Ce modeste blog essaie de présenter des publications les plus susceptibles d'éclairer l'actualité, et autant que possible, de suggérer quelques tendances.

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Contre Info, qui fait un travail absolument remarquable de mise en évidence des " infos absentes des prompteurs de JT "  (pub gratuite ! )
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Dimanche 27 janvier 2008

 

[ Questions Critiques, d'après Haaretz, 24 janvier 2008 ]

   

    Les relations entre Israël et la Turquie sont devenues très tendues ces deux derniers jours, après que le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a soutenu qu'aucun Israélien n'avait été tué par les missiles Qassam, tandis que chaque attaque des Forces de Défense d'Israël [FDI] tuent des douzaines de Palestiniens.

    Des hauts fonctionnaires du Ministère des Affaires Etrangères [israélien] ont remis une protestation à l'ambassadeur turc auprès d'Israël, Namik Tan, exigeant des clarifications sur les remarques d'Erdogan.

    "Compte tenu des relations amicales entre les deux pays, Israël est très déçu par les déclarations d'Erdogan … Israël espère une réponse différente de la part d'un Etat qui combat lui-même la terreur", a dit un haut fonctionnaire du Ministère des Affaires à Tan, en portant la protestation officielle.

    De plus, il est prévu que la Ministre des Affaires Etrangères Tzipi Livni s'adresse à son homologue turc, Ali Babacan, et une conversation téléphonique est envisagée entre le Premier ministre Ehoud Olmert et Erdogan.

    Des sources haut-placées à Jérusalem ont exprimé leur colère à propos des commentaires d'Erdogan.

    Erdogan a critiqué la fermeture de la bande de Gaza par Israël, ainsi que les opérations des FDI dans cette zone.

    "Les territoires palestiniens sont comme une prison à ciel ouvert, ils sont assiégés par Israël", a-t-il déclaré mercredi dans un discours aux parlementaires retransmis à la télévision.

    Il a accusé Israël pour la situation à Gaza : "Les gens de Gaza sont confrontés à une tragédie humanitaire", a-t-il dit. "Nous ne pouvons pas accepter une pratique qui se résume à punir près de 2 millions de personnes innocentes à cause de quelques attaques de roquettes… Lorsque nous demandons [à nos collègues israéliens] combien de citoyens israéliens sont morts à la suite de ces attaques de roquettes, nous n'obtenons aucune réponse".

   

    Source Questions Critiques : Erdogan déclare que les Qassams ne tuent pas...
    Original Haaretz : "Israeli-Turkish relations tense as Erdogan says Qassams don't kill"
    Auteur : Barak Ravid, Correspondant de Haaretz
    Date : 24 janvier 2008
    Traduction de l'anglais : JFG-QuestionsCritiques

   

publié dans : Revue de presse

Vendredi 25 janvier 2008

    Magistral !

   

[ Le Monde - 24 janvier 2008 ]

   

    "L'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance." Qu'en auraient pensé, devant le peloton d'exécution, Jean Cavaillès, Marc Bloch, Jean Prévost, Léo Lagrange ? Ils avaient assez de foi en eux pour hausser les épaules. Mais du temps où il y avait une gauche en France, cette injure - dans la bouche d'un président de la République - eût mis un million de citoyens sur le pavé. Une "politique de civilisation" ? Certes, mais laquelle ? Chacune se définit par sa façon de souder ou de distinguer le temporel et le spirituel. Des Eglises libres de l'Etat, dans une nation élue, comme aux Etats-Unis, ce n'est pas un islam inféodé à l'Etat, comme en Turquie, ni un Etat libre des Eglises, comme en France, fille de sainte Geneviève et de Diderot. Après d'heureux aperçus sur le considérable apport du christianisme, le discours du Latran a dérivé vers une falsification de notre état civil. Et la prière psalmodiée dans la capitale du fanatisme, Riyad, louant Dieu comme "le rempart contre l'orgueil démesuré et la folie des hommes", oublie que le Dieu unique a été autant cela que son contraire.

    C'est entendu : si aucune civilisation ne peut vivre sans valeur suprême, le temps est passé des messianismes de substitution qui demandaient à un accomplissement politique de pallier mort et finitude. Une république laïque n'a pas à promouvoir une quelconque Vérité, révélée ou "scientifique". Mais que notre chose publique, par une chanceuse exception, se soit affranchie, en 1905, des religions établies ne la réduit pas à une courte gestion de l'économie, notre intouchable état de nature. Enraciné dans l'instruction publique, le projet républicain d'émancipation a sa noblesse. Il y a un code des libertés publiques, mais la Fraternité n'est pas réglementaire. C'est une fin en soi, qu'on peut dire transcendante, sur laquelle peuvent se régler pensées et actions.

    Tout citoyen à la recherche de ce qui le dépasse se verrait enjoint de regarder l'au-delà ? Cela revient à délester la République de toute valeur ordonnatrice. Il y a loin de l'enseignement laïque du fait religieux, que j'avais recommandé, que l'Assemblée nationale a approuvé, à ce détournement dévot du fait laïque. Notre propos n'était pas d'humilier l'instit pour vanter l'iman ou le pasteur. Mais d'étendre les Lumières jusqu'au "continent noir" des religions, non de les abaisser. Encore moins de les éteindre. "La mystique républicaine, disait Péguy, c'était quand on mourait pour la République. La politique républicaine, c'est quand on en vit." Cette dernière ne sera pas quitte envers la première avec une gerbe de fleurs le 14-Juillet ou une belle envolée quinquennale. Faut-il, parce que les lendemains ne chantent plus, remettre aux détenteurs d'une Vérité unique le monopole du sens et de la dignité ? Entre la high-life et la vie consacrée, il y a le civisme. Entre le top model et Soeur Emmanuelle, il y a l'infirmière, l'institutrice, la chercheuse. Entre l'utopie fracassée et le Jugement dernier, il y a ce que l'on se doit à soi-même, à sa patrie, à autrui, à l'éthique de connaissance, au démon artistique. Ces transcendances-là, qui se conjuguent au présent, sans dogme ni magistère, ne sont pas les seules, mais elles ont inspiré Marie Curie, Clemenceau, Jean Moulin, Braque, Jacques Monod et de Gaulle (dont la lumière intérieure n'était pas la religion, mais l'histoire). Etaient-ce des professeurs de nihilisme ? Dans le rôle du mentor et du liant entre factions, la franc-maçonnerie des rich and famous semble avoir remplacé celle des loges radicales d'antan, moins flashy mais plus éclairante. Faut-il, parce que le Grand Occident succède au Grand Orient, réduire le gouvernement à une administration, la scène nationale à un music-hall et la foi religieuse au statut de pourvoyeuse d'espérance aux désespérés ? Après l'opium des misérables, l'alibi des richards ? Les vrais croyants méritent mieux.

    Au forum, la frime, à l'autel, l'authentique ? Dieu pour les âmes, l'argent pour les corps, ceci compensant cela. C'est l'idéal du possédant. Ce cynique équilibre entre indécence matérialiste au temporel et déférence cléricale au spirituel soulagerait nos élus de leurs obligations d'instruire et d'élever l'esprit public en payant d'exemple. Ce grand écart est possible dans un pays-église, formé au moule biblique, où neuf citoyens sur dix croient en l'Etre suprême et où l'Evangile peut faire contrepoids au big money. La France, où un citoyen sur dix reconnaît l'Inconnaissable, n'est pas la "One Nation under God". Les civilisations ne se délocalisent pas comme des stock-options ou des serials télévisés - anglicismes désormais de rigueur. Fin des Chênes qu'on abat, à La Boisserie, face à la forêt mérovingienne. "S'il faut regarder mourir l'Europe, regardons : ça n'arrive pas tous les matins. - Alors, la civilisation atlantique arrivera..." Encore une prophétie gaullienne confirmée ? Le divin atlantisme désormais à l'honneur donne congé à une tradition républicaine biséculaire au nom d'une tradition théodémocratique inexportable.

    L'actuel chef de l'Etat s'est donné dix ans pour rattraper le retard de la France sur la "modernité", nom de code des Etats-Unis, passés maîtres des arts, des armes et des lois. Et voilà que, sur un enjeu crucial où nous avions de l'avance sur la Terre promise des people, un born-again à la française nous mettrait soudain en marche arrière ? Bientôt la main sur le coeur en écoutant La Marseillaise ? Les lapins, faute de mieux, feront de la résistance.

 

    Régis Debray est écrivain, directeur de la revue MédiuM.

    

    Source Le Monde : Malaise dans la civilisation
    Auteur : Régis Debray
    Article paru dans l'édition du 25.01.08

    © Le Monde.fr

    

publié dans : Revue de presse

Jeudi 24 janvier 2008

  

[ Les Echos - 24 janvier 2008 ]

Le professeur Shiller ne mâche pas ses mots : la crise immobilière qui frappe les Etats-Unis est la plus grave depuis la Grande Dépression. Disséquant les mécanismes à l'oeuvre sur un « marché d'amateurs », il regrette le manque de lucidité de nombreux acteurs. Et, alors que la tourmente s'étend aux places boursières, met en garde contre ses conséquences.

  

Le pire de la crise immobilière américaine est-il passé, selon vous ?

Non. Le système financier va souffrir, les faillites personnelles vont se multiplier. Nous n'en sommes qu'au début. Nous assistons à la plus grave crise immobilière depuis la Grande Dépression de la fin des années 1920. Ses conséquences économiques ne seront sans doute pas aussi sévères même si le risque de récession est non négligeable. Mais on va assister à une véritable destruction de valeur. Des millions de gens vont perdre leur maison, et ce qui me chagrine, c'est que tout cela résulte de comportements parfois malhonnêtes. Le public a été entretenu dans un mythe, à savoir que le prix des logements finit toujours par remonter. On a poussé des gens à acheter des maisons surévaluées en recourant à des emprunts extrêmement complexes.

N'exagérez-vous pas un peu ? Ce n'est ni la première ni la dernière crise immobilière.

Nous avons effectivement connu des crises à la fin des années 1970, au cours des années 1980 et au tournant du siècle. Chacune a été d'une certaine manière plus forte que la précédente, plus profonde. Nous sommes en fait les victimes d'un changement de société. Les Etats-Unis sont devenus de plus en plus capitalistes. A la fin de la décennie 1970, le Congrès a modifié les règles encadrant le crédit et les taux d'intérêt. Désormais, les taux usuraires ne sont plus réglementés et petit à petit nous en sommes arrivés à la situation actuelle où des produits très sophistiqués sont proposés à des gens incapables de les comprendre. Le marché du crédit était autrefois contrôlé par des autorités locales. C'est devenu un marché national sans réel contrôle. Au début des années 2000, certains ont pris en otages les emprunteurs. Profitant du niveau historiquement bas auquel étaient tombés les taux à la suite de la crise de 2001, ils ont proposé des crédits assortis de taux capables de varier dans des proportions que les souscripteurs n'imaginaient pas. Les prêteurs savaient ce qu'ils faisaient. Les emprunteurs, non. Le capitalisme peut fonctionner à condition d'être régulé et que soient limités les risques d'abus.

Les emprunteurs n'ont-ils pas tout de même fait preuve d'un peu de naïveté ?

Certains, sans doute. Mais d'autres ont simplement été victimes de l'air du temps. Ils ont refusé d'ouvrir les yeux car ils préféraient croire que les prix de l'immobilier ne pouvaient que monter. Du côté des organismes de crédit ou même des politiques, certains se sont bouché les yeux. Ils pensaient rendre service aux nouveaux accédants à la propriété.

Autrement dit, le marché de l'immobilier ne serait pas rationnel ?

A la fin des années 1980, nous avions publié avec Karl Case un article qui avait surpris. Il démontrait que la croissance ou la décroissance des prix de l'immobilier suivait une courbe lisse, sans à-coups. C'est anormal, car, sur un marché spéculatif, hier ne permet pas de prédire demain, et l'année dernière encore moins l'année prochaine. Dans l'immobilier, si. Il peut certes y avoir des inversions de tendance, mais le mouvement est régulier. C'est en fait un marché d'amateurs se comportant de façon moutonnière. La nature humaine est parfois étrange mais les hommes ont souvent tendance à se croire plus malins que les autres. Dans une bulle immobilière comme dans une arnaque de type vente pyramidale (schéma de Ponzi), les intervenants sentent bien le côté irrationnel mais ils se disent que cela peut durer encore un peu et que, eux, seront capables d'en tirer profit avant que le château de cartes ne s'écroule. Les gens font montre d'une confiance excessive à l'égard de leur propre intuition. Quand les prix s'envolent, les sceptiques, qui estiment comprendre les mécanismes économiques, passent pour des idiots en choisissant de rester à l'écart du marché. Si l'immobilier a monté pendant X années, pourquoi ne monterait-il pas une année de plus ? Dans ces conditions, c'est presque rationnel de se dire que l'on peut acheter quitte à revendre rapidement avant que la tendance ne s'inverse.

Cette « folie » immobilière dont nous sommes régulièrement les victimes est-elle nouvelle ?

Il y a cinquante ans, l'évolution des prix de l'immobilier n'était pas un sujet de préoccupation. La presse n'en parlait pas et les indices que nous avons retrouvés montrent que les gens considéraient ce sujet d'une façon plutôt sereine. Le prix d'une maison, c'était à hauteur de 15 % celui du terrain, qui certes peut prendre de la valeur, et à 85 % les coûts de construction, en général assez stables puisque les progrès techniques et les gains de compétitivité permettent de compenser certaines hausses. A l'époque, personne ne voyait la pierre comme un investissement particulièrement bon. Les choses ont changé. Nous assistons à un phénomène de fièvre acheteuse auto-entretenue. Les prix montent, donc les gens en concluent qu'il faut acheter. Cela ne s'apparente pas à proprement parler à de la folie mais sans conteste à un manque de recul ou de perspective historique. Pour chaque bulle, on tente d'ailleurs de trouver une explication plausible. Cette fois-ci, on a parlé de victoire du capitalisme, de globalisation et d'enrichissement des Chinois et des Indiens, acheteurs de maisons partout dans le monde. C'est séduisant mais bien trop réducteur.

En même temps, sur la durée, les prix semblent bien être toujours à la hausse.

Certains ont intérêt à perpétuer ce mythe, mais c'est en grande partie un effet d'optique. L'inflation explique les hausses mais j'ai démontré, chiffres à l'appui, qu'aux Etats-Unis, les prix ajustés de l'inflation n'ont pas changé entre 1890 et 1990. Certains ont fait les calculs pour des villes comme Amsterdam depuis le XVIIe siècle ou des pays comme la Norvège et sont arrivés aux mêmes conclusions. Aujourd'hui, pour que les prix se retrouvent en ligne avec leur niveau historique, il faudrait qu'ils s'effondrent de 50 % aux Etats-Unis. Je ne dis pas que c'est ce que je prévois, mais je dois reconnaître qu'il n'y a là rien d'impossible.

Combien de temps, cette crise risque-t-elle de durer ?

Les cycles peuvent être longs. Lors d'une précédente crise, les prix à Los Angeles avaient atteint un pic en 1989 et touché leur point bas seulement en 1997. Soit neuf années de chute et, au total, un recul des prix ajustés de l'inflation de 40 %. Dans les dix premières agglomérations américaines, le point bas avait été atteint au bout de quatre ans et demi, en 1994. Au cours de cette période, les prix avaient reculé de 8 % en nominal mais de 20 % ajustés de l'inflation. Cette fois-ci, la crise pourrait durer plus longtemps et être plus profonde. N'oubliez pas qu'au Japon, les prix ont chuté pendant quinze années consécutives. On ne peut exclure une situation similaire aux Etats-Unis. Sans connaître une grave récession, nous pourrions traverser une longue période de croissance molle. La bulle n'a en effet pas affecté que la pierre. Le sentiment d'enrichissement a poussé les gens à accepter de payer beaucoup de choses plus cher. Les prix ont augmenté, les profits et les marges des entreprises se sont accrus. Nous allons peut-être connaître une situation inverse avec une réduction durable des marges. Incontestablement, l'optimisme va tomber. Les entreprises vont moins investir, les ménages épargner davantage.

Cette crise américaine peut-elle s'internationaliser ?

Bien sûr. Les prix de l'immobilier sont déjà en recul à Londres, et la Banque d'Angleterre a commencé à diminuer ses taux en réaction. Je ne suis pas un expert du marché français mais, même si les prix ne baissent pas encore, ne se tassent-ils pas ? Les marchés sont corrélés. Il ne faut pas regarder l'immobilier seulement avec des yeux d'économiste mais aussi de sociologue. La hausse se transmet comme une épidémie. La baisse aussi. Quand les prix montent autour de vous, cela entretient votre optimisme. Quand ils baissent, cela nourrit votre pessimisme. La vision que vous avez du monde affecte votre jugement. Aujourd'hui, les prix reculent aux Etats-Unis, du coup les institutions financières américaines sont fragilisées. Et je pense que les Français le savent.

Cette crise pourrait-elle dégénérer ?

Nous allons sans doute traverser une période difficile, mais ne prévoyons pas l'apocalypse. Il ne faut pas perdre de vue que depuis un demi-siècle l'économie mondiale est globalement en croissance continue. Il va y avoir des dommages mais ils seront sans doute localisés dans certains pays. Ce n'est pas la fin du monde. Le principal risque est en fait social. Au moment où les salaires des PDG atteignent des niveaux record et où la rentabilité des entreprises est à un sommet, on risque de mettre 2 millions de personnes dans la rue aux Etats-Unis. La crise du « subprime » va frapper les plus pauvres. Cela pourrait avoir de lourdes conséquences.

Mais cette crise ne pourrait-elle pas comporter aussi des effets bénéfiques ?

Ce qui fait la force et l'attrait de villes comme New York ou Paris, c'est en partie leur vitalité, résultat de leur diversité. Retirez les artistes, mais aussi les professeurs, les policiers..., ceux qui ne peuvent plus se permettre de vivre dans une ville qu'ils servent, et que reste-t-il ? Une ville ne peut vivre seulement grâce à des spéculateurs. Rares sont ceux prêts à l'admettre mais, paradoxe, une chute des prix peut aussi avoir des conséquences positives. Les hommes politiques parlent de pouvoir d'achat, de logement abordable, pourtant ils sont inquiets dès que les prix baissent dans l'immobilier. Mais l'accroissement des inégalités que l'on constate aujourd'hui et qui est en partie lié à l'évolution du prix des logements est aussi porteur de tensions sociales.

Existe-t-il un lien mécanique entre explosion des bulles immobilières et récession ?

Historiquement, on n'observe pas de lien entre l'évolution des prix des maisons et les récessions. A la rigueur, on peut constater une corrélation entre la construction et les cycles économiques. Souvent, les récessions sont ainsi précédées d'un recul de la construction. Cela dit, cette fois-ci, il ne s'agit pas d'une bulle parmi d'autres mais véritablement d'une bulle gigantesque...

Certains accusent la Banque centrale américaine et Alan Greenspan d'avoir joué avec le feu et de ne pas avoir agi pour éviter les bulles. Partagez-vous ce point de vue ?

Les bulles ont tendance à naître de façon autonome. La banque centrale, en baissant ses taux, peut bien sûr entretenir un mouvement mais sans doute pas le créer. Il ne faut pas accorder trop de poids aux banquiers centraux. Quand ils remplissent correctement leur mission, ils peuvent stabiliser une économie, pas fabriquer la croissance. Cela dit, aux Etats-Unis, Alan Greenspan aurait sans doute pu en faire plus pour mettre en garde le public. En 1996, il a certes prononcé un discours en évoquant « l'exubérance irrationnelle » des marchés. Mais il n'est jamais revenu dessus. Peut-être considérait-il que le rôle du président du Conseil des gouverneurs de la Fed est de contribuer au dynamisme de l'économie. Il était en fait le reflet d'un changement idéologique qui veut qu'on ne puisse remettre en cause l'efficacité et la pertinence du marché. Aujourd'hui, ses mémoires s'intitulent « Le Temps des turbulences ». Pourquoi n'a- t-il pas parlé plus tôt ? Faire exploser des bulles peut avoir des conséquences négatives, mais les laisser gonfler au-delà du raisonnable, n'est-ce pas encore pire ?

Le gouvernement américain a tenté de réagir. Peut-il être efficace ?

Le problème est que le gouvernement ne veut pas mettre d'argent public sur la table. Le secrétaire au Trésor, Hank Paulson, a proposé de standardiser certaines procédures pour éviter les faillites, de moraliser certaines pratiques, de mettre en place un service de conseil... Mais c'est un programme facultatif et, s'il ne fonctionne pas, on risque de nourrir la déception du public.

Que peut-on faire pour éviter que de nouvelles bulles ressurgissent demain ?

Il n'y a pas de solution miracle, mais pour freiner la folie spéculative et minimiser l'impact des retournements de tendance, on pourrait, par exemple, imposer que les mensualités des crédits varient en fonction de l'évolution constatée des prix. Les taux initiaux seraient peut-être plus élevés qu'aujourd'hui, mais il existerait ainsi un mécanisme d'ajustement. On pourrait prévoir une baisse des remboursements si, au bout du compte, la maison vaut moins que prévu. On peut aussi, comme je l'ai fait, créer un marché boursier qui permette d'investir sur l'évolution des prix dans l'immobilier, un marché des « futures » de la pierre. Lors de la phase de hausse, ceux qui croyaient que la demande allait se retourner ne pouvaient rien faire, à part attendre d'avoir raison. Avec le marché des « futures », qui malheureusement n'attire pas encore beaucoup de monde, on peut « shorter » l'immobilier, faire le pari que les prix vont baisser. Cela indique la tendance et pourrait contribuer à ouvrir les yeux.

   

    Source Les Echos : « La crise immobilière ne fait que commencer »
    Entretien réalisé par David Barrouxde (Bureau de New York)
    Date : 24 janvier 2008
    (Repéré par
Le petit vagabond
)

    Tous droits réservés - Les Echos 2008

   

    Robert Shiller est professeur d'économie à l'université de Yale. Il a élaboré avec le professeur Karl Case l'indice Case-Shiller, référence en matière d'évolution des prix de l'immobilier aux Etats-Unis.

    

publié dans : Revue de presse

Jeudi 24 janvier 2008

  

Poursuivre le rêve exhaltant de l'Union Européenne : un alignement militaire total, inconditionnel, définitif, ontologique sur les Etats-Unis.

   

[ Le Monde - 23 janvier 2008 ]

   

    Face à un monde moins sûr et moins prévisible, à des menaces devenues "asymétriques", caractérisées par l'émergence de multinationales de la terreur qui défient, à l'échelle mondiale, les gouvernements et les institutions internationales, les recettes militaires d'antan sont largement inopérantes.

    Tel est le constat dressé par cinq anciens chefs d'état-major de pays de l'Alliance atlantique, dans un rapport de 150 pages intitulé "Vers une grande stratégie pour un monde incertain". Ils concluent à la nécessité de lancer une stratégie globale, qui se décline par la formation d'un "directoire" occidental associant les Etats-Unis, l'Union européenne (UE) et l'OTAN.

    Les auteurs sont d'anciens responsables militaires de cinq pays qui, à part la France, sont naturellement atlantistes : le général américain John Shalikashvili, ex-commandant en chef de l'OTAN en Europe, le maréchal britannique Lord Peter Inge, le général allemand Klaus Naumann, ancien président du comité militaire de l'OTAN, le général néerlandais Henk van den Breemen et l'amiral français Jacques Lanxade. Leurs recommandations devraient être examinées avec attention lors du prochain sommet de l'OTAN, en avril, à Bucarest.

    Il est probable que certains alliés ne se rangeront pas facilement aux thèses qu'ils défendent s'agissant de l'utilisation, de façon préventive, des armes nucléaires. L'"emploi en premier" de telles armes doit demeurer un "instrument ultime" pour empêcher l'utilisation par un adversaire d'armes de destruction massive, estiment-ils. Si, à première vue, il peut sembler "disproportionné", il l'est moins si l'on tient compte des destructions qu'il pourrait éviter. L'"emploi en premier" est légitime, concluent-ils, puisqu'il a servi de fondement à toute la planification nucléaire de l'OTAN pendant la guerre froide.

    La France, dont la doctrine de dissuasion nucléaire comporte la notion d'"ultime avertissement", estime que des frappes nucléaires préventives peuvent se justifier s'il faut signifier à un adversaire que ses "intérêts vitaux" sont en jeu. Les Etats-Unis, de leur côté, revendiquent le droit à l'action "préemptive", c'est-à-dire la possibilité de lancer des frappes avant tout signe d'agression.

"DIRECTOIRE" OCCIDENTAL

    A l'heure où l'OTAN connaît, en Afghanistan, un enlisement qui ressemble à celui des Etats-Unis en Irak, ces cinq anciens responsables militaires préconisent un sursaut stratégique. Le constat qu'ils dressent de l'environnement international n'est guère contestable : changements démographiques et climatiques, perte du "rationnel" dans les sociétés occidentales (le sens de l'identité nationale), complexité des menaces, prolifération des armes de destruction massive, raréfaction des ressources, montée des puissances régionales (Chine, Inde), etc.

    Devant les défis d'un monde de plus en plus globalisé, insistent-ils, aucun pays, aucune organisation, ne peut espérer l'emporter seul. D'où cette idée de "directoire" occidental, qui doit s'appuyer, estiment-ils, sur les organisations existantes. De ce point de vue, leur choix est fait : c'est l'OTAN qui est l'institution "la plus appropriée" pour servir de socle à une future architecture internationale de sécurité, à condition que l'Alliance s'adapte à l'évolution des conflits, notamment en se servant des outils non militaires que, contrairement à elle, l'Union européenne possède.

    A l'évidence, ce directoire occidental à trois, qui serait chargé de "coordonner toute coopération dans une sphère d'intérêt commun transatlantique", serait sous influence américaine, et son orientation idéologique semble fort éloignée de concepts tel que le "dialogue des civilisations". Il s'agit de trois partenaires partageant "des buts, des valeurs et des intérêts communs", dont l'un serait les Etats-Unis, l'autre une alliance militaire dominée par Washington (ce qui permettrait aux Etats-Unis d'exercer une "double influence effective" au sein du directoire), et le troisième une Union européenne où les derniers entrants (les pays de l'est de l'Europe) considèrent que l'OTAN est le seul parapluie de sécurité qui vaille.

    Les auteurs revendiquent ce tropisme atlantiste. L'Union, notent-ils, doit "cesser son obstruction à la coopération UE-OTAN", et doit faire tous les efforts "pour devenir le véritable et indispensable partenaire des Etats-Unis".

   

    Source Le Monde : Réflexions militaires occidentales sur l'usage préventif de l'arme nucléaire
    Auteur : Laurent Zecchini
    Date : 23 janvier 2008

    © Le Monde.fr

   

    Lire également sur de defensa des compléments sur ce sujet, ainsi qu'une intéressante analyse : OTAN de nos alarmes

   

    

publié dans : Revue de presse

Mercredi 23 janvier 2008


 [ Contre Info - 23 janvier 2008 ]

   

    « La crise actuelle marque la fin d’une période d’expansion du crédit basée sur un dollar jouant le rôle de monnaie de réserve internationale. Les crises périodiques précédentes résultaient de processus d’emballement puis d’éclatement (boom et bust). Celle-ci marque la fin d’un super-boom économique qui a duré 60 ans. »

    

    Par George Soros, Financial Times, 22 janvier 2008

    La crise financière actuelle a été déclenchée par une bulle dans le marché immobilier des USA. Par certains aspects, elle ressemble aux autres crises qui sont apparues depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, à des intervalles allant de quatre à 10 ans.

    Cependant, il existe une différence profonde : la crise actuelle marque la fin d’une période d’expansion du crédit basée sur un dollar jouant le rôle de monnaie de réserve internationale. Les crises périodiques précédentes résultaient de processus d’emballement puis d’éclatement (boom et bust). Celle-ci marque la fin d’un super-boom économique qui a duré 60 ans.

    Les processus d’emballement et d’éclatement résultent généralement du crédit et sont toujours basés sur une erreur de jugement. Il y a en général une incapacité à reconnaître l’existence d’une rétroaction circulaire entre la disposition à prêter et la valeur des collatéraux. L’assouplissement du crédit génère une demande qui pousse à la hausse la valeur des actifs, qui en retour augmente le montant de crédit disponible. Une bulle commence lorsque les gens achètent un logement en espérant qu’ils pourront refinancer leur emprunt en réalisant un profit. La bulle récente de l’immobilier US en est un bon exemple. Mais ce super-boom sur une période de 60 ans relève d’un modèle plus complexe.

    Chaque fois que l’expansion du crédit a provoqué des troubles, les autorités de régulation sont intervenues en injectant des liquidités et en trouvant d’autres biais pour stimuler l’activité économique. Cela en créé un système d’incitations asymétriques, également appelé « risque moral » (moral hazard) [1] , qui a encouragé la poursuite de l’expansion du crédit. Ce système a si bien réussi que certains ont fini par croire en ce que le président Reagan appelait la magie des marchés et que je nomme quant à moi le fondamentalisme de marché. Les fondamentalistes croient que les marchés tendent vers l’équilibre et que l’intérêt commun se voit le mieux servi lorsque l’on autorise les participants à poursuivre leurs propres intérêts. C’est d’évidence une conception erronée, car ce sont les interventions des autorités qui ont empêché les marchés financiers de s’effondrer, non les marchés eux-mêmes. Quoi qu’il en soit, le fondamentalisme de marché est devenu l’idéologie dominante dans les années 1980, lorsque les marchés financiers se sont mondialisés, et que les USA ont commencé à connaître un déficit de leur balance commerciale.

    La mondialisation a permis aux USA de puiser dans l’épargne du reste du monde et de consommer plus qu’ils ne produisaient. Le déficit de la balance des paiements US a atteint 6,2% du PIB en 2006. Les marchés financiers ont encouragé les consommateurs à emprunter en créant des instruments toujours plus sophistiqués et en offrant des conditions toujours plus généreuses. Les autorités ont aidé et encouragé ce processus en intervenant à chaque fois que le système financier a été menacé. Depuis 1980 les réglementations ont été progressivement assouplies jusqu’à disparaître presque complètement.

    Le super-boom est devenu incontrôlable lorsque les nouveaux produits sont devenus si complexes que les autorités elles mêmes sont devenues incapables d’évaluer le risque lié au crédit et ont commencé à s’appuyer sur les méthodes mises en œuvre par les banques. De la même façon, les agences de notation se sont basées sur les informations fournies par les émetteurs des produits synthétiques [2]. Elles ont ainsi abdiqué leurs responsabilités de manière choquante.

    Tout ce qui pouvait tourner mal l’a fait. Cette crise qui a débuté par les emprunts hypothécaires subprimes, s’est étendue à toutes les obligations adossées à des actifs (CDO), a mis en danger les compagnies d’assurance et de réassurance des obligations des municipalités et des emprunts immobiliers, et menace de contaminer le marché des Credit-Defaut Swap [3] , qui pèse plusieurs milliers de milliards de dollars. Pour les banques d’investissement, les crédits accordés pour les opérations de Leverage Buy-Out sont passés de l’actif au passif [4]. Les stratégies réputées neutres par rapport au marché [5] s’avèrent ne pas l’être et les fonds d’investissement qui y ont eu recours devront dénouer leurs positions. Le marché du papier commercial adossé à des actifs est au point mort et les Special investment Vehicles (SIV) créés par les banques pour sortir les emprunts hypothécaires de leurs livres de comptes ne peuvent plus obtenir de financement. Le coup de grâce a été donné lorsque les prêts interbancaires qui sont au cœur du système financier ont été désorganisé par le fait que les banques conservaient leurs ressources et ne se faisaient plus confiance. Les banques centrales ont du injecter des sommes sans précédent, en étendant à un niveau encore inconnu la gamme des collatéraux acceptés en contrepartie de prêts [6]accordés à un nombre jamais atteint de banques. Tout ceci rend cette crise plus sévère qu’aucune autre depuis la deuxième guerre mondiale.

    Cette phase d’expansion du crédit doit maintenant être suivie par une période de contraction car certaines méthodes et certains nouveaux instruments de crédit ne sont pas fiables et ne peuvent être maintenus. La capacité des autorités financières à stimuler l’économie est contrariée par les réticences manifestées par le reste du monde pour accumuler des réserves supplémentaires en dollar. Jusqu’à récemment, les investisseurs espéraient que la Réserve Fédérale aurait tout fait, quoi qu’il en coûte, pour éviter une récession, car c’est ce qu’elle avait fait auparavant. Désormais ils doivent comprendre que la Fed pourrait bien n’être plus en position d’agir encore ainsi. Avec les cours du pétrole, de l’alimentation et des autres matières premières qui restent soutenus, et le Renminbi chinois qui s’apprécie rapidement, la Fed doit aussi se préoccuper de l’inflation. Si le taux de la banque centrale US baisse sous un certain niveau, le dollar serait soumis à de nouvelles pressions et le rendement des bons à long terme finirait par s’élever. Où ce situe ce niveau ? C’est impossible à déterminer. Mais s’il est atteint, la capacité de la Fed à stimuler l’économie disparaîtra.

    Bien qu’une récession dans le monde développé soit maintenant plus ou moins inévitable, la Chine, l’Inde et certains pays producteurs de pétrole sont au contraire dans une tendance de forte croissance. La crise financière actuelle pourrait donc se traduire moins par une récession globale que par un réalignement de l’économie mondiale, accompagnée d’un déclin relatif des USA et de l’essor de la Chine et des pays en développement.

    Le danger réside dans le fait que les tensions politiques résultantes, y compris le protectionnisme US, pourraient désorganiser l’économie mondiale et plonger le monde dans une récession, ou pire encore.

    Publication originale Financial Times,  traduction et illustrations : Contre Info

[1] Lexique Vernimmen : Les Anglo-Saxons parlent de Moral hazard lorsque les dirigeants ont intérêt à continuer de faire croître leur groupe par endettement, le rendant ainsi trop gros pour faire faillite

[2] Par exemple les CDO, qui sont des titres adossés à des pools d’emprunts, découpés par tranches de risque, ou les CDO au carré qui sont des titres adossés à des CDO, sans oublier les CDO au cube qui sont des CDO de CDO de CDO....

[3] Les Credit-Defaut Swap sont des contrats de gré à gré ou le vendeur accepte de garantir les risques de non paiement ou de perte de capital sur un titre ou une obligation

[4] Lors du montage des opérations d’achat inamical d’entreprise connues sous le nom de LBO, les banques accordent un crédit relais (un « pont » dans le jargon). Si l’opération n’est pas conclue par une levée de capitaux, le pont ne mène nulle part et se transforme en cul-de-sac (« pier ») pour la banque qui doit conserver ce prêt dans ses livres.

[5] Market neutral : position qui ignore la corrélation au risque par rapport au marché et qui utilise le principe de la vente et de l’achat à découvert de la même importance.

[6] Les « injections » de liquidités des banques centrales sont en fait des prêts pour lesquelles elles demandent un dépôt de garantie - un collatéral - comme par exemple un bon du trésor. A l’automne les banques ont assoupli les règles définissant les collatéraux acceptables, et la Fed y a désormais inclus les titres adossés aux hypothèques.

   

    Source Contre Info : George Soros : La pire crise des marchés en 60 ans
    Date : 23 janvier 2008

   

publié dans : Revue de presse

Mardi 22 janvier 2008

[ Le Temps, 22 janvier 2008 ]


Le krach de ce 21 janvier 2008 rappelle, sur les écrans, ceux d'autres époques de l'histoire. Mais il a quelque chose d'unique. Il ne s'agit pas d'une panique ponctuelle suite à un acte de terreur, comme en septembre 2001. Ni du reflet de valorisations excessives suite à l'éclatement d'une bulle spéculative, comme en mars 2000. Cette fois, la chute brutale des cours boursiers se produit alors que les bilans des entreprises sont sains, en dehors des secteurs financier et immobilier.

Ce krach constitue un ajustement à la réalité, depuis que les investisseurs sont conscients que les marchés financiers sont infectés par les titres d'actifs défaillants. Les actions européennes ont abandonné 23% depuis juin dernier. Les investisseurs se débarrassent sans discernement de ce qu'ils peuvent vendre, à commencer par les actions d'entreprises très performantes, les seules dont ils peuvent tirer une valeur.

Une crise de confiance des investisseurs s'est installée envers les papiers adossés à des hypothèques américaines pourries et autres crédits risqués, autant de faux conduits de valeur. L'aversion croissante au risque semble s'être muée en dégoût épidermique vis-à-vis de la notion même de titre. Le monde des papiers-valeurs a montré ses limites lorsqu'il a permis de perdre le contrôle de l'exacte mesure du risque.

Les remèdes des banques centrales n'ont fait qu'aggraver la crise de confiance: avec les injections massives de liquidités dans le système monétaire et les baisses de taux d'intérêt, la masse monétaire a connu sa plus forte croissance annuelle de tous les temps. Du coup, la notion même de papier-monnaie, sorte de chèque sans provisions, perd de sa crédibilité. Corollaire de cette désaffection, les investisseurs se reportent en masse sur les actifs physiques tels que l'or, la terre, l'immobilier et l'infrastructure des pays en forte croissance.

Le retour des investisseurs à la bourse, lorsqu'elle aura fini de se «nettoyer», devra absolument s'accompagner d'une réflexion de base sur l'adéquation entre la valeur d'un actif physique et le titre financier qui lui est adossé.

   

    Source Le Temps : Le krach du dégoût  (édito)
    Auteur : Myret Zaki
    Date : 22 janvier 2008

    © Le Temps, 2008.

   

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Mardi 22 janvier 2008

 

[Contre Info. Radar du 21 janvier]

  

    Selon les sondages, un tiers des Américains pense que la Chine « dominera bientôt le monde », tandis que près de la moitié considère l’émergence de ce pays comme « une menace à la paix mondiale ».

    La plus grande menace qui plane sur les relations bilatérales est probablement la croyance qu’un conflit est inévitable. Durant toute l’histoire, chaque fois qu’une puissance naissante a suscité la peur de ses voisins et d’autres grandes puissances, celle-ci devenait source de conflits. Dans de telles circonstances, les événements secondaires peuvent déclencher une réaction en chaîne catastrophique.

    Aujourd’hui, l’incident déstabilisant le plus probable est lié aux relations complexes dans le détroit de Taiwan. (...)

    Il est dans l’intérêt des Etats-Unis de maintenir de bonnes relations avec la Chine et de protéger les droits de l’homme et la démocratie à Taiwan ; et non d’en faire un pays souverain siégeant aux Nations Unies.

   

     Source Project Syndicate : Le « facteur peur » des relations sino-américaines by Joseph S. Nye

 

    La Chine n’a aucune visée expansionniste mais elle n’abandonnera à aucun prix l’exercice de sa souveraineté - d’une légitimité incontestable - sur Taiwan. Ce processus de réunification peut éventuellement être accompagné, en aucun cas contrecarré, sauf à vouloir jouer les incendiaires.

    Mais là encore, les USA font preuve d’une remarquable inintelligence, cédant à leur habituelle obsession impériale, parfaitement dangereuse, parfaitement déraisonnable, et par ailleurs dénuée de toute chance de succès.

    De la Palestine au Liban, de l’Irak à l’Afghanistan et au Pakistan, du bouclier anti-missile en Europe de l’Est aux relations avec la Chine, c’est toujours la même logique de domination et de confrontation qui est à l’oeuvre, avec les résultats que l’on sait.

    Que faudra-il donc pour que ce pays accepte de faire le deuil de son rêve malsain d’hégémonie ? Un Démocrate à la Maison Blanche y suffira-t-il ? Permettez-nous d’en douter.

   

    Source : Contre Info

   

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Lundi 21 janvier 2008

 

    Il y a soixante ans, presque jour pour jour, l’Assemblée générale des Nations unies décidait, à la majorité requise des deux tiers, de partager la Palestine en un État juif et un État arabe, plus une zone sous «régime international particulier» pour Jérusalem et les Lieux saints.

    Un an et demi plus tard, c’est à un tout autre partage qu’a abouti la guerre de 1948: Israël a vu le jour et augmenté d’un tiers son territoire, annexant une partie de l’État palestinien, mort né, dont le reste est passé aux mains de la Jordanie et de l’Égypte. Et surtout plusieurs centaines de milliers de Palestiniens, qui vivaient sur les territoires finalement occupés par Israël, ont dû quitter leurs foyers.

    C’est sur ce dernier point que, depuis soixante ans, une intense bataille de propagande oppose deux versions des événements:

    Pour les historiens palestiniens et arabes, il s’agit d’une expulsion. La majorité de ces 700 000 à 900 000 réfugiés ont été contraints au départ, au cours des affrontements judéo-palestiniens, puis de la guerre israélo-arabe, dans le cadre d’un plan politico-militaire jalonné de nombreux massacres. C’est notamment la thèse défendue, dès 1961, par Walid Khalidi, dans son essai «Plan Dalet: Master Plan for the Conquest of Palestine» (1), et, plus récemment, par Elias Sanbar dans Palestine 1948. L’Expulsion (2).

    Selon l’historiographie israélienne traditionnelle, au contraire, les réfugiés - 500 000 au maximum - seraient partis volontairement, répondant aux appels des dirigeants arabes qui leur auraient promis un retour rapide après la victoire. Non seulement les responsables juifs n’auraient pas planifié d’éviction, mais les rares massacres à déplorer – en premier lieu celui de Deir Yassine, le 9 avril 1948 – auraient été le fait des troupes extrémistes affiliées à l’Irgoun de Menahem Begin et au Lehi d’Itzhak Shamir.

    Dès les années 1950, quelques personnalités israéliennes, liées notamment au Parti communiste, contestaient cette thèse. Depuis la seconde moitié des années 1980, elles ont été rejointes dans leur critique par un certain nombre de journalistes et de chercheurs: Simha Flapan, Tom Segev, Avi Schlaïm, Ilan Pappé et Benny Morris - c’est ce dernier, avec The Birth of the Palestinian Refugee Problem, qui a donné le signal du scandale et inventé l’expression «nouveaux historiens» (3) . Au point de s’attirer les remontrances plus ou moins acerbes d’historiens plus ou moins orthodoxes (4) qui s’efforcent de faire barrage à cette «révision» de l’histoire d’Israël.

    Curieusement, pendant plus de dix ans, aucun ouvrage des «nouveaux historiens» consacré à l’analyse de ces événements – les premiers datent pourtant de 1987 – n’a été traduit en français. Comment accepter qu’une contribution aussi importante à des événements fondateurs du Proche-Orient contemporain, disponible en anglais et en hébreu, reste inaccessible au public francophone ? C’est pourquoi, en 1998, j’ai écrit, avec Joseph Algazy, un livre de synthèse de leurs travaux, qui vient d’être republié, dans une version actualisée et augmentée, Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949). L’écho de la première édition a sans doute contribué, comme je l’espérais, à débloquer la situation: le fait est que, depuis 1998, Benny Morris, Ilan Pappé, Tom Segev, Avi Shlaïm ont vu six de leurs livres traitant entièrement ou notamment de la guerre de 1948 publiés en français (5).

    Ce retard dans la publication en français des travaux des «nouveaux historiens» n’aide pas à comprendre comment cette école s’est développée. En réalité, deux phénomènes se sont conjugués pour inciter ces chercheurs à se pencher sur les origines de l’État d’Israël et du problème des réfugiés palestiniens: le premier, c’est bien sûr l’ouverture, à partir de 1978, des archives israéliennes concernant cette période: les chercheurs y puisent l’essentiel de leurs sources. Or, comme le note à juste titre l’historien palestinien Nur Masalha, «l’histoire et l’historiographie ne devraient pas nécessairement être écrites, exclusivement ou essentiellement, par les vainqueurs» (6)  ; mais la plongée dans les archives israéliennes - ainsi qu’américaines et britanniques - n’aurait pas été si fructueuse si les années suivant leur ouverture n’avaient pas été marquées par la guerre du Liban et le déclenchement de la première Intifada. Bref, les «nouveaux historiens» mettent à jour l’origine du problème palestinien alors même que celui-ci revient au premier plan et appelle des solutions nouvelles.

    [...]

  

    Dominique Vidal, membre de la rédaction du Monde Diplomatique est l’auteur de Comment Israël expulsa les Palestiniens : Les nouveaux acquis de l'Histoire (1945-1949), Editions de l’Atelier, novembre 2007

   

    Lire l'article : Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949) . pdf   
    Source
A l'encontre
    Auteur : Dominique Vidal
    Date : 11 janvier 2008

    

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Lundi 21 janvier 2008


[Contre Info, 21 janvier 2008]

« Selon notre correspondant à Beyrouth, les Gazaouis se sont précipités dans les épiceries pour se procurer les denrées alimentaires de base comme le pain et il est prévu à partir de 20 heures ce soir que les centrales électriques de la bande de Gaza suspendent toutes leurs activités en raison de la pénurie de carburant provoqué par le bouclage du territoire palestinien par le régime israélien. »

   

        Agence IRNA, 20 janvier 2008

   

   Ce bouclage total de la bande de Gaza, imposé par le régime israélien aggravant la pénurie de carburant a suscité l’inquiétude de l’ONU.

L’armée du régime israélien a parallèlement poursuivi ses opérations et en particulier ses raids aériens dans la bande de Gaza. Elle a en outre arrêté dix Palestiniens.

Depuis jeudi, l’approvisionnement en carburants, en produits alimentaires et en aide humanitaire est stoppé.

Conséquence immédiate : de nombreuses stations-services n’avaient plus de carburant, dès samedi, nécessaire au fonctionnement des générateurs qui fournissent l’électricité lors des coupures de courant, qui sont de huit heures par jour.

Kanaan Abeïd, directeur adjoint de la Direction palestinienne de l’Energie, a déclaré que l’une des deux turbines de la centrale avait été mise à l’arrêt dans la matinée et que la seconde serait arrêtée dans l’après-midi.

"Il n’y a plus de carburant qui arrive et nous n’avons pas de réserves", a-t-il expliqué, estimant à un million le nombre d’habitants qui seront affectés par la fermeture totale de la centrale.

Le régime israélien a fermé tous les points de passage y compris pour les carburants. Vendredi, il n’y a eu aucune livraison.

Selon le responsable de l’agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés de Palestine (Unrwa) à Gaza, John Ging, la seule centrale électrique de Gaza, qui ne fonctionne déjà qu’à moitié de sa capacité, devrait rapidement cesser sa production sans approvisionnement rapide.

"Nous sommes très inquiets car il y a déjà de très importantes coupures d’électricité" en raison de la réduction en décembre de l’approvisionnement du régime israélien de courant à Gaza, a-t-il dit, précisant que les hôpitaux du territoire avaient du mal à fonctionner. Des quartiers sont sans électricité depuis quatre jours.

Face à cette situation, le porte-parole du Hamas, Taher al-Nounou, a appelé l’Egypte à ouvrir le point passage de Rafah pour "faire entrer les produits de base ».La frontière de Rafah, entre le sud de la bande de Gaza et l’Egypte, est fermée depuis la prise du pouvoir à Gaza par le Hamas en juin. L’Egypte n’a autorisé son ouverture que très rarement.

A Ramallah en Cisjordanie, le premier ministre palestinien Salam Fayyad a appelé la communauté internationale à "offrir une protection internationale à notre peuple à Gaza face à la tyrannie de l’occupant qui place injustement sur un pied d’égalité l’affolement des Israéliens et le sang des Palestiniens".

Il faisait allusion à la peur que provoque dans le sud d’Israël la chute de roquettes palestiniennes qui font rarement des victimes et aux représailles du régime israélien meurtrières à Gaza, où 36 Palestiniens ont été tués depuis le 15 janvier. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a exprimé son inquiétude après le bouclage de Gaza et appelé à la fin à l’escalade des violences qui selon lui pourraient donner un coup fatal à la récente relance des négociations israélo-palestiniennes.

   

    Source Contre Info, d'après agence IRNA
    Date : 21 janvier 2008

 

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Dimanche 20 janvier 2008

   

    « Le choix de la procédure parlementaire n’est pas un choix de simplification. Ce n’est pas un choix d’opportunité. C’est un choix de défiance à l’égard du peuple. Pis, un choix de défiance négocié, puisque le Président de la République a clairement indiqué que l’absence d’un nouveau référendum et la ratification par la voie parlementaire étaient des conditions préalables posées par nos partenaires à la signature du traité de Lisbonne. » (Alain Vidalies).

    Deux interventions intéressantes à la tribune de l’Assemblée Nationale, en séance du mardi 15 janvier 2008, à lire sur Contre Info.

        - Intervention de M. Alain Vidalies : Le refus du referendum est un déni de démocratie

        - Intervention de M. Nicolas Dupont Aignan : Traité de Lisbonne : « la violence d’un coup de force parlementaire »

   

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Dimanche 20 janvier 2008

Par Didier Maus, président émérite de l’Association française de droit constitutionnel.

  

[Le Figaro, 18 janvier 2008]

   

    La signature, le 13 décembre 2007, du traité de Lisbonne sur l’Union européenne conduit à soulever une question constitutionnelle : le Parlement peut-il désavouer le peuple ? Les données du problème sont simples et connues :

1.- Par le référendum du 29 mai 2005, le peuple français a refusé la ratification du traité établissant une Constitution pour l’Europe ;

2.- Le traité de Lisbonne, dont chacun reconnaît qu’il reprend l’essentiel du traité de Rome, constitue une étape très significative du « processus d’intégration européenne » ;

3.- Dans ces conditions, que l’on soit favorable ou défavorable au traité, peut-on passer outre à la décision du peuple de mai 2005 en l’annulant par un vote du Parlement ?

    Dans la France contemporaine, le référendum de 2005 est le troisième référendum négatif . Après le référendum du 5 mai 1946, une nouvelle Assemblée constituante a été élue et un nouveau référendum, le 13 octobre 1946, a permis d’adopter la Constitution de la IVe République. Le 27 avril 1969, le peuple français a rejeté le projet présenté par le général de Gaulle à propos de la régionalisation et d’une réforme du Sénat. Le résultat a entraîné, dans les heures qui suivirent, la démission du président de la République. De ce fait, cette réforme est restée lettre morte. La ratification du traité de Lisbonne par le Parlement, suite à un échec référendaire, consisterait donc une première.

    D’un strict point de vue constitutionnel, la procédure normale de ratification d’un traité relève du Parlement. Ce n’est que lorsque le traité, sans être contraire à la Constitution, est susceptible d’avoir des conséquences sur les institutions que le président de la République peut demander l’accord du suffrage universel.

    Le référendum du 20 septembre 1992 sur le traité de Maastricht était fondé dans la pensée de François Mitterrand sur les conséquences des évolutions politiques et juridiques contenues dans le traité.

    Un raisonnement identique avait conduit Jacques Chirac à décider le référendum de 2005 sur le traité constitutionnel.

    Le traité de Lisbonne contient non seulement d’importants aménagements et renforcements des politiques sectorielles de l’Union européenne, notamment en matière de justice et de sécurité intérieure, mais reprend les innovations les plus significatives de l’évolution prévues par le traité constitutionnel de 2004 et adopte, même si le lien est moins apparent, la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Il y aurait donc toutes les raisons de prolonger les raisonnements de 1992 et 2005 et demander au peuple français d’approuver le nouveau traité.

    Prétendre que ce traité, sous prétexte qu’il comprend désormais un traité de l’Union européenne et un traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, serait un « minitraité » ou un « traité simplifié » relève d’une erreur d’analyse et d’un abus de vocabulaire. Pour éviter de multiples consultations, le référendum pourrait être organisé en même temps que le premier tour des élections municipales, le 9 mars prochain.

    À partir du moment où le traité de Lisbonne n’est pas substantiellement différent de celui de 2004, demander au Parlement de désavouer le peuple aurait un double inconvénient : amoindrir la confiance des Français dans leur système politique et constitutionnel ; enfermer l’Europe politique dans le cénacle des spécialistes et lui refuser une véritable légitimité démocratique.

    Un nouveau référendum pourrait être à nouveau un grand moment de débat démocratique. Aux partisans du oui d’être convaincants.

   

   Source Le Figaro : Le Parlement peut-il désavouer le peuple ?
   Auteur : Didier Maus
   Date : 18 janvier 2008

   

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Samedi 19 janvier 2008

[Contre Info, Radar du 17 janvier , extrait]

   

Trois civils palestiniens, dont une mère et son fils, ont été tué lors d’un bombardement israélien sur le nord de Gaza jeudi, selon des sources palestiniennes.

Marim el-Rahel, son fils Mansour et un autre membre de la famille ont été tués alors qu’ils se déplaçaient dans une carriole tirée par un âne près de Beit Lahia, atteints par des missiles tirés par un avion israélien.

    Source : www.ynetnews.com

   

Une carriole tirée par un âne...

Les enfants de Gaza apprennent chaque jour, depuis de trop nombreuses années déjà, la loi d’airain de la force brute. Le silence, la complaisance de l’Europe devant l’occupation brutale - et pourtant sans avenir - d’Israël nous rendent complice.

Comment les hommes et les femmes soumis à cette violence, à ce déni d’humanité, ne pourraient-ils avoir un désir profond de revanche contre leurs oppresseurs et ceux qui leur accordent un blanc-seing ?

L’attrait pour le « Jihad, » cette loi supposée intangible promulguée par Dieu, prenant le pas sur le politique qui oppose certes, mais oblige aussi les hommes à négocier leurs différents et à admettre l’autre, vient de là pour une grande part. C’est la faillite de l’espoir d’une réconciliation qui mène aux extrêmes et à l’inhumanité qu’autorisent le sentiment d’être justifié par une « loi » divine supérieure à celle des hommes.

Le confort de la distance, de l’indifférence - mais aussi du sentiment d’impuissance naissant devant une classe politique apparemment aussi pusillanime dans le domaine de l’international - permettent aux peuples d’occident de s’installer dans un sentiment d’irresponsabilité.

Il y a là un aveuglement dont nous paierons un jour ou l’autre le prix.

 

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Vendredi 18 janvier 2008



Emission de France Culture. Enjeux Internationaux. 
         
Emission du 15/01/2008 : Nouvel ordre mondial
          Ecouter l'émission : Fichier mp3 (4,17 Mo - env. 10mn) 

   

Transcription et adaptation (Opus Incertum)

  

Thierry Garcin reçoit Pierre Hillard

   

Thierry Garcin ― Bonjour Pierre Hillard. Vous êtes l’auteur d’un ouvrage qui vient de paraître, un recueil de chroniques : La marche irrésistible du nouvel ordre mondial, chez François-Xavier de Guibert. Vous défendez la thèse qu’il a un projet mondial américain pour imposer la composition de grands groupes régionaux économiques plus ou moins balkanisés et fondés sur l’affaiblissement des Etats et le développement de souverainetés locales ou régionales afin de constituer à terme une sorte de grand empire transatlantique, plus apatride que cosmopolite et qui proposerait une sorte de gouvernance mondiale ou de gouvernement du monde. Est-ce bien cela ? Et d’abord, pourquoi mondialisme et pas mondialisation ?

Pierre Hillard ― La mondialisation, se sont des échanges de biens, de moyens financiers et de personnes, avec une accélération progressive due au développement de la technique ; c’est donc une évolution géoéconomique normale. En revanche, le mondialisme, c’est une idéologie qui a pour objectif d’abattre les nations pour aboutir à une sorte de gouvernance mondiale. Cette idéologie est sous-tendue par un arrière fond métaphysique que nous n’avons pas le temps d’évoquer ici. L’objectif est d’abord de créer de grands blocs continentaux unifiés. L’Union européenne est un exemple ; d’ou cette volonté acharnée de mettre en place ce fameux traité de Lisbonne, avec la personnalité juridique, la supériorité du droit européen sur le droit national, … alors que les Français et Hollandais ont dit non, on passe outre malgré tout. Il y a symétriquement la volonté de créer un grand bloc nord américain, une Union Nord Américaine.

   

T.G. ― Votre ouvrage est très documenté. Vous êtes très familier d’un certain nombre de ces institutions et  organismes transatlantiques qui fourmillent et vous montrez que ces idées  contaminent les élites, qui sont un peu schizophréniques dans leurs relations à l’égard de Washington. Plus elles sont fédéralistes plus les liens qu’elles ont avec les américains sont complexes.

P.H. ― Toutes ces élites travaillent ensemble et tout est lié. Par exemple, cette Union Nord Américaine qu’on veut mettre en place qui réunirait les Etats-Unis, le Canada et le Mexique et qui formerait un bloc unifié politique économique et militaire a été lancé par le Concil on Foreign Relations (CFR) et lancée officiellement en mars 2005 à Waco. Les auditeurs peuvent vérifier cela sur YouTube en cherchant « North American Union » ou « Amero », parce qu’il y a la volonté de remplacer le dollar américain, le dollar canadien et le peso mexicain par une nouvelle monnaie qui s’appellerait l’Amero, ou dollar Nord-Américain, le nom n’est pas encore fixé ; ce serait l’équivalent de l’euro de l’Union européenne, avec une banque centrale nord-américaine, une sorte de super-FED. Et l’objectif est à partir de ce pôle nord-américain et du pôle européen de créer une assemblée transatlantique qui régirait l’ensemble. Tout cela est développé par une fondation très puissante qui est la Fondation Franco-Américaine lancée en 76 par Valéry Giscard d’Estaing et le président des Etats-Unis de l’époque Gérald Ford, avec l’aide, entre autres du CFR. Cette fondation recrute l’élite politique, économique et journalistique américaine et française dans le cadre de ce qu’on appelle les Young Leaders.

   

T.G. ― L’objection qu’on peut vous faire, c’est que dans le domaine lourd des relations internationales, interétatiques ou non, la théorie du complot est quelque chose qu’on approche avec beaucoup de prudence car elle a des défauts : elle est souvent psychologique, elle est systématique et elle est totalisante. Et puis elle est panacée, c’est à dire qu’elle donne une solution qui exclut toutes les autres, ce qui évidemment n’intègre pas la contradiction.

P.H. ― Evidemment ici il n’est pas question de complot puisque tous les documents cités sont archi-officiels.

T.G. ― Et vous en citez énormément…

P.H. ― Oui et uniquement sur des preuves que tout le monde peut obtenir. Je citais l’exemple de cette Fondation Franco Américaine […] qui a pour objectif de resserrer les liens franco-Américains dans tous les domaines. Elle recrute des Young Leaders, des personnalités éminentes américaines et françaises. Dans le cas français, on y trouve par exemple François Hollande, Pierre Moscovici,  Nicolas Dupont-Aignan, Arnaud Montebourg, mais aussi Alain Juppé et Anne Lauvergeon, la présidente d’Areva,  Jean-Marie Colombani, et du côté américain, vous avez le couple Clinton, ou le général Westley Clark.…

T.G. ― C’est très éclectique…

P.H. ― Ces gens là se trouvent aux sommets politique, économique, militaire et journalistique : Ils créent un pôle d’entente et d’échange.

    

T.G. ― Cela peut faire partie de traditions transatlantiques bien chevillées au corps dans la société politique et donc chez les élites françaises.
Vous parlez aussi de l’affaiblissement des Etats. On peut vous objecter que depuis le 11 septembre, il y a un Etat qui trône à nouveau en majesté, ce sont les Etats-Unis. Depuis le 11 septembre il y a un retour de la puissance étatique et de la souveraineté des pouvoir publics. Le retour de l’Etat est magistral, pas seulement aux Etats-Unis d’ailleurs.

P.H. ― Je dirais plutôt qu’il y a un transfert dans le cas américain, puisque comme je le disais, il y a volonté de créer une Union Nord Américaine. D’ailleurs David Rockefeller dans ses mémoires sorties en 2006 dit bien, en gros, qu’il faut créer une gouvernance mondiale. Ce sont des propos qui rejoignent ceux de Jacques Attali dans son Dictionnaire du XXIè siècle. 

  

T.G. ― Est-ce utopique de la part d’un certain nombre de ces responsables, une sorte de vision irénique ?

P.H. ― C’est un projet ancien. Je vais peut-être surprendre, mais le projet politique, a été annoncé il y longtemps. Il suffit de lire le livre d’Aldous Huxley , Le Meilleur des Mondes, sorti en 1931 qui décrit en gros cet Etat mondial avec des continents politiques unifiés européens, nord américains etc.. et au sein de ces continents standardisés, régis par les mêmes lois, des nations qui ont été broyées. Sur la couverture de mon livre, vous avez cette carte du Proche Orient du colonel Ralph Peters, extraite de la revue militaire américaine AFJ (Armed Forces Journal – le journal des forces armées). Je présente plusieurs cartes, dont cette carte du Proche Orient aux frontières complètement modifiées.

T.G. ― C’est en fait, la carte des peuples, des confessions, des ethnies…

P.H. ― En fonction de ces critères, des frontières ethniques et religieuses, une balkanisation… dans mon ancien livre La décomposition des nations européennes, je présentais une carte similaire de l’Europe. Tout cela est cohérent.

   

T.G. ― On va vous dire, Pierre Hillard que ce projet irénique globalisant reste quand même terriblement occidental. Que se passera-t-il avec les mondes asiatiques, à commencer par le monde Chinois, dans les 20 ou 50 années à venir ?

P.H. ― Ce que vous dites est juste. Il y a malgré tout une interdépendance ne serait-ce qu’entre les mondes chinois et américain. Mais je rappelle quand même, qu’il y a eu fin 2006 la création d’une Union asiatique, comme il y eu en 2004 la volonté de créer un Etat sud américain (la fameuse déclaration de Cuzco).

   

T.G. ― Cela soulève une question classique dans les relations internationales : est-ce que les Etats-Unis ont une vision du monde essentiellement économique ? Quand ils veulent proposer la démocratie ou la promouvoir, est-ce essentiellement pour des raisons de marché ? Cela avait été dit presque tel quel par Condoleezza Rice il y a quelques années…

P.H. ― Il faut uniformiser les esprits pour faire des consommateurs raisonnant de la même manière et utilisant les mêmes produits, peu importe le continent dans lequel ils vivent. C’est cette volonté de créer ce monde unifié évidemment mené par les Etats-Unis qu’évoque David Rockefeller. […]

  

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Vendredi 18 janvier 2008

L'échec de la tour de Babel n'est pas fatal

   

P. Hillard - La marche irrésistible du ouvel ordre mondialToutes les époques ont leur idéologie. En ce début du XXIe siècle, le seul débris qui surnage après un siècle chaotique et tragique, c'est le mondialisme.

Dans l'esprit de ses promoteurs, bien au-delà d'une coopération mondiale nécessaire et légitime, il s'agit d'abattre toutes les cloisons, et d'abord nationales, afin d'aboutir d'emblée à ce fameux village global décrit par le sociologue canadien Herbert Marshall Mciuhan. Comme le dit Guy Sorman : Le monde est ma tribu.

Le but est de créer de grands blocs géoéconomiques standardisés européens, nord-américains, sud-américains, asiatiques, etc., au sein desquels les nations seront broyées et dont la réunion constituera l'armature d'une gouvernance mondiale. Comme le rappelle Jacques Attali dans son ouvrage Dictionnaire du XXe siècle : Après la mise en place d'institutions continentales européennes, apparaîtra peut-être l'urgente nécessité d'un gouvernement mondial.

Ainsi, ces blocs corsetés par la même idéologie et dont les populations auront été au préalable alignées dans leur structure mentale sur les critères édictés au sommet, accoucheront d'une humanité unie, interchangeable et nomade.

Cependant, l'aboutissement de ces ambitions longtemps prophétisées devra passer par des étapes bouleversant les structures politico-économiques des sociétés, qui ne seront pas sans conséquences militaires. Dans ces événements, la vie humaine comptera peu.

D'ores et déjà, avec la mort probable de la Belgique, les réveils régionalistes en Espagne et en Italie, l'Europe de Bruxelles qui a programmé depuis longtemps la mise sous tutelle, sinon la destruction des nations, risque d'être exaucée dans ses entreprises au-delà de ses espérances. De leur côté, à travers le sanglant bourbier irakien, les États-Unis préparent activement la recomposition du Moyen-Orient... La tour de Babel tiendra-t-elle ?

  

          Broché: 165 pages 
          Editeur : François-Xavier de Guibert (29 novembre 2007)
          Collection : Essais et romans religieux 
          ISBN: 978-2755401998

        Sur Amazon

    Pierre Hillard est professeur d'histoire-géographie et docteur en sciences politiques


Sur la Toile : 

    France Culture. Enjeux Internationaux. Emission du 15/01/2008 : Nouvel ordre mondial
         Ecouter l'émission : Fichier mp3 (4,17 Mo - env. 10mn)
 
         
Lire la transcription

    Sur Diploweb.com : L'architecture du bloc euro-atlantique

 

publié dans : Livres

Mercredi 16 janvier 2008

    Si l’on ne voit dans les langues que des outils de communication, il n’y a pas lieu de recourir à une terminologie guerrière pour les évoquer. Se parler, en effet, c’est le contraire de se combattre. C’est communiquer, se comprendre, s’accorder. Ainsi, les transactions financières ont beau être informatisées, la devise de la City de Londres est toujours, depuis 1801, My word is my bond (« ma parole m’engage »). Mais ce registre de la convivialité, de la diplomatie ou du négoce présuppose une certaine égalité de la capacité de s’exprimer des locuteurs.

    Cette situation optimale n’est véritablement atteinte que si chacun d’eux s’exprime dans la même langue maternelle, et qu’il la maîtrise par ailleurs au même niveau. Ou bien lorsque chacun d’eux utilise une même langue tierce avec un niveau de performance équivalent. Ou, mieux encore, quand chacun parle sa langue et comprend celle de l’autre. Le maniement d’une langue n’est donc jamais exempt de phénomènes de domination. On se souvient que George Bernard Shaw, dans sa pièce Pygmalion créée en 1916 — et dont la comédie musicale à succès My Fair Lady est directement inspirée —, met en scène un professeur de phonétique, Henry Higgins, qui a fait le pari — réussi, comme l’intrigue le montrera — de faire passer son élève Eliza Doolittle, jeune fleuriste de Covent Garden à l’épouvantable accent cockney, pour une princesse et même pour une princesse de sang royal. Comment ? En lui enseignant le parler de l’aristocratie, tant il est vrai qu’en Angleterre — comme à Rome, où les aristocrates parlaient le grec, et le vulgum pecus le latin — les barrières de classe épousent celles de la langue : « Il est impossible qu’un Anglais ouvre la bouche sans que d’autres Anglais se mettent à le haïr ou à le mépriser. » Près d’un siècle plus tard, cette boutade de Shaw conserve une bonne part de sa pertinence.

    Ce qui est vrai des rapports de domination dans les situations interpersonnelles l’est tout autant, sinon davantage, dans les situations où des langues sont en contact dans un rapport de forces qui ne relève pas forcément de la démographie. Les colonisateurs — fonctionnaires, soldats, colons, commerçants et missionnaires — étaient infiniment moins nombreux que les « indigènes », mais ils étaient porteurs de la puissance économique, militaire et symbolique de la métropole. L’imposition de la langue métropolitaine, au moins dans l’administration, et, partant, son adoption par les couches supérieures — qui maintenaient ainsi leurs distances avec le peuple — en étaient le corollaire naturel.

    Quand, des décennies après les indépendances, on voit des magistrats en perruque dans les tribunaux d’anciennes colonies britanniques d’Afrique ou des Caraïbes, ou des parties de cricket ou de polo dans les Etats issus de l’empire des Indes, on mesure le poids symbolique persistant de la « britannité » et, ce qui en est indissociable, de sa langue. Le Commonwealth n’a plus beaucoup d’impact géopolitique, mais il reste un club — institution londonienne par excellence — où les dirigeants des pays qui furent des dominions et des colonies de la Couronne se retrouvent périodiquement et informellement, en parlant anglais.

    Mais ne faut-il pas aujourd’hui plutôt parler d’anglo-américain que d’anglais, dans la mesure où la force propulsive de cette langue a surtout pour moteurs Washington, Hollywood, le Pentagone, Coca-Cola, Microsoft et Apple ? A la différence de la colonisation britannique, qui visait essentiellement les esprits des élites « indigènes », l’américanisation, s’appuyant sur des marchés financiers et industriels devenus planétaires — ceux du divertissement en premier lieu —, et la volonté des Etats-Unis de sauvegarder à tout prix leur hégémonie géostratégique ont pour cible les esprits des masses, et cela en utilisant la même langue, d’ailleurs de plus en plus éloignée de l’anglais standard.

    Et elles bénéficient en général de l’appui d’autres « élites », notamment de celles de pays développés — dont certains furent autrefois des colonisateurs ! —, et qui, ne craignant pas l’excès de zèle, font assaut de génuflexions et de marques de servitude volontaire. L’anglo-américain, dans les faits, est devenu un vecteur de la mondialisation néolibérale. D’où sa promotion par ses « chiens de garde ».

    Revendiquer un monde multipolaire, c’est aussi récuser toute langue unique, et donc encourager le multilinguisme. Le droit de créer et travailler dans sa langue est un des attributs de la souveraineté populaire, notion qui hérisse les dirigeants des transnationales, des institutions financières, ainsi que leurs porte-parole et porte-plumes locaux. La bataille des langues, c’est d’abord la bataille pour toutes les langues, y compris évidemment l’anglais.

  

    Source Le Monde Di