Ce modeste blog essaie de présenter des publications les plus susceptibles d'éclairer l'actualité, et autant que possible, de suggérer quelques tendances.

En complément, ceux qui le peuvent doivent absolument consulter régulièrement le site
Contre Info, qui fait un travail absolument remarquable de mise en évidence des " infos absentes des prompteurs de JT "  (pub gratuite ! )
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Mercredi 19 décembre 2007

   Une étude de la Banque mondiale, publiée le 17 décembre, classe l'économie chinoise au deuxième rang mondial derrière celle des Etats-Unis.

   La Chine devance le Japon, l'Allemagne, l'Inde, le Royaume-Uni et la France, selon le calcul du produit intérieur brut (PIB) en parité de pouvoir d'achat (PPA). Selon le critère monétaire traditionnel, elle figure toujours à la quatrième place, derrière l'Allemagne.

   Cette mise à jour du calcul des PIB de 146 pays fait apparaître que celui de la Chine était surévalué de quelque 40 %. Exprimé en PPA, il ne serait plus de 8 819 milliards de dollars, mais de 5 333 milliards. Ce recul, qui s'explique par l'ancienneté de bases de calculs datant de 1986, ne change rien à la richesse chinoise.

   Ce reclassement aura des conséquences sur les réformes à l'étude de la gouvernance de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. La représentativité des pays membres y sera calculée en partie d'après les mesures en PPA. Autrement dit, la Chine, comme l'Inde, sera fondée à réclamer un poids accru dans les instances de ces deux institutions.

  

   Source : Le Monde, edition du 20 décembre 2007
   Auteur : Alain Faujas

  

publié dans : Revue de presse

Mardi 18 décembre 2007

Le citoyen face aux abus de pouvoir

L’administration ou le politique qui, pour étouffer des critiques gênantes, fait passer un simple citoyen pour pédophile, sectaire ou fou? Non ce n’est pas Midnight Express, ce ne sont pas non plus les procès staliniens ou maccarthystes... mais c’est en France aujourd’hui que cela se passe. Le citoyen se trouve tout à fait démuni devant l’intimidation administrative, policière et judiciaire, et les institutions ne savent pas le défendre des abus de pouvoir, en particulier au niveau local.

C’est à ce constat désolant que nous amène le colloque « Le citoyen face aux abus de pouvoir », tenu à la Sorbonne début juin 2007, animé par le chroniqueur judiciaire Pierre Rancé, avec la participation de diverses personnalités.

Un constat qui vient tristement confirmer ces propos de M. Alvaro Gil-Robles, commissaire aux Droits de l’homme, sur le respect effectif des Droits de l’homme en France suite à sa visite du 5 au 21 septembre 2005 :

« J’ai l’impression que la France ne se donne pas toujours les moyens suffisants pour mettre en œuvre un arsenal juridique relativement complet, qui offre un haut niveau de protection en matière de Droits de l’homme. Il semble ainsi exister dans certains domaines un fossé qui peut s’avérer très large entre ce qu’annoncent les textes et la pratique. Cette remarque générale traverse le présent rapport qui aborde les principales insuffisances en matière de respect des Droits de l’homme, et les grands défis auxquels la France doit faire face aujourd’hui. »

Voici les extraits les plus saisissants de ce colloque et quelques commentaires personnels.

Nous sommes tous concernés par ces dérives insupportables. Demain, ce sera peut-être vous, vos proches ou votre voisin, qui serez le pédophile, le sectaire ou le fou, pour peu que par vos opinions ou vos activités associatives ou politiques, vous gêniez votre mairie ou bien une administration.

  

   A lire sur Agoravox : Le citoyen face aux abus de pouvoir , 18 décembre 2007
   Auteur : Josiane Fischer

   

publié dans : Revue de presse

Mardi 18 décembre 2007


En Italie comme en France les salaires sont à la traîne de l’inflation. Plus de 7 millions d’italiens vivent sous le seuil de pauvreté et même ceux qui ont un emploi ne parviennent plus à joindre les deux bouts. La hausse des taux d’intérêts menace 400 000 foyers de perdre leur logement. Pour s’en sortir, des salariés en sont réduits aux soupes populaires.

  

   Vêtu de son plus bel habit du dimanche, Fausto Cepponi, a emmené sa femme et de son fils âgé de 7 ans, dîner en ville. A une soupe populaire.

   « Je n’aurais jamais pensé me retrouver dans cette situation, » déclare Cepponi, qui travaille comme agent de sécurité. Il est en train de dîner dans une cafétéria de 800 places, proche de la gare de Rome, qui a été ouverte par une organisation charitable. « J’ai un boulot, j’avais une voiture, mais tout est devenu si cher, et ce que je gagne ne suffit plus. Je suis pris de panique dès la troisième semaine du mois. »

   Avec des salaires bloqués, les prix de l’alimentation, des pâtes, du pain qui augmentent et les montants des remboursements de crédits immobiliers qui s’envolent à la hausse, les efforts pour faire bonne figure, « fare la bella figura » en italien, ne parviennent pas à dissimuler que des milliers de salariés italiens n’arrivent plus à joindre les deux bouts. On les appelle les « nouveaux pauvres, » d’après le titre d’un ouvrage publié cette année. [...]

  

   A lire sur ContreInfo, Italie : des salariés condamnés à la soupe populaire, 17 décembre 2007
   Auteurs : Par Flavia Krause-Jackson et Flavia Rotondi,
Bloomberg, traduction ContreInfo.

   

publié dans : Revue de presse

Lundi 17 décembre 2007

Que pèse la connaissance économique face à la puissance des lobbies ?

  

« Les économistes adeptes du libre échange ont commis trois grandes erreurs. Ils confondent l’arbitrage des coûts du travail à travers les frontières avec le libre échange, alors qu’en fait rien n’est échangé. Ils ont oublié deux conditions requises pour que la théorie classique du libre échange basée sur l’avantage comparatif reste valide. Ils ignorent les derniers développements théoriques montrant que cette thèse n’a jamais été juste, même lorsque les conditions qu’elle présuppose existaient encore. » Analyse de Paul Craig Roberts.

  

Le 8 décembre dernier, des agences de presse chinoises et françaises ont rapporté que l'Iran avait cessé de facturer en dollars ses exportations de pétrole.

Les Américains n’ont plus accès à ce genre de nouvelles depuis que l'indépendance de la presse a été détruite aux Etats-Unis dans les années 1990, lorsque Rupert Murdoch a persuadé le gouvernement Clinton et ses appuis au Congrès d’autoriser la monopolisation de presse par une poignée d’entreprises géantes.

Le ministre de pétrole iranien, Gholam Hossein Nozari, a déclaré : « Le dollar est une monnaie peu fiable parce qu’elle a tendance à se dévaluer et que cela entraîne des pertes pour les pays exportateurs ». L'Iran a proposé à tous les pays de l’OPEP de cesser d’accepter le dollar américain. Comme les producteurs des émirats et les Saoudiens ont déjà décidé de réduire leurs réserves en dollars, les Etats-Unis pourraient eux-mêmes avoir à payer leurs importations d'énergie en euros ou en yen.

Au Venezuela, Chavez, qui a échappé à un coup d'état mené par les Etats-Unis et qui reste probablement une cible d’attentat, pourrait suivre l’exemple. Poutine, agacé de voir les efforts que font les Etats-Unis pour tenter d’encercler la Russie, pourrait jeter les exportations de pétrole russe à un assaut symbolique contre le dollar.

Si l’assaut est symbolique, ce n’est pas parce que le dollar est la monnaie de réserve qui doit être utilisée pour facturer les exportations de pétrole. C’est l’inverse. Les exportations de pétrole sont facturées en dollars, parce que le dollar est la monnaie de réserve.

Ce qui est important pour le dollar et pour son rôle en tant que monnaie de réserve, c’est que les acteurs internationaux continuent à considérer des valeurs libellées en dollars comme suffisamment attrayantes malgré la montée du déficit commercial et du déficit budgétaire des Etats-Unis. Si l'Iran et d’autres pays ne veulent plus de dollars, ils peuvent les échanger contre d’autres monnaies sans tenir compte de la monnaie dans laquelle le pétrole est facturé.

Or, nous voyons que les acteurs internationaux ne considèrent plus les valeurs libellées en dollars comme suffisamment attrayantes. Le dollar a subi une baisse spectaculaire sous la présidence Bush, indépendamment du fait que le pétrole soit facturé en dollars ou non. L'Iran se débarrasse de ses dollars parce que le dollar perd de sa valeur. C’est une réponse du marché face à une monnaie qui se déprécie, pas une action punitive menée par l’Iran pour couler le dollar.

La facturation du pétrole n’est qu’une petite partie du problème. La déclaration du ministre Nozari sur les perte subies par les exportateurs de pétrole s'applique en fait à tous les exportateurs et pour tous produits.

Il y a un quart de siècle c’étaient les importations de pétrole qui expliquaient le déficit commercial des Etats-Unis. Les inquiétudes exprimées pendant des années au sujet de la « dépendance énergétique » a habitué les Américains ne penser aux problèmes commerciaux qu’en terme de pétrole. La volonté d’assurer « l'indépendance énergétique » a mené à des politiques absurdes comme les subventions de l'éthanol, dont l'effet principal a été de faire monter les prix de la nourriture, ce qui est catastrophique pour les  plus pauvres.

Aujourd'hui les importations de pétrole ne représentent qu’une faible part du déficit commercial des Etats-Unis. Pendant les décennies où les Américains étaient focalisés sur « le déficit en énergie » les Etats-Unis sont devenus trois à quatre fois plus dépendant sur les produits manufacturés. Le déficit commercial des Etats-Unis sur ces produits, y compris les produits de technologie avancés, rend marginal le déficit dû à l’énergie.
Le déficit commercial des Etats-Unis avec Chine est, par exemple, plus de deux fois supérieur au déficit commercial avec les pays de l’OPEP. Le déficit des Etats-Unis avec Japon est équivalent au déficit avec l’OPEP. Sur un déficit commercial total de plus 800 milliards de dollar, le déficit des Etats-Unis avec l’OPEP n’en représente qu’un huitième.

Si l'abandon du dollar par les pays exportateurs de pétrole n'est pas la cause des malheurs du dollar, quelle est-elle ?

Deux raisons expliquent la fin du dollar. La première est le fait que des entreprises américaines délocalisent leur production destinée aux marché intérieur des Etats-Unis. Quand des entreprises américaines délocalisent leur production de biens et les services destinés au marché intérieur américain, elles convertissent le Produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis en importations. La production des Etats-Unis chute, l’emploi, ainsi que les bassins de compétences sont détruits, et le déficit commercial augmente. A l’étranger, le PIB, l'emploi, et les exportations s'accroissent.

Les entreprises américaines qui délocalisent leur production destinée au marché intérieur des Etats-Unis sont responsables d’une plus grande part du déficit commercial des Etats-Unis que ne l’est le déficit avec l’OPEP. Au moins la moitié du déficit commercial des Etats-Unis avec Chine provient de cette production délocalisée pour le marché intérieur. En 2006, le déficit commercial des Etats-Unis avec Chine était de 233 milliard de dollars, dont la moitié, 116,5 milliard de dollars, représente 10 milliard de dollars de plus que le déficit des Etats-Unis avec l’OPEP.

La deuxième raison de la fin du dollar est l'ignorance et la passivité que montrent les « économistes néo-libéraux du libre marché et du libre échange  » face aux délocalisations et au déficit commercial.

Il y a des choses importantes qui sont à porter au crédit du libre marché et du libre-échange. Cependant, pour beaucoup d'économistes, le libre-échange  est devenu une idéologie, et ils ont cessés d’exercer tout esprit critique.

Ces économistes sont devenus indifférents au fait que ce sont des lobbies favorables aux délocalisations qui subventionnent leurs recherches et leurs instituts, dont les intérêts sont étroitement associés liés aux entreprises qui opèrent dans le domaine des délocalisations.

Les économistes de libre-échange ont fait trois erreurs capitales : 

-  (1) ils confondent l’arbitrage des coûts du travail à travers les frontières avec le libre-échange alors qu’en fait, il n’y a pas d’échange. 

-  (2) ils oublient que pour rester valide, la théorie classique du libre-échange, qui est basée sur le principe de l’avantage comparatif, doit s’appuyer sur deux conditions nécessaires.

-  (3) ils ignorent les dernier travaux de théoriques qui montrent que la théorie du libre-échange n'a jamais été exacte, même lorsque les conditions qu’elle présuppose sont vérifiées.

Quand une entreprise des Etats-Unis délocalise sa production à l'étranger, elle arbitre le coûts du travail (ainsi que les impôts, la réglementation, etc.) à travers les frontières, en recherchant un avantage absolu, et non pas en recherchant un avantage comparatif dans le pays. Quand l'entreprise américaine met sur le marché américain des produits et services provenant d’activités délocalisées, ces produits et services sont à considérer comme des importations.

David Ricardo considérait que l'avantage comparatif devait être basé sur deux conditions nécessaires : La première est qu’on devait rechercher l'avantage comparatif à l’intérieur du pays, et non pas un avantage absolu à l'extérieur. L'autre est que les pays ont des structures de coûts différentes pour produire un même bien. Les délocalisations ne répondent donc pas aux conditions de Ricardo.

Aujourd'hui le capital est aussi mobile à l’international que des marchandises, et les fonctions de production basées sur la connaissance ont les structures de coûts quel que soit le pays. Les célèbres conditions de Ricardo pour le libre-échange ne sont donc pas remplies dans le monde d'aujourd'hui.

Dans l’avancée la plus importante produite sur la théorie des échanges depuis 200 ans, le grand mathématicien Ralph Gomory et le grand économiste et ancien président de l' American Economics Association, William Baumol, ont montré que l’argumentation pour le libre-échange dans le monde était invalide même lorsque les conditions de Ricardo étaient remplies. Leur livre, Global Trade and Conflicting National Interests, d’abord présenté lors d’une conférence à la London School of Economics, a été publié en 2000 par MIT Press.

Pourtant, les économistes du libre-échange ferment les yeux mus par une doctrine devenue idéologie, et le dollar se meurt ainsi que l'économie américaine.

Un des grands mensonges du lobby pro-délocalisations est que les faiblesses de l’industrie des Etats-Unis sont dues un déficit d'éducation et à un manque de scientifiques et d’ingénieurs. Des experts tels que Thomas Friedman ont aidé à propager cette erreur jusqu'à ce qu’elle devienne un dogme. Récemment, Jeffrey Immelt, PDG de General Electric, a lui aussi, accepté de cautionner ce mensonge. (Voir “The US No Longer Drives Global Economic Growth,” Manufacturing & Technology News, Nov. 30, 2007.)

En fait, la délocalisation de l’ingénierie et de la R&D des Etats-Unis et que l'immigration d'ingénieurs et de scientifiques étrangers se sont combinés aux subventions à l’éducation pour produire un surplus de scientifiques et d’ingénieurs américains, dont beaucoup ne peuvent trouver d’emploi en sortant de l’université et deviennent ainsi les victimes de ces délocalisations et de cette immigration.

Les lobbies continuent à faire pression sur le Congrès pour davantage de travailleurs immigrés, arguant d’un manque imaginaire d'Américains qualifiés, alors que la Commission professionnelle de la Science et la Technologie indique que l’augmentation réelle des salaires des scientifiques et les ingénieurs américains a été nulle ou négative depuis les 10 dernières années. La prévision d’une « tendance à long terme pour une forte demande de spécialistes scientifiques et techniques aux Etats-Unis » s'est achevée sans que rien ne se soit vraiment concrétisé. (Voir “Job and Income Growth for Scientists and Engineers Comes to an End,” Manufacturing & Technology News, November 30, 2007.)

Un économiste peut-il croire qu’un manque travail puisse se traduire par des salaire constants ou en baisse ?
Il y a pas plus de manque de scientifiques et d'ingénieurs aux Etats-Unis qu'il y avait des armes de destruction massive en Irak. La presse des Etats-Unis, qui n'a pas de capacité d'investigation reprend tels quels les mensonges qui servent les intérêts politiques à court terme de certaines entreprises. S’il n’y avait pas Internet pour leur fournir l'accès aux sources d’informations étrangères, les Américains vivraient en un monde de désinformation parfaite.

Les intérêts particuliers de ceux opèrent les délocalisations et les dogmes économiques se sont combinés pour créer une image fausse de la position économique de l’Amérique. Alors que la mobilité ascendante a été démantelée, on continue d’expliquer aux Américains qu’elle n’a jamais été aussi bonne.

  

M. Paul Craig Roberts a été sous-Secrétaire américain du Trésor, chargé de la Politique économique sous l'administration Reagan.

  

   Source : Vdare : Offshoring Interests and Economic Dogmas Are Destroying the US Dollar , 11 décembre 2007
   Auteur : Paul Craig Roberts - Traduction
Opus Incertum
   Repéré par ContreInfo

  

publié dans : Revue de presse

Lundi 17 décembre 2007

 

Extrait du Journal du Dimanche

  

   Economiste et écrivain, ancien conseiller spécial de François Mitterrand, Jacques Attali préside la commission chargée de la "libération de la croissance française". Après un rapport d'étape, le 15 octobre, il livrera ses conclusions à Nicolas Sarkozy le 15 janvier. Auteur d'une Brève histoire de l'avenir (Fayard, 2006), ses prévisions sont plutôt sombres sur l'état de l'économie mondiale, et notamment américaine, pour 2008.

  

Le Journal du Dimanche -  Sur votre blog, vous racontez l'histoire de Jim Rogers, un ancien associé de George Soros, qui annonce tout plaquer pour s'installer en Asie. Est-ce à dire que les économies d'Amérique et d'Europe sont dépassées?

Jacques Attali - Jim Rogers est un des meilleurs gestionnaires de fonds américains. Il vient d'annoncer qu'il vendait sa résidence de Riverside Drive à New York, qu'il convertissait ses actifs en yuan chinois et déménageait en Chine, agissant, dit-il, comme ceux qui sont venus habiter à New York en 1907 ou à Londres en 1807. Il prend la vague de l'avenir et du pouvoir économique. A chaque mutation majeure de l'histoire, une région du monde prend le pouvoir et en remplace une autre : Bruges, Gènes, Anvers, Venise, Amsterdam, Londres, Boston, New York, Los Angeles ont tour à tour été le coeur du monde. Aujourd'hui, le grand mouvement, c'est le déclin relatif des Etats-Unis. Son remplacement par un autre coeur, indien ou chinois, n'est pas pour demain, mais l'émergence du pouvoir de l'Asie est irrésistible. Et les Etats-Unis font la démonstration de leur extraordinaire aveuglement devant leurs problèmes. La campagne électorale qui commence ne donne pas le sentiment qu'ils veulent réagir. Ils vont donc au-devant d'une récession très profonde qui n'épargnera pas l'Europe.

JDD -  Crise immobilière aux Etats-Unis, crise du crédit, chute des indices boursiers, retour de l'inflation, taux de croissance en berne, tout cela nous mène-t-il droit vers la récession?

J.A. - Nous sommes au bord d'une récession. Elle tire son origine de l'effondrement du marché du crédit hypothécaire américain, qu'on nomme la crise des subprimes. Elle a détruit, en quelques mois, des richesses égales à 10 % du PIB mondial, soit 4.000 milliards de dollars, c'est-à-dire 50 fois plus que les pertes générées dans les industries de pointe par l'explosion de la bulle internet. Cette crise n'est pas cantonnée au secteur du logement, car elle révèle que les banques ont reprêté leurs prêts à n'importe qui, pour les racheter ensuite beaucoup plus cher. C'était à la mode. Devant la révélation de la folie que cela représentait, on est passé, en une semaine, de l'euphorie à la panique : plus personne ne prête à personne. Plus aucune banque ne prête à une autre banque. Et si les banquiers continuent à paniquer, nous risquons une crise de 29. D'ailleurs, aux Etats-Unis et ailleurs, certains grands patrons de la finance me disent en privé : "Nous sommes en 1928" ! En quelques mois, nous sommes passés d'une économie de l'euphorie à une économie de panique et c'est cela qui risque de provoquer une récession, alors même que les fondamentaux économiques mondiaux sont excellents.

JDD -  Il n'y a pas que les subprimes qui font trembler les conjoncturistes?

J.A. - Les subprimes sont révélateurs des excès des marchés financiers, qui ont créé des montages diaboliques afin de mutualiser leurs risques au détriment des plus pauvres. Au-delà, il y a aussi, aux Etats-Unis, les taux d'intérêt trop élevés, les déficits budgétaire et extérieur. Dès lors, on peut se demander si les détenteurs de devises, notamment les Chinois et les fonds souverains, vont continuer à prêter 2 milliards de dollars par jour aux Américains, au lieu de les consommer ou de les investir chez eux. Et l'Europe, dominée par l'intérêt des générations âgées, s'impose une inflation zéro qui conduit inévitablement à la récession et favorise les vieux épargnants au détriment des jeunes emprunteurs.

JDD -  Tous les experts ne partagent pas une vision aussi sombre de l'avenir. Beaucoup tablent sur la capacité de résistance de l'économie américaine, l'abondance de liquidités dans le monde, voire un pétrole moins cher et un dollar en hausse. Qu'en pensez-vous?

J.A. - Tout est en place pour une forte croissance de longue durée de l'économie mondiale. L'épargne est abondante, les progrès techniques et la consommation de vastes populations nouvelles sont au rendez-vous. Mais nous manquons d'une régulation au centre : celle des banques centrales et du G8. Il est urgent de réduire les taux directeurs en Europe, pour relancer la consommation.

JDD -  Si la crise mondiale est devant nous, quelles en seraient les conséquences concrètes pour les Français?

J.A. - Notre croissance, que l'on espère encore voir atteindre les 2 % en 2008, risquerait de souffrir gravement. Nous pourrions, toutefois, éviter cela. Une des conditions, c'est d'accepter de considérer que l'inflation, si elle reste modérée, n'est pas une tragédie. Les grands pays qui admettent qu'elle peut atteindre sans risque 5 ou 6 % affichent une croissance forte : l'Inde, la Chine, la Russie... En Europe comme au Japon, c'est l'inverse : nous nous arc-boutons sur un seuil maximum de 2 %. Et la croissance est presque nulle. Ce sont des sociétés où le pouvoir appartient aux épargnants, eux-mêmes obsédés par la stabilité des prix et par leurs avantages fiscaux. Aujourd'hui, l'argent placé rapporte plus - 4 % en moyenne - que l'argent que l'on gagne en travaillant, qui, lui, ne rapporte que de 2 % en moyenne. Il nous faut donc une baisse significative du loyer de l'argent car nous aurons ainsi moins intérêt à faire des économies. En France, on favorise trop l'épargne à coup d'avantages fiscaux exceptionnels, notamment sur les produits d'assurance vie, en particulier pour les plus riches. Cela a des effets très injustes socialement.

JDD -  Notre pays semble engagé dans de nombreuses réformes, votre commission doit remettre le 15 janvier à Nicolas Sarkozy ses conclusions pour faire bouger la France. Mais est-ce bien réaliste face à un scénario aussi noir?

J.A. - La croissance est une bénédiction pour tout sauf pour les réformes. Quand un pays, et en particulier la France, est en croissance, on ne réforme plus. Et les grands bouleversements, les grandes mutations ont toujours eu lieu dans les moments difficiles. Aussi trouver l'excuse d'une récession pour ne rien faire serait vraiment une erreur. La France doit prendre conscience qu'elle est sur la pente du déclin mais qu'elle a tous les moyens de l'éviter. A condition d'agir en profondeur, et très vite. Les mesures que nous proposerons au président de la République constituent un programme global avec une vingtaine d'axes forts et plus de 200 mesures concrètes.

  

   Source : Le Journal du DimancheAttali: "Nous risquons une crise de 1929" , 16 décembre 2007
   Propos recueillis par Bruna Basini

   © Le Journal du Dimanche

  

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Lundi 17 décembre 2007

   Au moment ou Segolène Royal publie un ouvrage au titre de roman-photo, nouvelle illustration de cette tendance à substituer le « people » au politique, ContreInfo propose une analyse d’Alain de Benoist sur l’affrontement électoral du printemps dernier. Cet intellectuel engagé, qui fut le chef de file de la nouvelle droite dans les années 1970, dénonce aujourd’hui la marchandisation du monde, le primat de l’économique sur le politique, la religion de la croissance. L’acuité de son regard, la profondeur des diagnostics qu’il porte sur la campagne présidentielle, ses acteurs et leurs projets, ne laisseront personne indifférent.

  

   Source ContreInfo.info, 12 décembre 2007
   D'après une publication originale Les Amis d’Alain de Benoist (pdf)

  

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Lundi 17 décembre 2007

   Dans leurs rêves les plus fous, les dirigeants de McDo n’auraient sans doute pas osé l’imaginer : un bon crêpage de chignon au sein des Verts concernant un satisfecit donné au géant de la restauration rapide par Dominique Voynet, ex-candidate du parti à la présidentielle, dans la dernière édition de L’EcoJournal de McDonald’s France. Une interview choc sous une photo très chic. La meilleure des campagnes de promo possible pour une chaîne présentée comme le chantre de la malbouffe. «Qu’elle aille causer devant les franchisés de McDo, OK! Mais qu’elle s’autorise à reproduire la photo officielle de sa campagne présidentielle à 15 000 exemplaires sur leur rapport environnement, ça risque de lui coûter aussi cher que lorsqu’elle avait dit que la marée noire de l’Erika n’était pas une catastrophe écologique. Au prochain conseil national des Verts, on va tous arriver avec nos Big Macs !» se gaussait hier un militant Vert. [...]

  

   A lire sur : Libération : Voynet régale McDonald’s, 16 novembre 2007
   Auteurs : Alexandra Schwartzbrod avec Matthieu Ecoiffier

    

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Dimanche 16 décembre 2007

   L'Iran a décidé de renoncer à la monnaie américaine pour l'exportation de son pétrole. Le ministre iranien du Pétrole Gholam Hossein Nozari a déclaré: "Nous avons cessé de vendre notre pétrole brut en devises américaines dans le cadre de notre politique d'échange de pétrole contre des devises autres que le dollar".

   L'Iran se préparait depuis longtemps à renoncer à la monnaie américaine, puisqu'il avait progressivement réduit ces deux dernières années la part des pétrodollars dans ses recettes. En tant que motif à ce renoncement, on invoque la dévalorisation du billet vert : "La chute du cours du dollars US cause un grave préjudice aux pays exportateurs de pétrole, il n'y a plus de confiance dans le dollar". Mais il y a certainement un calcul purement politique parmi ces motivations. Comme l'a expliqué fin novembre le président du parlement iranien Gholam-Ali Haddad-Adel au cours d'une conférence de presse à Bakou, "l'introduction dans le monde de rapports commerciaux en dollars assure aux Etats-Unis la possibilité de faire pression sur certains pays".

   Plusieurs représentants de l'OPEP ont émis des doutes quant au bien-fondé de l'emploi du dollar en qualité d'unité de compte dans le commerce des ressources énergétiques, cela concerne avant tout les adversaires les plus farouches des Etats-Unis : le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et le président vénézuélien Hugo Chavez. M. Ahmadinejad a invité ses partenaires au sein du cartel pétrolier à renoncer au dollar dans le commerce du pétrole : "Dans les transactions économiques, commerciales et pétrolières, il faut le remplacer (le dollar) par une autre monnaie, plus fiable". Bien que l'Iran occupe la deuxième place au sein de l'OPEP pour le volume de pétrole fourni sur les marchés mondiaux, cette idée n'a pas encore rallié le soutien de la majorité des membres de l'organisation. L'Arabie Saoudite a bloqué en novembre la proposition de l'Iran et du Venezuela d'examiner la question du refus des pays de l'OPEP de vendre du pétrole en dollars, néanmoins, six pays du golfe Persique étudieront de nouveau la possibilité de vendre leur brut contre d'autres devises.

   Le fait que le vice-président du conseil d'administration de Gazprom Alexandre Medvedev ait déclaré le 30 novembre à New York que le monopole russe du gaz envisageait de vendre du pétrole et du gaz contre des roubles, plutôt que contre des dollars ou des euros, est significatif. Les dirigeants du géant gazier sont contraints de changer de politique monétaire en raison de la situation sur les marchés financiers mondiaux. Le calendrier de l'adoption de cette décision n'est pas précisé mais selon M. Krouglov, directeur du département économie et finances de Gazprom, le passage aura lieu plus tôt qu'on ne le pense.

   Dans le contexte d'affaiblissement incessant de la monnaie américaine, le rattachement des exportations au dollar est très désavantageux. Dans le cas du gaz, le prix est fixé dans des contrats à long terme et, au cours de leur réalisation, le dollar peut perdre 15 ou 20% de sa valeur compte tenu des taux actuels de sa chute. Ainsi, depuis début 2007, le dollar a déjà perdu plus de 10% par rapport au panier de devises. Par conséquent, les recettes des exportateurs russes de pétrole et de gaz ont diminué.

   La baisse de l'attrait pour le dollar dans le monde entier est un fait indéniable. L'euro gagne en popularité. La diversification considérable des opérations de change illustre parfaitement ce processus. Par exemple, en 2005, la part des autres monnaies constituait 8,1% de la somme globale des transactions. Cette année, cet indice a déjà dépassé 18% et, comme l'assurent les spécialistes, ce chiffre n'a pas atteint sa limite, loin s'en faut.

   Les monnaies de plusieurs pays commencent à rejoindre le pool des principales monnaies de réserve. Le Conseil de coopération du Golfe, dont font partie, entre autres, les grands exportateurs proche-orientaux d'hydrocarbures, a annoncé son intention de lancer le "dinar du Golfe", monnaie régionale commune qui pourrait être mise en circulation d'ici trois ans et avoir la même importance que le dollar et l'euro. Le conseil regroupe, en plus des Emirats arabes unis, l'Arabie Saoudite, Bahreïn, le Koweït, le Qatar et le Sultanat d'Oman.

   Fin novembre 2007, Omar bin Sulaiman, gouverneur du Dubai International Financial Center (DIFC), a déclaré dans une interview au journal Al Bayane qu'au moins trois des pays producteurs de pétrole de la péninsule arabique avaient l'intention de renoncer au rattachement de leurs monnaies nationales au dollar US. Il n'a pas cité ces pays ni précisé à quel moment cette décision serait prise, se bornant à indiquer que cette question était actuellement examinée par la Banque centrale des Emirats arabes unis. Selon son gouverneur, Sultan Ben Nasser al-Suwaidi, la BC "étudie sérieusement le renoncement au rattachement du dirham au dollar US et le changement de politique monétaire". Le 15 novembre, il a précisé que les Emirats renonceraient probablement au rattachement du dirham au dollar en raison de l'instabilité de celui-ci et passeraient au panier de devises. De l'avis général, la chute du dollar se poursuivra, ce qui continuera à favoriser un changement d'attitude à son égard.

   Début 2007, la Chine a décidé catégoriquement de se débarrasser d'une bonne partie des dollars de ses réserves d'Etat. A ce jour, les réserves de devises de la Chine comportent 800 milliards de dollars. Pour l'essentiel, ce sont des obligations émises par le département américain du Trésor. D'après les prévisions, la Chine comptera cette année mille milliards de dollars de créances du gouvernement américain. La nouvelle politique de Pékin, même si elle ne sape pas les positions globales du dollar, entraînera une présence plus importante des monnaies et des titres de l'Union européenne et des Etats voisins de la Chine dans les réserves chinoises de change. Les analystes prévoient une diminution d'environ 15% de la part des dollars dans les réserves de devises de la Chine. Notons que 1% des réserves chinoises de change représente environ 14,5 milliards de dollars.

   Début novembre, le vice-président de la Banque centrale de Chine Xu Jian a indiqué: "le statut du dollar en tant que monnaie mondiale n'est pas solide, la fiabilité des actifs en dollars se réduit. J'estime que le dollar continuera à s'affaiblir en 2008 à cause de l'accroissement du déficit commercial des Etats-Unis". En même temps, Pékin déploie de grands efforts en vue de rehausser le rôle de sa monnaie en Asie et dans le monde entier. Le gouvernement chinois utilise progressivement sa monnaie nationale aussi bien pour effectuer des règlements avec les pays voisins que pour ses investissements à l'étranger. Le rôle de la livre sterling s'est considérablement accru ces dernières années. La monnaie britannique occupe actuellement la troisième place parmi les monnaies de réserve les plus répandues. Entre 2000 et 2007, la part de l'épargne en livres sterling dans le monde entier est passée de 2,8 à 4,2%.

   Certes, le renoncement total au dollar en qualité de monnaie de réserve mondiale est irréaliste, car cela pourrait provoquer un effondrement des finances globales. Mais des signes de plus en plus nombreux témoignent de l'aspiration des nations à réformer le système fondé sur le dollar. Naturellement, les premiers à réclamer cela sont les pays que les Etats-Unis ont froissés: l'Iran et le Venezuela. Mais ils sont également suivis par des Etats dont le bien-être dépend directement du cours du billet vert. Il s'agit des pays qui possèdent d'immenses réserves de devises (Chine) et des exportateurs d'hydrocarbures (Etats arabes, Russie, Iran et Venezuela).

   Dans le cas du pétrole et du gaz, le renoncement aux cotations en dollars pourrait entraîner la réforme de tout le système commercial fondé sur le billet vert et les bourses occidentales: celles de New York et de Londres. Cela étant, les pays producteurs de pétrole (et, compte tenu de la formation des prix, les pays producteurs de gaz) n'ont aucune possibilité d'influer sur les prix de leur principal produit. La Russie se trouve traditionnellement dans cette situation. Ces derniers temps, l'influence de l'OPEP sur les prix du pétrole s'est considérablement affaiblie. Une situation dans laquelle les prix du combustible sont fixés par le camp des pays acheteurs est anormale. Par conséquent, profitant de l'affaiblissement évident du dollar (et de l'atmosphère psychologique qui l'entoure), les pays producteurs commencent à lutter pour renverser ce système. La hausse du prix des hydrocarbures et la crainte que leurs réserves ne s'épuisent prochainement jouent en faveur de ces Etats. Le moment est bien choisi. A présent, on peut s'attendre à un rapprochement entre les pays producteurs qui s'effectue déjà, par exemple, dans le secteur du gaz (les premiers pas vers la création d'une "OPEP du gaz" ont été faits en mars 2007 à Doha).

   Evidemment, le passage à l'euro (ou aux rouble, dinar, yuan...) pour le paiement des livraisons de pétrole ne peut se faire du jour au lendemain. Cependant, la démarche de l'Iran, surtout si ce dernier est suivi dans cette voie par d'autres pays producteurs de pétrole, est potentiellement capable d'ébranler fortement la toute-puissance du dollar dans le commerce mondial.

  

   Source : RIA-Novosti
   Auteur : Igor Tomberg, pour RIA Novosti, 14 décembre 2007.

   Igor Tomberg est chercheur au Centre d'études énergétiques de l'Institut d'économie mondiale et de relations internationales de l'Académie russe des sciences.
  
   
© 2005 RIA Novosti

 

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Samedi 15 décembre 2007

Etienne Chouard, enseignant, s'était fait abondamment remarquer sur la Toile pour avoir crée, avant le référendum de 2005 un site remarquable ou le projet de Traité constitutionnel était décortiqué de façon tout à fait pertinente et exhaustive. Ce travail avait été fait en collaboration avec les lecteurs-internautes du site.

Le Monde a organisé un débat en ligne (un chat) avec Etienne Chouard, le 13 décembre.

   Il faut lire l'intégralité du débat sur le site du Monde

  

   Extraits :

Notre impuissance politique, organisée à la fois par les institutions et par les acteurs du pouvoir, comme toutes les impuissances politiques, est une source potentielle de violence. [...]

Les citoyens devraient écrire eux-mêmes des morceaux de Constitution pour comprendre que c'est leur texte, c'est un texte qui les protège et qu'ils ne doivent pas abandonner à d'autres. [...]

La qualité du processus constituant, l'honnêteté de ceux qui écrivent la Constitution, détermine la qualité de celle-ci. Va-t-elle nous protéger ou non ? Tout dépend du processus constituant. [...]

Nicolas Sarkozy dit qu'il n'aurait pas recours au référendum. Il a aussi dit qu'il ferait ratifier un mini-traité simplifié, donc autre chose que le traité rejeté en 2005, et que c'est cette différence qui justifie le vote parlementaire à la place du référendum. Or, précisément, le traité de Lisbonne n'est ni mini, ni simplifié. Je ne suis pas le seul à le dire, Giscard d'Estaing, qui n'est pas un anarchiste et qui n'est pas incompétent sur le sujet de la Constitution européenne, a écrit le 26 octobre dans Le Monde une tribune qui me prend les mots de la bouche, mais qui ont plus de force dans sa bouche à lui. [...]

La démocratie, ce n'est pas l'élection, c'est le débat. La démocratie, c'est le respect des opinions dissidentes. La démocratie, c'est le pouvoir du peuple, pas le pouvoir des élus. [...]

Parmi tous les citoyens, une petite poignée ne devrait en aucun cas écrire la Constitution, c'est ceux-là mêmes dont la Constitution est censée limiter les pouvoirs. Il faut comprendre que quand un parlementaire, un ministre, un juge écrit ou révise la Constitution, il écrit des règles pour lui-même. Il est juge et partie. Mécaniquement, il ne peut pas être honnête. [...]

Ce que je défends, ce n'est pas l'extrême de la démocratie directe. Je proteste contre l'extrême que constitue le gouvernement représentatif hors contrôle citoyen. Je cherche un gouvernement représentatif sous contrôle et, à mon avis, on n'obtiendra jamais ça tant qu'on laissera le gouvernement écrire lui-même les règles du contrôle. [...]

[Construction européenne] Je suis en train de me rendre compte d'un piège dont j'ignorais tout. En fait, ce que je commence à croire moi-même, c'est que dès le départ, dans le génome des institutions européennes, il y avait l'impuissance politique des citoyens qui était programmée, et je ne suis pas sûr que ce soit guérissable. Il faut lire le livre de Chevènement, La Faute de M. Monnaie, où l'on découvre avec consternation que l'icône Jean Monnet, ce quasi-saint pour les eurolâtres, était un banquier américain qui détestait la souveraineté populaire. Et avec cette grille de lecture, on retrouve partout dans les institutions les traces de cette genèse. Ce texte a été écrit par des banquiers et des multinationales, pour des banquiers et des multinationales. Et je ne confonds pas l'intérêt des banquiers et des multinationales avec l'intérêt général. [...]

Cela dit, mon rêve le plus cher est de voir les peuples d'Europe décider eux-mêmes directement de fraterniser et de constituer une seule et même société, apaisée par le débat, et pas enflammée par le viol de ses propres représentants. [...]

Je pense que si les peuples d'Europe (je ne parle pas de leurs représentants) se réapproprient le processus constituant, et s'ils arrivent à imposer un processus constituant honnête, une Assemblée constituante dont les membres seraient désintéressés, ils seront capables de créer la première vraie grande démocratie représentative, c'est-à-dire un système de représentation qui reste sous leur contrôle en cas d'abus de pouvoir.[...]

Des citoyens se mobilisent en ce moment sur Internet pour porter plainte contre l'Etat français pour déni de démocratie. Je trouve que cette initiative est la plus convaincante, la plus porteuse d'espoir depuis trois ans que dure la bagarre contre l'abus de pouvoir des "traités constitutionnels". [...]

Le citoyen qui a écrit cette requête a monté une argumentation juridique enthousiasmante. On est au cœur du plus grave problème qu'ont les humains avec le gouvernement représentatif : nos propres représentants ont quasiment vidé de sa substance le suffrage universel, et c'est une bonne idée de protester en s'appuyant sur les droits de l'homme. [...]

  

   Liens (complément du 16 décembre) :

   - Livre de J.-P. Chevènement La Faute de M. Monnet - Fayard 2006 - 9,50€
   (Fnac. Bizarrement, sur le site de la Fnac, le titre du livre a été changé en Réinventer l'Europe)

   - Critique de ce livre sur le site Automates Intelligents (Jean-Paul Baquiast). Extraits :

  

 [...] La construction européenne cache un lourd secret. Elle n’a pas été conçue pour faire des citoyens européens les acteurs d’une histoire ambitieuse où l’Europe redevenue puissante pourrait faire jeu égal dans la confrontation des stratégies géopolitiques avec les autres puissances et superpuissances. A la fin de la guerre, rien ne prédestinait les nations européennes à s’entendre. Elles pouvaient s’enfoncer dans la balkanisation, aigries par le regret de leurs anciennes splendeurs. Certaines d’entre elles auraient même pu recommencer à s’affronter, comme la France et l’Allemagne après 1918. On a dit que les premiers pas de la construction européenne, à l’occasion du pacte créant la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, ont visé à éviter ce danger. C’est probable et d’ailleurs ce premier dessein a réussi mieux qu’espéré.

Mais les vrais premiers « pères de l’Europe » ne furent pas Robert Schuman, Konrad Adenauer et d’autres. Ce furent les stratèges du Pentagone, du Département d’Etat et de la Maison Blanche. Ils agirent non pour le bien des nations européennes mais pour celui de l’Amérique – ce qui était d’ailleurs leur droit le plus strict. Encore fallait-il le savoir. Les Etats-Unis, relayés en Europe par des Européens tels que Jean Monnet pour qui l’alliance américaine était le seul salut, ont vu le danger qui les menaçait. Une Europe désunie et restée misérable aurait été conquise en quelques mois par la Russie soviétique. Dans ce cas, l’Amérique n’aurait pas pesé lourd face au bloc soviétique. Il fallait donc, pour assurer le salut des Etats-Unis, que l’Europe soit unie, que son niveau de vie s’améliore et qu’elle puisse ainsi servir de glacis pour tenir à distance les régimes communistes. Cependant l’Amérique n’a pas voulu que l’Europe s’unisse dans la perspective de devenir une puissance capable de s’opposer éventuellement à elle. Elle voulait une Europe unie sous une forme qui la maintiendrait indéfiniment dépendante, c’est-à-dire d’un marché sans barrières extérieures ouvert à ses intérêts industriels et financiers comme à ses bases militaires.  [...]

   

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Vendredi 14 décembre 2007


Pour l'ancien Premier ministre, tous les facteurs d'une crise économique d'une ampleur considérable sont réunis. Comment en est-on arrivé là ? Que peut-on faire ?

  

Le Nouvel Observateur.- Avec les excès de la «financiarisation» de l'économie, on entend souvent dire que nous sommes à la veille d'une crise mondiale de l'ampleur de celle de 1929. Qu'en pensez-vous ?

Michel Rocard. - Nous sommes dans une situation étrange : les signes avant-coureurs d'une crise mettant en cause l'équilibre général de l'économie s'amoncellent et pourtant les «opérateurs» restent silencieux. Ils ne disent rien alors que pour la première fois, depuis deux cents ans, le capitalisme est combattu non par ses vaincus, ses pauvres ou par les intellectuels, porte-parole des vaincus, comme Marx ou Engels, mais par des économistes objectifs. Aujourd'hui, la critique vient du coeur du système. L'avant-dernier livre de Patrick Artus, un des économistes français les plus respectés, était intitulé : «Le capitalisme est en train de s'autodétruire». Son dernier livre porte un titre prémonitoire : «les Incendiaires». Les «incendiaires» en question sont les banquiers centraux. Il doit vraiment y avoir quelque chose de pourri dans notre système pour que Joseph Stiglitz, prix Nobel américain d'économie, ose, lui, titrer son dernier un ouvrage «Quand le capitalisme perd la tête».

N. O. - Qu'est-ce qui vous rend si pessimiste ?

M. Rocard. - Pour illustrer mes propos, je partirai de l'évolution de la dette des Etats-Unis (dette des ménages, des entreprises et de l'Etat) sur une longue période. On voit clairement son envolée depuis 1982 (présidence Reagan) jusqu'à 2005 (présidence George Bush), en dépit d'une certaine stabilisation sous Clinton. Lors de la crise de 1929, l'endettement américain - environ 130% du produit national - était déjà «au coeur du système». Aujourd'hui il atteint plus de 230% ! Pour éviter la faillite, le système financier américain doit emprunter 2 milliards de dollars par jour ! Voilà ma première inquiétude. Vous me direz - et c'est la deuxième bizarrerie de notre situation - que le système financier s'est «atomisé» : si les grandes banques mondiales par qui le scandale arrive sont quatre fois plus grosses qu'en 1929, elles opèrent dans un marché 50 à 100 fois plus gros puisque les transactions quotidiennes se comptent en dizaines de milliards de dollars. Cette dilution, cette atomisation a amorti les crises qui ont réapparu depuis 1990.

Il faut rappeler que de 1945 à 1980 le monde n'a connu que des faillites nationales, pas de crises mondiales. C'était un des grands succès du capitalisme régulé. Le problème - et revoilà mes inquiétudes -, c'est que depuis 1980 la sphère financière a pris une importance colossale. Du coup, nous sommes confrontés à des crises financières de grande ampleur récurrentes : crises latino-américaines dans les années 1980 qui ont affecté tout le continent américain; crise asiatique dans les années 1990 qui a fait des dégâts énormes même si elle est restée circonscrite à une douzaine de pays, crise du système monétaire européen en 1992, éclatement de la bulle de l'e-économie en 2000. Les centaines de milliards de dollars carbonisés par l'effondrement des valeurs boursières à l'occasion de cette dernière secousse sont comparables aux pertes enregistrées lors de la crise de 1929. Les chocs sont moins instantanés, moins brutaux, moins impressionnants peut-être aussi, mais ils sont quand même terrifiants, même si l'atomisation des marchés les a rendus moins soudainement brutaux.
Regardons maintenant les choses de plus près en commençant par la dette. La dette américaine hors banques vient d'atteindre 39 000 milliards de dollars. Il est évident qu'elle ne sera jamais remboursée. Nous sommes dans une logique qui ne laisse espérer aucun retournement de tendance. Le problème est donc celui de la «soutenabilité» de cette dette grossie chaque jour de ses intérêts composés. Jusqu'ici, des taux d'intérêt historiquement bas permettaient d'emprunter et de l'honorer. Avec la hausse du prix du pétrole qui hésite cette semaine à passer la barre des 100 dollars le baril et l'envolée des prix des produits agricoles, dopés par l'augmentation de la demande alimentaire de l'Inde et de la Chine, cette possibilité est en train de disparaître. Je m'explique : pour contrer le retour de l'inflation, les banques centrales sont obligées de relever leur taux d'intérêt. C'est le devoir de Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, et certaines institutions comme la Banque d'Angleterre n'hésitent pas à augmenter franchement leur prix de l'argent. L'atomisation du marché nous a jusqu'ici préservés d'une crise générale, mais les miracles n'ont qu'un temps.

N. O. - Comment en est-on arrivé à cette dette colossale alors qu'il y a tant d'argent disponible ?

M. Rocard. - Ce passage d'un équilibre à un déséquilibre massif, généralisé, tient au changement de la répartition du produit national brut, entre les «salaires» (salaires et revenus de protection versés par la Sécurité sociale) et les «profits» (bénéfices industriels, honoraires des professions libérales, rémunérations «directes» sur le marché). Ce mouvement est très sensible en France mais on l'observe aussi aux Etats-Unis et dans l'ensemble des pays européens, y compris les pays de l'Est rejoints à toute allure par le capitalisme. En gros, les salaires sont passés de 71% du PIB en 1981 à 60% en 2005. Près de 11 points de chute ! Aujourd'hui, en France, si le produit intérieur brut avait conservé le même partage qu'en 1981, les ménages auraient dépensé en salaires et revenus de Sécurité sociale 130 milliards d'euros de plus. Affectés à la consommation, ces 130 milliards auraient donné au moins 1 point de plus de croissance chaque année. Et nous aurions eu en France un demi-million de chômeurs de moins.

N. O. - Que s'est-il passé ? Comment s'explique ce nouveau «partage» entre salaires et profits ?

M. Rocard. - Pour comprendre la perversité de ce nouveau partage qui ne permet plus à la consommation de soutenir la croissance et, à terme, de créer les moyens de rembourser la dette, il faut se rappeler comment a fonctionné le capitalisme triomphant de 1945 à 1975. Pendant trente ans, l'économie occidentale a progressé au rythme de 5% l'an, sans jamais de crises financières et avec un chômage quasi nul (2% de la population active, c'est à peu près le chômage frictionnel dû à la mobilité professionnelle) . Les raisons de cette embellie ? Précisément les mauvais souvenirs de la grande crise de 1929, de son cortège de malheurs avec la prolétarisation des classes moyennes et finalement la guerre. Pour que pareille catastrophe ne se reproduise pas, le monde occidental avait mis en place trois types de correction dont chacune a pour père une personnalité exceptionnelle : lord Beveridge, lord Maynard Keynes et Henry Ford. Beveridge, c'est l'Anglais inventeur de la Sécurité sociale, qui a théorisé le fait qu'en faisant beaucoup de protection sociale non seulement on humanisait le système, mais on le stabilisait en empêchant la demande - maintenue au moins au tiers du pouvoir d'achat - de tomber. Deuxième régulateur, Keynes. Message aux dirigeants politiques : au lieu d'utiliser la politique monétaire et budgétaire comme des instruments de régulation nationale, utilisez-la pour accélérer ou décélérer les secousses venant de l'extérieur, du marché mondial, là où les pays démocratiques s'affrontent. Cela a marché. Nous en avons eu la preuve expérimentale pendant trente ans. Le troisième régulateur, Henry Ford, est américain. Cet industriel disait : «Je paie mes ouvriers pour qu'ils m'achètent mes voitures.» Avec le New Deal, les grands travaux de Roosevelt, cette politique de hauts salaires et de fidélisation des salariés qualifiés a permis à l'économie américaine de repartir très vite après la crise de 1929. La France a utilisé le Plan, ce forum entre syndicats, patrons et Etat, réunis pour préserver un haut niveau de demande (donc de salaires) afin de permettre des anticipations de consommation forte.
Bref, nous nous sommes tous peu ou prou lancés dans des politiques de reconnaissance du monde salarial et de légitimation d'une politique de hautes rémunérations parce que, concernant la moitié basse de la population, ces dernières sont presque entièrement affectées à la consommation. Et fondent la croissance. Résultat : une croissance soutenue, mais avec un grand absent, l'actionnaire - une des composantes du «profit», selon la comptabilité nationale. Il a été le grand oublié en termes de distribution de dividendes pendant toute cette période.
Tout a changé dans les années 1990 avec l'apparition des fonds et d'abord des fonds de pension. L'actionnaire s'est organisé et, s'agissant de sa retraite, a exigé un retour sur investissement de plus en plus élevé. Corollaire : une pression de plus en plus forte sur les salaires qui ont cessé de progresser au rythme d'antan avant de décroître en valeur absolue. Les fonds d'investissement - moins du quart des fonds de pension mais plus agressifs - ont intensifié la tendance. Et les fonds d'arbitrage ou hedge funds jouent le même jeu. Pour garantir aux actionnaires une rémunération élevée, tous n'hésitent pas à démanteler leur proie et à vendre par appartements. Au grand dam des salariés réduits à la dimension de variable d'ajustement. Le nouveau système - tout pour les actionnaires, le moins possible pour les salariés - est devenu presque caricatural avec les hedge funds, ces fonds spéculatifs. L'ensemble de ces fonds sont présents désormais dans toutes les entreprises du monde occidental de plus de 2 000 salariés. Leur pression s'est d'abord exercée sur les PDG qui ne distribuaient pas assez de dividendes : ils ont très vite valsé. Elle s'est traduite ensuite par l'externalisation des toutes les fonctions - entretien, maintenance, services sociaux internes -, dont les salariés étaient indexés sur les personnels qualifiés qui faisaient le renom de l'entreprise. Tous ces gens-là ont été chassés et recasés dans des PME désyndicalisées, soumises à des contraintes salariales énormes parce que les fabricants, les donneurs d'ordre, peuvent changer de sous-traitants sans préavis. C'est comme ça que s'est instituée la précarisation du marché du travail (16% des salariés français aujourd'hui) avec, comme conséquence de cette réduction «contrainte» des heures travaillées, un gel ou un recul des salaires, l'apparition de working poors et de vrais pauvres sans travail. Avec une pauvreté de masse évaluée à 10 millions de personnes en Grande-Bretagne et entre 5 et 6 millions en France, la part des salaires dans le PIB a évidemment reculé par rapport au «profit» réinvesti de manière spéculative. D'où, faute d'une demande suffisante, une croissance anémiée, incapable de contenir l'hémorragie des déficits et une dette de plus en plus difficile à rembourser.

N. O. - Recherche d'une plus-value instantanée, spéculation effrénée et, comme l'indique la crise des crédits hypothécaires aux Etats-Unis, «titrisation» des créances et création de produits de plus en plus sophistiqués plongeant les marchés dans l'opacité : tous les ingrédients d'une crise d'ampleur sont réunis. Mais la donne aussi a changé : il y a la croissance générée par les pays émergents qui relaie la locomotive américaine défaillante. Il y a aussi l'abondance de liquidités : pétrodollars et excédents structurels chinois ou japonais.

M. Rocard. - Par rapport à l'économie physique réelle, ces liquidités sont en effet sans précédent. Mais elles ne s'orientent pas vers l'investissement long. Elles préfèrent les investissements financiers spéculatifs. Tous les banquiers vous le diront, malgré leur affinement, les politiques économiques ne peuvent rien sur l'usage et l'évolution de ces liquidités. Ce dysfonctionnement, culturel dans sa nature, structurel dans son résultat, est terrible. Personne ne sait comment ça peut finir, et j'ai la conviction que ça va bientôt exploser. J'en tire deux conclusions. La première, c'est qu'il faut des réponses mondiales, en réformant les institutions créées il y a plus d'un demi-siècle à Bretton-Woods. Nouveau directeur du Fonds monétaire international, notre ami Strauss-Kahn est aux commandes d'un «machin» qui n'est pas opérationnel car il n'a pas les moyens de contrer ces nouvelles crises. Mais il a l'information : c'est l'endroit central pour émettre un diagnostic et faire des propositions. Ma deuxième conclusion : si en France le PS était capable de comprendre ce qui se passe, de faire la liaison entre la situation nationale et l'international et pouvait expliquer les raisons de la montée du travail précaire chez nous, il donnerait enfin l'impression de répondre à la situation. Il y aura une prime au premier qui saura expliquer. C'est le capitalisme dans sa forme mondialisée et financiarisée non le marché dont je suis partisan - qui est en cause aujourd'hui. Faire ce type d'analyse, lui donner une réponse nous réconcilierait avec les gauchistes ! Enfin il est essentiel que de nouvelles règles aident à préparer une place commerciale intelligemment négociée à ces nouveaux partenaires énormes que sont la Chine et l'Inde.

N. O. - Que peut-on faire ?

M. Rocard. - Il y a d'abord l'attaque éthique. Au centre de cette pression sur les salaires, de cette voracité spéculative des hautes classes moyennes et des classes riches, les gens fraudent de plus en plus : délits sur les stock-options, délits d'initié... Il faut maintenir une pénalisation du droit des affaires. De la même manière, il faut plafonner les revenus des grands patrons. A l'époque de Henry Ford, ils étaient payés 40 fois le salaire moyen, aujourd'hui, c'est 350 ou 400 fois ! (On peut considérer que ce superprélèvement directorial est négligeable, il est cependant particulièrement inélégant et nocif.) Puisqu'on veut moins d'Etat, le capitalisme doit rester éthique.
Deuxième élément : réglementer les OPA au niveau européen en énonçant des critères qui empêcheront la destruction et la précarisation de la population salariale du groupe ainsi constitué. Ensuite, il faut que les accords sur le droit social passés dans le cadre de l'Organisation internationale du Travail (OIT) soient compatibles avec les règles de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) qui fait du libre-échange une religion. Aujourd'hui, les Etats peuvent ignorer superbement ce qu'ils ont signé d'une main à l'OIT quand ils négocient à l'OMC.
Je crois enfin à l'économie sociale. J'ai milité depuis quarante ans pour lui donner son statut, son cadre. Je crois que la clé du problème, c'est le changement du statut juridique de l'entreprise. Au lieu d'appartenir à des apporteurs extérieurs de capitaux, elle doit être faite de la communauté des hommes et des femmes qui gagnent leur vie en partageant un même projet économique.

N. O. - Retour à l'autogestion ?

M. Rocard. - Je me garderais bien d'employer les mots qui fâchent. S'agissant d'un projet mondial, je ne vois qu'une seule force capable de le mener à bien : la social-démocratie internationale. Il va falloir défendre tout ce qui produit contre tout ce qui spécule. C'est ça, la nouvelle lutte des classes.

   

   Source : Le Nouvel Observateur n° 2249, semaine du 13 décembre 2007 : La crise mondiale est pour demain
   Auteurs : Michel Rocard, avec Jean-Gabriel Fredet et François Armanet.

Michel Rocard, ancien Premier ministre (1988-1991) et depuis 1994 député au Parlement européen. Derniers ouvrages parus : «Si la gauche savait» (Robert Laffont, 2005) et «Peut-on réformer la France ?» (Autrement, 2006).

   © Le Nouvel Observateur

  

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Vendredi 14 décembre 2007

 

Eric Laurent, grand reporter à Radio France et au Figaro, est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont le dernier, Bush, l’Iran et la bombe, décrit comment George W. Bush a planifié il ya deux ans et dans le plus grand secret, une intervention militaire de grande ampleur contre l’Iran. Dans cet article, il démonte la fabrication du "mensonge utile" qui fera accepter cette agression aux opinions publiques.

  

Les fausses révélations ont toujours existé. Dans un livre publié en 1981 [1], qui fascinait William Casey, le directeur de la CIA, la journaliste Claire Sterling expliquait que toutes les organisations terroristes visant l’Occident étaient financées et contrôlées par l’Union soviétique. Une thèse qui s’est révélée aussi fausse que les articles et les livres de l’ancienne journaliste du New York Times, Judith Miller, spécialisée dans la dénonciation des armes de destruction massive de Saddam.

Le dernier avatar est encore beaucoup plus choquant. L’auteur de Countdown to Crisis, Kenneth R. Timmerman, se présente comme un « journaliste d’investigation », ce qui conduit à une réflexion préoccupée sur le sérieux et l’éthique de nombreux confrères américains. J’ai d’abord été fasciné par la couverture. Ahmadinejad, le doigt levé, visage menaçant, est aux côtés du guide de la Révolution qui visite un site de missiles, entouré de militaires. Une vignette rouge placée juste dessous attire mon attention : « Nobel Peace Price Nominee » (nominé au Prix Nobel de la paix). Je pense d’abord qu’il s’agit d’un clin d’œil, d’une plaisanterie au second degré pour souligner le bellicisme des dirigeants iraniens. Puis je découvre l’effarante vérité : l’auteur, Kenneth Timmerman, se présente comme « nominé au Nobel ». Un terme qui n’a aucun sens. Le jury du Nobel choisit, ou non, parmi les multiples candidatures à cette distinction prestigieuse, mais s’il existe un lauréat, il n’y a pas de nominés. Première entorse à la vérité qui, à la lecture, est suivie de beaucoup d’autres.


Téhéran, complice du 11-Septembre

La thèse de Timmerman est simpliste, les preuves inexistantes. L’Iran, selon lui, est le plus impitoyable ennemi des États-Unis, impliqué dans pratiquement chaque attentat terroriste conduit contre les États-Unis depuis 1979. La volonté iranienne de se doter de l’arme atomique n’a qu’un objectif : menacer les États-Unis et leurs alliés. « Il suffit seulement d’un missile nucléaire iranien pour pénétrer le système de défense antimissiles Arrows d’Israël, anéantir une population à forte densité, détruire son économie et briser effectivement l’État. Israël est un pays à “bombe” et les Iraniens le savent. »

Timmerman va beaucoup plus loin : il affirme que l’Iran est impliqué dans les attentats du 11-Septembre 2001 et que la CIA, désireuse de protéger les États voyous qui financent le terrorisme, a délibérément soustrait ces informations à la connaissance du public américain. Ses propos s’appuient, dit-il, sur les témoignages de transfuges (dont on connaît évidemment la fiabilité). Il évoque de prétendues visites du numéro deux d’al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, à Téhéran, et, pour faire bonne mesure, ajoute qu’il est rejoint, le second jour de réunion, par Oussama Ben Laden. Ces affirmations, les récits de ces réunions, selon Timmerman, reposent sur « des sources ayant une connaissance directe de ces rencontres ». [...]

     

   A lire sur Agoravox : Téhéran, complice du 11-Septembre 2001 ...
   Auteur  : Eric Laurent

  

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Vendredi 14 décembre 2007

  

Une publication qui n'est probablement ni gratuite ni innocente...

  

   John Kiriakou, un ancien officier de la CIA ayant dirigé l'interrogatoire d'Abou Zoubaydah, un membre influent présumé du réseau d'Oussama Ben Laden, a justifié, sur ABC News, lundi 11 décembre, l'usage de techniques qui s'apparentent à de la torture pour interroger les membres présumés d'Al-Qaida. Abou Zoubaydah, le premier membre influent d'Al-Qaida capturé en mars 2002 à Faisalabad, au Pakistan, après le 11-Septembre, a été soumis à la méthode du simulacre de noyade ("waterboarding"), a révélé M. Kiriakou sur ABC News, précisant que l'usage de cette technique d'interrogatoire avait été approuvé par des responsables de l'agence de renseignement.

   Interrogé sur le fait de savoir si cette technique s'apparentait à de la torture, M. Kiriakou a répondu : "A l'époque, non. Je pense que j'ai changé d'avis et je pense que le simulacre de noyade est quelque chose qu'on ne devrait pas pratiquer", selon des extraits de son interview diffusés par la chaîne de télévision. Cette technique d'interrogatoire a toutefois permis de faire la différence, estime l'ancien officier des services de renseignement américain, qui indique qu'Abou Zoubaydah a craqué après "35 secondes". "Le lendemain [de son interrogatoire], Zoubaydah a dit qu'Allah était venu le visiter dans la nuit dans sa cellule et lui avait dit de coopérer", a dit M. Kiriakou. "A partir de là, il a répondu à toutes les questions", a-t-il ajouté. "La valeur des informations qu'il a transmis a permis d'empêcher nombre d'attaques, peut-être des dizaines", a estimé M. Kiriakou. [...]

  

   A lire sur lemonde.fr : Un ancien agent de la CIA parle ...
   lemonde.fr avec AFP, 11 décembre 2007

  

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Mercredi 12 décembre 2007

   Il semble être partout. Olivier Besancenot occupe la scène politique comme jamais il n'a osé le rêver. Il est loin le temps où Alain Krivine présentait son jeune poulain, futur candidat à la présidentielle, aux journalistes en demandant : "Il est sympa non ?" Six ans plus tard, sa bouille de Tintin joufflu est désormais omniprésente à gauche, sur les écrans de télévision de Canal+ ou d'i-Télé, sur les ondes de radio, dans les colonnes du Parisien... Il trône même en double page dans Paris Match, assis sur un tabouret dans un bistrot du 18e, sous une photo de Che Guevara. Ultime consécration, une équipe de "Groland", émission parodique très appréciée chez les jeunes, s'est déplacée à son dernier meeting parisien le 22 novembre à la Mutualité. [...]

  

    A lire sur Le Monde. La gauche, c'est moi, éd. du 12 décembre 2007
    Auteur : Sylvia Zappi

  

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Mercredi 12 décembre 2007

   On les a entendus, les “déclinistes” français, de 2006 à l’élection de mai 2007, nous parler du “modèle anglais”, panacée européenne et globalisée des lendemains économiques qui chantent avec une voix de stentor et sur un air de Blair. Sarko était attendu par eux comme le “Blair français”, c’est-à-dire comme le Messie incontestable. Peut-être pourraient-ils, aujourd’hui, jeter un œil à leur référence favorite, comme ça, pour voir.

   De plus en plus copie conforme des USA, selon les vœux de Tony Blair, le Royaume-Uni est le plus rapide à s’enfoncer dans la crise économique à l’instar de ces mêmes USA. On imite comme on peut et on reste parmi les premiers de la classe.

   Très fiérot, le copain Blair avait même institué en 2004 la même référence que les Américains pour mesurer les progrès incontestables de son permanent miracle économique: un indice de confiance des consommateurs. Pas rancunier pour un sou, l’indice enregistre pour novembre la chute-record de sa courte histoire, rapportée par The Independent aujourd’hui: «A host of new figures suggested a bleak beginning to 2008 for the British economy yesterday. Just 24 hours after a trio of high-street firms issued profit warnings, the Nationwide Building Society's consumer confidence index slipped 12 points from 98 to 86, its largest monthly fall since it began in May 2004. Attitudes towards spending in the next six months slumped the most.» Le même Independent publie également aujourd’hui un article dévastateur sur les perspectives économiques du pays: «Is Britain's economy heading for the perfect storm?»

   Entame du texte de Sean O’Grady, spécialiste économique du quotidien:

«The storm clouds are gathering over the jobs market; the climate on the high street is growing distinctly chilly; a typhoon of bad debt is buffeting the banks. Could a “perfect storm” be about to hit the British economy?

»The signs couldn't be much bleaker. The switchback in sentiment since the credit crisis began in the summer has been violent. The Nationwide Consumer Confidence Index recorded its largest drop yesterday, and joins the GfK/NOP survey earlier this week in suggesting that a wave of pessimism not seen for years is washing over the economy.

»House prices have begun to fall, albeit slightly; commercial property is seemingly on the brink of collapse on a par with that seen in the early 1990s. The buy-to-let market is vulnerable. The Bank of England has, unprecedentedly, voiced concerns about the grim prospects for real estate. And the Financial Services Authority has warned of the “very real prospect” of the global credit crunch getting much worse. It is that bad.

»Shopkeepers are looking forward to a black Christmas. Sir Philip Green, the boss of Top Shop and BHS, said last night on Sky TV that “business is very, very tough”. The British Retail Consortium says that sales grew only marginally in November, having slowed markedly in October. JD Sports, ScS furniture and Greene King are the latest household names warning of setbacks. About 4.4 million credit-card customers still haven't cleared debts they ran up last Christmas, according to MoneyExpert.com

… Et les trois avant-derniers paragraphes, qui nous décrivent les perspectives que O’Grady voit pour son pays, et pour le reste d’une certaine façon.

«On this side of the Atlantic we feel the chill because our banks are exposed to sub-prime and because the US economy is the world's biggest. If it slows, it drags us down with it. And the mood of economic gloom – Northern Rock, headlines on house-price crashes, higher prices for fuel at forecourts and food at checkouts – is reinforcing itself. Confidence is the magic ingredient in any economy; it is evaporating fast. There's no knowing how bad it could get.

»The most pernicious aspect of this downturn is how it could turn not so much into a recession, but into “slowflation” – slow growth plus inflation. A depressed economy can co-exist with high inflation, as the world found in the 1970s. Low demand and high input costs (such as oil at $100 [£48] a barrel; wheat prices at record highs) squeeze profits and employment and cut the real value of wages. It also makes it tougher for the Bank of England to allow interest rates to drift lower.

»But the really bad weather would arrive if the Chinese economy stumbled. Next year, more than half the world's growth will derive from China, India and other emerging economies. Were they to falter – say because the Shanghai stock market bubble burst – the world would almost certainly lurch into recession

   Le Royaume-Uni, l’homme malade de l’Europe alors qu’on en faisait le modèle de l’Europe, — quelle dérision !, – il y a à peine six mois ? Ce n’est pourtant pas que cela, même si c’est évidemment aussi cela. Le “perfect storm” qui s’annonce nous concerne tous, comme toutes les crises aujourd’hui, qui grandissent, se gonflent, annoncent la dislocation d’un système entier. Il est normal que la crise arrive par ceux-là même qui l’ont nourrie par leur comportement, leur théories et leurs actes. Quant à l’intelligence française, son habileté à identifier les modèles qui vont bien ne cessera jamais de nous émouvoir.

  

   Source : dedefensa, 5 décembre 2007

  

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Mercredi 12 décembre 2007
   Sous prétexte d'alimenter son moteur à publicité comportementale, Facebook, le dernier réseau social à la mode, a mis en en place un véritable système de violation de la vie privée.
C'est ce que vient de découvrir un chercheur en sécurité de chez Computer Associates (CA). Il s'avère que l'outil maison Beacon, censé soi-disant collecter les informations comportementales (et commerciales) des adhérents avides de visibilité, espionne en fait tous ceux qui s'inscrivent à Facebook, qu'ils le veuillent ou non. Et ce en permanence.
Les informations collectées sont avant tout destinées aux sites commerciaux partenaires qui bénéficient d'un "profiling" d'autant plus précis qu'il est permanent et secret.

  

   Source : Le Monde Informatique,  03 décembre 2007
   Auteur :  François Lambel

  

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Mercredi 12 décembre 2007

   Par Romain Huret, maître de conférences à l’université Lyon-II, membre du centre d’études nord-américaines de l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

  

   A l’heure des manifestations estudiantines et d’une réforme espérant donner davantage d’autonomie aux universités, les universités américaines sont souvent présentées comme un modèle à suivre, un exemple de réussite qui attire les meilleurs étudiants et enseignants en leur donnant les moyens adéquats dans un marché mondial du savoir de plus en plus compétitif. La douceur et le luxe des campus renvoient l’image de belles tours d’ivoire donnant à chacun la possibilité de s’intégrer dans la société américaine. Les étudiants français s’enthousiasment sur les remarquables possibilités offertes, qui contrastent avec la pauvreté des conditions de travail en France. Mais la beauté des campus est un trompe-l’œil : si l’université américaine attire les meilleurs talents, quelle que soit leur origine sociale, grâce à un important système de bourses, elle n’efface pas les inégalités et joue de moins en moins son rôle d’ascenseur social. C’est une université d’excellence ouverte aux plus talentueux et accessible aux plus riches. Mais qu’en est-il du plus grand nombre ?

   Jusqu’aux années 70, l’investissement massif du gouvernement fédéral et des autorités locales sous une forme financière (octroi de bourses, prêts à taux faible) ou juridique (programmes de discrimination positive) a permis d’élargir la représentation sociale au sein des universités. Depuis cette date, sous la pression des milieux conservateurs, les instances politiques, au niveau fédéral et fédéré, se sont progressivement désengagées de leur responsabilité. Les universités ont été contraintes de répercuter sur les frais d’inscription le ralentissement de l’investissement public. Cette diminution s’opère à un moment où le coût moyen de formation par étudiant augmente considérablement. Entre 1976 et 1995, les frais d’inscription ont été multipliés par quatre à l’université de Californie-Los Angeles (UCLA). A cause de la raréfaction des aides, la diversité sociale du recrutement s’est étiolée. Au début des années 80, les bourses payaient 55 % des frais d’inscription des étudiants les plus pauvres ; aujourd’hui, 41 %. Le recours à l’emprunt est obligatoire pour les familles. Mais cette stratégie familiale n’est pas identique partout. Une étude conduite récemment sur les quartiers pauvres de Boston a montré que les espoirs d’intégrer l’université sont identiques à ceux des enfants des quartiers plus favorisés. Mais seulement un tiers des lycéens pauvres avaient passé l’examen Scholastic Aptitude Test (SAT), dont le résultat est indispensable pour entrer à l’université, contre 97 % des enfants issus des milieux favorisés. Les connaissances sur le système de bourses étant également relativement faibles, beaucoup de parents hésitent à envoyer leurs enfants dans des universités trop coûteuses.

   Est-ce un hasard si les critiques virulentes se multiplient contre l’élitisme de l’université ? D’après les données contenues dans le Social Register, le Bottin mondain américain, 92 % des familles présentes en 1940 y sont toujours en 1990. Les écoles préparatoires (prep schools), qui facilitent la réussite à l’université, demeurent très élitistes : seulement 4 % des étudiants y accédant sont issus de la communauté afro-américaine, alors qu’ils représentent 19 % des lycéens. L’université renforce de plus en plus le capital culturel et social. Cette fonction possède un fondement institutionnel : la préférence familiale (legacy preference), la discrimination positive dont bénéficient les enfants dont les parents ont déjà été inscrits dans l’université. Dans les années 80, 40 % des enfants d’anciens élèves (alumni) à Harvard sont acceptés contre 14 % pour les autres candidats. A Princeton, Yale ou encore Stanford, les données sont équivalentes. Longtemps justifié par la logique du marché, ce constat inquiète aujourd’hui : alors que les déclarations de Bill Gates sur la corrélation entre la détention d’un diplôme d’études supérieures (master’s degree) et le niveau de réussite sociale sont acceptées par tous, le nombre d’étudiants diplômés stagne. La raison est simple : les étudiants issus des milieux défavorisés réduisent leur temps de scolarisation à deux années le plus souvent. Pour financer leurs études, ils travaillent dans la restauration rapide, notamment dans l’entreprise de grande distribution Wal-Mart. Faute de réussite suffisante aux tests SAT, ce sont souvent des petites universités (community colleges) qui les acceptent. A cause de leur niveau relativement faible, ils s’inscrivent en grande majorité pour des cours de rattrapage en anglais et en mathématiques. On estime à 60 % le nombre d’Hispaniques qui intègrent ces community colleges, dont une grande majorité n’ira pas au-delà. A l’heure où le modèle américain en matière universitaire fascine les élites françaises, il convient d’en rappeler les forces et les limites. Sa force principale ? Avoir forgé une élite scientifique qui garantit le succès économique du pays. Mais tous les indicateurs vont actuellement dans le même sens : le recrutement social tend à s’homogénéiser en raison du ralentissement de l’investissement public. Dans les 146 meilleures universités du pays, qui représentent 10 % de l’ensemble des étudiants, 74 % viennent des portions les plus riches de la société, alors que 3 % seulement sont issus des milieux défavorisés. Dans les 253 universités de rang inférieur, les pourcentages sont respectivement de 46 % et 7 %. Seules les «petites» universités accueillent de façon significative les étudiants pauvres. Si l’université américaine a gagné son pari de l’excellence, celui de la démocratisation est encore loin d’être tenu. Lors de la rentrée universitaire à Yale en 2001, le président George W. Bush faisait l’éloge des étudiants d’un niveau moyen (C students), estimant qu’ils pouvaient tout à fait devenir président des Etats-Unis !

   C’est sans doute oublier un peu vite le rôle du capital social qui a conduit le cadet des fils Bush à la Maison Blanche. Une leçon à méditer à l’heure où l’enseignement supérieur français est en cours de refondation.

  

   Source : Libération : L’université américaine, un modèle ?, 7 décembre 2007 

   © Libération

   

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Mardi 11 décembre 2007