupes qui ont fait le plus de bénéfices en 2007, on trouve 18 banques, et dans les 10 premières banques, je crois qu’il y a 7 banques américaines. La première banque française, BNP-Parisbas doit être treizième ou quatorzième.

Les mécanismes de contrôle, si on prend le cas de la France, sont complètement inopérants. Il y a à la Banque de France, une Commission bancaire, qui est chargée, en principe de contrôler la comptabilité des banques. Mais ce sont des comptabilités qui sont très, très compliquées, et il faut être très fort pour les contrôler. Il y a une hypocrisie formidable. Aujourd’hui, la notion de paradis fiscal ou plutôt de paradis bancaire, ou plutôt de paradis judiciaire est devenue une notion complètement élastique. On voit bien que des pays comme l’Irlande, le Danemark, l’Autriche, ont tous des législations qui sont très accueillantes pour ces capitaux-là. C’est pour cela que l’économie est devenue complètement grise.

   

   

Quelques articles parus récemment dans la presse :

    Les Echos :
Fraude fiscale au Liechtenstein : le fisc français travaille sur une liste de 200 noms
   
    Les Echos :
Fraude au Liechtenstein : des cadres de grands groupes français dans le collimateur du fisc
    
    Alternatives Economiques :
Fraude fiscale : et en France ?
    
   

 
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Vendredi 29 février 2008

Commentaire :
Très étonnante cette Obamania de la presse américaine ! 
Se prolongera-t-elle au delà de l'investiture démocrate de Barack Obama - si elle a lieu - ou bien verra-t-on alors cette presse opérer un virage à 180° en faveur ... du Républicain McCain ?

   

 [ Libération - 29 février 2008 ]

   

    Quand Hillary rit, le New York Times écrit qu’elle «caquette», comme une poule. Le quotidien a même inventé un substantif : «le caquètement Clinton». Quand la candidate démocrate parle un peu fort, la presse a tendance à écrire qu’elle «hurle». Et quand elle expose son programme avec assurance, elle est décrite comme «froide». La subjectivité des médias américains est subtile, mais avérée. En novembre, après qu’une étudiante a avoué qu’on lui avait demandé de poser une question préparée à Hillary Clinton pendant une réunion publique, la presse s’est acharnée sur la candidate. L’unique incident, qui est sans doute le fait d’un militant zélé, a été présenté par la plupart des journaux comme la preuve de son «caractère calculateur» - alors qu’elle n’a eu cesse de répondre à des centaines de questions spontanées du public.

    Bon œil. Le parti pris des médias, favorable celui-là, à l’endroit de Barack Obama est encore plus évident. Une étude réalisée par le département de journalisme de l’Université de Harvard auprès de 48 médias différents (télévision, radio, journaux), a montré qu’au cours des cinq premiers mois de 2007, Obama avait été le sujet de trois fois plus d’articles et reportages favorables que les trois autres candidats les plus mentionnés. Seulement 16 % des reportages qui lui ont été consacrés étaient «négatifs», alors que tous les autres candidats, républicains et démocrates, encore nombreux en ce début de campagne, accumulaient au moins 50 % d’articles défavorables. Le bon œil de la presse ne s’est pas démenti depuis. «Star démocrate», «charisme», «vision» : les journalistes commencent à être sérieusement à cours d’épithètes originaux pour encenser «Barack». Au point que certains ont commencé à lui donner un gentil sobriquet : «le Messie». Comme l’avouait récemment à l’antenne un journaliste de la chaîne NBC fasciné par le candidat, «c’est difficile d’être objectif quand on couvre ce type».

    Dans la parodie d’un débat Clinton-Obama diffusée cette semaine dans le show Saturday night live, des acteurs, jouant le rôle de journalistes flagorneurs, posent en tremblant des questions flatteuses à l’acteur incarnant Obama, tout en boudant une fausse Hillary Clinton désemparée. «Il est temps que les journalistes ne se contentent plus de donner objectivement les nouvelles, mais prennent position», enjoint le personnage jouant Obama… La vraie Hillary, dans le débat qui l’a opposée mardi au sénateur de l’Illinois, a renouvelé ses accusations de parti pris des médias à son égard. «Vous avez vu Saturday night live ? […] peut-être qu’on devrait demander à Barack s’il a besoin d’un coussin supplémentaire !» a-t-elle suggéré en lever de rideau. Sa boutade a été mal accueillie par le public. Bill Clinton, qui a accusé en janvier les journalistes de ne pas faire leur travail d’enquête sur le passé d’Obama, n’avait pas suscité davantage d’échos.

    «Il n’y a pas beaucoup de journalistes qui décident délibérément de favoriser Obama, car l’éthique journalistique est suffisamment forte. Le vrai parti pris des journalistes réside dans le fait qu’ils veulent raconter une belle histoire, et l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis serait une superbe histoire», décrypte Evan Cornog, l’éditeur de la Revue de journalisme de l’Université Columbia de New York. «L’histoire la plus poignante à raconter est celle de John McCain [le candidat républicain, ndlr], qui a été prisonnier de guerre au Vietnam… Si Hillary devient la première femme présidente, c’est aussi un récit passionnant. Mais dans un pays qui a derrière lui une histoire raciste, l’élection d’Obama serait un tournant… Au fond, ajoute-t-il, les journalistes ont sans doute le même parti pris que les électeurs : ils veulent un changement. Hillary Clinton est l’épouse de Bill, et son élection serait ni plus ni moins un pas en arrière.» Pour Cornog, ce défaut d’objectivité est toutefois moins pro-Obama, qu’anti-Hillary. «Tout le monde sait que les médias la cherchent

    «Gâteaux». Le récit d’une rencontre entre un groupe de journalistes et Clinton, tel qu’il est relaté par un reporter du New York Post, est à cet égard éclairant. La scène se déroule début janvier, avant le caucus de l’Iowa. Hillary, qui boude généralement la presse américaine (et qui fuit la presse internationale, sans doute parce qu’elle lui est inutile), débarque inopinément dans le bus de journalistes «armée de gâteaux et de café», ostensiblement pour bavarder. L’entrevue est tendue au possible. Aussi tendue, dit un reporter, «qu’une rencontre avec une ex-petite amie». «Elle nous déteste à mort»,réagit un journaliste soulagé de la voir partir. Derrière son dos, un autre suggère de vérifier s’il n’y a pas de lames de rasoir dans les pâtisseries.

    

    Source Libération, avec Reuters : La presse américaine accusée de céder à l’Obamania
    Auteur : Philippe Grangereau, correspondant à Washington
    Date : 29 février 2008
   
    © Libération

   

  

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Jeudi 28 février 2008

   
 [ Questions Critiques - 21 janvier 2008 ]

   

C'était une affaire discrète, très confidentielle, mais après presque trois années de délais bloquants et interminables, c'est finalement arrivé. Maintenant, plus que jamais, cela pourrait aussi annoncer un tremblement de terre géo-économique, un coup potentiellement rude pour l'hégémonie du dollar américain.

   

    La bourse iranienne du pétrole — la première bourse du pétrole, du gaz et des produits pétrochimiques de la République Islamique, et la première au sein de l'OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) — a été inaugurée dimanche dernier par le Ministre du Pétrole iranien Gholam-Hossein Nozari, flanqué du Ministre de l'Economie et des Finances Davoud Danesh Ja'fari, l'homme qui dirigera cette bourse.

    Officiellement, Bourse Internationale Iranienne du Pétrole (IIPE — Iranian International Petroleum Exchange), beaucoup, en Iran et dans le Golfe Persique, la connaissent sous le nom de Bourse de Kish, d'après l'île de Kish, une zone franche (déclarée par le Shah) dans un cadre idéal de laissez-faire : de nombreux immeubles d'appartements et de galeries marchandes hors taxes, aucun méga-portrait de Khomeyni et des hordes de jeunes mariés en lune de miel qui viennent acheter des appareils électroménagers fabriqués en Europe.

    Selon Nozari, les transactions, à ce stade précoce, se feront dans la devise iranienne, le rial, mettant fin à la spéculation qui a couru dans le monde entier que cette bourse commencerait ses échanges en euro. L'ambassadeur iranien auprès de la Russie, Gholam-Reza Ansari, a déclaré que "dans le futur, nous pourrons utiliser la devise russe, le rouble, pour nos échanges". Il a ajouté que "la Russie et l'Iran, deux producteurs principaux de l'énergie mondiale, devraient encourager les transactions de pétrole et de gaz dans diverses devises autres que le dollar, libérant le monde de son esclavage vis-à-vis du dollar".

    Le premier vice-Premier ministre de la Russie, Dimitri Medvedev, a déclaré la semaine dernière que "le rouble deviendra de facto l'une des devises de réserve régionales".

    L'ouverture de cette bourse est ce que les Iraniens appellent juste la première phase. Au bout du compte, elle est destinée à faire directement concurrence à la Bourse Internationale du Pétrole de Londres (IPE — International Petroleum Exchange) et à la Bourse Marchande de New York (NYMEX — New York Mercantile Exchange), toutes deux possédées par des grosses entreprises américaines (depuis 2001, le NYMEX appartient à un consortium qui inclut BP, Goldman Sachs et Morgan Stanley). Ce que l'Iran projette de faire à long terme est assez osé : affronter directement la domination anglo-américaine par l'intermédiaire de grosses entreprises d'énergie et des grandes banques sur le commerce international du pétrole.

    Beaucoup de choses sont déjà nécessaires pour assurer le succès de cette bourse dans sa première phase. D'autres membres de l'OPEP, et en particulier les voisins de l'Iran, les pétro-monarchies du Golfe Persique, doivent la soutenir ou du moins en "comprendre le sens général".

    Il est sensé que les membres de l'OPEP soutiennent une alternative à la fois au NYMEX et à l'IPE, qui exercent un monopole de fait sur le marché du pétrole et du gaz. Les intérêts de ces dernières ne s'alignent pas toujours sur ceux des pays producteurs. De nombreux contrats liés au pétrole iranien ou saoudien, par exemple, sont toujours indexés sur le prix du brent britannique de la Mer du Nord, dont la production en déclin est dans sa phase terminale.

    Mohammed Javed Asemipour, alors directeur exécutif en charge d'établir la bourse de Kish, en 2005, a indiqué la direction envisagée de cette bourse. Les contours qu'Asemipour a soulignés restent inchangés : la bourse commencera à échanger des contrats de produits pétrochimiques et, ensuite, ce que tout le monde attend vraiment avec impatience : le brut peu soufré de la Mer Caspienne. Cette bourse ne sera pas de style iranien, mais "une bourse internationale, complètement intégrée dans l'économie mondiale". Le but ultime est très ambitieux : la création d'un prix de référence pétrolier du Golfe Persique.

    Aujourd'hui, le Ministre Nozari concède que la part de l'Iran dans le commerce mondial du pétrole est encore très faible. C'est là que la Bourse entre en jeu, en étant la solution pour éliminer les intermédiaires. Tout le monde dans le business du pétrole sait que les prix élevés du pétrole ne sont pas vraiment dus à l'OPEP — qui fournit 40% du brut mondial — ou aux "menaces d'al-Qaïda". Les principaux profiteurs sont les intermédiaires — les "traders" pour le dire poliment, les "spéculateurs" pour le dire de façon plus crue.

    Les priorités immédiates du Ministre du Pétrole sont d'attirer les investissements étrangers vers le secteur l'énergie, dont l'Iran a grand besoin, et d'étendre son carnet d'adresse d'acheteurs de pétrole. L'Iran — comme tant de pays en développement — ne veut pas dépendre des firmes occidentales qui font le commerce du pétrole, telles que Philip Brothers (possédée par Citicorp), Cargill or Taurus. Enron — jusqu'à sa débâcle — en était l'une des plus profitables. Certaines compagnies pétrolières — telles que Total et Exxon — commercent le pétrole directement sous leurs propres noms.

   

L'empire contre-attaquera

    L'ouverture de la bourse pétrolière iranienne arrive à un moment où l'avenir du dollar américain, en tant que devise mondiale dominante, est mis en doute comme rarement auparavant.

    Lors du Forum Economique Mondial à Davos, le mois dernier, le méga-spéculateur George Soros a souligné que le monde était à la fin de l'ère du dollar et qu'une "faillite du système" pourrait nous tomber dessus. Le 8 février à Dubaï, le Secrétaire-Général Abdulhah al-Badri a déclaré au Middle East Economic Digest dont le siège se trouve à Londres, que l'OPEP pourrait passer à l'euro d'ici une dizaine d'année. L'Iran et le Venezuela — soutenus par l'Equateur — font campagne au sein de l'OPEP pour que le prix du pétrole soit au moins déterminé dans un panier de devises et, selon le président actuel de l'OPEP, Chakib Khelil, les ministres des finances de l'organisation se rencontreront bientôt pour discuter en profondeur de cette possibilité. Selon le Ministre du Pétrole irakien, Hussein al-Shahristani, une commission "soumettra à l'OPEP sa recommandation sur un panier de devises dans lesquelles les membres de l'OPEP échangent".

    Certes, il n'y a aucune indication pour l'instant que l'allié ultra-prudent des Etats-Unis, l'Arabie Saoudite, accepterait d'encourir la colère de Washington en soutenant une telle manœuvre. Mais en ce qui concerne l'Iran, le deuxième plus gros exportateur de l'OPEP, il n'échange plus le moindre baril de pétrole en dollar. Donc, ce n'est pas une petite quantité qu'ils échangent dans d'autres devises. Selon Nozari, le revenu pétrolier de ce pays atteindra 43 milliards d'euros entre le 20 mars prochain et la fin de l'année.

    En décembre 2007, l'Iran a converti tous les paiements de ses exportations de pétrole dans d'autres devises. Il vend désormais du pétrole au Japon en yen — ce pays d'Extrême-Orient, la deuxième économie du monde, est le premier importateur de pétrole iranien et l'Iran est le troisième plus gros fournisseur du Japon. Ce qui est inquiétant pour le dollar, c'est que d'autres producteurs de pétrole se préparent à suivre l'exemple de l'Iran. Le Premier ministre du Qatar, Cheikh Hamad bin Jassim al-Thani a déjà annoncé que le minuscule émirat riche en pétrole abandonnerait le dollar pour le riyal qatari avant l'été. Il y a aussi une forte possibilité que les Emirats Arabes Unis passent à leur propre devise.

    Alors que la bourse de Kish prend de la vitesse, des quantités croissantes d'échanges de pétrole et de gaz auront lieu dans un panier de devises — et, de plus en plus, le dollar américain perdra son statut suprême. Quelques analystes du Proche-Orient s'attendent à ce que les pétro-monarchies du Golfe mettent fin à l'indexation de leur devise sur le dollar plus tôt que l'on pense — certains disent dès cet été, alors que leur or noir s'échangera de moins en moins en dollar. L'économiste iranien Hamid Varzi souligne que "l'effet psychologique" de l'éloignement de l'Iran par rapport au dollar "encourage les autres à faire pareil".

    Les officiels iraniens ont toujours maintenu que Washington a menacé d'interrompre les échanges pétroliers de ce pays — au moyen d'un virus en-ligne, d'une tentative de changement de régime ou même d'une frappe nucléaire préventive unilatérale. Il est certain que des analystes défendent l'idée selon laquelle la force du dollar, de la même manière que la livre britannique auparavant, est le reflet de la force militaire de ces pays et c'est elle qui la maintienne.

    D'un autre côté, le possible succès de cette bourse pourrait être crucial pour annoncer la puissance évanescente des Etats-Unis, dans un monde qui évolue vers la multipolarité. Les Saoudiens et les pétro-monarchies du Golfe Persique ont déjà décidé de réduire leurs détentions de dollars. Washington, tôt ou tard, devra peut-être payer en euro ses importations de pétrole et de gaz.

    Il ne faut pas s'étonner que le Président vénézuélien Hugo Chavez soit diabolisé à ce point par Washington, alors qu'il répète que l'empire du dollar est en train de tomber. Le Ministre des Affaires Etrangères saoudien, le Prince Saoud al-Faiçal, a concédé, lors du dernier sommet de l'OPEP à Riyad, que le dollar s'effondrerait si l'OPEP décidait de passer à l'euro ou à un panier de devises. Lors de l'interruption d'une réunion — avec le microphone ouvert par erreur — le Prince Saoud a dit : "Mon sentiment est que la moindre mention que les pays de l'OPEP étudient la question du dollar aura à elle seule un impact mettant en danger les intérêts de ces pays. Il se trouvera des journalistes qui sauteront sur ce point et nous ne voulons pas que le dollar s'effondre au lieu de faire quelque chose de bon pour l'OPEP".

    La question à mille milliards de dollars est si, et quand, la plupart des importateurs européens et asiatiques de pétrole pourraient se précipiter vers la bourse pétrolière iranienne. Les membres de l'OPEP, de même que les producteurs de pétrole de la Caspienne pourraient être inévitablement séduits par les avantages de vendre [leur production] à Kish — dépourvue des intermédiaires tant redoutés. Les Européens, les Chinois et les Japonais y verront aussi des bénéfices s'ils peuvent acheter le pétrole en euro, en yen ou même en yuan — ils n'auront pas besoin de dollars américains — et les mêmes choses s'appliquent à leurs banques centrales.

    Il suffirait de quelques exportateurs majeurs de pétrole qui passent du dollar à l'euro — ou au yen — pour détruire la tutelle du pétrodollar. Le Venezuela, la Norvège et la Russie sont tous prêts à dire au-revoir au pétrodollar. La France soutient officiellement un rôle plus fort pour l'euro sur le commerce international du pétrole.

    Il se pourrait que la route soit encore longue, mais, à la fin, l'émergence, à Kish, d'un nouveau marqueur pétrolier en euros conduira au pétroeuro sur le marché mondial du pétrole. L'Union Européenne importe beaucoup plus de l'OPEP que les Etats-Unis et 45% des importations du Proche-Orient proviennent de l'UE.

    Le symbolisme de la bourse pétrolière iranienne est saisissant : il montre que l'éloignement du dollar est irréversible — et que, plutôt tôt que plus tard, la capacité de Washington à lancer des guerres à crédit sera en diminution. Mais à ce stade précoce dans ce jeu, une seule chose est certaine : l'empire contre-attaquera.

   

    Source : Questions Critiques, d'après Asia Times Online. 
    Article original :
"Slouching towards Petroeurostan" 
    Auteur : Pepe Escobar
    Traduction : JFG-QuestionsCritiques
    Copyright 2008 Asia Times Online Ltd

   

 

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Jeudi 28 février 2008

  
[ Le Temps - 28 février 2008 ]

   

ETATS-UNIS. Six ans et demi après la tragédie, de nombreuses théories circulent encore sur la nature des attentats. Un colloque sur ce thème est organisé ce soir au Forum Meyrin, à Genève. Décryptage d'un phénomène.

   

    Le Pentagone éventré par un missile, les avions vides et télécommandés, les attaques commanditées par Washington ou le Mossad... Six ans et demi après les faits, les attentats du 11 septembre 2001 continuent de susciter de nombreuses interrogations et d'alimenter des rumeurs extravagantes. Livres, documentaires et blogs décortiquent les événements, soulèvent des hypothèses remettant en cause la version officielle.

    La projection du film 9/11 Press for Truth a entraîné la création fin janvier en Suisse romande de l'association «Le 11 septembre en question». Le groupe organise ce jeudi soir au Forum Meyrin une conférence intitulée: «Pic pétrolier-11 septembre 2001-Guerre contre le terrorisme: quels sont les liens?» L'occasion de se pencher sur la galaxie des contradicteurs de l'enquête américaine. «Nous sommes des citoyens ordinaires, note Richard Golay, président de l'association. Il y a des scientifiques, des membres d'ONG... En tant qu'ingénieur en matériaux, je me suis beaucoup intéressé aux invraisemblances techniques figurant dans le rapport américain sur les attentats, mais c'est aussi une démarche que nous effectuons en mémoire des victimes, à New York, en Afghanistan et en Irak. Elles ont le droit de savoir.» «Si vraiment ces attaques ont été organisées depuis l'extérieur des Etats-Unis, alors la création d'un tribunal international pour enquêter et juger les responsables devient tout à fait légitime», renchérit Thierry Meyssan, icône de la remise en cause post-11 septembre et auteur de L'effroyable imposture (Editions Carnot). Le fondateur du Réseau Voltaire est qualifié de «théoricien du complot». Il se dit injustement caricaturé.

    «Après un événement de cette ampleur, des tas de choses se racontent, rassurantes ou abominables, analyse Véronique Campion-Vincent, sociologue et auteure de La société parano: Théories du complot, menaces et incertitudes (Ed. Payot). Il y a d'abord les petites histoires, les coïncidences miraculeuses, comme cette personne qui se serait jetée des tours et qui aurait survécu. Puis viennent les théories. L'une affirme que les attentats ont été planifiés par les Israéliens car aucun Juif ne se trouvait au World Trade Center ce jour-là. Une autre argue au contraire que ce sont les chauffeurs de taxi - presque tous arabes - qui avaient déserté Manhattan le 11 septembre 2001.»

   

Contestation géopolitique

    Au final, les interprétations oscillent entre des attentats orchestrés par des ennemis extérieurs, mais dont les Etats-Unis auraient eu connaissance, ou une conspiration interne à la première puissance mondiale. «Tout cela témoigne d'une volonté de contestation radicale des rapports de forces internationaux, donc de la politique américaine, largement inspirée par les événements du 11 septembre 2001, relève Antoine Vitkine, coauteur du documentaire Le 11 septembre n'a pas eu lieu. Certains considèrent par ailleurs que les Américains ne peuvent être que bourreaux et en aucun cas victimes. L'éventail va d'une frange mutante de l'extrême gauche à l'extrême droite, prompte à penser que le monde est régi par une série de complots, francs-maçons ou sionistes.» «Si l'on parvient à dégager toute responsabilité d'Al-Qaida dans le 11 septembre, les bombardements sur l'Afghanistan perdent toute pertinence, de même que le changement de politique des Etats occidentaux», poursuit le politologue Emmanuel Taïeb.

    Les ratés de l'administration Bush dans la communication post-11 septembre, les lacunes du rapport de la commission d'enquête sur le sujet et surtout les mensonges de Washington concernant la guerre en Irak sont, selon les sceptiques, autant d'éléments rendant plus légitime une méfiance envers la version officielle. «Le fait que tous ces mystères aboutissent à une guerre est un scénario rêvé pour les adeptes des machinations», reconnaît Eric Laurent, lui-même auteur de La face cachée du 11 septembre (Ed. Plon).

   

Enquête ludique

    Si les motifs - ou les motivations - à douter sont nombreux, il peut sembler étonnant qu'ils subsistent avec autant de vigueur des années après les faits; les parlements japonais et européens ont tout récemment été soumis à la question (lire ci-contre). Le 11 septembre, cependant - et l'interprétation qui en est faite - n'en finit pas d'avoir des répercussions sur le monde.

    Roland Jacquard, président de l'Observatoire international du terrorisme, voit aussi une dimension ludique à la réinterprétation des événements: «Des architectes, des scientifiques se penchent sur le sujet. Il ne s'agit pas tant de remettre en cause la version américaine que de s'amuser à décortiquer les faits. C'est une construction intellectuelle, un grand jeu planétaire auquel beaucoup veulent participer. Internet aidant, le puzzle est réalimenté en permanence; chaque nouvelle information en déclenche une autre.»

   




«Nous demandons une nouvelle expertise»
Caroline Stevan

Giulietto Chiesa, député italien au Parlement européen, a organisé mardi à Bruxelles un débat sur le 11 septembre.

Le Temps: Pourquoi cette initiative? 

Giulietto Chiesa: La politique européenne est complètement modelée par les intérêts américains. Les Etats-Unis nous ont entraînés dans une guerre qui n'a pas de motivation véritable. La version officielle est fausse et cela se démontre.

- Comment?

- Il y a des tas d'exemples. Pensez-vous vraiment que la défense aérienne du pays le mieux armé du monde soit incapable d'arrêter quatre avions détournés par un groupe de dilettantes? L'administration Bush a affirmé n'avoir jamais imaginé que des terroristes se serviraient d'avions civils, or une simulation de ce type a été réalisée par l'armée américaine en 1999. Nous n'avons aucune preuve de l'existence de ces 19pirates. Pourquoi les images de leur embarquement sont-elles invisibles?

- Les Etats-Unis seraient donc les organisateurs de ces attentats?

- Je ne sais pas. Je pense simplement que ces 19 terroristes n'ont pu agir seuls, il y a forcément eu des alliances et des complicités. La commission d'enquête américaine n'a pas répondu à ces questions, voilà pourquoi nous demandons aujourd'hui une nouvelle expertise, américaine ou internationale, mais indépendante.

- Comment a-t-on réagi à Bruxelles ?

 - La salle était pleine, j'ai refusé du monde, mais il n'y avait que six députés. Ce sujet embarrasse.

- Que répondez-vous à ceux qui vous taxent d'antiaméricanisme?

- C'est une manière de couper court à la discussion. Je ne cesse de critiquer Berlusconi. Suis-je anti-Italien ?

   

    Source : Le Temps (Genève)
    Auteur: Caroline Stevan
    Date de parution : Jeudi 28 février 2008

    
    © Le Temps.

   

 

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Jeudi 28 février 2008

  
Dès 2006, le Laboratoire Européen d'Anticipation Politique prévoit qu'une "crise systémique globale" va se développer à partir des Etats-Unis. Il édite chaque mois un bulletin (sur abonnement) qui fait le point des derniers développements de la crise et prend le risque de faire des anticipations pour les mois à venir. 
Il publie également un communiqué public qui en reprend les principaux points. 
Force est de constater que les anticipations des mois précédents se vérifient dans leur plus grande partie.

    
  
  [ Extraits : LEAP - Europe 2020 - 15 février 2008 ]

    

     Communiqué public GEAB N°22 (15 février 2008)

 

    Selon LEAP/E2020, la fin du 3° trimestre 2008 marquera un nouveau point d’inflexion dans le développement de la crise systémique globale. A cette date en effet, l’impact cumulé de l’ensemble des différentes séquences de la crise (voir tableau ci-dessous) attendra sa puissance maximale et affectera donc de manière décisive le coeur même des systèmes concernés, au premier rang desquels se trouvent les Etats-Unis, épicentre de la crise actuelle. Aux Etats-Unis, ce nouveau point d’inflexion se traduira par un effondrement de l’économie réelle, ultime étape socio-économique de l’explosion en série des bulles immobilières et financières et de la poursuite de la chute de la valeur du Dollar. L’effondrement de l’économie réelle US représente tout simplement l’arrêt quasiment complet de la machine économique américaine : faillites privées et publiques en très grand nombre, fermetures massives d’entreprises et de services publics, ...

    Signe avant-coureur, il est intéressant de noter qu’à partir de Mars 2008, le gouvernement américain interrompra la publication de ses indices économiques pour des raisons de contraintes budgétaires. Les lecteurs du GEAB N°2 et de l’alerte connexe, gardent certainement en mémoire notre anticipation qui avait notamment corrélé la chute à venir du Dollar avec la fin de la publication de M3 par la Réserve fédérale US. Voici à notre avis un nouveau signal clair que les dirigeants américains s’attendent dorénavant à de bien sombres perspectives économiques pour leur pays.

   

Perspective temporelle des 7 séquences de la phase d’impact de la crise systémique globale, anticipée depuis la mi-2007 - Source LEAP/E2020, GEAB N°18 (10/2007)

    Dans ce GEAB N°22, les experts de LEAP/E2020 tentent notamment d’anticiper les conséquences concrètes de cet effondrement de l’économie réelle américaine sur les Etats-Unis eux-mêmes, et sur les autres régions de la planète. Parallèlement, notre équipe développe une série de cinq recommandations stratégiques et opérationnelles pour se prémunir face à l’aggravation de la crise systémique globale des mois à venir.

    A l’occasion du deuxième anniversaire de la publication de sa fameuse « Alerte crise systémique globale » qui avait fait le tour de la planète en Février 2006, LEAP/E2020 souhaite néanmoins rappeler que nous entrons désormais de plain-pied dans une période sans aucun précédent historique. Comme l’a souligné à maintes reprises depuis deux ans notre équipe de chercheurs, les comparaisons avec les crises précédentes de l’économie moderne sont fallacieuses. Il ne s’agit en effet ni d’un « remake » de la crise de 1929 ni d’une répétition des crises pétrolières des années 1970 ou boursières de 1987. Il s’agit bel et bien d’une crise systémique globale, c’est-à-dire affectant l’intégralité de la planète et touchant directement aux fondements du système international qui sous-tend l’organisation planétaire depuis des décennies.

    Pour LEAP/E2020, il est également édifiant de constater que deux ans après la publication de sa fameuse « Alerte crise systémique globale » qui avait simultanément suscité l’intérêt de millions de lecteurs dans le monde entier et l’ironie condescendante de la plupart des « experts » et « responsables » du monde économique et financier, tout le monde est désormais convaincu qu’il y a bien une crise, qu’elle est bien globale et pour la plupart qu’elle est peut-être bien systémique. Cependant, notre équipe reste toujours étonnée par l’incapacité qu’ont ces mêmes experts et responsables à appréhender la nature même du phénomène que nous vivons actuellement. A les lire, cette crise systémique globale ne serait qu’une sorte de crise, « classique » mais en plus « gros ». C’est ainsi que les médias financiers reflètent d’ailleurs les interprétations dominantes de la crise en cours. Pour notre équipe c’est là une démarche non seulement intellectuellement paresseuse mais moralement coupable car elle a pour principale conséquence de ne pas permettre aux lecteurs (qu’ils soient simples citoyens, investisseurs individuels ou responsables d’institutions privées ou publiques) de se préparer aux chocs à venir.

    Ainsi, contrairement à ce que l’on peut lire ces dernières semaines dans les médias dominants, toujours prompts à tenter de camoufler la réalité pour servir les intérêts qui les dominent, LEAP/E2020 souhaite rappeler que c’est avant tout aux Etats-Unis que cette crise systémique globale prend avant tout une forme sans précédent (la « Très Grande Dépression US » comme l’a appelée notre équipe dès Janvier 2007) puisque c’est autour d’eux, et d’eux seuls, que s’est progressivement organisé le monde issu de la Seconde Guerre Mondiale. Les différents numéros du GEAB ont largement expliqué cette situation. Pour résumer, nous jugeons utile de souligner que ce n’est ni l’Europe ni l’Asie qui ont un taux d’épargne négatif, une crise immobilière généralisée jetant à la rue des millions de citoyens, une devise en chute libre, des déficits publics et commerciaux abyssaux, une économie en récession et pour couronner le tout, des guerres coûteuses à financer.

    Ce ne sont donc ni l’Asie ni l’Europe (plus exactement ‘la zone Euro’) qui subiront les conséquences les plus brutales, les plus durables et les plus négatives de la crise en cours ; mais bien les Etats-Unis et les pays/économies fortement corrélé(e)s aux Etats-Unis (ce que nos experts appellent désormais le « risque américain »). Il y a bien en effet « découplage » entre l’économie US et celles des autres grandes régions du monde. Mais « découplage » ne signifie pas « indépendance ». Il est bien évident, comme l’a anticipé LEAP/E2020 depuis de nombreux mois, que l’Asie et l’Europe seront affectées par la crise. « Découplage » signifie en revanche que les évolutions de l’économie US et celles des autres grandes régions du monde ne sont désormais plus synchronisées, que l’Asie et l’Europe évolueront dorénavant selon des trajectoires qui ne seront plus déterminées par celles de l’économie US.

La crise systémique globale marque en fait le début du « découplage » entre l’économie US et celles du reste de la planète. Les économies non « découplées » seront d’ailleurs celles qui vont être entraînées dans la spirale négative américaine.

    [...]

   

    A lire sur : Laboratoire Européen d'Anticipation Politique - Europe 2020
    Date : 15 février 2008

   

   

 

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