Ce modeste blog essaie de présenter des publications les plus susceptibles d'éclairer l'actualité, et autant que possible, de suggérer quelques tendances.

En complément, ceux qui le peuvent doivent absolument consulter régulièrement le site
Contre Info, qui fait un travail absolument remarquable de mise en évidence des " infos absentes des prompteurs de JT "  (pub gratuite ! )
.
   


Jeudi 28 août 2008

Tiens, les Russes ne seraient pas les seuls à ne pas respecter l'accord sur le gel du conflit Russo-Géorgien ?

   
[ RIA Novosti - 28 Août 2008 ]
   
   

Le président russe Dmitri Medvedev a exigé au cours d'un entretien téléphonique avec son homologue français Nicolas Sarkozy le respect par Tbilissi du 4e point du "plan Medvedev-Sarkozy" prévoyant un retour des troupes géorgiennes à leur lieu de cantonnement habituel, annonce le service de presse du Kremlin.
  
Les deux présidents ont élaboré le 12 août, lors de négociations au Kremlin, un accord en six points destiné à mettre un terme au conflit russo-géorgien. Le plan prévoit en outre "l'engagement de ne pas recourir à la force", la fin de toutes les opérations militaires, la garantie "d'un accès libre à l'aide humanitaire" et le retrait des troupes russes "derrière les lignes antérieures au déclenchement des hostilités". Le sixième point prévoit "l'ouverture de discussions internationales" sur le "statut futur" des provinces séparatistes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, dont l'indépendance a été reconnue le 26 août par Moscou.
  
MM. Medvedev et Sarkozy ont en outre examiné les accords complémentaires destinés à assurer à l'avenir la sécurité dans les zones limitrophes des deux républiques, poursuit le service de presse.
  
Le président russe a exposé la position de principe de la Russie concernant la nécessité d'une résolution rapide des questions ayant trait à la sécurité en Ossétie du Sud et en Abkhazie, et a réaffirmé sa disposition à poursuivre les contacts, en suggérant notamment l'organisation une rencontre à Moscou avec le président français.
  
Sur fond de tension entre la Géorgie et la Russie cristallisée autour des républiques séparatistes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie soutenues par Moscou, Tbilissi a engagé le 8 août une campagne militaire destinée à réintégrer l'Ossétie du Sud dans son giron. Celle-ci a lancé une opération russe de grande envergure, qui s'est soldée par l'occupation d'une partie du territoire géorgien.
   

  

Publié dans : RdP : Asie Centrale

Mardi 26 août 2008

Nouvelle énorme bavure de la Coalition Contre le Terrorrisme et pour la Liberté du Monde : les super-héros canardent des civils comme on joue au jeu vidéo.
La presse reste discrète, et nos philosophes de salon regardent ailleurs. Les crimes de guerre contre des afghans ne les font pas pleurer.
  
   
[
lemonde.fr avec AFP - 26 août 2008 ]
   
Les Nations unies ont recueilli des "preuves convaincantes" qu'un bombardement de la coalition internationale en Afghanistan avait tué, vendredi 22 août, quatre-vingt-dix civils, a annoncé mardi 26 août le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU. "L'enquête de la mission des Nations unies en Afghanistan a recueilli des preuves convaincantes, fondées notamment sur des témoignages, de la mort de quelque quatre-vingt-dix civils, parmi lesquels soixante enfants, quinze femmes et quinze hommes", déclare Kai Eide dans un communiqué.
    
Ce bilan est conforme à celui de la commission d'enquête mandatée par le président afghan, Hamid Karzaï, après une frappe aérienne vendredi près du village d'Azizabad, dans le district de Shindand, à quelque cent vingt kilomètres d'Herat, la grande ville de l'ouest du pays.
   
Un peu plus tôt mardi, la coalition emmenée par les Américains n'avait reconnu la mort que de cinq civils - deux femmes et trois enfants. Jusqu'à présent, elle assurait que seuls trente talibans avaient été tués dans cette opération. "Parmi les trente corps retrouvés après le bombardement, nous pensons que cinq d'entre eux ne sont pas ceux de combattants", avait déclaré le porte-parole de la coalition.
   
Le gouvernement afghan a annoncé lundi qu'il souhaitait renégocier les termes de la présence des forces internationales en Afghanistan, après une série de frappes aériennes meurtrières.
   

    
    
Publié dans : RdP : Asie Centrale

Lundi 25 août 2008

par Alain Gresh
    
[
Nouvelles d'Orient (Les blogs du Diplo) - 21 août 2008 ]

  

Dix soldats français ont trouvé la mort en Afghanistan lors d'une embuscade tendue par les talibans. Ce dramatique incident devrait susciter, dans les semaines qui viennent, un débat sur la présence de la France dans ce pays dans le cadre d'une mission de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN). En avril dernier, le président Nicolas Sarkozy avait annoncé l'envoi de plusieurs centaines de soldats supplémentaires. Cette décision s'était faite sans aucun débat sérieux, comme je l'avais rappelé à l'époque (« Nicolas Sarkozy, l'Afghanistan et l'universalisme européen »).
  
Dans les discours des responsables français, on voit resurgir deux explications à cette présence : en nous battant là-bas, c'est la liberté en France que nous défendrions ; d'autre part, les femmes afghanes opprimées ont besoin de nous.
   
Le chef de l'Etat a expliqué
le 20 août 2008 à Kaboul : « "Je suis venu vous dire que le travail que vous faites ici, il est indispensable", lance-t-il aux militaires, "parce qu'ici se joue une partie de la liberté du monde, parce qu'ici se mène le combat contre le terrorisme". » Ce même argument a été utilisé par les Etats-Unis pour justifier leur guerre en Irak, guerre dont une des conséquences a été le renforcement d'Al-Qaida dans ce pays qui a servi d'aimant à des milliers de combattants étrangers.
  
Désormais, l'Afghanistan remplace l'Irak dans le discours américain. Et, pour le gouvernement français, c'est aussi
« la bonne guerre ». Or, il est plus que douteux qu'un engagement supplémentaire de l'OTAN aboutisse à des résultats pour l'Afghanistan ; au contraire. D'abord, parce que le gouvernement mis en place à Kaboul est largement inefficace, corrompu, otage de tous les chefs de guerre. Ensuite, parce qu'un engagement occidental accru va faire de l'Afghanistan un aimant pour tous les combattants désireux de s'opposer à l'Occident et servir le discours d'Al-Qaida. Enfin, parce que l'histoire a montré, notamment en Afghanistan (les Britanniques et les Soviétiques en savent quelque chose), mais aussi dans le reste du monde, que l'on n'imposait pas la liberté et la démocratie au bout des baïonnettes.
   
D'autre part, M. Sarkozy, dans son discours à Kaboul, a repris un mensonge sur la femme à qui on avait coupé la main parce qu'elle s'était mis du vernis à ongles. Ce mensonge avait déjà été dénoncé par Christian Salmon dans un article publié par Le Monde, « 
Le paradoxe du sarkozysme », 2 mai 2008.
  
« L'histoire circule sur Internet depuis des années dans d'innombrables versions. Parfois la victime est une petite fille de 10 ans. Parfois c'est une femme. Le plus souvent, on rapporte que les talibans se "contentaient", si l'on ose dire, d'arracher les ongles. Dans la version présidentielle, on a amputé la main. »
  
« Il est étrange qu'aucune enquête sérieuse ne soit venue questionner les modes de diffusion d'une telle rumeur. Une source semble en être un rapport d'Amnesty International datant de 1997 dont les conclusions étaient bien plus modestes que les commentaires qu'il a inspirés. "Dans un cas au moins, écrivait l'organisation humanitaire, les châtiments infligés ont pris la forme d'une mutilation. En octobre 1996, des talibans auraient sectionné l'extrémité du pouce d'une femme dans le quartier de Khair Khana à Kaboul. Cette "punition" avait apparemment été infligée à cette femme car elle portait du vernis à ongles." Sam Gardiner, un colonel de l'armée américaine, qui a enquêté sur la communication de guerre des campagnes en Afghanistan et en Irak, a démontré récemment que "l'histoire des ongles arrachés" avait été choisie par Alastair Campbell, le conseiller de M. Anthony Blair, pour illustrer les violences faites aux femmes par les "étudiants en théologie" et diffusée massivement pour convaincre l'opinion publique et les gouvernements européens qui hésitaient à se joindre à la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis. »
   
« La même story fut diffusée à Washington et à Londres, en suivant des scénographies identiques, allant parfois jusqu'à utiliser les mêmes phrases. Dès novembre 2001, a révélé Gardiner, "l'orchestration de la campagne en faveur des femmes afghanes témoignait de similitudes frappantes dans le timing et les scénarios utilisés à Londres et à Washington". Le 17 novembre 2001, Laura Bush, la première dame des Etats-Unis, déclare : "Seuls les terroristes et les talibans menacent d'arracher les doigts qui ont les ongles vernis." Et Cherie Blair, son homologue britannique, d'affirmer (à Londres le lendemain) : "En Afghanistan, si vous avez du vernis à ongles, vous pouvez avoir les ongles arrachés." »
   
La situation actuelle des femmes sous le régime du président Hamid Karzai est-elle ce que l'on nous décrit ?
  
Un journaliste du quotidien britannique The Independent publie le 18 août un article « 
The Afghan women jailed for being victims of rape ». Il s'est rendu dans la prison de Lashkar Gah, une prison aux allures médiévales dont « deux tiers des prisonnières ont été condamnées pour relations sexuelles illégales, mais sont en fait des victimes de viols. (...) Le système ne distingue pas entre entre celles qui ont été violées et celles qui se sont enfuies avec un homme ».
   
« Assis dans son bureau orné de fleurs en plastique, avec des posters optimistes des Nations unies et des photos du président afghan Hamid Karzai, le colonel Ghulam Ali, un haut responsable régional à la sécurité, explique sévèrement qu'il est d'accord avec les autorités pour condamner les victimes de viol : "En Afghanistan, que ce soit forcé ou non, c'est un crime car les règles musulmanes le disent. Je pense que c'est bien. Il y a beaucoup de maladies qui peuvent être provoquées dans le monde d'aujourd'hui à travers des relations sexuelles illégales, comme le HIV." »
  
Suit une série de témoignages qui valent d'être lus...
   
Si la liberté des femmes en Afghanistan préoccupait tellement l'Occident, on se demande pourquoi celui-ci n'a pas soutenu le régime communiste de Kaboul entre 1978 et 1992. A aucune autre période de l'histoire de ce pays, les femmes n'ont disposé d'autant de droits...
   
L'idée qu'il faut absolument « riposter » à toute attaque quelle qu'elle soit pour montrer que l'on ne cède pas au terrorisme est mise en doute par des archives américaines qui viennent d'être rendues publiques le 20 août, « 
1998 Missile Strikes on Bin Laden May Have Backfired ». Les Etats-Unis avaient, en août 2008, à la suite des attentats d'Al-Qaida contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, envoyé des missiles sur l'Afghanistan. Selon une étude américaine, ces représailles auraient eu des conséquences négatives à long terme pour les intérêts américains et renforcé l'alliance entre les talibans et Al-Qaida.
    
    
     Source :
Les blogs du Diplo
     Auteur : Alain Gresh    
     Date : 21 août 2008
       
    

Publié dans : Rdp : Propagandes

Lundi 25 août 2008

Par William Pfaff

  
[
William Pfaff 

Paris, 19 août 2008 - Le New-York Times vient de donner une explication convaincante des responsabilités qui sont à l'origine de la guerre Russo-géorgienne et de son développement, et il les nomme charitablement "mauvais calcul, signaux mal interprétés et arrogance".
  
La seule chose qu'il ne précise pas, c'est qui est responsable en dernier ressort de la politique américaine envers la Russie, politique qui, depuis l'effondrement de l'Union soviétique, a été agressive, militairement dominatrice, et menaçante pour l'intégrité de la Russie, sans qu'absolument aucun motif ne puisse le justifier. Le commentaire occidental classique est que les gouvernements des pays de l'OTAN ont sous-estimé "la détermination Russe à garder le contrôle sa sphère d'influence traditionnelle."
  
C'est faux. Car la Russie est restée étonnamment tolérante face aux efforts et aux succès des Occidentaux pour annexer sa "sphère d'influence traditionnelle", si ce terme désigne le Pacte de Varsovie, qui fut jusqu'en 1991 l'homologue communiste de l'OTAN, dont les troupes devaient faire appliquer ce qu'on a appelé la doctrine Brejnev, selon laquelle l'appartenance au Pacte de Varsovie et au "bloc socialiste" était irréversible.
   
Mikhaïl Gorbatchev a pris cette doctrine à contrepied, et il a retiré ses troupes d'Afghanistan.
   
Ainsi qu'il le raconte dans ses mémoires, l'OTAN fut requalifié par le premier président George Bush, en "instrument politique de la stabilité de l'Europe" plutôt qu'en force d'affrontement militaire. C'est dans ces conditions que Gorbatchev accepta l'unification de l'Allemagne au sein de l'OTAN. Les Etats membres du Pacte de Varsovie furent invités à suivre leur propre chemin, ce qu'ils firent - en intégrant l'OTAN.
   
Le Président Bill Clinton promit à Boris Eltsine que l'élargissement de l'OTAN se limiterait aux Etats d'Europe de l'Est annexés au bloc soviétique par l'armée Russe pendant et juste après la deuxième guerre mondiale. Ainsi, la Hongrie, la République Tchèque et la Pologne, victimes notoires de l'URSS lors de la guerre froide, furent parmi les premiers admis à l'OTAN.
   
Pourtant, en 2004, la deuxième administration Bush, et notamment Condoleezza Rice, universitaire pourtant experte du monde soviétique qui aurait du être mieux avertie, rompit brutalement cet accord en provoquant l'admission à l'OTAN de la Bulgarie, de la Roumanie, de la Lettonie, de la Lituanie, et de l'Estonie (entre autres), ces trois derniers pays ayant été, bon gré, mal gré, partie intégrante de l'Union soviétique pendant la deuxième guerre mondiale. Ni Clinton, ni le premier Président Bush, malgré les promesses faites, n'a protesté.
   
Puis sont venues les "révolutions de couleur", parrainées par les Etats-Unis en Géorgie et en Ukraine, avec l'installation de gouvernements pro-Américains ; puis les efforts de l'administration Bush dans pour obtenir de l'OTAN un Plan d'action militaire formel pour une adhésion, initiative qui fut heureusement bloquée par l'Allemagne et la France. Enfin, en février de cette année, le Kosovo, serbe depuis le 12e siècle, a été - illégalement - déclaré nation indépendante par les États-Unis et l'Union européenne.
   
Ceci marqua pour la Russie un tournant décisif. Non seulement les États-Unis et l'UE ont démembré unilatéralement la Serbie, mais ils ont tenté de faire de deux Etats historiquement partie intégrante de la Russie des satellites du camp Occidental. De leur côté, bien avant de faire partie de l'Union soviétique, la Géorgie et l'Ukraine faisaient partie de la Russie tsariste.
   
L'Ukraine est au cœur de l'histoire Russe. Sa capitale, Kiev, a été au Moyen-Age, le centre de la principauté de Rus [ndt : également connue sous le nom de Principauté de Kiev], à partir de laquelle la Russie moderne s'est constituée, et elle a toujours été connue sous le nom de "mère des villes Russes." 
   
La Géorgie a une histoire complexe et tourmentée au sein des conflits de voisinage entre puissances Caucasiennes ; mais au 18ème siècle son monarque est devenu volontairement vassal du Tsar en échange de sa protection. Depuis, la Géorgie fait partie intégrante de l'histoire Russe. Staline lui-même, et son puissant chef de la police secrète Lavrenti Beria (qui, croit-on, a assassiné Staline pour mettre fin à la dernière grande purge stalinienne) étaient tous deux Géorgiens, de même que d'autres grands leaders bolcheviks.
   
On peut comprendre qu'un démagogue hystérique comme le nationaliste géorgien Mikhaïl Saakachvili ait pu penser gommer la vieille dissidence ethnique de son pays en attaquant les forces Russes de maintien de la paix légalement stationnées dans les enclaves tenues par des dissidents pour les protéger. Mais qui, à Washington, encourage cette stratégie politique et militaire hostile d'encerclement de la Russie ? Quels intérêts objectifs de l'Occident peut-elle servir ?
   
C'est une politique insensée, apparemment destinée à intimider la Russie, mais pourquoi ? N'est-ce pas dans un souci de perpétuer des tensions internationales, afin d'appuyer les forces qui, avec Bush et Cheney ont promu aux Etats-Unis un fonctionnement de l'exécutif constitutionnellement opaque ?
   
C'est une question très grave qui est traitée dans la presse américaine comme si les États-Unis n'était pas en train de jouer avec de la dynamite. La Russie est une grande nation dotée de l'arme nucléaire et qui a des intérêts nationaux légitimes. La Russie n'est plus l'Etat messianique et idéologue aux ambitions mondiales qu'était l'Union soviétique. Ces qualificatifs s'appliquent aujourd'hui aux États-Unis, ainsi qu'à la politique qu'ils ont menée face à la Russie sous les deux administrations Bush et celle de Clinton.
   
Le conseil le plus judicieux que j'ai entendu est venu d'Européens s'adressant à d'autres Européens. Il est de rompre avec cette politique américaine insensée d'agression et de confrontation avec la Russie, et de faire suivre la médiation réussie par Sarkozy en Géorgie d'un effort pour que l'Europe établisse les conditions nécessaires à la résolution de cette crise, en ignorant les États-Unis.
   
Saakachvili n'est pas à proprement parler un obstacle. Son peuple pourra bientôt se débarrasser de l'auteur de ce fiasco, qui a humilié aussi bien son propre pays, l'OTAN ainsi que les États-Unis. Peut-être un ami évitera-t-il le déshonneur au citoyen Saakachvili en lui offrant une bouteille de scotch et un pistolet chargé, et en verrouillant la porte de son bureau. Bush et Rice auront bientôt quitté la scène - mais qui sait ce qui va suivre.
   
L'initiative européenne a du sens. Oublions Washington et approchons la Russie en lui proposant de nouvelles relations constructives avec l'Europe, ainsi qu'un arbitrage pour la résolution des problèmes avec la Pologne, l'Ukraine et la Géorgie, comme furent traitées ces questions au sein même de l'Europe. Il faudrait pour cela une Europe très courageuse ; les États-Unis sur leur lancée actuelle n'ont pas beaucoup d'autres choix que de la laisser faire.
    
     Source :
William Pfaff
     Date : 19 août 2008
     Traduction :
Opus Incertum

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   Article repéré par
dedefensa : Lire et relire Pfaff de toute urgence
     
    

Publié dans : RdP : Géopolitique

Jeudi 21 août 2008


[ dedefensa - 19 août 2008 ]

   
   

Deux textes intéressants ont été mis en ligne sur le site YNetNews.com, concernant l'engagement d'Israël en Géorgie, essentiellement comme supplétif des USA pour l'armement, l'équipement et l'entraînement des forces armées géorgiennes ces dernières années en vue d'une attaque des territoires contestés de l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie.
    
Un texte du 16 août rapporte le témoignage d'anciens soldats israéliens, de retour de Géorgie où ils avaient exécuté un contrat pour Defensive Shield, société privée fournissant des services dans le domaine militaire mise sur pied par le brigadier général Hirsch. (Hirsch avait commandé une division israélienne lors de la guerre de juillet-août 2006 contre le Hezbollah; il avait été un des officiers généraux mis en cause pour les difficultés rencontrées par l'IDF [Israel Defense Force] durant ce conflit.) Le deuxième texte, chronologiquement antérieur puisqu'il est du 14 août, rapporte un discours du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, à l'occasion du deuxième anniversaire de cette guerre de juillet-août 2006, mettant justement en cause cet officier pour son rôle en Géorgie («In speech marking two-year anniversary of Second Lebanon War, Hizbullah secretary-general mocks Israeli political, military leadership: [...]"The entire front line of the army's brass stepped down because of the war. Gal Hirsch, who was defeated in Lebanon, went to Georgia and they too lost because of him," laughed Nasrallah.»)
   
Voici quelques précisions du texte du 16 août, qui montrent également que la société priviée Defensive Shield agissait avec du matériel officiel d'une façon routinière et très "ouverte". On comprend que les autorités israéliennes, dans tous les cas l'IDF, soutenaient complètement l'initiative:
   
«Tomer (alias), formerly a soldier of an elite IDF unit, returned from Georgia a short while ago. He was enlisted by Defensive Shield, a company owned and operated by Brigadier General (Res.) Gal Hirsch, to help train Georgian soldiers for battle, but returned disappointed in the manner in which the company handles secret army material.
   
»Hirsch's company was responsible for training an elite search and rescue unit, and training was handled by the companies of two other reserve officers, all of which hired ex-soldiers like Tomer. This resulted in hundreds of former IDF soldiers working as trainers in Georgia over the past few months.
   
» Tomer said he and his friends had at first received guidelines for the handling of covert material, listing what they could and couldn't tell Georgian soldiers about IDF activities. But in actuality, he said, the Georgians were told top secret information.
   
»"When I arrived in the operations room I saw a book of IDF safety instructions that shouldn't have been there," he said. "There were IDF CDs that explicitly said, 'Confidential' documenting army activities, charts from special units' operations, and officers' names." He added that the room was not guarded, making this information easily obtainable to everyone.
   
»Tomer said the main reason for the infidelity was mercenary. "The training companies wanted to finish the projects as quickly as possible in order to create more projects and make more money," he said. "We knew the training had to be completed quickly because the soldiers would soon have to get into real military activity." He added that the Georgian officers told their soldiers they would be going to help NATO forces in Iraq, while the real objective was Ossetia and Abkhazia.
   
» According to Tomer, Gal Hirsch came to visit the trainers now and then, but was mostly absent. And when the training was officially over, Tomer did not feel that his soldiers were ready for war. "By Israeli standards, the soldiers had almost zero capability and the officers were mediocre," he said. "It was clear that taking that army to war was illogical."»

   
Les détails sont nombreux et révélateurs. La forme de l'entreprise est elle aussi révélatrice et confirme tous les soupçons et toutes les analyses sur l'implication occidentale (US et supplétifs) en Géorgie. On comprend que l'implication en Géorgie est une affaire clairement israélo-américaniste, où Israël agit comme supplétif des USA; que les relais habituels vers le business privé des activités de sécurité qui s'est formidablement développé depuis 9/11 fonctionnent à plein régime; que le but du renforcement militaire de la Géorgie était l'attaque contre les territoires contestés; que la "politique" US et assimilés était en réalité l'affaire quasi-exclusive du complexe militaro-industriel US et de son appendice israélien, etc.
   
On retrouve également tous les caractères du système en pleine décadence. Les intérêts privés et personnels dominent tout; le corps des officiers reconvertis dans le privé (israéliens dans ce cas, mais sans doute à généraliser aux USA) est très présent dans le domaine de la gestion commerciale (mais certes pas dans celui de l'engagements physiques); les méthodes sont celles du secteur privé à l'heure de la globalisation: on rogne sur les services, sur le matériel, toutes les procédures de sécurité vont à vau l'eau et ainsi de suite.
    
Pas de surprise. L'aventure de la crise géorgienne répond aux critères de l'époque et aux critères du système américaniste. Tout est concentré autour de l'activité du militaire et le Prentagone (le CMI) est le maître d'œuvre. Il apparaît très probable que les pires hypothèses sur les conditions menant à cette crise seront confirmées. Il ne s'agit pas d'une politique, pas plus que la Géorgie de Saakachvili n'est une démocratie bien sûr.
    
Pas de surprise puisque le pire est toujours probable, et même confirmé.
      
   
     Source :
dedefensa
     Date : 19 août 2008
   
   

On peut également lire sur Le Temps (Genève) : 

       
Sueurs froides pour Tel-Aviv. Des militaires israéliens «conseillent» la Géorgie
   
     
    
   
Publié dans : RdP : Géopolitique

Samedi 16 août 2008

   
  
Cette interview de Richard Gage, réalisée par Alex Jones, date du mois d’avril 2008. Elle a été traduite et sous-titrée par l'association ReOpen911.
   
Richard Gage est un architecte californien; il est devenu l’une des figures centrales du mouvement pour la vérité sur le 11 Septembre. M.Gage évoque ici le parcours qui l’a amené à se pencher – lui, un spécialiste de ce type de structures métalliques lourdes - sur les détails techniques des destructions des bâtiments du World Trade Center. Il raconte comment il en est venu à douter de la version médiatique justifiant les effondrements et pulvérisations des trois gratte-ciel du WTC. Quel choc cela fut pour lui et les collègues de son bureau d’études. Comment ils ont travaillé ensemble, sans a priori et en toute honnêteté et transparence.
Et comment par voie de conséquences, il en est venu à fonder "
Architects & Engineers for 9/11 Truth", qui rassemble à ce jour déjà plus de 400 ingénieurs et architectes.
  
    
Interview de M. Richard Gage (Google video, env. 30 mn sous-titré en français) :

    
   

  
  
    

Publié dans : RdP : Etats-Unis

Samedi 16 août 2008

par Jean-Philippe Immarigeon 

   
[
Défense Nationale et Sécurité Collective - Août Septembre 2008 ]
   
   
Afghanistan, Otan, Livre blanc : voilà la nouvelle trilogie de notre future défense. Rupture radicale, elle semble n'avoir d'autre fondement que la volonté de clore la dispute irakienne et de s'aligner sur la politique américaine. Encore faudrait-il expliquer pourquoi il est urgent d'adopter une pensée managériale qui mélange guerre et stratégie, et dont l'échec est une nouvelle fois patent en Orient.

C'est devenu un classique de la presse : quoiqu'elle reste la superpuissance militaire, force est de constater que l'Amérique perd ses guerres. L'oxymore n'a pas l'air de choquer ses auteurs : un gamin de cinq ans comprend toutefois que lorsqu'on perd, on n'est pas le plus fort. Qu'à cela ne tienne : défaite sur le terrain, l'Amérique et sa conception éthérée et managériale de la guerre n'en reste pas moins le modèle auquel se rallient nos dirigeants ; au point d'envoyer des troupes dans une bataille sans issue, de réintégrer une alliance en fin de course et de dupliquer dans un Livre blanc ce fumeux concept de Transformation dont l'échec total n'est pourtant plus à démontrer.

[...]
  
   
Télécharger l'article complet (.pdf, 9 pages) que Jean-Philippe Immarigeon nous offre sur son blog.
    
  
    
   
Jean-Philippe Immarigeon est docteur en droit et titulaire d'un MBA américain. Avocat, ayant vécu et travaillé en Asie et aux États-Unis, il collabore régulièrement à la revue Défense nationale et sécurité collective depuis 2001.

Il est l'auteur de plusieurs essais parmi lesquels le très remarquable 
American
Parano, Pourquoi la vieille Amérique va perdre sa guerre contre le reste du monde, et Sarko l'Américain.
Le prochain, L'Amérique défaite, est prévu pour janvier 2009.
    
   
  

Publié dans : RdP : France

Samedi 16 août 2008


 [ RIA Novosti - 14 août 2008 ]

 L'étrange silence des Etats de l'OTSC et de l'OCS

 Par Leonid Bondarets, expert en matière de sécurité régionale, pour RIA Novosti


Début août, on a appris qu'une grande quantité d'armes à feu et de munitions avaient été découvertes et saisies dans une maison louée par des citoyens américains dans la capitale du Kirghizstan. Deux employés de l'ambassade des Etats-Unis et dix soldats américains étaient également présents.
  
L'ambassade des Etats-Unis a instantanément réagi, en déclarant que ces militaires se trouvaient au Kirghizstan car ils avaient été invités par le gouvernement kirghiz à effectuer des exercices antiterroristes pour ses différents ministères. Cependant, la plupart de ces ministères ont tout d'abord démenti cette information.
  
Ce n'est que deux jours plus tard que le gouvernement a reconnu qu'un groupe de spécialistes américains s'était rendu à Bichkek pour effectuer des exercices visant à renforcer les capacités antiterroristes du pays. Par la suite, les armes devaient rester au Kirghizstan.
  
Plus tard, un journal kirghiz a fait savoir que c'était déjà la troisième fois depuis 2003 que des entraînements de ce genre étaient organisés. On affirme que les entraînements précédents s'étaient déroulés en secret, compte tenu du caractère confidentiel de l'activité des services secrets.
     
Mais de nombreuses questions restent sans réponse. Ainsi, pourquoi les services secrets kirghiz ont-ils besoin d'armes américaines? Ont-ils déjà entamé un processus de réarmement en vue de passer aux standards de l'OTAN? Ou bien encore, pourquoi la coopération avec les Américains en vue de renforcer les capacités antiterroristes du pays s'effectue-t-elle en secret? Les dirigeants militaires et politiques du pays préfèrent-ils coopérer avec les Américains plutôt que dans le cadre de l'OTSC (Organisation du Traité de sécurité collective) et de l'OCS (Organisation de coopération de Shanghai)?
  
Un transfert d'armes aussi confidentiel au Kirghizstan suscite une certaine méfiance. En règle générale, les Américains font une large publicité autour de leur "aide". Faut-il en déduire que les armes découvertes n'ont rien à voir avec un quelconque renforcement des capacités antiterroristes du Kirghizstan? S'il en est ainsi, pourquoi le gouvernement de ce pays induit-il en erreur, pour ne pas dire plus, ses alliés au sein de l'OTSC et de l'OCS?
  
A la lumière des événements en Ossétie du Sud, la découverte d'un stock d'armes américaines suppose autre chose. Le soutien apporté par les Etats-Unis aux actions des dirigeants géorgiens et la participation de spécialistes militaires américains aux opérations de guerre ayant pour but de massacrer le peuple d'Ossétie du Sud témoignent que Washington est très intéressé par le fait d'attiser les conflits armés aux frontières de la Russie. Il n'est pas exclu qu'un scénario similaire soit également élaboré pour le Kirghizstan.
  
Les experts prévoient pour l'automne des actions massives de protestation en raison de la hausse considérable des prix des produits alimentaires, des fréquentes coupures de courant et d'une multitude d'autres facteurs.
  
Il convient de rappeler, entre autres, qu'au cours des événements tragiques qui ont eu lieu dans le sud du Kirghizstan en 2002, des armes non enregistrées dans la république avaient également été utilisées contre le peuple.
  
En outre, les islamistes radicaux pourraient également profiter d'une situation du même genre. Dans ces conditions, l'arsenal américain pourrait facilement refaire surface. C'est parfaitement possible, compte tenu de l'implication des Etats-Unis dans les événements d'Andijan. Il y a peu de temps, les services secrets ouzbèkes ont rendu publics les documents de l'enquête témoignant que les Etats-Unis avaient bel et bien contribué à la préparation des participants les plus actifs à l'affrontement.
  
On retient également que les séparatistes ouïgours ont repris ces derniers temps leur activité dans la région autonome chinoise du Xinjiang, limitrophe du Kirghizstan. Selon les informations de plusieurs agences, depuis le début de cette année, à Kachgar, ville située dans le Nord-Ouest du Xinjiang, près de la jonction des frontières de l'Ouzbékistan et du Kirghizstan, la police a démantelé 12 cellules terroristes financées par l'étranger et envoyées par les groupements "Turkestan oriental" et Hizb-ut-Tahrir. Selon des sources chinoises, les armes saisies étaient américaines.
  
Cependant, à en juger par les actions des autorités kirghizes, ces faits n'ont donné lieu à aucune analyse détaillée ni à aucun examen. L'absence d'évaluation officielle de la situation en Ossétie du Sud est également étonnante. Cela concerne non seulement le Kirghizstan, mais aussi tous les Etats membres de l'OTSC et de l'OCS. Tout porte à croire que leurs gouvernements attendent de voir qui sera le plus fort afin de savoir qui soutenir.
  
Compte tenu de la gravité de la situation qui est en train de se créer, la nécessité de revoir les rapports entre les Etats membres de l'OTSC et de l'OCS en vue de les rendre conformes aux exigences des statuts de ces organisations se fait pressante. Il est nécessaire de mettre un terme aux ingérences des Etats inamicaux dans l'activité des pays faisant partie de ces organisations. Il convient probablement de revoir et de corriger les rapports qu'entretiennent les membres de l'OTSC et de l'OCS avec l'OTAN dans le cadre du Partenariat pour la paix (PPP).
   
Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


    Source :
RIA Novosti
    Auteur : Leonid Bondarets
    Date : 14 août 2008
    
   

Publié dans : RdP : Géopolitique

Jeudi 14 août 2008

Les récents évènements de Géorgie suggèrent de relire avec attention cet important discours prononcé par Vladimir Poutine le 10 février 2007, lors de la 43e Conférence internationale sur la politique de sécurité, à  Munich.

C'est un morceau d'anthologie !


(Texte intégral)

Madame la chancelière fédérale, Monsieur Teltschik, Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie pour cette invitation à participer à une conférence aussi représentative, qui a réuni hommes politiques, militaires, entrepreneurs et experts de plus de 40 pays du monde.

Le format de conférence me permet d'éviter les formules de politesse superflues et de recourir aux clichés diplomatiques aussi agréables à entendre que vides de sens. Le format de la conférence me permet de dire ce que je pense des problèmes de la sécurité internationale et, si mes jugements vous semblent inutilement polémiques ou même imprécis, je vous demande de ne pas m'en vouloir. Ce n'est qu'une conférence et j'espère que dans deux ou trois minutes Monsieur Teltschik n'allumera pas la "lampe rouge".

On sait que les problèmes de la sécurité internationale sont bien plus larges que ceux de la stabilité militaro-politique. Ces problèmes concernent la stabilité de l'économie mondiale, la lutte contre la pauvreté, la sécurité économique et le développement du dialogue entre les civilisations.

Le caractère universel et indivisible de la sécurité est reflété dans son principe de base: "la sécurité de chacun signifie la sécurité de tous". Franklin Roosevelt avait déclaré au début de la Seconde Guerre mondiale: "Où que la paix soit rompue, c'est le monde entier qui est menacé".

Ces paroles restent valables aujourd'hui. D'ailleurs, le sujet de notre conférence en témoigne: "Les crises globales impliquent une responsabilité globale".

Il y a vingt ans, le monde était divisé sur le plan économique et idéologique et sa sécurité était assurée par les potentiels stratégiques immenses des deux superpuissances.

La confrontation globale reléguait les problèmes économiques et sociaux urgents à la périphérie des relations internationales et de l'agenda mondial. De même que n'importe quelle guerre, la guerre froide nous a laissé, pour ainsi dire, des "obus non explosés". Je pense aux stéréotypes idéologiques, aux doubles standards et autres clichés hérités de la mentalité des blocs.

Le monde unipolaire proposé après la guerre froide ne s'est pas non plus réalisé.

Certes, l'histoire de l'humanité a connu des périodes d'unipolarité et d'aspiration à la domination mondiale. L'histoire de l'humanité en a vu de toutes sortes.

Qu'est ce qu'un monde unipolaire? Malgré toutes les tentatives d'embellir ce terme, il ne signifie en pratique qu'une seule chose: c'est un seul centre de pouvoir, un seul centre de force et un seul centre de décision.

C'est le monde d'un unique maître, d'un unique souverain.
En fin de compte, cela est fatal à tous ceux qui se trouvent au sein de ce système aussi bien qu'au souverain lui-même, qui se détruira de l'intérieur.

Bien entendu, cela n'a rien à voir avec la démocratie, car la démocratie, c'est, comme on le sait, le pouvoir de la majorité qui prend en considération les intérêts et les opinions de la minorité.

A propos, on donne constamment des leçons de démocratie à la Russie. Mais ceux qui le font ne veulent pas, on ne sait pourquoi, eux-mêmes apprendre.


J'estime que le modèle unipolaire n'est pas seulement inadmissible pour le monde contemporain, mais qu'il est même tout à fait impossible. Non seulement parce que, dans les conditions d'un leader unique, le monde contemporain (je tiens à le souligner: contemporain) manquera de ressources militaro-politiques et économiques. Mais, et c'est encore plus important, ce modèle est inefficace, car il ne peut en aucun cas reposer sur la base morale et éthique de la civilisation contemporaine.

Cependant, tout ce qui se produit actuellement dans le monde - et nous ne faisons que commencer à discuter à ce sujet - est la conséquence des tentatives pour implanter cette conception dans les affaires mondiales: la conception du monde unipolaire.

Quel en est le résultat?

Les actions unilatérales, souvent illégitimes, n'ont réglé aucun problème. Bien plus, elles ont entraîné de nouvelles tragédies humaines et de nouveaux foyers de tension. Jugez par vous-mêmes: les guerres, les conflits locaux et régionaux n'ont pas diminué. Monsieur Teltschik l'a mentionné d'une manière très délicate. Les victimes de ces conflits ne sont pas moins nombreuses, au contraire, elles sont bien plus nombreuses qu'auparavant.

Nous sommes en présence de l'emploi hypertrophié, sans aucune entrave, de la force - militaire - dans les affaires internationales, qui plonge le monde dans un abîme de conflits successifs. Par conséquent, aucun des conflits ne peut être réglé dans son ensemble. Et leur règlement politique devient également impossible.

Nous sommes témoins d'un mépris de plus en plus grand des principes fondamentaux du droit international. Bien plus, certaines normes et, en fait, presque tout le système du droit d'un seul Etat, avant tout, bien entendu, des Etats-Unis, a débordé de ses frontières nationales dans tous les domaines: dans l'économie, la politique et dans la sphère humanitaire, et est imposé à d'autres Etats. A qui cela peut-il convenir?

Dans les affaires internationales, on se heurte de plus en plus souvent au désir de régler tel ou tel problème en s'inspirant de ce qu'on appelle l'opportunité politique, fondée sur la conjoncture politique.

Evidemment, cela est très dangereux, personne ne se sent plus en sécurité, je tiens à le souligner, parce que personne ne peut plus trouver refuge derrière le droit international. Evidemment, cette politique est le catalyseur de la course aux armements.

La domination du facteur force alimente inévitablement l'aspiration de certains pays à détenir des armes de destruction massive. Qui plus est, on a vu apparaître des menaces foncièrement nouvelles qui étaient connues auparavant, mais qui acquièrent aujourd'hui un caractère global, par exemple, le terrorisme.

Je suis certain qu'en ce moment crucial il faut repenser sérieusement l'architecture globale de la sécurité.

Il faut rechercher un équilibre raisonnable des intérêts de tous les acteurs du dialogue international. D'autant plus que le "paysage international" change très rapidement et substantiellement en raison du développement dynamique de toute une série d'Etats et de régions.

Mme la chancelière fédérale l'a déjà mentionné. Ainsi, le PIB commun de l'Inde et de la Chine en parité de pouvoir d'achat dépasse déjà celui des Etats-Unis. Le PIB des Etats du groupe BRIC - Brésil, Russie, Inde et Chine - évalué selon le même principe dépasse le PIB de l'Union européenne tout entière. Selon les experts, ce fossé va s'élargir dans un avenir prévisible.

Il ne fait pas de doute que le potentiel économique des nouveaux centres de la croissance mondiale sera inévitablement converti en influence politique, et la multipolarité se renforcera.

Le rôle de la diplomatie multilatérale s'accroît considérablement dans ce contexte. L'ouverture, la transparence et la prévisibilité en politique n'ont pas d'alternative raisonnable et l'emploi de la force doit effectivement être une ultime mesure, de même que la peine de mort dans les systèmes judiciaires de certains Etats.

Aujourd'hui, au contraire, nous observons une situation où des pays dans lesquels la peine de mort est interdite même à l'égard des assassins et d'autres dangereux criminels participent allégrement à des opérations militaires qu'il est difficile de considérer comme légitimes et qui provoquent la mort de centaines, voire de milliers de civils!

Une question se pose en même temps: devons-nous rester impassibles face à divers conflits intérieurs dans certains pays, aux actions des régimes autoritaires, des tyrans, à la prolifération des armes de destructions massive? C'est le fond de la question posée à la chancelière fédérale par Monsieur Lieberman, notre vénérable collègue. Ai-je bien compris votre question (dit-il en s'adressant à Joseph Lieberman)? Bien entendu, c'est une question importante! Pouvons-nous assister impassiblement à ce qui se produit? J'essaierai de répondre à votre question. Bien entendu, nous ne devons pas rester impassibles. Bien sûr que non.

Mais avons-nous les moyens de faire face à ces menaces? Oui, nous les avons. Il suffit de se rappeler l'histoire récente. Le passage à la démocratie n'a-t-il pas été pacifique dans notre pays? Le régime soviétique a subi une transformation pacifique, malgré la grande quantité d'armes, y compris nucléaires, dont il disposait! Pourquoi donc faut-il bombarder et pilonner aujourd'hui à tout bout de champ? Manquerions-nous de culture politique, de respect pour les valeurs démocratiques et le droit, en l'absence d'une menace d'extermination réciproque?

Je suis certain que la Charte des Nations unies est l'unique mécanisme d'adoption de décisions sur l'emploi de la force en tant que dernier recours. Dans cet ordre d'idées, ou bien je n'ai pas compris ce qui vient d'être déclaré par notre collègue ministre italien de la Défense, ou bien il ne s'est pas exprimé clairement. En tout cas, j'ai entendu ce qui suit: l'usage de la force ne peut être légitime que si cette décision a été prise par l'OTAN, l'Union européenne ou l'ONU. S'il l'estime effectivement, alors nos points de vue sont différents. Ou bien j'ai mal entendu. L'usage de la force n'est légitime que sur la base d'un mandat des Nations unies. Il ne faut pas substituer l'OTAN et l'Union européenne à l'Organisation des Nations unies. Lorsque l'ONU réunira réellement les forces de la communauté internationale qui pourront réagir efficacement aux événements dans certains pays, lorsque nous nous débarrasserons du mépris du droit international, la situation pourra changer. Sinon, elle restera dans l'impasse et les lourdes erreurs se multiplieront. Il faut oeuvrer pour que le droit international soit universel aussi bien dans sa compréhension que dans l'application de ses normes.

Il ne faut pas oublier qu'en politique, le mode d'action démocratique suppose nécessairement une discussion et une élaboration minutieuse des décisions.

Mesdames et messieurs !

Le risque potentiel de déstabilisation des relations internationales tient également à l'absence évidente de progrès dans le domaine du désarmement.

La Russie se prononce pour la reprise du dialogue à ce sujet.

Il est très important d'appliquer les normes juridiques internationales en matière de désarmement, tout en poursuivant la réduction des armements nucléaires.

Nous avons convenu avec les Etats-Unis de ramener nos charges nucléaires équipant les vecteurs stratégiques à 1700 - 2 200 unités d'ici au 31 décembre 2012. La Russie a l'intention de respecter strictement ses engagements. Nous espérons que nos partenaires agiront en toute transparence, eux aussi, et ne garderont pas sous le coude quelques centaines de charges nucléaires pour les "mauvais jours". Donc, si le nouveau ministre américain de la Défense annonce que les Etats-Unis se garderont de mettre leurs charges excédentaires en stock, ni de les dissimuler "sous un coussin" ou "sous une couverture", je vous demanderai de vous lever pour applaudir ses paroles. Ce serait une déclaration très importante.

La Russie respecte strictement le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et le régime multilatéral de contrôle de la technologie des missiles, et elle a l'intention de les respecter à l'avenir également. Les principes à la base de ces documents revêtent un caractère universel.

A cette occasion, je tiens à rappeler que dans les années 1980, l'URSS et les Etats-Unis ont signé un Traité sur l'élimination des missiles à moyenne et plus courte portée sans toutefois conférer de caractère universel à ce document.

A l'heure actuelle, toute une série de pays possèdent des missiles de cette classe: la République populaire démocratique de Corée, la République de Corée, l'Inde, l'Iran, le Pakistan, l'Etat d'Israël. De nombreux autres pays sont en train de concevoir ces systèmes et envisagent d'en doter leurs forces armées. Or, seuls les Etats-Unis d'Amérique et la Russie restent fidèles à leur engagement de ne pas construire ces armes.

Il est clair que dans ces conditions nous sommes obligés de veiller à assurer notre sécurité.

En même temps, il faut empêcher l'apparition de nouveaux types d'armes de pointe susceptibles de déstabiliser la situation. Je ne parle pas des mesures visant à prévenir la confrontation dans de nouveaux milieux, surtout dans l'Espace. On sait que les "guerres des étoles" ne relèvent plus de la fiction, mais de la réalité. Dès le milieu des années 1980, nos partenaires américains ont réussi à intercepter un de leurs satellites.

Selon la Russie, la militarisation de l'Espace est susceptible d'avoir des conséquences imprévisibles pour la communauté mondiale, conséquences qui ne seraient pas moins graves que l'avènement de l'ère nucléaire. C'est pour cela que nous avons maintes fois lancé des initiatives visant à prévenir le déploiement d'armes dans l'Espace.

Aujourd'hui, je tiens à vous dire que nous avons préparé un projet de Traité sur le non-déploiement d'armes dans l'Espace. D'ici peu, nous l'enverrons à nos partenaires en qualité de proposition officielle. Je propose de travailler ensemble sur ce document.

En ce qui concerne les projets prévoyant le déploiement en Europe d'éléments du système de défense antimissiles, ils ne manquent pas non plus de nous inquiéter. Qui a besoin d'une nouvelle relance - inévitable en l'occurrence - de la course aux armements? Je doute fort que ce soient les Européens.

Aucun des pays dits "à problèmes" ne possède de missiles ayant une portée de l'ordre de 5 000 à 8 000 kilomètres et susceptibles de menacer l'Europe. Mieux, dans un avenir prévisible, leur apparition dans ces pays n'est pas envisageable. Je dirais même plus: une tentative de lancer un missile nord-coréen, par exemple, vers les Etats-Unis via l'Europe serait contraire aux lois de la balistique".

Profitant de mon séjour en Allemagne, je tiens à évoquer la crise que traverse le Traité sur les forces armées conventionnelles en Europe.

Signé en 1999, ce Traité était adapté à une nouvelle réalité géopolitique: le démantèlement du bloc de Varsovie. Sept ans se sont écoulés depuis, mais il n'a été ratifié que par quatre pays, dont la Fédération de Russie.

Les pays de l'OTAN ont ouvertement déclaré qu'ils ne ratifieraient pas le Traité, dont les dispositions relatives aux limitations dans la zone des "flancs" (déploiement sur les "flancs" d'un certain nombre de forces armées) tant que la Russie ne procéderait pas au retrait de ses bases de la Géorgie et de la Moldavie. Le retrait de nos troupes de la Géorgie est en cours et ce, à un rythme accéléré. Tout le monde sait que nous avons déjà réglé ces problèmes avec nos collègues géorgiens. Quant à la Moldavie, on y trouve pour le moment une formation de 1 500 militaires chargés de maintenir la paix et de protéger les entrepôts de munitions qui y subsistent depuis l'époque soviétique. Nous discutons en permanence de cette question avec Monsieur Solana: il connaît bien notre position. Nous sommes prêts à aller plus loin dans cette direction.

Mais que se passe-t-il pendant ce temps-là? Eh bien, on voit apparaître en Bulgarie et en Roumanie des "bases américaines légères avancées" de 5 000 militaires chacune. Il se trouve que l'OTAN rapproche ses forces avancées de nos frontières, tandis que nous - qui respectons strictement le Traité - ne réagissons pas à ces démarches.

Il est évident, je pense, que l'élargissement de l'OTAN n'a rien à voir avec la modernisation de l'alliance, ni avec la sécurité en Europe. Au contraire, c'est un facteur représentant une provocation sérieuse et abaissant le niveau de la confiance mutuelle. Nous sommes légitimement en droit de demander ouvertement contre qui cet élargissement est opéré. Que sont devenues les assurances données par nos partenaires occidentaux après la dissolution du Pacte de Varsovie? Où sont ces assurances? On l'a oublié. Néanmoins, je me permettrai de rappeler aux personnes présentes dans cette salle ce qui a été dit. Je tiens à citer des paroles tirées du discours de M. Werner, alors Secrétaire général de l'OTAN, prononcé à Bruxelles le 17 mais 1990: "Que nous soyons prêts à ne pas déployer les troupes de l'OTAN à l'extérieur du territoire de la RFA, cela donne à l'Union soviétique des garanties sûres de sécurité". Où sont aujourd'hui ces garanties?

Les blocs de béton et les pierres du Mur de Berlin sont depuis longtemps des souvenirs. Mais il ne faut pas oublier que sa chute est devenue possible notamment grâce au choix historique de notre peuple - le peuple de Russie - en faveur de la démocratie et de la liberté, de l'ouverture et du partenariat sincère avec tous les membres de la grande famille européenne.

Or, maintenant, on s'efforce de nous imposer de nouvelles lignes de démarcation et de nouveaux murs. Même s'ils sont virtuels, ils ne manquent pas de diviser, de compartimenter notre continent. Faudra-t-il à nouveau des années et des décennies, une succession de plusieurs générations de responsables politiques pour démanteler ces murs ?

Mesdames, Messieurs!

Nous préconisons le renforcement du régime de non-prolifération. L'actuelle base juridique internationale permet de mettre au point des technologies de production de combustible nucléaire pour l'utiliser ensuite à des fins pacifiques. Et bon nombre d'Etats veulent, à juste titre, développer leur propre nucléaire civil en tant que base de leur indépendance énergétique. En même temps, nous comprenons que ces technologies peuvent se transformer rapidement en know-how pour la production de matériaux nucléaires militaires.

Cela suscite une grave tension internationale. La situation autour du programme nucléaire iranien en est un exemple éclatant. Si la communauté internationale n'élabore pas de solution raisonnable à ce conflit d'intérêts, le monde sera ébranlé, à l'avenir également, par ce genre de crises déstabilisatrices, car l'Iran n'est pas l'unique pays du seuil, et nous ne le savons que trop, nous et vous. Aussi, nous serons en permanence confrontés à la menace de prolifération des armes de destruction massive (ADM).

L'année dernière, la Russie a proposé de créer des centres d'enrichissement d'uranium multinationaux. Nous acceptons que de tels centres se créent non seulement en Russie, mais aussi dans d'autres pays où le nucléaire civil se développe sur une base légale. Les Etats cherchant à développer leur nucléaire civil pourraient recevoir du combustible, en participant directement au travail de ces centres, évidemment, sous le contrôle rigoureux de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Or, les dernières initiatives du président des Etats-Unis, George W. Bush, sont à l'unisson de cette initiative russe. Je pense que la Russie et les Etats-Unis sont objectivement et également intéressés au durcissement du régime de non-prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs. Et ce sont justement nos deux pays, leaders pour leur potentiel nucléaire et balistique, qui doivent, eux aussi, devenir leaders de la mise au point de nouvelles mesures plus rigoureuses en matière de non-prolifération. La Russie est prête à effectuer un tel travail. Nous menons des consultations avec nos amis américains.

Somme toute, il doit y être question de la mise en place de tout un système de leviers politiques et de stimulants économiques qui n'incitent pas les Etats à créer leurs propres capacités en matière de cycle du combustible nucléaire, mais leur permettent de développer leur nucléaire civil, en renforçant ainsi leur potentiel énergétique.

A cette occasion, je tiens à parler plus en détail de la coopération énergétique internationale. Mme la chancelière fédérale en a parlé, elle aussi, bien que brièvement. Dans la sphère énergétique, la Russie s'oriente vers l'élaboration de principes de marché et de conditions transparentes qui soient les mêmes pour tous. Il est évident que le prix des hydrocarbures doit être établi par le marché et ne doit pas faire l'objet de spéculations politiques ni de pressions ou de chantages économiques.

Nous sommes ouverts à la coopération. Des compagnies étrangères participent à nos plus grands projets économiques. Selon différentes évaluations, jusqu'à 26% de l'extraction de pétrole en Russie reviennent - réfléchissez bien à ce chiffre - jusqu'à 26% de l'extraction de pétrole en Russie reviennent au capital étranger. Essayez donc de me citer un exemple de présence aussi large du business russe dans les branches clés de l'économie des Etats d'Occident. Il n'y en a pas !

Je tiens aussi à rappeler la proportion d'investissements arrivant en Russie et partant de Russie vers d'autres pays du monde. Ce rapport est à peu près de quinze pour un. Voilà un exemple éclatant de l'ouverture et de la stabilité de l'économie russe.


La sécurité économique est une sphère où tous doivent s'en tenir à des principes uniques. Nous sommes prêts à une concurrence loyale.

L'économie russe a de plus en plus de possibilités pour cela. Cette dynamique est objectivement évaluée par des experts et nos partenaires étrangers. Récemment, par exemple, la Russie a été mieux notée au sein de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE): notre pays est passé notamment du groupe à risque 4 au groupe 3. Profitant de l'occasion, ici, aujourd'hui à Munich, je voudrais remercier tout particulièrement nos collègues allemands de leur concours à l'adoption de la décision évoquée.

Continuons. Comme vous le savez, le processus d'adhésion de la Russie à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) est entré dans sa phase finale. Je rappellerai qu'au cours des négociations longues et difficiles, nous avons plus d'une fois entendu des paroles sur la liberté d'expression, la liberté de commerce et des possibilités égales, mais seulement quand il s'agissait du marché russe.

Et encore un thème très important qui influe directement sur la sécurité globale. On parle beaucoup aujourd'hui de la lutte contre la pauvreté. Mais qu'est-ce qui se produit en réalité? D'une part, des ressources financières - et souvent importantes - sont allouées à des programmes d'assistance aux pays les plus pauvres. Quoi qu'il en soit, et beaucoup le savent ici également, il n'est pas rare que les compagnies des pays donateurs eux-mêmes "les utilisent". D'autre part, l'agriculture dans les pays industrialisés est toujours subventionnée, alors que l'accès des hautes technologies est limité pour d'autres.

Appelons donc les choses par leurs noms: il s'avère qu'une main distribue les "aides caritatives", alors que l'autre entretient l'arriération économique, mais récolte aussi des bénéfices. La tension sociale surgissant dans de telles régions dépressives se traduit inévitablement par la croissance du radicalisme et de l'extrémisme, tout en alimentant le terrorisme et les conflits locaux. Et si tout cela se produit de surcroît, par exemple, au Proche-Orient dans le contexte d'une vision aggravée du monde extérieur, en tant que monde injuste, une déstabilisation globale risque de se produire.

Il va sans dire que les principales puissances mondiales doivent voir cette menace et organiser, par conséquent, un système plus démocratique et plus équitable de rapports économiques qui donne à tous une chance et une possibilité de développement.

Intervenant à une conférence sur la sécurité, on ne peut pas, non plus, Mesdames et Messieurs, passer sous silence l'activité de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). L'OSCE a été créée pour examiner tous les aspects, je tiens à le souligner, tous les aspects de la sécurité, qu'il s'agisse des aspects politico-militaires, économiques ou humanitaires et ce, dans leurs rapports réciproques.

Mais que voyons-nous aujourd'hui en réalité? Nous voyons que cet équilibre est manifestement perturbé. On essaie de transformer l'OSCE en instrument vulgaire au service des intérêts politiques extérieurs d'un seul pays ou d'un groupe de pays à l'égard d'autres Etats. Et c'est pour cette tâche, que l'on a aussi "monté de toutes pièces" l'appareil bureaucratique de l'OSCE qui n'est nullement lié aux Etats fondateurs. On a "monté de toutes pièces" pour cette tâche également les procédures d'adoption des décisions et d'utilisation des fameuses "organisations non gouvernementales (ONG)". Formellement, il s'agit effectivement d'organisations indépendantes, mais financées rationnellement et, par conséquent, contrôlées.

Conformément aux documents fondateurs, dans la sphère humanitaire, l'OSCE est appelée à accorder aux pays membres, à leur demande, un concours en matière de respect des normes internationales dans le domaine des droits de l'homme. C'est une importante mission. Nous la soutenons. Mais cela ne signifie pas qu'on peut s'ingérer dans les affaires intérieures d'autres pays et encore moins tenter de leur dicter la manière dont ils doivent vivre et se développer.

Il est parfaitement évident qu'une telle ingérence ne contribue pas du tout à la maturation d'Etats authentiquement démocratiques. Par contre, elle les rend dépendants, avec comme conséquence l'instabilité sur les plans économique et politique.

Nous espérons que l'OSCE se guidera sur ses tâches immédiates et organisera ses relations avec des Etats souverains sur la base du respect, de la confiance et de la transparence.

Mesdames, Messieurs!

En conclusion, je voudrais retenir ceci. Nous entendons très souvent - et je les entends personnellement - les appels de nos partenaires, y compris nos partenaires européens, exhortant la Russie à jouer un rôle de plus en plus actif dans les affaires internationales.

Je me permettrai à cette occasion une petite remarque. Nous n'avons pas besoin d'être éperonnés ou stimulés. La Russie a une histoire millénaire, et pratiquement elle a toujours eu le privilège de pratiquer une politique extérieure indépendante.

Nous n'avons pas l'intention aujourd'hui non plus de faillir à cette tradition.
En même temps, nous voyons que le monde a changé et nous évaluons avec réalisme nos propres possibilités et notre propre potentiel. Et évidemment nous voudrions aussi avoir affaire à des partenaires sérieux et tout aussi indépendants avec lesquels nous pourrions travailler à l'édification d'un monde plus démocratique et plus équitable, tout en y garantissant la sécurité et la prospérité non seulement des élites, mais de tous.

Je vous remercie de votre attention.


    Source :
Le Blog - Russie et Nouveaux Etats Indépendants
   
   
   

Publié dans : RdP : Géopolitique

Lundi 11 août 2008

   
[ Le Monde Informatique - 6 août  2008 ]
  
   

A l'heure où la Chine focalise l'attention des tenants des droits de l'Homme et des libertés individuelles, les Etats-Unis suscitent l'ire de ces derniers. Washington vient en effet de rendre public un texte autorisant les agents des douanes à saisir n'importe quel appareil électronique. Ordinateurs portables, baladeurs, disques durs portables et smartphones sont donc, au nom de la sécurité, susceptibles d'être examinés dès lors que leur propriétaire franchit une frontière américaine.
   
Le texte, issu du Département de la sécurité intérieure (DHS), précise que cette possibilité offerte aux agents des douanes est essentielle pour la découverte d'informations relatives au terrorisme, aux trafics de stupéfiants ou à l'immigration illégale. Il précise que n'importe quel voyageur pénétrant ou quittant le territoire américain peut voir les appareils électroniques qu'il transporte confisqués par les douanes. Lesquelles ont alors toute latitude pour en analyser le contenu. Elles peuvent, pour cela, se faire assister d'un traducteur, d'un spécialiste du chiffrement ou, en cas de suspicion de violation de la Loi, de divers experts.
   
Si le document du DHS vient d'être rendu public, les mesures qu'il présente sont en réalité déjà en vigueur. Selon nos confrères d'IDG News Service, plusieurs voyageurs ont rapporté s'être faits saisir leur ordinateur portable sans que leur bien leur soit restitué par la suite.
   
De nombreux critiques n'ont pas tardé à fuser du côté des associations de défense des libertés et d'une partie de la classe politique. Beaucoup accusent le texte d'autoriser des fouilles trop intrusives et de violer les libertés individuelles. Selon l'Electronic Frontier Foundation, les ordinateurs renferment des informations familiales, médicales, financières, qui pourraient facilement être copiées et se retrouver dans les bases de données gouvernementales. « Les mesures qui viennent d'être révélées sont vraiment inquiétantes », a résumé le sénateur Russ Feingold.
   
  
    Source :
Le Monde Informatique
    Auteur : Vincent Delfau / IDG News Service
    Date : Edition du 06/08/2008
   
   

Publié dans : RdP : Etats-Unis

Lundi 4 août 2008

    
[ Le Monde - 1er août 2008 ]
   
 

La corruption du sénateur républicain de l'Alaska, Ted Stevens, si elle est prouvée, était relativement mineure. A peine 250 000 dollars de travaux de rénovation et de cadeaux, selon les accusations rendues publiques mardi 29 juillet. Mais ces pratiques sont en fait répandues dans tous les Etats-Unis et représentent des sommes non négligeables. Le Congrès prend bien trop de décisions sous l'influence des lobbies et des intérêts particuliers, ignorant l'optimum économique. Et cela a un coût pour l'économie.
   
Ancien président de la Commission des appropriations, M. Stevens est à l'origine de la multiplication de projets spéciaux "marquants" attachés aux différents textes votés par ses collègues du Congrès. Leur addition représente 29 milliards de dollars en 2006. Le nombre de ces projets était en hausse de 650 % en 2006 par rapport à 1994 et leur coût en augmentation de 270 % sur la même période.
  
Les lobbyistes, souvent à l'origine de ces initiatives "marquantes", ont eux-mêmes proliféré, 24 % de plus entre 2000 et 2007, et en dépense, 84 % de hausse sur la même période. Le coût pour l'économie des dérives du Parlement va bien au-delà de ces projets.
   
Prenons par exemple Fannie Mae et Freddie Mac, les géants du marché hypothécaire américain. Même en considérant qu'étendre l'accès à la propriété à toutes les catégories de revenus est un bon objectif politique, les deux "entreprises sponsorisés par l'Etat" représentent un moyen inefficace de l'atteindre. Elles mélangent l'appétit pour le profit du secteur privé avec les subventions du contribuable et le soutien du gouvernement en cas d'échec.
  
La loi sur le logement de 300 milliards de dollars (193 milliards d'euros) signée mercredi par le président américain, George Bush, impose un petit nombre de contrôles supplémentaires à ses institutions, mais ne cherche pas à limiter l'engagement du contribuable pour les renflouer.
      
Le lobbying et les projets particuliers sont en eux-mêmes des formes légalisées de corruption. Ils impliquent directement de l'argent public pour obtenir en contrepartie des financements de campagne ou des voix. M. Stevens personnifiait cela à Washington. Il était aussi exemplaire de l'inculture économique au Congrès. Cette ignorance, plus encore que n'importe quelle forme de corruption, coûte de plus en plus cher à l'économie américaine.
    
   

    Source : Le Monde
    Auteur : Martin Hutchinson
    Date : Paru dans l'édition du 02.08.08
   
   

Publié dans : RdP : Etats-Unis

Lundi 4 août 2008

   
En complément à un
 
article précédent, lors de la parution de son dernier livre "La marche irrésistible du nouvel ordre mondial" voici un entretien avec Pierre Hillard, professeur d'histoire-géographie et docteur en sciences politiques.

Un point de vue assez saisissant ...
  


Une vidéo en 6 parties d'environ 10 mn, envoyée par
tommeight (janvier 2008), disponible sur DailyMotion


1ère partie





2ème partie




3ème partie




4ème partie




5ème partie




6ème partie




Publié dans : RdP : Géopolitique

Dimanche 20 juillet 2008

  
[ Le Monde - 20 juillet 2007 ]

  

Andrew Feinstein n'était jamais venu en Israël et dans les territoires palestiniens occupés. Sud-Africain et juif, il a perdu sa mère et ses dix frères et soeurs dans l'Holocauste. Il a été très impressionné par le mémorial de Yad Vashem et l'évocation d'Auschwitz, où a péri sa famille. Cet ancien député de l'ANC (African national Congress) a également été très marqué par ce qu'il a vu à Hébron : les colons qui insultent et jettent des pierres sur les Palestiniens, qui s'en prennent à cette délégation venue se rendre compte sur place de la réalité des choses. "Comment, au nom du judaïsme, peut-on se comporter de cette manière ? Comment peut-on transformer en ville fantôme un quartier commerçant arabe pour protéger quelques centaines de colons ?", s'interroge-t-il.
   
Avec un groupe de 22 Sud-Africains, défenseurs des droits de l'homme, membres de l'ANC, magistrats, journalistes, syndicalistes, écrivains, blancs, noirs, indiens, une dizaine de juifs, Andrew Feinstein a, pendant cinq jours, du 6 au 10 juillet, sillonné les territoires occupés de Hébron à Naplouse, en passant par Jérusalem et la "barrière de sécurité", rencontré des organisations de défense des droits de l'homme, visité Tel Aviv, tenté d'appréhender le conflit israélo-palestinien. Il ne s'agissait pas de trouver des solutions, ni de juger, encore moins de faire des comparaisons avec le régime de l'apartheid que tous ont connu et subi.
   
"Il n'est pas question de dénier à Israël le droit d'exister, mais je dois avouer que je suis choqué par ce que j'ai vu", déplore Geoff Budlender, lui aussi juif. Ce juriste a été frappé par l'extension de la colonisation, par "la façon de traiter un peuple comme s'il était de seconde classe, par les pesanteurs de l'occupation militaire et le contrôle de tous les aspects de la vie quotidienne des Palestiniens, par la séparation de plus en plus marquée de deux communautés".
   
Geoff Budlender se refuse à "faire l'analogie avec le système d'apartheid", estimant que ce n'est pas "approprié". Mais Barbara Hogan, qui a passé huit ans dans les prisons sud-africaines parce qu'elle protestait contre la ségrégation raciale, a été stupéfaite de constater qu'existaient en Cisjordanie des routes séparées pour les colons et pour les Palestiniens, que ces derniers devaient obtenir des permis de l'administration israélienne pour se déplacer, ce qui lui a rappelé le système des "pass" pour les Noirs en Afrique du Sud.
   
"Les non-Blancs vivaient dans des zones séparées, mais il n'y a jamais eu en Afrique du Sud de routes séparées, de "barrière de sécurité", de check-points, de plaques d'immatriculation différentes, de cantonnements dans des zones délimitées", s'étonne cette députée de l'ANC. "Tout cela est absurde et je me demande jusqu'où cela va aller, ce que ça va donner", s'interroge Barbara Hogan, qui se dit "choquée" par ce qu'elle a vu dans les rues de Hébron : "l'injustice, la haine, le désespoir". Elle se souvient de "la crainte dans les yeux des enfants", du silence régnant dans les rues du camp de Balata, à Naplouse. "Cette ville est assiégée. Les militaires contrôlent toutes les collines, tous les check-points. On ne peut pas entrer et sortir comme l'on veut. Cela n'a jamais existé en Afrique du Sud", ajoute Nozizwe Madlala-Routledge, ancienne vice-ministre de la santé et députée de l'ANC.
   
Ce qui a frappé ces vétérans de la lutte anti-apartheid est le poids de l'occupation, l'importance des restrictions et la volonté d'établir une séparation complète. "La présence de l'armée partout, ces files d'attente aux check-points, ces raids de soldats sont pour moi pire que l'apartheid. Cela ne fait aucun doute. C'est plus pernicieux, plus sophistiqué grâce aux ordinateurs, qui n'existaient pas à l'époque. Ce sont des méthodes déshumanisantes", insiste le juge Dennis Davis. Ce n'est pas son premier voyage et il trouve la situation "plus sombre qu'elle n'a jamais été". "J'ai l'impression que nous sommes en 1965 en Afrique du Sud, lorsque la répression s'est intensifiée après la condamnation de Nelson Mandela. Il a passé vingt-sept ans en prison. A Naplouse, Saïd Al-Atabeh (membre du Front populaire de libération de la Palestine, condamné à perpétuité pour des attentats perpétrés en 1977 et qui avaient fait un mort et des blessés) est incarcéré depuis trente et un ans. Après le jugement de Mandela, il a encore fallu vingt ans pour que des sanctions internationales soient imposées contre le régime de l'apartheid. Ici, je ne vois aucune solution en perspective", dit-il.
   
"Le bout du tunnel est plus noir que noir", renchérit Mondli Makhanya, rédacteur en chef du Sunday Times, l'hebdomadaire dominical le plus populaire d'Afrique du Sud, avant d'ajouter : "Nous, nous savions qu'un jour, cela allait se terminer, que les lois de l'apartheid allaient disparaître. Ici, ce n'est pas codifié, c'est l'occupation qui fait que le Palestinien est un être de seconde zone."
   
Le terme d'"apartheid", considéré comme un outrage en Israël, est utilisé avec précaution par ces hommes et ces femmes qui se souviennent qu'il n'y a pas si longtemps, ils étaient encore qualifiés de "terroristes" par le gouvernement blanc sud-africain, rappelle Barbara Hogan. Ils se refusent aussi à parler de "racisme", de "colonialisme", "car nous ne sommes pas là pour juger mais pour nous informer", se défend Geoff Budlender, qui se déclare surpris de constater que "les Palestiniens veulent encore croire à une solution". "Mais, ajoute-t-il, lorsque vous voyez ce chapelet de colonies sur la route de Naplouse et que vous vous heurtez partout au "mur de séparation", on se dit que cela ne va pas être simple."
    
Dans l'est de la Cisjordanie, la petite troupe de Sud-Africains s'est rendue à Biddo, à Bilin et à Budrus pour voir de près à quoi ressemble la "barrière de sécurité" dont Dorit Beinisch, président de la Cour suprême, leur avait dit qu'elle avait permis d'éliminer les attentats-suicides. A peine sur place, le groupe a été prié de reculer à bonne distance par des militaires israéliens arrivés immédiatement à bord de jeeps. "Si vous ne vous dispersez pas, cela sera considéré comme une manifestation et nous devrons agir en conséquence", a lancé au mégaphone le plus gradé. Les Sud-Africains sont repartis écouter les responsables des villages qui leur ont raconté de quelle manière ce qu'ils appellent le "mur de l'apartheid" avait "pourri" leur vie. "Je comprends parfaitement la peur des juifs, mais elle ne peut justifier ce qui se passe", conclut Andrew Feinstein avant d'ajouter : "Et je trouve très triste que cela se fasse au nom du judaïsme."

  
   
    Source : Le Monde
    Auteur : Michel Bôle-Richard (correspondant à Jérusalem)
    Date : Article paru dans l'édition du 20.07.08

    
   
   

Publié dans : RdP : Moyen Orient

Mercredi 2 juillet 2008

Chacun sait que l'invasion du Koweit par l'Irak de Saddam Hussein fut la raison invoquée pour lancer la guerre du Golfe en 1990-1991 : une armada internationale de 34 Etats emmenée par les Etats-Unis et soutenue par l'ONU devait libérer le Koweit des griffes de l'affreux dictateur, dont on accusait les soldats d'oser s'attaquer aux bébés en couveuse...
      
De defensa nous remémore comment Saddam Hussein fut encouragé par les Etats-Unis à envahir le Koweit. April Glaspie, alors ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad fut le principal instrument de cette manipulation.




[
de defensa - 28 juin 2006 ]

Quand April rencontrait Saddam

Qui se souvient d'April Glaspie ? Plus personne ou presque, justement. April Glaspie est cette ambassadrice des USA à Bagdad qui, à la fin juillet 1990 (le 25), rencontre Saddam Hussein sur instruction expresse du département d'État et lui fait savoir à mots à peine couverts que les USA ne se considéreraient comme nullement impliqués si l'Irak lançait une opération contre le Koweït. C'est ce qu'on appelle un "feu vert".
  
(En, passant, on goûtera, dans la transcription de l'entretien, tout ce que l'ambassadeur des Etats-Unis dit à Saddam en fait de compliments absolument admiratifs sur ce qu'il fait pour son peuple et ainsi de suite. De tels mots, aujourd'hui, vous conduiraient devant le Tribunal International de La Haye.)
  
Une petite semaine après l'entretien, le 1er août 1990, Saddam attaque. Quasi-instantanément, le président des Etats-Unis, le père de l'actuel, en suffoque d'indignation, se trouve presque mal devant l'infamie, la monstruosité absolument impardonnable que vient de commettre Saddam. Aussitôt, l'Irakien est mis au ban du monde civilisé, assimilé à Hitler pour sa stature morale et pour la menace qu'il fait peser sur notre belle civilisation, et avec la promesse immédiate qu'il va être traité à mesure. Cela est fait, promesse tenue, le 17 janvier 1991, avec la première guerre du Golfe. Un esprit plutôt malveillant sortirait alors son double décimètre et tracerait une ligne droite, impeccable, sans un pli et baptisée "de cause à effet" entre cet épisode et l'attaque de l'Irak du 19 mars 2003.
  
Alors, que conclure ? Eh bien, qu'il est du meilleur choix du monde d'avoir publié, il y a trois ans, un article rappelant précisément cet épisode, avec les minutes de l'entretien Glaspie-Saddam, une réaction scandalisé du Président, père de l'actuel, lorsqu'on évoquait l'hypothèse d'une machination, et jusqu'à l'étrange silence gardé depuis le 25 juillet 1990 par celle qui reste un témoin et un acteur, - complice ou pas, c'est selon, - d'un évènement pivot de toute notre histoire contemporaine. L'article a été publié le 25 décembre 2005, sous la signature de Kaleem Omar, du World News, du Jang Group of Newspapers (Pakistan).
  
[...]

 

Source : de defensa
  
  
  


   

Voici une traduction de l'article cité en anglais par de defensa.
(l'article n'est plus disponible sur le média d'origine, mais est repris par
Information Clearing House)
  
  

April Glaspie est-elle toujours tenue au secret par le Département d'État ?

  

Par Kaleem Omar

World News, Jang group of Newspapers (Pakistan)

25 décembre 2005

 

Il y a maintenant plus de quinze ans, qu'eut lieu la réunion fatidique du 25 juillet1990 entre l'Ambassadeur des Etats-Unis en Irak de l'époque, April Glaspie, et le Président Saddam Hussein, réunion au cours de laquelle le dirigeant irakien crut recevoir le feu vert de Washington pour l'invasion du Koweït qu'il allait opérer huit jours plus tard.
 
L'interdiction qui aurait était faite à Glaspie par le Département d'Etat américain, dès le mois d'août 1990, de dévoiler aux médias ce qui s'était passé lors de cette réunion, est apparemment toujours en vigueur, malgré qu'elle ait pris sa retraite de l'American Foreign Service en 2002.
  
Malgré toutes les années qui se sont écoulées depuis sa rencontre avec Saddam Hussein, Glaspie n'a jamais parlé aux médias, n'est jamais apparue  dans un talk-show télévisé, n'a jamais écrit d'article ni de livre sur cette période où elle était le plus haut diplomate des Etats-Unis en poste à Bagdad. Pourquoi ? Que doit-elle cacher ?
  
April Catherine Glaspie est né à Vancouver, au Canada, le 26 avril 1942. Elle est diplômée de Mills College d'Oakland, en Californie (1963) et de l'Université Johns Hopkins (1965). Elle a intégré les services diplomatiques des États-Unis en 1966, où elle est devenue expert du Moyen-Orient. Après avoir été en poste au Koweït, en Syrie et en Egypte, Glaspie a été nommée ambassadeur en Irak en 1989.
  
La nomination de Glaspie intervenait après à la période 1980 - 1988 au cours de laquelle les États-Unis avaient fourni d'importants soutiens clandestins à l'Irak alors en guerre contre l'Iran.
  
Avant 1918 le Koweït faisait partie de l'Empire Ottoman, province de Bassorah, et donc en un sens de l'Irak ; mais l'Irak avait reconnu son indépendance en 1961. Après la fin de la guerre Iran-Irak (au cours de laquelle le Koweït avait prêté 14 milliards de dollars à l'Irak), l'Irak et le Koweït avaient des différends sur le tracé exact de la frontière, l'accès aux cours d'eau, le prix du pétrole koweïtien, ainsi que sur le forage de puits de pétrole dans les zones frontalières.
  
C'est dans ce contexte que Glaspie eut sa première rencontre avec Saddam Hussein le 25 Juillet 1990. Glaspie avait provoqué elle-même cette réunion, disant qu'elle avait un message urgent du président américain George HW Bush (Bush père) pour le Président irakien. Des deux années pendant lesquelles elle fut ambassadeur en Irak, ce fut la première audience privée de Glaspie avec Saddam Hussein. Ce fut également la dernière. Voici une transcription partielle la réunion :  
 
Ambassadeur des États-Unis Glaspie :
  
« J'ai des instructions directes du président Bush pour améliorer nos relations avec l'Irak. Nous sommes en plein accord avec votre recherche d'une hausse du prix du pétrole, qui est la cause principale de votre différend avec le Koweït. (Pause) Comme vous le savez, je vis ici depuis des années et j'admire les efforts extraordinaires que vous faites pour reconstruire votre pays (après la guerre Iran-Irak). Nous savons combien vous avez besoin de fonds. Nous comprenons cela, et nous pensons que vous devriez avoir les moyens de reconstruire votre pays. (pause) Nous savons que vous avez déployé massivement des troupes dans le sud. Normalement cela ne devrait pas être notre affaire, mais comme cela se produit en conjonction avec d'autres menaces que vous faites peser sur le Koweït, il est légitime que nous soyons inquiets. Pour cette raison, j'ai reçu instruction de vous interroger, dans un esprit d'amitié - et non d'affrontement - compte tenu de vos intentions. Pourquoi vos troupes sont-elles massées si près de la frontière du Koweït ?  »
  
Président Saddam Hussein :
 
  
« Comme vous le savez, depuis des années, j'ai fait tous les efforts possibles pour parvenir à un règlement de notre différend avec le Koweït. Il doit y avoir une réunion dans deux jours ; je suis prêt à donner à ces négociations une nouvelle chance, mais pas plus. (Pause) Lorsque nous (les Irakiens) nous réunirons (avec les Koweïtiens), si nous voyons qu'il y a un espoir de solution, il ne se passera rien. Mais s'il est impossible de trouver une solution, l'Irak ne pourra pas accepter pas la mort. »
  
Ambassadeur des États-Unis Glaspie :
 
  
« Quelle serait la solution acceptable? »
  
Président Saddam Hussein :
 
  
« Si nous pouvions conserver la totalité du Chatt al Arab - notre objectif stratégique dans notre guerre contre l'Iran - nous pourrions faire des concessions (aux Koweïtiens). Mais si nous sommes forcés de choisir entre la moitié du Chatt et l'ensemble de l'Irak (qui du point de vue irakien, comprend Koweït), alors nous renoncerons au Chatt pour défendre nos revendications sur le Koweït, de façon que l'ensemble de Irak prenne la configuration que nous souhaitons. (pause) Quelle est l'opinion des Etats-Unis sur ce point ? »
  
Ambassadeur des États-Unis Glaspie :
 
  
« Nous n'avons pas d'avis sur vos conflits arabo-arabes, ni sur votre différend avec le Koweït. Le Secrétaire (d'État James) Baker m'a demandé d'insister sur la notification déjà faite à l'Irak dans les années 1960, que l'Amérique n'était pas partie prenante sur la question du Koweït. »
  
(Saddam sourit)

  

  
Lors d'une conférence de presse du lendemain (le 26 Juillet 1990) à Washington, la porte-parole du Département d'État américain Margaret Tutweiler fut interrogée par les journalistes :
  
« Les États-Unis ont-ils envoyé un message diplomatique quelconque aux Irakiens au sujet des 30 000 soldats massés à la frontière du Koweït ? Y a-t-il eu un communiqué de protestation du gouvernement des Etats-Unis ? »
  
A quoi Tutweiler a répondu :
   
« Je n'ai aucune information concernant une telle protestation. »
  
Le 31 Juillet 1990, deux jours avant l'invasion Irakienne, John Kelly, Secrétaire d'État adjoint pour le Proche-Orient, déclara au Congrès :
  
« Les États-Unis n'ont aucun engagement à défendre le Koweït et les États-Unis n'ont pas l'intention de défendre le Koweït s'il est attaqué par l'Irak. »
  
Le piège qui avait été très habilement tendu par Glaspie, et se trouvait renforcé par les commentaires de Tutweiler et de Kelly. Et Saddam Hussein a foncé droit dans ce piège, persuadé que les États-Unis ne feraient rien si ses troupes envahissaient le Koweït. Le 2 août 1990, huit jours après la réunion de Glaspie et du Président irakien, les troupes de Saddam Hussein envahissaient le Koweït.
  
Un mois plus tard à Bagdad, des journalistes britanniques ont réussi à obtenir la cassette et la transcription de la réunion du 25 Juillet 1990 entre Saddam Hussein et April Glaspie. Pour vérifier cette information étonnante, ils ont tenté d'interroger Mme Glaspie au moment où elle quittait l'ambassade américaine de Bagdad.
  
Journaliste 1:
  
« Est-ce que ces transcriptions sont correctes, Madame l'Ambassadeur ? »

(L'Ambassadeur Glaspie ne répond pas)
  
Journaliste 2:
  
« Vous saviez que Saddam allait envahir (le Koweït), mais vous ne l'avez pas mis en garde. Vous ne lui avez pas dit que l'Amérique défendrait le Koweït. Vous lui avez dit le contraire - que l'Amérique n'était pas alliée au Koweït. »
   
Journaliste 1:
  
« Vous avez encouragé cette agression - l'invasion. A quoi pensiez-vous ? »
  
Ambassadeur des États-Unis Glaspie:
  
« Evidemment, je ne pensais pas, et personne d'autre ne pensait, que les Irakiens allaient occuper la totalité de Koweït. »
  
Journaliste 1:
  
« Vous pensiez qu'il n'allait en prendre qu'une partie ? Mais comment est-ce possible ? Saddam vous a dit que, si les négociations échouaient, il abandonnerait [le Chatt el Arab] et viser l'objectif que « l'Irak prenne la configuration qu'il souhaite. » Vous SAVIEZ que cet Irak comprend le Koweït, que les Irakiens ont toujours considéré comme une partie historique de leur pays ! »
  
(L'Ambassadeur Glaspie ne dit rien, bousculant les deux journalistes pour partir)
  
« L'Amérique a donné son feu vert à l'invasion. Reconnaissez au moins  avoir indiqué à Saddam que certaines agressions seraient admises - que les États-Unis ne s'opposerait pas à la saisie des champ pétroliers de Al-Rumalya, de la bande frontalière contestée et les îles du Golfe (y compris de Bubiyan) - tous des territoires revendiqués par l'Irak ? »
  
(Encore une fois, l'Ambassadeur Glaspie ne dit rien, alors que la porte de la limousine se referma derrière elle et que la voiture s'éloigna)
   
Deux ans plus tard, sur la chaîne de télévision américaine NBC News, lors du troisième débat pour la présidentielle de 1992, le candidat à la présidence Ross Perot déclara :
  
« ... nous lui avons dit (à Saddam), qu'il pourrait prendre la partie nord du Koweït, et quand il  prend tout, cela nous rend dingues. Et si nous ne lui avions pas dit cela, pourquoi n'avons nous pas demandé à la Commission des affaires étrangères du Sénat et au Comité du Sénat pour le renseignement  de voir les instructions écrites données à l'Ambassadeur Glaspie ? »
  
À ce moment, Perot a été interrompu par le président George Bush père qui s'est écrié :
   
« Je dois répondre à cela. Cela touche à l'honneur national ... C'est absolument absurde ! »
  
Absurde ou non, le fait est qu'April Glaspie a été gardée au secret par le Département d'Etat pendant huit mois, sans avoir le droit de parler aux médias ni de se montrer, entre le moment où elle a quitté Bagdad pour Washington à la fin août 1990, et la fin officielle de la guerre du Golfe (le 11 avril 1991), jusqu'au moment où elle dut témoigner devant la Commission des relations extérieures du Sénat au sujet de sa rencontre avec Saddam Hussein.
   
Elle a dit avoir été victime « d'une tromperie délibérée et à grande échelle » et a dénoncé le procès-verbal de la réunion comme « une invention » qui déformait sa position, même si elle admit qu'il contenait « beaucoup » de vérité.
   
La diplomate chevronnée attendit une nouvelle affectation, puis fit profil bas en acceptant un emploi à l'Organisation des Nations Unies, à New York. Elle a été expédiée par la suite vers Le Cap, en Afrique du Sud, comme Consul général de États-Unis. On n'a plus entendu parler d'elle depuis son départ à la retraite du Service diplomatique en 2002. C'est presque comme si elle était devenue une non-personne.
   
  
Copyright : The News International, Pakistan
   
   
  

Publié dans : RdP : Moyen Orient

Dimanche 29 juin 2008

Etienne Chouard n'est pas un professionnel de la politique. Professeur d'informatique près de Marseille, il a acquis une certaine notoriété depuis la campagne référendaire pour le Traité Constitutionnel, en 2005, lorsqu'il a il a entrepris d'analyser très précisément sur son site le contenu du traité proposé.
 
Dans cet article de Marianne, il explique que dans une vraie démocratie, une constitution ne peut pas être écrite par ceux qui gouvernent car "ils ont un intérêt personnel dans les règles qu'ils instituent" et que les représentants élus pour gouverner n'ont pas de légitimité à priver la puissance publique de la souveraineté, ni politique, ni monétaire.

Dans d'autres interventions, il milite pour l'introduction d'une dose de hasard (tirage au sort) pour déterminer la représentation nationale, afin de prévenir l'apparition de castes dirigeantes autoreproductrices.

Les réflexions d'Etienne Chouard, éclairent crûment les dévoiements de nos systèmes politiques et montrent une audace intellectuelle et une hauteur de vue tout à fait exceptionnelles qu'on aimerait trouver chez d'autres représentants de "nos élites".




[
www.marianne2.fr - 28 juin 2008 ]


Le Non crié le 12 juin 2008 par les Irlandais contre le pouvoir illégitime européen - pouvoir qui s'impose aux citoyens d'Europe par la ruse et le mensonge (et bientôt la force ?) depuis cinquante ans - est une énième péripétie de l'idée démocratique, toujours voulue par les peuples et toujours refusée par les chefs. Ce troisième rejet populaire de l'union européenne des industriels et des banquiers m'inspire deux réflexions importantes et pourtant absentes du débat public, l'une juridique, l'autre économique : les peuples se voient confisquer leur souveraineté politique et leur souveraineté monétaire, et les deux sont étroitement interdépendantes.
  

• Sur le plan juridique
   
Les peuples méconnaissent une clef indispensable pour reprendre le contrôle de leurs représentants, une vieille clef cachée, une clef logique pour enfin instituer le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes au lieu de subir éternellement le droit des élus à disposer des peuples.
  
Cette clef de la démocratie, aussi méconnue que décisive, peut se résumer ainsi : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir. Ce n'est pas aux ministres, ce n'est pas aux parlementaires, ce n'est pas aux juges, d'écrire ou de réviser la Constitution, car ces hommes-là sont, en cette occurrence précise, à la fois juges et parties : ils ont un intérêt personnel dans les règles qu'ils instituent - puisque tout pouvoir concédé au peuple est un pouvoir qui leur serait retiré à eux - et ils trichent en établissant à la fois des contrôles simulés et des pouvoirs citoyens factices.
   
Toutes les constitutions du monde prouvent, de fait, que cette analyse est plausible.
   
Notamment et très prioritairement, malgré quelques promesses lénifiantes, nos élus ne nous donneront JAMAIS l'indispensable institution du référendum d'initiative populaire, le vrai.
  
La qualité des institutions se joue donc au moment de fixer et de contrôler la composition de l'Assemblée constituante, celle qui va écrire la Constitution et la proposer au référendum : cette chambre fondatrice qui va fixer des limites aux pouvoirs ne doit comporter aucun homme de pouvoir et elle doit pouvoir exclure en son sein tout individu suspect de partialité.
  
L'élection de candidats imposés par les partis (hommes de pouvoir) est ainsi la plus mauvaise idée pour désigner l'Assemblée constituante, ce serait même (comme cela a toujours été) un véritable piège anti-démocratique.
   
Il faudrait que les électeurs puissent désigner librement des citoyens non candidats (qui pourront refuser) ; ou bien les tirer au sort ; ou bien une combinaison de ces modalités (tirer au sort une centaine de constituants parmi des citoyens élus librement).
  
Ce qui compte par-dessus tout, c'est que ce ne soit pas les mêmes hommes : ceux qui écrivent les règles du pouvoir doivent définitivement renoncer à l'exercer, tout comme Dacron, étranger appelé précisément pour cette tâche il y a 2 500 ans, a conçu les premières institutions d'Athènes et s'en est allé après avoir institué un (début de) véritable régime démocratique (sans doute le seul au monde à ce jour).
   
Inutile de préciser qu'en Europe on en est loin, on subit même l'exact contraire, la situation ne peut pas être pire : nous laissons nos maîtres écrire eux-mêmes les limites de leurs pouvoirs et nos capacités à résister à leurs abus... Plus naïf, tu meurs. Pourtant, après 200 ans d'expérience, nous sommes bien placés pour constater que l'élection ne tient pas ses promesses de justice politique : le mirage du suffrage universel a la peau dure.
   
• Sur le plan économique
  
Les médias présentent souvent les progrès fulgurants de l'Espagne et de l'Irlande comme à mettre au crédit des institutions européennes, comme si des progrès économiques justifiaient une régression démocratique et en oubliant que l'Espagne et l'Irlande ont bénéficié depuis des années de dizaines de milliards d'euros gratuits - sans obligation de remboursement, sans dette ! -, au titre des subventions européennes.
   
Ces subventions doivent être vues, pour ces pays, comme une création monétaire (prêtez attention) libre d'endettement : une monnaie sans charge d'intérêt, donc, et qui n'aura même jamais à être remboursée ; cela change tout par rapport au carcan monétaire actuel.
   
La prospérité «miraculeuse», forte et rapide, de ces pays financièrement assistés prouve aux peuples d'Europe qu'«il y a des alternatives» et notamment que la revendication nouvelle - celle qui monte parmi les citoyens en 2008 - est la bonne : ce n'est pas aux banques privées de créer la monnaie et d'en percevoir l'intérêt.
   
Nous manquons de monnaie libre (libre d'endettement) et les pays qui s'en procurent - les peuples qui se réapproprient d'une façon ou d'une autre la possibilité de créer la monnaie en suffisance (sans excès) - viennent à bout du chômage et de la pauvreté, et très rapidement !
   
Cette idée cardinale que les peuples doivent conquérir leur souveraineté monétaire - à travers la création exclusivement publique de la monnaie - est à la fois complémentaire et indissociable de la mienne : les peuples doivent conquérir leur souveraineté politique - à travers l'honnêteté du processus constituant : on n'aura pas l'une sans l'autre ; ces deux combats - pour la Monnaie et pour la Constitution - sont interdépendants et se renforcent mutuellement.
   
Autrement dit, on ne reprendra jamais le contrôle de la monnaie (condition sine qua non pour venir à bout du chômage, de la pauvreté et de la dette publique) sans écrire nous-mêmes la Constitution, car les élus ne sont élus que grâce à ceux qui ont financé - et qui continueront à financer s'ils sont dociles sur l'essentiel - leur campagne électorale, médias subordonnés à l'appui. Ces élus dépendent trop de ceux qui rendent possible leur élection (et qui vivent luxueusement aux dépens du peuple) pour donner un vrai pouvoir au peuple.
   
Au peuple de s'affranchir
   
Sans rien attendre des élus sur ce plan, c'est donc au peuple de s'affranchir de ses propres élus, non pas pour s'en passer - (nous sommes bien trop nombreux pour vivre en démocratie directe, nous avons besoin de représentants, et tout pouvoir, même celui du peuple, doit être modéré par des contre-pouvoirs) -, mais pour les remettre sous un contrôle sourcilleux, avec des institutions honnêtes : séparation des pouvoirs, reddition des comptes, possibilité de sanctions des élus fautifs, révocabilité des élus à tout moment, initiative populaire autonome et puissante, rotation des charges (non cumul et non renouvellement des mandats), respect et publicité des opinions dissidentes, mise en scène des conflits, révisions constitutionnelles conçues par la seule Assemblée constituante et confirmées obligatoirement par référendum, etc.
   
Or, qu'est-ce qu'on fait pour résister en ce moment ? Rien, rien et rien. On attend passivement qu'un parti ou un syndicat nous convoque pour une grande manifestation tous les six mois, sur un mot d'ordre secondaire (par rapport à la monnaie et au contrôle des pouvoirs) et puis, plus rien pendant six mois...
   
Je propose que tous les simples citoyens mécontents d'être si mal représentés, quelle que soit leur tendance politique, sans attendre d'être convoqués par un quelconque appareil partisan, organisent eux-mêmes librement chaque semaine (le mercredi à 18 h par exemple) des micro résistances durables et innombrables sous la forme de petites manifestations devant toutes les mairies d'Europe : le mot d'ordre serait la vieille clef cachée de la démocratie vraie : «nous voulons des pouvoirs légitimes, c'est-à-dire fondés 1) par une Assemblée constituante honnête (désintéressée) et 2) par un référendum».
   
J'appelle ces micro résistances des MOCRIEs, Manifestations Obstinées Contre le Régime Illégitime Européen, et chacun peut créer un forum pour sa MOCRIE sur le site
www.cecri.info .
   
Rien ne se fera de bon pour les peuples sans la mobilisation permanente des citoyens eux-mêmes : chaque citoyen athénien défendait personnellement la démocratie grecque, quotidiennement, les armes à la main s'il le fallait, contre les oligarques. De ce point de vue, l'Internet est une chance inouïe pour l'humanité. J'invite donc chaque citoyen mécontent de son impuissance politique à agir en créant sa petite mocrie en bas de chez lui.
  
Saurons-nous réagir avant de nous laisser détruire ? Je l'espère.


Pour aller plus loin dans ce débat, vous pouvez consulter le site personnel d'Étienne Chouard.


Samedi 28 Juin 2008 - 00:06
Étienne Chouard


    Source : http://www.marianne2.fr

    © Marianne2.fr

Publié dans : RdP : France

Mardi 24 juin 2008

[ Rue89 - 9 juin 2008 ]
   
   

Par Paul Meyer
 
  
Le sociologue Frédéric Pierru, de l'université Paris-Dauphine, vient de publier "Hippocrate malade de ses réformes" (Ed. du Croquant) : il y démontre comment depuis soixante ans, les réformes successives préparent le terrain à la privatisation d'une part de plus en plus importante de l'assurance maladie.


"Le 'trou' de la Sécu est un mythe"

Plutôt que de raisonner en termes de besoins, le débat public sur la Sécurité sociale en général et sur l'assurance maladie en particulier se limite aux dépenses et notamment au manque de financement, le fameux "trou" de la Sécu. Pour Frédéric Pierru, membre du collectif "Raisons d'agir" (fondé par Pierre Bourdieu à la suite du mouvement social de 1995), parler de déficit permet surtout de justifier une politique de rigueur. (Voir la vidéo)

 

Pourquoi parle-t-on sans cesse de gaspillage?

Les gaspillages de l'assurance maladie sont évalués entre 150 et 400 millions d'euros sur un budget annuel de 150 milliards d'euros. Ils sont donc très minoritaires dans la part des dépenses de santé et pourtant, ils monopolisent le débat public. (Voir la vidéo)

 

De l'hôpital à l'entreprise de soins

Modernisés au début des années 1980, les hôpitaux ont été priés de tenir leurs budgets. C'était l'époque de la "dotation globale", qui fixait annuellement leurs enveloppes budgetaires. Malheureusement, la rigidité de cette politique a conduit des hôpitaux à répondre à une demande de soins croissante avec un budget toujours identique lorsqu'ils se trouvaient au cœur d'un bassin de population dynamique. Pour mettre en adéquation l'activité des hôpitaux et leur budget, la réforme Hôpital 2007 (de 2002) a instauré la "tarification à l'activité" (T2A). Mais elle a aussi ses effets pervers... (Voir la vidéo)

 

La concurrence en santé est dangereuse et contre-productive

Plus personne ne réclame l'instauration d'une concurrence en matière de santé. Même la très libérale OCDE est revenue sur ses prescriptions antérieures. Frédéric Pierru explique pourquoi. (Voir la vidéo.)

 

Qui bloque les réformes?

Les réformes de l'assurance maladie s'opposent à l'augmentation des prélèvements obligatoires. Mais elles refusent également de demander des efforts aux médecins libéraux, qui bloquent toute rationalisation de leur implantation. Selon Frédéric Pierru, les syndicats de médecins libéraux forment un front uni contre une meilleure organisation des soins. (Voir la vidéo)

 

Qui veut privatiser l'assurance maladie ?

Le sociologue montre comment les assureurs privés agissent pour mettre la main à chaque réforme sur une part plus importante du gâteau de l'assurance maladie. La réforme de 2004, en créant le "ticket modérateur", a créé le principe, qu'il ne reste plus qu'à étendre ensuite. (Voir la vidéo)

 
[ ... ]
  
  
Source :
Rue89
    
  



Biographie de l'auteur

Frédéric Pierru, docteur en science politique, est sociologue, chargé de recherche au CNRS, membre de l'IRISES (Paris IX Dauphine). Ses publications portent sur la réforme des systèmes de santé français et européens, le renouveau de la santé publique en France et les enjeux politiques de la gestion.

Présentation de l'éditeur

Le diagnostic officiel est pessimiste, le pronostic plus encore : le système de santé français connaîtrait une " crise profonde " ; il serait " en faillite " faute de pouvoir " réguler " l'" explosion " des dépenses de santé ; malgré un " trou de la Sécu abyssal ", il ne garantirait même pas un accès universel à des soins de qualité. Et les gouvernements, les experts et les journalistes de stigmatiser l'" exception française " pour mieux célébrer nos voisins européens qui, eux, auraient eu le courage d'engager des réformes certes difficiles mais nécessaires. Un examen attentif de ces réformes montre, toutefois, qu'il n'existe pas d'exception française et que les systèmes de santé européens sont mis en crise dans le but de privatiser et de libéraliser le secteur, avec les encouragements de l'Union européenne et de l'OCDE. Le paradoxe veut que ce soit le cancre des pays développés - les États-Unis - qui inspire désormais les décideurs européens. Même si, en France, l'État resserre son emprise sur l'assurance maladie et se gargarise de la Couverture maladie universelle, notre pays n'est cependant pas à l'abri de la doxa néolibérale. L'étatisation pourrait être le levier de la mise en concurrence prochaine de l'assurance maladie et des hôpitaux. Des voix, notamment patronales, s'élèvent pour presser l'adoption de réformes en ce sens, dans un débat public monopolisé par une poignée d'experts. Le discours modernisateur oscille alors entre la pédagogie économique et la répétition ad nauseam de poncifs, comme les " abus ", sur le fondement de chiffres parfois fantaisistes, souvent contestables et toujours intéressés. La critique sociale passe d'abord par un triple refus : celui de l'économisme ; celui de la reddition face au " bon sens " gestionnaire ; celui de la posture défensive qui, dénonçant le rationnement des soins, en vient à défendre les revenus des médecins et les profits de l'industrie pharmaceutique. Elle doit ensuite partir d'un constat radical : la santé est un enjeu politique avant d'être un problème économique ou médical. La question sanitaire rejoint alors la question sociale, redevenant un sujet de réflexion pour les sciences sociales et, au-delà, de délibération démocratique. La santé est le terrain privilégié d'interpellation des fondements économiques, sociaux et politiques du nouvel ordre économique.


Disponibilité : Amazon.fr

 

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Mardi 24 juin 2008

 [ LEAP - 15 juin 2006 ]

Communiqué public GEAB N°26 [extraits]

A l'occasion de ce numéro 26 - Spécial Eté 2008 - du Global Europe Anticipation Bulletin, l'équipe de LEAP/E2020 a décidé de lancer une alerte sur la période Juillet-Décembre 2008. En effet, notre équipe est désormais convaincue que cette période sera caractérisée par un plongeon de l'ensemble de la planète au coeur de la phase d'impact de la crise systémique globale. Les six mois qui viennent vont donc constituer le vrai noyau de la crise en cours. Les turbulences des douze derniers mois n'en ont été qu'une faible prémisse.
    
Indice d'Anticipation du consommateur américain (1978-05/2008) - Source : Briefing.com / Conference Board
  
C'est en effet au cours du semestre à venir que toutes les composantes de la crise (financière, monétaire, économique, stratégique, sociale, politique...) vont converger avec un maximum d'intensité. Sans pour autant revenir en détail sur les différentes séquences déjà anticipées dans les précédents numéros du GEAB, nos chercheurs ont choisi de présenter les évolutions des différentes grandes régions de la planète pour les six mois à venir ; et, pour ce faire, de développer huit phénomènes majeurs qui vont marquer les six mois à venir de manière décisive et orienter durablement les année 2009 et 2010, à savoir :
  
1. Le Dollar en perdition (1 Euro = 1,75 USD fin 2008) : Une peur panique de l'effondrement de la devise et de l'économie US ronge la psyché collective américaine
   
2. Système financier mondial : La rupture à cause de l'impossible mise sous tutelle de Washington
   
3. Septembre 2008 : Confirmation du processus d'effondrement de l'économie réelle US
   
4. Union européenne : La périphérie sombre dans la récession alors que le noyau de la zone Euro ne fait que ralentir
   
5. Asie : Le double « coup de bambou » inflation/effondrement des exports
   
6. Amérique latine : Des difficultés en hausse mais une croissance maintenue pour une grande partie de la région, avec le Mexique et l'Argentine en crise
  
7. Monde arabe : Les régimes pro-occidentaux à la dérive / 60% de risques d'explosion politico-sociale sur l'axe Egypte-Maroc
   
8. Iran : Confirmation de 70% de probabilité d'une attaque d'ici Octobre
   
9. Banques/Bulles spéculatives : La collision des bulles
   
Parallèlement, l'équipe de LEAP/E2020 présente dans ce GEAB N°26 cinq conseils stratégiques à destination des banques centrales, gouvernements et institutions de contrôle qu'elle a élaborés ces derniers mois et dont l'objectif est de limiter et canaliser les graves conséquences de la phase d'impact de la crise.

[...]
    
   
Source :
LEAP
   
     
   

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Mardi 24 juin 2008

Extrait d'un débat organisé par l'Association Dauphine Discussion Débat, le 6 mai 2008.
   
        
    


envoyé par politique-net

    
    

   Voir la totalité du débat  : www.dauphinedebat.com
    
    
     
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Mardi 24 juin 2008
 [ L'expansion.com - 18 juin 2008 ]


Avec AFP - 18/06/2008 15:12 - L'Expansion.com

 

Les eurodéputés ont voté pour la libéralisation du marché de l'électricité et la mise en concurrence des réseaux de transport. Au conseil européen, huit pays dont la France et l'Allemagne, refusent toujours ce modèle.
   
Véritable serpent de mer, le processus de libéralisation des marchés européens de l'électricité et du gaz, préconisé par Bruxelles, se poursuit.
Mercredi, le parlement européen s'est prononcé, en première lecture, pour le démantèlement des géants électriques européens tels que EDF ou l'Allemand RWE.
   
Les eurodéputés étaient appelés à se prononcer sur un projet de loi complétant la libéralisation du marché de l'électricité européen. Le principe de ce démantèlement est d'obliger les géants de l'électricité à vendre leurs réseaux de transports, en l'occurrence les lignes à haute tension.
L'objectif est d'introduire davantage de concurrence, afin de faire baisser les prix pour les consommateurs.
  
« Le vote est une victoire pour le consommateur qui paie trop cher sa facture d'électricité », s'est félicitée l'eurodéputé socialiste britannique Eluned Morgan.
   
Avec ce démantèlement, Bruxelles espère stimuler les investissements dans les réseaux. La commission européenne soupçonne en effet certains monopoles énergétiques historiques de sous investir dans ces précieuses lignes de transport.
   
« Il faudra trois milliards d'euros d'investissements dans les deux décennies à venir » estime Eluned Morgan.
   
Il reste que huit pays de l'Union européenne, dont la France et l'Allemagne, forts d'une minorité de blocage au sein du conseil européen, refusent toujours ce modèle.
   
En juillet, les eurodéputés doivent se prononcer sur la libéralisation du marché du gaz.
  
   
Source : Lexpansion.com
    
  

    
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Dimanche 15 juin 2008

Il existe un projet de renforcement des relations entre l'Union Européenne et l'Etat d'Israël, qui devrait conférer à l'Etat juif un statut de quasi-membre de l'UE.

  

[ Le Monde - Ed. du 8 juin 2008 ]
   
  

Les Palestiniens critiquent les liens renforcés UE-Israël (Extraits)
  
  
Le projet de renforcement des relations entre l'Union européenne (UE) et l'Etat d'Israël, qui doit être débattu lors du prochain conseil des ministres des affaires étrangères des Vingt-Sept, prévu le 16 juin à Luxembourg, se heurte à l'opposition résolue de l'Autorité palestinienne. Dans une lettre envoyée en mai, le premier ministre palestinien, Salam Fayyad, exhorte ses homologues européens à rejeter cette initiative "jusqu'à ce qu'Israël se conforme aux lois internationales et aux droits de l'homme, y compris par le gel de la colonisation".
  
Initié en mars 2007, à la demande de la ministre des affaires étrangères israélienne Tzipi Livni, ce projet s'intègre dans la politique dite "de voisinage" de l'UE. Il vise à aboutir à une révision à la hausse de l'accord d'association signé en 2000, qui définit le cadre de la coopération entre les deux partenaires. Cette ambition pourrait se traduire par une intégration renforcée d'Israël dans le marché unique et les institutions européennes (présence des ministres israéliens dans les conseils européens, participation d'experts israéliens dans l'ensemble des programmes et des groupes de travail européens), ce qui équivaudrait à conférer à l'Etat juif un statut de quasi-membre de l'UE.
   
Toujours au stade de la réflexion, ce projet pourrait être, sinon adopté, du moins conforté lors de la réunion du Conseil d'association Israël-UE du 16 juin. Tzipi Livni, qui a fait de ce dossier son cheval de bataille, table sur l'impact conjugué des soixante ans d'Israël et de la présidence française de l'Union européenne, effective à partir du 1er juillet, pour conclure les négociations d'ici à la fin de l'année. Soutien déclaré de l'Etat hébreu, le président français, Nicolas Sarkozy, doit d'ailleurs effectuer une visite dans ce pays entre le 22 et le 24 juin prochain.
  
[...]
  
  
Source :
Le Monde
Edition du 08.06.08

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